31 janvier 2007

Oyé! Oyé! Slamontréal, prise 2

À noter sur vos calepins :
Deuxième soirée Slamagique
le 12 février, à 20h30,
au PATRO VYS,356 Mont-Royal Est
Entrée : 5 $

(Selon un communiqué de Inty production)

Le mouvement slam est lancé. En effet, le succès du 15 janvier dernier, la qualité des slameurs et l’enthousiasme de la foule très dense (+ de 150 personnes, un soir de tempête !) nous permet les espoirs les plus fous pour cette première année de slam en français au Québec (...)

Khyro, les poètes Pierre Boudreau et Mario Cholette, l’écrivain multiforme Slam-Hot, la conteuse Marie France Bancel et Fabrice Koffy, poète urbain. Rappelons que les participants auront 3 minutes (chrono en main) sans aucun accessoire pour convaincre un jury formé de 5 personnes choisies au hasard parmi le public.

Notre DJ Paolo Tofu soutiendra Ivy pendant son animation et donnera le ton à la soirée. Nous aurons aussi l’immense privilège d’accueillir Franck Sylvestre, conteur, musicien, improvisateur qui nous réchauffera en plein cœur de février et qui ouvrira la seconde ronde en musique et en beauté. Au pointage, l’ineffable Bertrand Laverdure. Nous comptons également sur les projections d’ATTIC VISUAL pour enrober le tout.

Le SLAM, pour redécouvrir le formidable potentiel de la poésie.

Né à Chicago, le SLAM a conquis en 20 ans les USA, le Canada anglais et la France, notamment, sans toutefois s’implanter durablement au Québec. C’est pour remédier à cette lacune que Ivy a fondé slamontréal et la LIQS.
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Pour informations supplémentaires :Ivan Bielinski, Tél:(514) 525-3510
intyprod@videotron.ca

La poésie au cœur du monde.

28 janvier 2007

Carnets pelés 8 - Sursauts


Ottawa, 24 septembre 2004.
Dans ma chambre d'hôtel. Un document de France 3 daté de 1996 passe à la télé. Je ne le sais pas encore, mais Françoise Sagan n'est plus, ni son toupet dans les yeux, ses yeux ronds, ni son acide de nuit, ni sa tristesse de femme riche et pauvre, ni ses bonjours de femme libre. Le document porte sur elle. Quelle précision dans son regard. «Je lis beaucoup», dit-elle. «Si on a lu Proust une fois, on ne l'a jamais lu. Il faut le lire cinq ou six fois.» Et d'ajouter : «Les livres ne servent pas à grand chose (...) Mais sans eux, je ne sais pas ce que je deviendrais». Ailleurs, dans Derrière l'épaule (1998), on peut lire : «De plus, que l’on me croie ou pas, je n’ai jamais relu mes livres, sauf Dans un mois, dans un an, unique lecture traînant dans un avion. Je le trouvais pas mal, d’ailleurs. Mais depuis, rien. On me parle d’un personnage, on me jette à la tête des prénoms, des scènes, des moralités bien lointaines. Ce n’est pas la qualité de mes oeuvres qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui en connais la fin, en plus), quel temps perdu!»


Bureau, 30 novembre 2004
J'étais si fatigué la nuit dernière alors que je corrigeais mon travail fourre-tout de faux-filets sur Hegel que j'ai rebaptisé Rivet. À un moment donné, j'ai passé tout droit. Je suis tombé dans une espèce de rêve quasiment éveillé. Je dis quasi. Je ne sais plus si j'ai dormi. Mais il y avait cet impressionnant halo bleu, comme un creux enveloppant la nuit noire. Est-ce que ça sentait l'essence? Il ne faisait pas froid. Il me semble. Alors, pourquoi en parler? J'étais avec quelques personnes, mais qui? Sur une espèce de quai. Nous étions sur la pointe des pieds, sur le point de partir, mais où donc? Du bleu, de l'eau et une absence de l'ailleurs. Rêver qu'on appareille vers un ailleurs absent avec des ombres parlantes qu'on ne peut nommer, est-ce présumer de la mort? Il ne faisait pas froid. Je suis remonté à la surface d'un coup sec.

Maison, 1er janvier 2005
J'ai senti que je ne possédais plus rien dans mes bras.

Maison, 7 janvier 2005
Rivet, je suis très fatigué. Travaillé jusqu'à 4h00 ce matin. J'ai repris de 8h30 jusqu'à 14h00. Interlude dehors avec le chien jusqu'à 15h00. Je pense que le monstre sera abattu cette nuit. J'ai pensé à Baillargeon à cause de la réponse à Custeau que je devrai faire. Je me suis demandé : va-t-il toujours aussi loin dans ses lectures? Puis, d'un bloc massif émergent Russell, Prévert, les centaines d'autres. Pourquoi suis-je si piètre lecteur? D'où me vient cette aliénation? Bon! Ce carnet perd de sa rigueur. Faudra y voir.


Métro Radisson, 3 février 2005
Je découpe une photo parue dans dans le journal gratis du métro. «Les couguars, toujours présents au Québec».

Béthanie, 5 février 2005
Je suis assis dans la balançoire. Il fait un soleil d'avril. Il y a de l'égouttement par les toits autour des bâtiments. J'ai oublié mes lunettes. Je ne pourrai pas faire vieux yeux, même en plein soleil, moi qui souhaitais terminer Bienvenue au club de Jonathan Coe. J'aurais souhaité donner mon exemplaire à André, c'est son anniversaire demain.

