28 décembre 2008

Good-bye-farewell






Nous sommes chanceux ici, croyons-nous
il n'y a que le vent parfois sur nos têtes
qui se rassoit juste avant de trop boquer

Cela est indéniable

N'empêche, il ventait trop aujourd'hui
pour suivre la route de mon cher Canton d'Ely.
Alors un mot encore dans ce Train de Nuit
que je croyais en vacances...

Mely est partie ce midi pour le Viêt Nam.
Je me suis fait une soupe au riz basmati
haut de gamme avec du bouillon de dinde,
panais, oignon, carottes, thym, estragon
et le cou, alouette.

Puis, j'ai écouté le cadeau de Noël que m'a offert mon gendre M.
Un vrai beau cadeau : 12 hommes rapaillés. 12 voix de gars
comme pointes de charrue repassant dans les sillons tracés par Miron. Des labours de grandes circonstances. Les vétérans se surpassent (Rivard, Lavoie, Flyn, Faubert, Séguin, Corcorran, Gilles Bélanger, rien de moins); les plus jeunes (Vallières, Perreau, Martin Léon, Louis-Jean Cormier) brillent d'intensité, tout un chacun s'efforçant d'interpréter juste. Ça sort joliment bien.

Mais l'émotion la plus vive, pour moi, est de retrouver sur ce disque un autre grand poète qui habite de sa voix sombre et un peu chevrotante le texte Désemparé de Miron... J'ai nommé : Plume Latraverse. Ce tendre bourru pousse l'œuvre déjà très forte dans sa facture musicale du côté de l'inoubliable.

***

« Au nord du monde nous pensions être à l'abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n'arrivent qu'aux autres
Incrédules là même de notre perte
au nord du monde
et tenant pour une grâce notre condition
(...)
À la criée du salut nous voici armés de désespoir
nous avançons nous avançons le front comme un delta
good-bye farewel. »
- Gaston Miron, La route que nous suivons.

Paix & Bonne Année 2009!
















Jouons pour le changement avant la fin de nos jours!    





« Playing For Change is a multimedia movement created to inspire, connect, and bring peace to the world through music. »

À propos du documentaire Playing for Change: Peace Through Music (2008) de Jonathan Walls and Mark Johnson et d'où est tirée la séquence Stand By Me, voir AmNew York.

27 décembre 2008

Non Jeff, t'es pas tout seul

Numéro 1 au palmarès cette année :
H

Doigts, main, sept, amitié, TALENT!

Plogue : Sam, Anne-Gaëlle, si vous n'allez pas à Rennes d'ici le Jour de l'An, cette compagnie montréalaise est à Paris avec Traces...

Oh! long Train de nuit







« Oh! long Train de Nuit
souvent
au Sud en direction du Nord,
au milieu des ponchos mouillés,
des céréales,
des bottes que la boue raidit,
en Troisième,
tu as déroulé la géographie.
C'est peut-être alors que j'ai commencé
la page terrestre,
que j'ai appris les kilomètres
de la fumée,
l'étendue du silence. »

- Pablo Neruda : Mémorial de l'île Noire, 1964.

Voix Nomades


La Poésie

« Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où
elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence:
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.

Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.

Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent. »


Pablo Néruda, Idem.

poète en révolte

26 décembre 2008

Mémoire des noms « pour faire craquer la porte du gel »



























« arrive, arrive
ce temps où les fils
parleront de leur père
avec les mots légendaires »
- Pierre Perrault, Ballades du temps précieux,1963