Maison, 5 mars 2005.
Rêvé à ma mère qui basculait de la rampe de la chambre d'en haut, à Béthanie, puis tombait dans mes bras, les yeux révulsés. Juste avant, j'avais profité de son départ (où?) pour jeter les couteaux et le linge sale de ses tiroirs. Ne restait plus que ses vieilles brassières. Plus tard, je l'entendis bardasser dans ses tiroirs... Je me disais : elle ne trouvera plus rien! Puis, elle tombe. Elle meure. Je la recueille. Je suis sans voix. Je crie sans qu'un seul son ne puisse atteindre l'air. Il y a près de moi ma fille S., jeune enfant, qui ne réagit pas à ma stupeur. Là-dessus, je me suis éveillé en sursaut.

27 janvier 2007

La voix que j'ai...

«Cette voix comme une espérance
Entre le nord et la souffrance

Cette voix que j'ai
Cette voix je vous la donne
C'est tout ce que j'ai
C'est tout ce que j'ai»

- Gilbert Langevin

Le Festival Voix d'Amérique (FVA) a lieu cette année du 1er au 9 février 2007, toujours sous la houlette des Filles électriques, organisme à plusieurs fils qui depuis 2002, en plein craquements d'hiver, fait passer sur les planches l'audace de la poésie libre et vivante «pour fêter la littérature orale, le texte performé et le spoken word…»

Les petits chocs des mots se détroussent surtout à la si chaude Sala Rossa et en face, à la Casa del Popolo, boulevard St-Laurent. Pour Desjardins à La Tulipe, invité d'honneur, c'est complet pour les deux représentations!

Mais justement, à la Casa, dimanche le 4 février 2007, à 17h00, dans la série des 5 à 7, il y aura une slamontréal session avec Ivy, Isabelle St-Pierre, Frédérique Marleau, Serge Lamothe... Sauf erreur, le micro sera ouvert au public. L'entrée est libre.

Revient aussi au même endroit, à tous les soirs à 23h, la série «Shift de nuit à la Casa» que j'ai déjà fréquentée avec grand plaisir. «Chaque soir, deux poètes francophones et un poète anglophone performeront leurs textes accompagnés d’un house band à composition variable. Une fois la glace brisée, c’est au tour du public de performer: tous peuvent présenter textes, poèmes et chansons en français, en anglais ou toute autre langue»

Le tout est très finement animé par le poète Tony Tremblay.



Photo
: Luc Vallières,
e-poets network 2005


26 janvier 2007

Axel Fisch, y joue de la guetarre!





«À quoi je joue?
Je joue de la guitare»
Jean Leloup

«Ma guitare a des incrustations de nacre
Ma guitare est du printemps le sacre
Quand je m'ennuie, quand je déprime ou que je dérape
Ma guitare attend que je t'attrape»
Jean Leclerc

Il y a des lunes que je n'ai pas croisé Axel Fisch.
Axel est un sympathique concentré musical originaire de la Suisse,
planqué au Québec depuis le début des années 1990,
avec plusieurs interludes plus que significatifs au Brésil
à cause de la musique plein les zoreillesAxel a raffiné son art
en travaillant avec plusieurs artistes de Sao Paulo :
Ragéro Boccata, Catio Gawa, le saxo Idriss Boudrioua...
Il y avait aussi sous le soleil une histoire d'amour, si je ne m'abuse,
pour achever le plat.

Axel a des doigts de petit suisse qui courent sur les cordes.
Je l'ai vu à l'Air du Temps lors du lancement de son premier CD
l'enfant Lune, en 1995. Peu après, je l'ai vu bien jacké, flyé en clisse
avec son groupe sur une scène extérieure du FIJM.
Il était venu à notre émission de jazz-poésie, Train de Nuit.
Je faisais relâche ce soir-là et c'est mon partenaire Sylvain
(ils sont amis tous les deux) qui l'avait reçu en ondes.
Y paraît que les vitres du studio vibraient tant la musique
se tordait au max dans les hauts-parleurs témoins
de Radio Centre-ville! Faut dire qu'à l'heure tardive
où le Train passait, à part nous, il n'y avait plus un seul zigoto
dans la cabane au 5212 St-Laurent! On pouvait faire les fous.
Si ma mémoire n'est pas une planche pourrite,
Axel avait fait à la radio quelques pièces live. Je demandrai à Sylvain.

Je l'ai même reçu dans ma cuisine où l'on avait organisé une rencontre
avec le directeur d'une Maison de la Culture.

J'ai su plus tard par Sylvain qu'il était en train de monter un studio
d'enregistrement numérique. En fait, il s'agit d'une boîte qui est
devenue très active dans le milieu depuis 1999
et qui s'appelle Solar Production 3.0.

Discographie (Axel Fish Group) :
Saudades (Mars 2003)
Veridiana (Février 2001)
Agua com Jazz (Novembre 2000)
L'enfant Lune(Avril 1995)



Sur le site de Solar, on peut auditionner quelques pièces de ces opus.

Mais là, ça faisait une bonne secousse que je n'avais pas eu de nouvelles. Puis voici que je tombe sur une petite annonce (Sortiesjazznights) qui me remet à jour coté Axel :

Productions Solar 3.0 et Musique-O-Pratique présententdepuis le 18 janvier
Les Axel Fisch Jazz Jam tous les jeudis,
au Parc des Princes sur l'Avenue du Parc!
Avec Axel Fisch à la guitare, Alex Bellegarde à la contrebasse et Philippe Lemay à la batterie
au Jam Jazz du Parc des Princes!

C'est dit.

Crédit photos : je les ai empruntées sur le site d'Axel (Solar productions).

23 janvier 2007

RAP MAUDIT

À noter du côté des bons jouals farouches, il y a du rap aussi dans la glotte de cette métropolllle. Séba m'a envoyé des infos pour toutes les semainnnes, comme il dit avec son intonation-détonation caractéristique de rappeur...

À partir des communiqués, traçons l'essentiel du programme à venir.



(Séba, photo jd)


Les soirées Rap maudit sont de retour après trois ans d'absence.

Rap maudit c'est quoi ?

L'événement est une initiative de Khyro (Atach tatuq) et est né (...) dans une galerie d'art hip hop du centre-sud. Principalement, des mc's se réunissaient autour d'une batterie dépouillée et d'une contrebasse. Les mc's qui avaient préparé leurs plus beaux textes, les plus poétiques, les plus personnels se relayaient au micro. Parfois, les mc's donnaient le ton de la pièçe grâce à leurs flow, parfois c'étaient les musiciens qui imposaient une figure sur laquelle le mc devait surfer.
Et bien aujourd'hui, c'est la même chose.

Les soirées Rap maudit débuteront le lundi 29 janvier prochain au Cheval blanc (entrée gratuite). Elles se poursuivront le 1er février (lancement officiel) au Quai des brumes, pour ensuite revenir tous les derniers mardis de chaque mois au Quai des brumes (entrée 5 $). L'événement est animé par Khyro et Séba. Il s'agit d'une soirée de rap poétique sur des musiques accoustiques (drum et contrebasses) improvisées. Emcees prestigieux, invités et plaisir garanti.

Le jeudi, 1er février, à 21h00, 5 $,
avec
D-Shade (Shade of culture, Pawa up first)
Biz (Loco locass)
Blissa
The Narcycist
Boogat
Séba (Gatineau, Ghislain Poirier)
Khyro (Atach tatuq)

Par la suite :
Tous les derniers mardis de chaque mois à compter du 27 février, toujours au Quai des brumes. Invités à confirmer, mais il y aura assurément C-Drik, Maybe-Watson et Blissa...
-30-


Meurci bien, Séba (Co-directeur artistique avec Khyro de Rap maudit) .

22 janvier 2007

Salvador Bahia

Vamos? Aille ya yaille! Je vous amène avec moé? Quand est-ce qu'il part le prochain train? Quando e que parte o proximo combio para? Deux trois petits coups de hanches, et puis... sha la la la la, sha la la la la, ooh! ooh! ooh! ooh! oh!..

21 janvier 2007

Les éclats d'inamertume

Je pique cet intitulé pour interstice céleste futur
au récent film de Louis Garrel,
Les amants réguliersque j'ai vu après tout le monde en DVD
et dont la trame est divisée en quatre mouvements,
aussi bien dire en quatre poèmes.

Garrel, c'est 40 ans de cinéma français, 27 films dont
La cicatrice intérieure,
L’enfant secret,
J’entends plus la guitare,
La naissance de l’amour,
Le vent de la nuit,
Sauvage innocence (...)

Je n'ai hélas vu aucun de ces films.
Peut-être les ai-je manqués,
mais sont-ils seulement jamais passés ici?

Garrel c'est aussi le père
du jeune acteur Louis Garrel
qui joue François dans les Amants,
rôle qui lui a valu un César en 2006.

Il me semble que Garrel réussit à recréer dans cette oeuvre
la lente profondeur de la vie.
Par exemple, prenant le contre-pied
de tout ce qui s'est fait en la matière,
il creuse, il plante avec la caméra une féroce bataille de rue (mai 68)
qui commence par un plan fixe d'au moins 10 minutes...
Tout est cependant relatif puisque le film dure au total 2h59!

Dans les scènes plus dialoguées, on oublie le jeu des acteurs tellement l'identification est plausible. La fiction est démontée par une mise en scène en apparence banale où les gestes naturels et nonchalants des personnages nous rejoignent d'emblée. Ces jeunes dans la vingtaine, malgré la singularité de l'époque et du lieu, ressemblent à d'autres jeunes, ressemblent à ceux que nous aurions pu être.

Cependant, l'impact politique direct de mai 68 sur la société française est omniprésent dans ce film. Alors que dans Les Innocents (Dreamers), que j'ai aimé malgré les critiques généralement sévères, entre autres à cause du rapport à la musique et dans lequel Louis Garrel jouait également, un Bertolucci s'intéressait davantage à la contestation vue à travers le philtre d'un trio d'adolescents qui s'isolent de la rue où tout s'effiloche et expérimentent jusqu'à l'excès l'affirmation romantique du «je», du devenir soi. Mai 68 n'est qu'un arrière-fond alors que chez Garrel, nous sommes dans la continuité incarnée de la révolte. Pour un garçon comme François, être en continuité signifiait aussi tout go être en rupture. Avec le recul de quarante années, c'est bien lui, François, graine de poète, le plus engagé, le plus soixante huitard, celui dont la voix nous parle encore aujourd'hui. C'est bien le poète si peu sûr de lui qui nous incite à la liberté. Et donc, je m'excuse, à la révolte.

Dans Les amants réguliers, il y a le remarquable trajet des mots quotidiens
sur fond d'appétit de vivre de cette bande d'amis dopés à l'os
en train de recréer entre eux la mise en commun du sens,
ce recommencement obligé à chaque nouvelle génération.
Pourtant, on ne cause pas mur à mur dans ce film bien français...