« Pour contrer les arguties et les entourloupettes du Prince, il n'y aura qu'une arme : la naïveté. Elle consiste à dire : après tes belles paroles, que me reste-t-il dans la main ? A quoi servent tes engins de destruction ? Tes hausses d'impôts ? Tes discours sur le chômage ? Tes remèdes à la crise ? Qui profite des tes milliards ? Qui paye les intérêts et à qui ? Es-tu responsable de l'économie du pays ? Si oui, pourquoi est-elle dans un si piteux état ? Si non, pourquoi prétends-tu gouverner ? N'as-tu de pouvoir que sur la parole ? Il semble bien que oui, si j'en juge par le peu qui me reste dans la main, quand tu m'as tout enlevé ou presque. Prince, toi et ta grande gueule, ne me cachez pas le soleil. J'y verrai plus clair et je me boucherai les oreilles »
- Gilles Hénault, Graffiti et proses diverses, 1941


« Je suis de ceux qui acceptent
La lumière et la nuit de nos pauvres années
Je suis de ceux qui lisent
L'ombre de nos mains sur nos actions futures
Je suis de ceux qui parlent
La bouche pleine d'une amer certitude
Je suis de ceux qui voient
Les sortilèges de la terre dans le regard des femmes »
- Gilles Hénault, Voici venir le temps, 1951.


« Nous étions fous aussi
mais fous de nos amours

fous de notre liberté
et pour ne pas crier
nous écrivions sur nos murs
des lettres voyantes en capitales éclairées »
- Roland Giguère, «J'imagine », Possibles,Vol.1, no,1, automne 1976

« On sème
des espoirs de toutes couleurs
sur nos nuits blanches
et le cœur s’apaise »
- Roland Giguère, août 2004 (?)

*


Toile : Engloutis No 38, Rafael Sottolichio +++


*

Hurler dans le Train Sainte Nuit avec Florent

J'ai toujours rêvé jouer avec Florent Volant... Y passait à la radio. Je l'ai attrapé au vol. Excusez le barda!

Le gardien dans le coin gauche...



















« (...) la majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir il est essentiel que les gens demeurent dans l’ignorance, qu’ils vivent dans l’ignorance de la vérité, jusqu’à la vérité de leur propre vie. Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges, dont nous nous nourrissons. »

- Harold Pinter, discours d'acceptation du Prix Nobel de littérature, 2005.

Impro Red river shore

25 décembre 2008

Et ces visages qui disparaissent

« Tous ces visages qui disparaissent dans le néant
Emportés comme la poussière dans le vent
Resurgissent parfois dans le cœur des survivants
Encore plus vivants qu'avant »

- Thomas Hellman, Le temps efface tout, Prêts, partez, Spectra 2008.

Merci Thomas qui a des jumeaux à prendre soin.
Merci pour vos chansons.

21 décembre 2008

Québec louve






Chargé comme un âne, pack-sac au dos, affrontant le bleu empesé du matin froid, je n'ai pas l'air d'un fonctionnaire. Je ne voulais pas prendre un taxi. Merci, Sa Majestée, de me l'avoir offert.


J’ai d'abord emprunté la côte de la Canoterie, puis la rue pentue des Remparts, toutes deux bien salées, sablées, alors qu'il avait plu la veille, la voirie faisant sel et poivre ici, du côté falaise en tous cas, car il y a toujours à Québec, au milieu des éclats, cette part de vieille ombre, de vécu travaillé, ce côté du mur plus rabougris, plus raréfié malgré les semelles des passants et la chaleur du solage des maisons. Tout ça pour dire qu’on semble prendre l’hiver par les cornes dans la Capitale, alors qu’à Montréal, n’a-t-on pas encore vu neiger depuis l’arrivée de Jacques Cartier? C’est vrai que depuis, il y a eu la fusion…


Je suis nul et non avenu dans cette ville qui n’a pratiquement aucune rue orientée est-ouest nord-sud sauf, par exemple, la Grande Allée, et encore, on m'indique que c'est récent suite à la prolongation de l'artère. De toutes les manières, j’ai tendance à me perdre même lorsque j’ai fait vingt fois le trajet avec ma boussole. C. disait que c’est parce que je ne me suis pas assez traîné étant bébé. Selon sa théorie, c’est par cette activité de grande découverte terre-à-terre qui mène dans les armoires à chaudrons qu’on développerait le sens de l’orientation. À l’adolescence, ferais-je remarquer, j’ai beaucoup traîné et parfois marché à quatre pattes : est-ce que ça ne pourrait pas compenser un peu?