Récit incertain mais critique des gauchistes,
fainéants, rêveurs, artistes, intoxiqués de tout poil,
ces nouveaux amants réguliers mais désunis qui veulent
«prendre le temps de vivre».

Puis, sur le même trottoir, le récit empesé, conformiste, grandiloquent
des autorités, gendarmes, commissaires de la Défense nationale, avocat...,
malgré la révolte et le contexte bigarré qui bouleverse tout l'Occident.

Mais quand on a 20 ans et que la révolution avorte,
et même quand on est vieux comme le grand'père de François -
le grand'père véritable de Louis? -,
on pense que plus rien ne bougera avant...
oh! on ne saurait dire combien de temps!

C'est là une méprise, bien sûr. La marche des peuples est lente.

Nous le connaissons bien ce découragement
comme si nous l'avions tricoté nous-même!

Louis GarrelClotilde Hesme
Garrel montre que la vie a néanmoins changé,
que la notion de commandement s'est effritée.
Certains n'iront plus travailler comme avant.
François, l'insoumis, l'enfant de la patrie dit non,
écope de six mois de prison avec sursis
pour avoir dit non au service obligatoire....

Posé, sensible, étudiant décrocheur, poète à ses heures,
vivant au crochet d'Antoine qui a beaucoup de blé,
malgré sa déroute personnelle et l'abandon qui se tisse,
François, un être très doux, tente jusqu'au bout
la liberté en regard de l'amour.
En tous les cas, il n'enferme pas sa blonde Lilie
comme un oiseau...
Il aime sans condition.

Est-ce si commun?

Nous rappelant le possible d'hier,
ce film porte un regard qui tonne sur aujourd'hui.

«Viens, écoute ces mots qui vibrent
sur les murs du mois de mai
Ils nous disent la certitude
que tout peut changer
un jour...»
(Le temps de vivre, Moustaki. Je cite de mémoire.)

La vie a changé, mais les humains restent, peu importe, seuls
dans leur humaine condition,
toujours seuls sur le chemin, dira François Dervieux.

Puis, tous peuvent être frappés d'impossibilité.
Le dernier mouvement du film,
rapide, syncopé, intitulé «Le sommeil des justes»,
nous fait basculer définitivement du politique au privé,
le privé est politique disait-on...
Le combat de François pour l'intégrité s'éteint
derrière une dernière barricade,
celle de la mort.

Mais comme le remarque André Roy,
(voir son excellente critique dans 24 Images, Numéro 28, aut. 2006.)
c'est sans pitié que l'on embrasse toutes les morts successives
qui traversent l'existence des personnages.
D'où ce beau mot d'inamertume,
proche de la dignité et du courage, je crois bien,
ce «mot d'ordre» pourrait-on dire en écho aux «camarades» du film,
évitant toute complaisance, nostalgie, moralisation,
mot qui s'infiltre à une époque, la nôtre,
si dégoulinante de morosité.

Il y a dans ce film touchant des images d'une grande poésie,
ce qui n'est pas sans douleur.

À la fin de ce drame, il nous reste de simples munitions,
des mots et des images en noir en blanc...
en noir et blanc,

avec des éclats d'inamertume pour continuer notre chemin.

20 janvier 2007

Si j'avais les ailes d'un slam, j'partirais pour QUÉBEC!

Mercredi le 17 janvier, tout juste après Montréal, ce fut le baptême de feu du slam à Québec au Rouje, rue St-Joseph, haut lieu du théâtre d'improvisation.

Baptême de feu du slam, oui, certain, parce qu'il faisait -40 degrés dans la Capitale ce soir-là, selon mon espion de Lévis, un dénommé de plume (excellente plume) Superk. C'est sûr qu'il restera toujours une petite lame de Nordique de plus sur la joue fluviale de la vieille dame orgueilleuse de ses 400 hivers!

Les deux comparses Ivy et Carlito ont slamé sur la 20, ou la Félix-Leclerc, je ne sais trop, jusqu'à Québec pour la bonne cause. La radio de CKRL, au 89,1, a invité en entrevue l'auteur de Un corps s'envole... Et puis, en soirée, Ivy a servi comme poète sacrifié à l'ouverture du slam.

Au retour, Carlito écrit : «je reviens de Québec où, avec Ivy, nous sommes allés assister à la 1ère du Slam (...) Très bonne soirée ! il y eu 64 entrées, je crois, ce qui est vraiment bien pour une première.»

Si j'avais les ailes d'un slam...
«je roulerais, roulerais dans la nuit
en chantant de jolies mélodies».



16 janvier 2007

Slamer comme une belle tempête de neige!


C'était un beau désert blanc hier soir à Montréal.

Glissant. Coulissant. Slamant.

«Au désert la pierre est un cadran», dit le poète José Acquelin. (Photo J.D)

Question de traction, un chauffeur de taxi m'a dit, amusé, avoir vu une Mercedes flambant neuve incapable de monter la Côte-des-Neiges! Ah!

Question de traction populaire et underground, c'était aussi la première des premières vraies soirées slam à Montréal...

(Photo J.D. - Oeuvre de Jolène Lemarier, artiste du mois qui expose O Patro Vys)

J'arrive avec des traces de pelle aux mains, en retard, la salle est littéralement bondée! Des spectateurs debouts, assis, accroupis, accrochés au bar, tant et si bien que le vestiaire affiche complet et n'a pas voulu de mon parka!