On m’avait informé à l’hôtel Belley de la rue Saint-Paul que cette direction vers le haut me mènerait droit, avec un petit croche, au Château, là où tout près se trouve le méconnu, le mystérieux Passage du Chien d’Or .

*

(La suite à venir)

20 décembre 2008

Blues, western et un vite...

* Soirée à l'UQAM pour T., le 12 décembre 2008.
Photos : Pierre Gingras.

Je me suis exécuté sur quelques pièces pour accompagner Michel (basse) et Pierre (guitare). Une amie m'a déjà dit que j'avais l'air sérieux quand je joue... J'ai surtout la hantise d'être à côté de la track!

Qui devinera où est mon chapeau de cow-boy? De quelle couleur est-il?


Que cela advienne!



Que cela advienne!

Suivant les pistes de ce pays de nos bras,
il est des zéphyrs rafraîchissants
dans nos rêves de panache & de liberté
où nous porterons des nez lits gants,
mon cher Amir, pour rire et pleurer,
pour nos amis qui viennent de toutes les saisons,
au bord des vitres, jardins de givre & de lys
soleils de vielle éblouissants comme des épées de carnaval
qu'il vienne l'été, qu'il chante dans les villes, bonyenne!
Pour aussi long de temps
que l'on s'en souvienne...
Oui! Nous l'aurons
dans la mémoire longtemps
ce goût de franc bois
du pays d'en haut.

***

T'en souviens-tu?

T'en souviens-tu, Godin
astheure que t'es député
t'en souviens-tu
de l'homme qui frissonne
qui attend l'autobus du petit matin
après son chiffre de nuit
t'en souviens-tu des mal pris
qui sont sul'bien-être
de celui qui couche dans la neige
des trop vieux pour travailler
qui sont trop jeunes pour la pension
des mille métiers mille misères
l'amiantosé le cotonisé
le byssinosé le silicosé
celui qui tousse sa journée
celui qui crache sa vie
celui qui s'arrache les poumons celui qui râle dans sa cuisine
celui qui se plogue sur sa bonbonne d'oxygène
il n'attend rien d'autre
que l'bon dieu vienne le chercher
t'en souviens-tu
des pousseurs de moppes
des ramasseurs d'urine
dans les hôpitaux
ceux qui ont deux jobbes
une pour la nuitte
une pour le jour
pour arriver à se bûcher
une paie comme du monde
t'en souviens-tu, Godin
qu'il faut rêver aujourd'hui pour savoir ce qu'on fera demain?

Gérald GODIN, Les botterlots, Montréal, L'Hexagone, 1993, 80 p.


15 décembre 2008

Jacques Ferron ou la douce coulée des entrelignes





Excusez-le! Ferron, l'élégant, était de gauche!

Entendu dans le très beau documentaire, fouillé, émouvant, Le pays natal de Jacques Ferron, lancé au début de l'année et présenté hier soir à Radio-Can : « C'est connu, ça. Je ne suis pas pour le statu quo. Je ne suis pas pour ce régime. »


Puis, j'ai glané par ailleurs dans l'Encyclopédie de l'Agora cette autre phrase d'un fils complice important : «Jacques Ferron est le seul romancier qui ait tenté, tout au long d'une œuvre maintenant essentielle, de nous donner une mythologie. Son écriture d'ailleurs hésite toujours entre le mythe et le réel, entre l'imaginaire, le rêve québécois et le quotidien.» (Victor-Lévy Beaulieu, Docteur Ferron)

13 décembre 2008

Le Clézio et sa fumée d'un trait










À lire et méditer le discours d'acceptation du Prix Nobel de littérature de J.M.G. Le Clézio intitulé Dans la forêt des paradoxes et prononcé le 7 décembre 2008.