J'avais manqué Ivy en ouverture et le poète sacrifié (Carlito), c'est-à-dire le premier slameur que l'on envoie au front pour casser la glace, question de permettre au cinq juges choisis parmi le public de faire aller leur jugeote.

Manqué également d'entrée de jeu Félix, que j'ai bien apprécié à la seconde manche et qui va d'ailleurs monter sur le «slamum» à la fin de la rencontre en décrochant la troisième place. Félix a une écriture très sensible. Je lui ai demandé s'il trouvait difficile de puncher son parcours afin de marquer des points et convaincre les juges? «Oui, un peu, mais lors de mon premier slam, je parlais d'un ami qui est décédé, et je crois avoir saisi le public».

Félix. ( Photo : Carlito)

Outre Félix, voici le nom de tous les slameurs de la
soirée : Isabelle Saint-Pierre, RebelleTranquille, Carl Bessette, Polo, José Acquelin, Séba, Queen K, Francis Pellerin. (Voir les belles photos de Rachel plus loin. Tout le monde y est).

Je le dis comme je le pense : il y eu de l'âme tout au long de cette soirée et je compte bien montrer du doigt le responsable en chef de ces éclats de vers, soit le poète Ivy, vrai chef d'orchestre à chapeau qui a inspiré de bout en bout cette joyeuse rencontre. Mais faut bien le dire aussi, le public était là, attentif, ravi, sans doute le joueur le plus important de la soirée!

Les autres complices de l'aventure sont :
Paolo Tofu., le DJ (Photo J.D)

Le Chrono master et pointeur, le poète le plus «choué» de la soirée, Bertrand Laverdure.

La vidéo a été conçue par Attic Visua (Alain Starotsa).

Pour traverser l'entre-deux manches, il y eu la présence de l'excellent chansonnier Thomàs Jensen. Pur chansonnier venu de l'Argentine, Thomàs n'a plus la gueule de Guevara depuis qu'il porte les cheveux très courts. Il en a quand même poussé une très belle en espagnol, souhaitant que le «Che entre dans tous les sous-sols de l'Amérique du Nord»! Sur la photo (de Carlito), Thomas tente un texte sans sa guitare.








Ce premier vrai Slam de toute l'histoire de lÎle Jésus était un mélange culotté de neige (Polo), de quick aux fraises (Pellerin), de pizza au poil (Séba), de temple qui résonne (Aquelin) et j'en passe pour arriver à ce constat : la poésie dans sa diversité a été bien servie hier soir.

Sur la prochaine photo, à la même table que Khyro (Atach Tatuq), on reconnaît Séba, en arrière-plan, souriant, avec la barbe et le quartier d'orange sous le nez. Il sort tout juste de scène. Il est content de son coup. C'est lui qu'on applaudit. Il faudrait dire un mot sur son «conte», son slam aiguisé parti de rien sur le perron des Foufs où son personnage accroche une dulcinée nue de poils, ô... Abracadabrance avec un oeil de bête de scène dans ce Séba qui s'est classé bon deuxième!


Puis enfin, il y a eu ce vlimeux de bon marqueur, un grand gaillard qui a le tour d'entortiller les mots avec la naïveté des grands : Carl «avec un C», me précise-t-il. Sur la prochaine photo, on le surprend dans l'attente de la compilation du pointage de son deuxième slam qui fut brillant. Les notes sont hautes et vont le faire passer au premier rang.



(Photos J.D.)

A+ + +

A+, c'est maintenant puisque je reçois des photos, gracieuseté de la photographe Rachel Biberian.

Un grand grand merci!

Alors, on fait un train d'honneur à tous les slameurs-artistes de la soirée!

Bravo!


Carlito, le poète sacrifié



RebelleTranquille

José Acquelin

Carl Bessette, le slameur couronné.

Séba, bon deuxième.

Francis Pellerin

Queen K

Félix, 3e position
Isabelle

Polo

Thomàs Jensen

Le Manitou, Ivy (photos Rachel Biberian)

14 janvier 2007

Ça gaule libre en slam, mon général!

Sur le chemin, les marcheurs sont tous égaux, mais ils ne marchent pas tous au même rythme, rappelle le philosophe Jean-François Malherbe.

Je le paraphrase ici pour dire encore un mot sur la slam.

D'ailleurs, c'est décidé, Train de nuit va diffuser tout ce qu'il peut sur ce mouvement émergeant en poésie au Québec.

Ailleurs, les slameurs ont eu le temps d'user un peu leurs semelles. Des phénomènes issus du slam commencent à crever les scènes de la francophonie comme Le Grand corps malade dont tout le monde parle et qui viendra de ce côté-ci de l'Altlantique à l'automne 2007.




En attendant, ça grouille, gribouille scribouille, ça gaule librement, mon général, à Montréal.

Je rappelle en effet que le fracassement se fera lundi le 15 janvier, sans cachette, au O Patro Vys, un beau petit club, au 356 Mont-Royal Est, à 20h30, entrée 5 $.

Ce sera le début officiel des soirées dans le cadre de la ligue de slam poésie du Québec. Soirée « classique » avec jury du public, pointage et mélange de performeurs : poètes, slameurs, rappeurs. Chaque participant aura trois minutes max, sans accessoire. Le ou la gagnant(e) s'assurera une place dans les semi-finales.

Et puis, en musique, il y aura le persistant et pertinent Thomàs Jensen. C'est manifeste, du soleil il y aura.


D'ici là, on n'écrit pas pour passer le temps, on écrit pour marcher. Et comme le dit bellement André CHEDID :

Je n'écris pas pour passer le temps.
Pour le croquer le détourner l'apprivoiser
Ça oui peut-être.
Pour apparaître
Un bref instant, brèche d'éternelle
Fraternité. Fenêtre ouverte
Sur les visages du passé,
Présent connu ou inconnus,
Présage d'un futur collectif :
Le monde est plein d'individus.
Dis-moi les mots qui se bousculent ;
Bascule et roule,
La parole est à prendre
Un cœur à perdre ou à entendre.
Rendre les larmes, comprendre les armes
Rendre les armes, apprendre les larmes
(...)

Peser au seul aune de l'humain
De tous et de chacun.
De tous et de chacun : deux termes en équilibre,
Pour être juste pour être libre ;
Pour être juste, pour être libre.

Les printemps sonnent creux quand tarit la parole

Photo de T. Jensen : Bande à part

13 janvier 2007

Carnets pelés 7 - Je m'envole autre


18 septembre 2001, station Honoré-Beaugrand

Je savais que ça m'arriverait un bon matin. Me retrouver assis dans le métro avec rien à lire! J'ai oublié Le Devoir sur la table de la cuisine et mon sac à dos ne contient exceptionnellement aucun livre, hormis celui de ma belle-mère, un livre de cuisine qu'elle a publié à tirage très limité. C'est que Diane, une collègue, désirait avoir la recette de gâteau aux pommes! Tu parles! Alors, ça traîne dans mon sac. Mais c'est pas vrai que je vais lire ça dans le métro à matin! À moins que je ramasse le journal Métro qui est par terre, à ma gauche? Je me rabats sur mon carnet et j'écris.

J'aurais souhaité poursuivre ma lecture de Georges Leroux dans Le Devoir. Mon ancien prof suggère d'envisager le fanatisme comme une forme de folie tant il est par avance inutile de le comprendre.

En attendant, Ben le smatte est à la une de tous les journaux.

Moi, quarante quelques années. Et encore moi. Toujours moi. C'est le mystère. Toutes ces fuites. On a quand même débusqué hier une hypothèse chez une sexologue qui parlait de déviation. Ainsi, pourquoi cette fastidieuse recherche autour de la marge alors que je ne possède manifestement pas les pulsions propres à l'accomplissement du «même»?


19 septembre 2001 - Midi, fontaine de la Place des Arts

Ce matin, à deux reprises, Guylaine, une collègue, me dit : «Tu as quelque chose de changé». Si seulement elle pouvait dire vrai! Si seulement les grands remuements que je fomente dans mon coin émergeaient au grand jour! Si seulement ma quête qui a racolé les ombres les plus sombres de mon âme et aussi les trous de cette ville pouvait s'ouvrir comme un livre d'images sur mon front transfiguré.

20 septembre 2001, métro Cadillac

En réponse à Guylaine, j'ai cité Pessoa : «Je m'envole autre».
(Je pense avoir piqué cet exergue à Morency dans La lumière des oiseaux.)

Après, quelques courriels ont déboulé entre nous. Moi puis ma marge, puis mon nez collé sur la vitre des mots. J'avais oublié une fois de plus d'apprendre la grammaire des autres. J'ai pensé à Wittgenstein. J'ai pensé sans intérêt à la langue de l'administration. But dans la vie. Ingénierie. Réalité physico-chimique. Cheminement de carrière. Pour certains paroissiens, on ne dit jamais rien pour rien.

«Là, m'a-t-elle répondu, tu me mystifies.»

Guylaine, j'suis tanné de m'expliquer. Je m'envole autre, c'est toutt! N'importe quel enfant jouant peut très bien avoir envie de s'envoler autre. Pas toi?

10 septembre 2001, station Assomption

Rien ne va plus. Les ailes qui vous portaient si loin encore hier crochissent, se plantent dans les branches, et l'âme coule farouche sans cesse en catimini, ni corps ni orgueil n'arrêteront sa douche incarnée.

J'allume la lumière : « Et que vous soyez incapable de dire ce que vous ne savez pas (...) C'est une faiblesse des plus répandues.»
- Watt de Beckett

Et maintenant, Beckett sur Watt :

«Car chez les hommes et les femmes, chez les hommes à femmes et les hommes à hommes, chez les femmes à hommes et les femmes à femmes, chez les hommes à femmes et à hommes, chez les femmes à hommes et à femmes, tout est possible, jusqu'à preuve du contraire, dans ce domaine.»
franceweb - poesie - Extrait de Watt, ed. de Minuit


Photos : jd

Garafa de joie



Pas pour écoeurer le peuple... Mais dans 28 jours pil, je serai assis sur la grosse roche de cette praia tranquila, au pays de Lula, et je deviserai à savoir s'il fait 28 ou 34. Je m'attends à ce que la brise soit fraîche à mes pieds et mon ami, le médico et philosophe Claudio qui habite à 200 mètres de cette plage de Bahia, m'a écrit tout à l'heure qu'on se climatisait à la bière au Brésil. Très cool! Il m'a dit aussi qu'il tenait sa revanche à l'idée de me voir souffrir à 35, lui qui, de passage au Québec pendant quatre ans pour étudier, n'eût pas de tuque assez profonde pour affronter les poignards de nos -35! J'aurai en plus, imaginez, à souffrir le carnaval de Reciffe. Je suis convaincu que je devrai faire une plainte au consulat en revenant. Une plainte pour harcèlement musical et tropical, sensuel et pour le coeur partout de ce peuple décidé.