À elles seules, les deux dernières pages offrent un riche itinéraire littéraire très personnel, un hommage aux écrivains de par le monde.

De par ici, on y retrouvera cités les noms de Rita Mestokosho, Nelligan et Réjean Ducharme.

Mais avant d'en venir aux mots, il y a d'abord les zones de solitude et de surprenance qui traversent et enveloppent tous ces pluviers siffleurs de hasard et de nécessité...

« La solitude est aimante aux écrivains, c'est dans sa compagnie qu'ils trouvent l'essence du bonheur. C'est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe dérisoire (...) Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l'abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l'écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C'est cela sa forêt. (...) Si parfois quelque chose s'en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l'aube, c'est sous son regard éberlué - c'était au hasard, c'était malgré lui, malgré
elle. »

Photo : tirée du site de l'Association des lecteurs de Le Clézio.

608e message : poésie, jazz, vie...

Avec tout cela, j'ai bien négligé
le jazz, la poésie, la vie...

Je le sais

Et à propos, et moi...
Et bien d'autres choses encore!

J'ai joué hier soir de l'harmonica avec les gars
Michel & Pierre, le duo Daunier

je souffle comme je peux
mais j'adore ça

M., une collègue que j'estime,
me dit en coulisse
que j'ai manqué ma vocation
que je devrais être sur les planches

quoi répondre à cela?


***

De Rennes, France, un as : Sébastien Charlier.

11 décembre 2008

10 décembre 2008

Cuba : Yoani Sánchez sous surveillance

J'ai lu une nouvelle plate dans Mother Jones concernant Yoani, la blogueuse de la Havane, ainsi que d'autres blogueurs cubains qui, à cause de leurs activités inédites, chatouilleraient la mèche encore écourtée des censeurs de la révolution cubaine qui se déploie désormais en pyjama.

Peut-être qu'on peut écrire à Yoani qui vient de se mériter le BOBs (Best of the Blogs)? À noter qu'elle n'a pas accès à son propre blog. Elle transmet ses notes par courriel à l'extérieur du pays, plusieurs mains les rendent accessibles en multilingua.

De passage à Varadeiro plus tôt cet automne, alors que l'accès internet à Train de nuit était facile comme bonjour, je n'ai jamais pu atteindre le blog de Yoani. Pas bizarre, plate et tellement crétin sur le plan politique!

08 décembre 2008

Solidaire!





Nous avons un député!!!!!!!!!!!!!!!!
(rédigé du Medley le 8/12/08, alors que Félix chante Le tour de l'île).

Photo : jd.

Compte rendu du Devoir.

07 décembre 2008

Québec solidaire : une campagne remarquable














Photo :jd. Gaétan Legault, candidat QS dans Bourget avec Lynda Gadoury

candidate dans Verchères.


Retranscription du site de QS


Ce matin, Bernard Descoteaux affirme dans Le Devoir que « Québec solidaire […] mérite de faire élire un premier député à l'Assemblée nationale », un militant péquiste assure à La Presse que « Daniel Turp va perdre contre Amir Khadir » et Christian Bourque de Léger Marketing révèle au Journal de Montréal que dans «Mercier et Gouin, [Québec solidaire] est un joueur important, sinon un gagnant.» En plus de cette bonne presse, Québec solidaire a reçu deux appuis de taille aujourd’hui.

D’abord, Yvon Deschamps a répondu à une question de Marc Cassivi de La Presse de la façon suivante :

« Parce qu'il y en a quelques-uns qui, comme moi, sont maintenant avec Québec solidaire. Un parti de gauche, souverainiste, c'est ça que je veux. Et je ne considère pas que je perds mon vote. Il se crée une masse autour de Québec solidaire, tranquillement. »

Ensuite, Gil Courtemanche signe une chronique dans Le Devoir :

« Si quelques candidats de Québec solidaire étaient élus, la dynamique politique québécoise serait modifiée. Les thèmes et les solutions progressistes que le parti propose seraient présents dans le débat public.