Photo : Claudio

11 janvier 2007

Rhinomortis Poetry Slam

Dans la série de la slam illustrée : une espèce de Rhino from Louisville, Oncle Slam. On excusera ses facéties de gamin. Mais voici, non pas un exemple, mais précisément l'illustration d'un slameur qui fauche large en l'espace de trois minutes. Observez-le bien. Ça bouge de la gueule, des pieds, des mains et des mots!

10 janvier 2007

Tag et Trompette de la renommée...



Allons. Une fois n'est pas coutume. Train de nuit consent à ouvrir un petit bout de rail pour faire plaisir à un passager qui a son siège attitré : Onassis. Jouons à la tag. Et donc, voici quelques idiosyncrasies qui n'intéresseront personne.

Je me limite à cinq items. Je me demande même comment remplir la commande.

1) Je cours presqu'à tous les jours et c'est automatique, pour me vider la cervelle (ce n'est jamais très long), au lieu de faire «hom» comme les yogi, je compte mes pas : 1, 2, 3...154, 155, etc. Je ne compte pas les moutons! Je ne compte pas sur mes doigts. Je compte mes pas. Des fois, je cours vite, alors je compte rapidement. Je ne pense à quasiment rien d'autre, pas capable de faire trois choses en même temps; puis cela me permet de mesurer la distance. Par exemple, je sais qu'un tour de piste au «Y» vaut environ 80 pas. Je sais qu'il faut 880 pas pour franchir un kilomètre, et ainsi de suite. De l'appart. au métro, je sais qu'il y a 1000 pas. Quand je cours, j'ai l'air de prier. Je compte sur mes lèvres. Parfois, des petits bouts, je cours à reculons. Pensez-vous qui le pasomètre décroît?

2) Un peu dans la même veine gnochonne, lorsque j'ai des commissions à faire sur l'heure du midi au centre ville et que je ne veux pas m'occuper de quoi que ce soit, je fais des sondages binaires en marchant. Par exemple, l'été dernier, sur la Catherine, j'ai mesuré combien de mecs portaient la cravate. Tous ceux que je croise et que j'arrive à comptabiliser font partie de mon échantillonnage. Si la tendance se maintient, je peux prédire que la cravate prend le bord socialement (+- 35%) même chez les soi-disant «hommes d'affaires». Une autre fois, je voulais savoir combien de personnes battent les bras en marchant, etc. Nono au cube! Pourquoi diable ne pas se contenter de regarder les jolies femmes?

3) Je ne suis pas addict au tabac, ni à l'alcool, ni aux drogues légères. Je sais ce dont je parle. Mais pour le sexe, je me pose des questions. Ceci étant dit, les statistiques de Train de nuit vont augmenter à partir de maintenant!

4) J'ai croisé à plusieurs reprises René Lévesque. Une fois, en coulisse d'un congrès, on s'est retrouvé face à face. Il m'a décoché un de ces regards désapprobateurs! Comme un père découragé de voir son enfant attriqué de même! C'était déjà la mode des jeans troués, patchés, des cheveux ébouriffés...

5) Je suis un indéplumable oiseau de nuit. Cela vient de mon enfance où je fus très libre. C'est un miracle que je sois avec la même femme depuis plus de trente ans! Une couche-tôt. Mais on ne peut jamais présumer du lendemain.

J'ajoute un supplément caché.

6) Je suis bien trop naïf pour être rancunier. Mais j'ai une mémoire de chien! Surtout à propos de ceux là qui ont sacré après moi...

Bon. Est-ce convenable? Est-ce dans la tradition des blogues qui se versent le thé?
(Je blague en tirant la pipe).

Normalement, je devrais me débarrasser en donnant la tag à quelqu'un d'autre. Au village, quand on jouait, on pouvait retaguer celui ou celle qui nous l'avait foutue... jusqu'à ce que la cloche sonne.

Bon, un peu de poésie pour Train de nuit en terminant. Car, c'est malgré moi, je pense à Brassens. Je fredonne ceci mentalement sans compter mes pas :

«À toute exhibition, ma nature est rétive,
Souffrant d'un' modesti' quasiment maladive,
Je ne fais voir mes organes procréateurs
À personne, excepté mes femm's et mes docteurs.
Dois-je, pour défrayer la chroniqu' des scandales,
Battre l' tambour avec mes parti's génitales,
Dois-je les arborer plus ostensiblement,
Comme un enfant de chœur porte un saint sacrement ?»

-Trompette de la renommée

Photo : Enfants jouant à la tag - USA Today

08 janvier 2007

Punk au feu sacré


Scène de rue. Scène de ville. Rue St-Denis, samedi soir.

Devant l'ONF, j'aperçois un punk jouqué sur le perron qui torche la nuit en jonglant, droit comme un piquet, avec les flammes «qui coûtent cher».

Oui, l'essence est chère, et l'habile jonglerie, c'est pas pour les beaux yeux du Cirque du Soleil, c'est pour quêter quelques sous aux passants plus ou moins captivés.

Il n'y a pourtant pas quêteux plus flamboyant aux alentours,
plus débrouillard.

Mais voici, scène de rue, scène de ville, une auto patrouille se stationne en douce coin de Maisonneuve. Le jongleur éteint prestement avec sa main chacun de ses flambeaux. Ça sent l'interruption boucanée.