Françoise David est une femme exceptionnelle, d'une rigueur intellectuelle et d'une honnêteté remarquable. Femme d'engagement, proche des gens, sincère, généreuse. Le Québec ne peut pas se priver d'une telle femme. Nous serions tous perdants si elle n'était pas élue dans Gouin.

Amir Khadir est une sorte de génie. Un homme courageux et franc. Je ne sais pas comment il fait pour concilier médecine, grosse famille et vie politique. Nous avons besoin d'hommes comme lui pour défendre le système de santé public. Alors, dans Mercier, pour l'avenir du Québec, il faut voter Amir.

Vous me direz que deux députés de Québec solidaire ne changeront rien. Vous vous trompez. Les idées, les discours différents, les remises en question, ne doivent pas se limiter aux blogues et aux lettres confidentielles. Ces voix nouvelles et nécessaires doivent obtenir leur légitimité démocratique pour s'imposer dans le débat politique québécois.

Le Québec sera plus riche avec Françoise David et Amir Khadir, plus riche en idées et en diversité, plus riche en réflexion et en innovation.

Ne serait-il pas temps d'avoir des représentants élus qui nous parlent d'enjeux fondamentaux avec une approche différente de celle des deux grands partis? L'élection de Françoise David et d'Amir Khadir améliorerait notre démocratie et donnerait enfin une voix à toutes les forces progressistes qui sont aujourd'hui exclues du débat collectif. »

06 décembre 2008

Carnets pelés 24 - L'eau-mère





L'eau-mère : « Je passerai par ta bouche »

26/11/2008
J'étais moi aussi assez tôt dans les parages de l'hôpital St-Luc, sur René-Lévesque, pour une bénigne intervention. Il ne vaut pas la peine d'en parler. N'empêche qu'après, j'ai senti le besoin de prendre une petite convalescence avant de rentrer au bureau.

J'ai donc révisé mes pas vers l'est avec une idée déjà en tête : passer une petite heure au chaud à la bibliothèque Centrale de l'UQAM. Avec ma carte toute CREPUQ d'éternel étudiant, je peux y emprunter des livres. Ces temps-ci, je fréquente passablement Edmond Jabès qui carbure aux aphorismes hauts perchés.

« Tout livre s'écrit dans la transparence d'un adieu.
Il faut bien, un jour, consentir à se taire
quand les mots n'ont plus besoin de vous. »
Le livre de l'Hospitalité, Gallimard, 1991. p. 101.

Après, ce n'était pas prémédité, mais plutôt de me fondre tout de go dans le métro à Berri, j'ai fait un crochet par la Coop Librairie de l'UQAM... En face des rayons vitement survolés de la poésie, il y a, en angle sur deux murs, les livres de philo. C'était juste pour glaner quelques pages, question de mesurer la longueur de la lame de mes désirs de lecteur détrôné par le temps... Mais j'ai soudain bien senti le coup d'épaule de l'Ange des livres qui m'a fait pointer vers un nouveau titre de Jacques Bouveresse dans la collection Banc d'essais, aux Éditions Agone : La connaissance de l'écrivain; Sur la littérature, la vérité & la vie.

L'Ange m'a soufflé ceci aux oreilles : ce bouquin pourrait bien être un billet d'entrée pour ton sujet de maîtrise... Ah! Bon! 35 douilles pour les membres!

4/03/1973
Je cherche une marge à cocher dans ma vie. Je pars sur le pouce pour Jonquière! Je m'en vais voir les filles : Francine et sa chum qui ricane tout le temps. Madeleine Monette m'a passé Le théâtre et son double d'Antonin Artaud. Ça fait partie de mon feu. Ça me gruge la révolution. L'abbé Réginald Deslandes me prend par hasard sur le pouce entre Granby et Roxton Pond. Il n'aime pas me voir faire l'école buissonnière. Me lance, inquiet : « Je sais que tu es un rebelle. Ne te laisse pas écraser. »

« J'emploie le mot cruauté dans le sens d'appétit de vie, de rigueur cosmique et de nécessité implacable, dans le sens de tourbillon de vie qui dévore les ténèbres... » Artaud, p. 156.