Un policier guère plus âgé que le jeune punk s'approche en souriant. On ne le verra pas sur la photo. On lui verra seulement le bout du nez (énervement du photographe).

Le punk privé de liberté libre s'explique, les yeux allumés (erreur du photographe), il vend sa salade de survie, il prend à témoin son complice : «On n'a pas le droit de squeeger! On n'a pas le droit de jongler!!!»

«Tu peux jongler si tu veux. Mais pas avec les flammes, répond le policier un peu narquois. Moi, ça ne me dérange pas. Mais tu pourrais blesser du monde».


Hasard, nécessité de la ville. La sécurité des uns et des autres, on l'oublie, participe à l'un des interdits fondamentaux de l'humanité : tu ne tueras pas ton prochain. N'empêche que je trouvais ça beau ce show de quilles en feu sur la rue si docile, encore enguirlandée des lumières de Noël, et j'aurais souhaité avoir le temps de lancer une piastre dans la maigre cagnotte remplie de désirs du petit tannant aux fausses bretelles rabattues.

Alors, j'ai changé de côté de rue et ailleurs dans la ville, hormis l'hiver, tout était normal.









Crédits photos : jd

07 janvier 2007

Petit slamorama Ô Saint-Ciboire




Pendant que la gastro décimait le Canadien* qui encaissait sa deuxième défaite d'affilée, sur la scène du Saint-Ciboire, dans cette french lousy city, on se réchauffait slam dans une session libre en préparation de l'ouverture de la première saison de la ligue.

Sur le coup de 22h00, trois piliers slameurs ont tour à tour esquissé la belle humeur et l'allure un peu «toupie»de ce mouvement poétique en émergence au Québec.

Cela s'est joué 1, 2, 3, 1, 2, 3...

Ivy, le grand manitou de Slamontréal, facilement reconnaissable à son chapeau rouge pop art et à son enthousiasme surtout, a cassé la glace avec aplomb. Puis, en deuxième lieu, vint Frédérique Marleau,











une habituée de la scène poétique montréalaise. En deux temps trois mouvements, Frédérique a défendu d'une voix personnelle des textes surprenants de chair et d'os réincarnés. Mentionnons qu'elle a récemment fait paraître Visages de Marie aux éditions les Marchands de Feuilles.

Enfin, le trio de base des slameurs libres du Saint-Ciboire se composait d'un fort ailier gauche au coup de patin remarquable.
Tout ça avait rap chez Carlito qui a déjà slamé dans les nuits littéraires parisiennes.

Du haut de la passerelle, il fut pour moi une heureuse découverte. Son écriture est en mouvement, sombre, claire, drôle, tout à fait achevée. L'auteur pigmente ses charges de rythmes et de fausses chutes qui se défoncent chemin faisant. Son slam de «sexe», cochon à souhait, épuisant toutes les possibilités lexicales du Don Juan, toujours brûlant de poésie, ou bien celui plus dramatique sur la vie qui passe, la perte d'un être cher, fraternel, insistant sur la beauté du monde. Affreusement poétique, ce Carlito.

Étant attablé tout près de moi, j'ai pu aussi observer son sens de l'écoute, son intérêt pendant que ses camarades slamaient sur la scène.

Cette espèce de dialogue de fond me semble faire partie du slam si tant est que les passes des uns et des autres «dépassent» l'expression du je abracadabrant.

Dans le même sens, à voir aller Ivy, il est tout aussi évident qu'il est d'emblée un joueur d'équipe franchement intéressé par le mouvement global des poètes slameurs.

C'est solidement bien parti.

D'autres slameurs se sont faufilés et mériteraient que l'on souligne leur apport. Mais le tout s'est déroulé tambour battant sans présentation.

À l'intermission, wow! une méprise personnelle a été crevée. Merde! Nina, si présente à Train de nuit, se trouvait avec son sourire insistant à la table voisine avec Mély, sa comparse. Et moi, je dormais au gaz! Nous ne nous étions jamais rencontrés. Nina est venue me voir à l'intermission et ce fut , sur le plan personnel, le clou de la soirée. Tous les trois, nous assistions pour la première fois à une soirée slam.

La seconde partie de la session était ouverte au public, sans juge, sans sifflet. Super belle initiative qui montre que plusieurs cherchent des lieux pour s'exprimer. Toutefois, avec cette belle liberté, il aurait été pertinent de rappeler, même en douce, quelques spécificités du Slam que l'on vise à introduire. Sur la bonne douzaine de participants, il y a eu des longueurs, des «récitations»... Mais il faut du courage pour monter sur la scène et plusieurs se mouillaient pour la première fois.

J'ai retenu, entre autres, un slameur dont le nom est Polo,
très efficace, qui est venu haranguer en jouant sur les mots «impro» et «amateur». Exemple brillant d'un slam qui peut mener le diable tout en riant.






« Il ne s'agit pas de diviser les poètes, mais de les réunir autour de la poésie !
Tout participant, peu importe son sexe, son âge, sa couleur, sa religion, ses opinions, ses préférences sexuelles, son apparence, est un poète actif et vivant.
Il n'y a ni gagnant ni perdant !!! La vedette, c'est l'art poétique. »
F.F. de Slam Poésie


Rappelons que la première soirée mensuelle et officielle, section Montréal, aura lieu au Patro Vys le 15 janvier prochain.
* En observant bien l'écran télé sur la photo du haut, on peut voir la Ste-Flanelle en train de perdre...

crédit photos : jd