5/05/1973
Personne ne se souviendra que le Pub de l'Hôtel Windsor, administré dans la liberté à peu près totale par les fous sérieux étudiants que nous étions, s'appelait « Le Sanctuaire ». Nous y avions fait venir à deux reprises le groupe Caramel Mou. Il y a une faute d'orthographe sur le billet d'entrée qui coûtait une grosse piastre et demie. J'aimais quand Christian, le chanteur aux cheveux longs raides coupés en balai, grimpait, marchait à tâtons sur les tables, crachant dans le solo de guimbarde un Québec Love énergique, rouspète pis pète... M. a eu le béguin pour Christian, lui volage et... Montréalais. J'adorais pour ma part la petite puce de chanteuse. Qui se souviendra que j'ai pour la première fois — mis à part les séances à l'école primaire — monté sur scène en faisant « la première partie des Caramels », le temps d'un poème qui s'appelait Le Passeur matineux? Étonnée, la chanteuse m'avait trouvé pas mal freak.



19/07/1974
C'est vendredi. Je barbote dans le marxisme au-dessus de Da Francisco, rue Principale, en face du Windsor. Je partage ce grand appart avec M. et S, et avec une population variable selon le vent.

À la librairie Authier, j'ai acheté Le langage et la société de Henri Lefebvre.

« Être ensemble, c'est faire quelque chose ensemble. », p. 163.

01/11/1987
« Comme un million de gens », je suis consterné d'apprendre la mort de René Lévesque. Rue Duquesne, je suis sur la galerie, à l'arrière, et je braille comme si c'était mon père.

05/11/1987
Une petite gardienne vient à la maison ce soir. C'est notre première sortie depuis la naissance de N. De façon inopinée, nous arrive de Granby S., l'infirmière mystique qui nous fait des balayages dans le dos, et son mari qui a affaire en ville. Ils vont passer la nuit. Pas de problème. Mais nous ne changerons rien au programme!

S. accepte de venir au cinéma avec nous. Nous la prévenons : le film est en v-o allemande, sous-titré, et c'est pas réputé être à l'eau de rose.

René Lévesque a été mis en terre aujourd'hui au cimetière de Sillery. C'est gris de bord en bord.

Nous voyons Les ailes du désir au vieux cinéma Papineau que Diane Dufresne espère sauver du pic des démolisseurs. J'en braille une autre shot! Je suis subjugué par ce film.

C. s'inquiète de S.

S. est sortie du cinéma comme un volcan qui ne sait plus quoi dire.

« Quand l'enfant était encore enfant... »

14/11/1987

N. a encore la diarrhée. J'ai coupé le lait. Je suis père à plein temps jusqu'en janvier. Ce qui veut dire que je n'ai pas une minute à moi et que je comprends plus que jamais les femmes à tout le moins, les mères.

Un petit répit se dégage quand même en après-midi avant que Magalie ne revienne de l'école.

Je n'avais pas retouché à Jünger et à ses papillons depuis l'été, sur le quai du chalet au Lac Boker. Je suis à la veille d'achever la lecture du Premier journal parisien, 1942-1943. Ces récits sont intrigants : de quel bois se chauffe l'écrivain brillant en habit d'officier allemand quand il embrasse sincèrement Picasso, ce dernier disant aller au communisme comme on va à la fontaine? Dans sa tête, est-il l'assassin de Hitler?

« (...) à propos du journal intime : les petites observations brèves ont souvent la sécheresse des feuilles de thé; la transcription, c'est l'eau bouillante qui en extrait l'arôme. » P. 300.

Sur la création et la spiritualité, le chasseur subtil écrit :

« Dans l'ivresse, l'esprit s'élance en avant (...)
Il recueille des expériences dans l'infini.
Sans ces expériences, il n'est pas de poésie. »

17/11/1987
Je croise James Henry au sortir de la bibliothèque de l'UQAM. Notre conversation prend vite un tournant littéraire. N'avons-nous jamais été sur un autre registre même dans nos échanges politiques? Nous en arrivons à Jean-Jacques Rousseau, cet enterré vivant qui, selon Jimmy, rejoint le mouvement révolutionnaire par des voies inattendues. Le « je » vient de naître dans les lettres françaises. C'est un jardin bourré d'accidents.

En soirée, Michaël La Chance interrompt son cours sur l'herméneutique pour que nous puissions assister à la conférence d'Edgar Morin qui porte sur la complexité. La jolie petite salle des Boiseries est bondée. La vice-doyenne de la faculté des Sciences humaines présente Morin à l'assistance. Elle a un mot pour nous, étudiants de philo, ces téméraires qui persistent, qui la rassurent, mais l'inquiètent tout autant à cause de la marginalité dans laquelle nous plonge l'économisme ambiant...

Le penseur assez singulier devant nous dira qu'il se voit lui-même
« comme un chameau traversant le désert ».

« (...) on en revient à ce que nous savions avant toute connaissance et toute conscience, tout en arrivant à ce que toute connaissance et toute conscience nous disent d'accomplir et d'épanouir : semer ------­ s'aimer. » Pour sortir du XXe siècle, Fernand Nathan, 1981, p. 376.





12/08/2003
Square Victoria. Un couple se cajole devant la fontaine. Le garçon est plus entreprenant. La jeune fille ne bouge pas, comme un oiseau posé sur un fil. Tout cela. Cliché éphémère. Si beau pourtant.

24/04/2008
Place des Arts. Il fait chaud dans mes yeux.

13/02/2003
Radisson. J'ai le bout du pouce gelé. Il fait -20. Me suis écorché une jointure sans m'en apercevoir. Une goutte de sang perle dans mon carnet. Je suis un voyageur parmi les voyageurs. Je pense à une sieste primitive.

2/12/1986
De la cuisine. De la mémoire. Tu seras encanteur parmi les fruits acrobates et les chimères d'aujourd'hui. Baril de poudre, creux de fossile sur la corniche des mots. Tu seras enchanteur. Puis, en effet, tu oublieras.

***

Eau-mère : liquide surnageant qui reste après la cristallisation des sels.
- Klaproth, Wolf, Dictionnaire de chimie.


Photos : Caramel Mou, anonyme, sur le Web. Les autres : jd.

05 décembre 2008

Bof, le régime fédéral, c't'une maison de fous!



N.B. : Ne pas oublier de faire penser au pyromane - le pire, man, qu'on puisse imaginer par les temps qui ruent -, que le boulevard René-Lévesque n'est pas un boulevard comme les autres. C'est un boulevard séparatissssse qui vise l'éclatement de la toponymie du Canada. Surtout, à ne pas inclure dans la partition!






Photo de la photo : jd, Café Cherrier, oct. 2008.
Le nom du photographe de cette oeuvre et de plusieurs autres photos magnifiques (Diane Dufresne, Michèle Richard, Claude Dubois, Gilles Carles et Chloé, etc.), m'échappe pour le moment, mais ça va me revenir...

03 décembre 2008

Où est-ce qui l'est c'te marabout-là?

Annonce :

Oyé! Oh! Yé!
Gratteuse de mots & gratteuse de guitare
Nina louVe & Ève Cournoyer
= deux généreuses de cœur
sur la même scène à Ôka*
samedi souère qui vient!


En raison de d'autres engagements politicozartistiques, je n'y serai qu'en pensées d'harmonica.



























* C'est moi qui réforme à ce coup-là