31 août 2009

Well well well

Françoys et Marie, alias Bucky & Bunny!

The answer my friend is blowing!



« Si l'on exige que toutes les étoiles soient filantes
que tous les cœurs soient purs et les yeux pleins d'images...
Si les imbéciles font naître en vous des idées de meurtre
Alors,
devenez fous, le temps qu'il faut,
sans retenue... et laissez faire le Diable
ou Dieu,
celui qui veut bien encore s'occuper des pauvres enfants que nous sommes... »
— Bernard Dimey


Qu'elle est donc cette furie qui nous entaille à tout bout de chant?

Je me suis senti de plus en plus wouf wouf au pique-nique annuel qui se déployait au parc Lafontaine sous un ciel plutôt rébarbatif.

Oui, je travaille toujours à la même place!

Je me sentais en dehors du portrait, comme un radât dans le coin de son port.

Mes petites filles étaient en congé de l'école : elles m'attendaient de bonne heure. Tant mieux!

L'idée m'a traversé de tromper l'attente du bus toujours longue sur la rue Sherbrooke.

À l'heure des ivrognes. Connais-tu ce texte, cher ami féroce, de Bernard Dimey? On y trouve ce petit caillou luisant : « Y a-t-il moyen d'être chien chez vous? » C'était parfaitement ce sentiment-là qui se profilait à l'intérieur de moi comme de la buée dans les vitres le matin : à l'heure des ivrognes...

Toujours est-il qu'à deux heures tapantes le trop-plein des conversations amicales avec mes distingués collègues, entrelardé de disco au BBQ et de balles qu'on se lance, déborda du col de mon verre de bière en plastique! J'ai filé à l'anglaise. Crissé mon camp! Suis descendu à pied, au hasard, vers la Sainte-Catherine et ses ambulants.

Au hasard?

En tout cas, sans y penser, je suis tombé sur ton introuvable bout de rue La Fontaine.

Le brouillard n’est pas pire parce que là, j'ai fait un croche de gars un peu chaudasse, pis j'ai abouti jusqu'au seuil de ta porte, en face de l'hospice.

Dans la boîte aux lettres, j'ai vu un compte de téléphone. Me suis permis de tirer l'enveloppe... C'est alors que j'ai bien saisi que tu n'étais plus le locataire de ce logis-là!

Stie!

Bonne leçon de décalage horaire dans le froc percé de mes amitiés!

Que sont mes amis devenus, tabarnak!

Comment ça se fait que tu ne me donnes plus signe de vie?

Viens pas me faire croire que t'as encore sur le cœur c'te vieille épopée de Christelle, que tu rumines devant ton miroir de Taxi Driver, que tu barbouilles de ressentiment jusqu'à plus soif dans ton maudit crâne d'Irlandais? Hein?

En tout cas!

Une fois revenu chez moi, j'ai joué un peu avec les filles, j'ai mis en branle le souper. En catimini pour réserver la surprise, j'ai tranché des caramboles qui font comme des étoiles jaunes dans la soucoupe, puis j'ai semé au travers des quartiers de lune découpés dans un melon français. Au dessert, mesdemoiselles ont fait des trempettes dans la sauce au chocolat...

Après, aussitôt que j'ai eu un moment, j'ai rouvert le bottin téléphonique pour rechercher à nouveau ton existence, mon cher amigo!

C'est rendu tisons ardents de lire le bottin ou les petites annonces... Mes yeux s'éteignent, si tu veux savoir.

J'ai d'ailleurs perdu le goût de lire en général.

Je suis plutôt dans la peinture jusqu'au coude de ce temps-là!

On dirait que la patience me lâche au rayon des livres, au beau pays des charbonniers et des bonimenteurs.

Je n'arrive plus à trouver le feu de la voix des autres. C'est prétentieux, hein? Mais c'est pas mal ton style aussi, n'est-ce pas?

Au fond, je devrais dire franchement que je suis convaincu de me rendre compte du trou de vent que ça laisse dans le cerveau... Que c’est? Le fait de ne plus avoir d'interlocuteur valable pour parler.... de littérature.

À quoi bon les miroirs déformants des lettres capitales et les chambres d'échos intérieurs, les beaux couchers de soleil de miel dans la pensée et les gigues affreuses de la poésie s'il n'y a personne au bout de la ligne avec qui les partager?

C'est pour ça que je t'admire, mon ciboire!

Toi, tu as toujours signé : danger! danger! Pis achalez-moi pas!

Danger en politique attikamek, irlandaise, québécoise; danger la grève générale; danger Cohen, danger la boxe; danger souliers vernis et rimes pompier; danger les Denise empourprées; danger le bonheur; danger les bohémiens; danger la dynamite dans Encore une fin de partie pour Berri; danger, danger la franchise...

Danger, never mind!

J'ai fini par repérer ton numéro. Je j'ai souligné en rouge pour ne pas le perdre de vue.

As-tu remarqué qu'on a fait sauter le « Thomas » à ton inscription? Cette particularité ne ruine pas le moins du monde la certitude que c'est bien de toi qu'il s'agit : tu es le seul Grand Slaque répertorié dans tout le grand Montréal!

La dernière fois qu'on s'est parlé au téléphone? Il me semble que c'était à ta fête il y a deux, peut-être trois ans. Je t'avais pogné sur la slide. Je me souviens avoir cité un vers de Desnos qui t'avait plu sur la question de l'endormitoire. Puis, je t'ai lu ce petit texte composé à la taverne de la rue Lajeunesse où tu m'emmenais parfois. Nous étions ensemble le jour où j'ai griffonné ça.

Est-il vrai que ça te rappelle ton ancienne flamme?


Le poisson ganté

Catherine la Noire se hérisse
Place Fantôme, le vice clapote
Et pourtant nos nuits sont si pures
Bars relish, escaliers moutarde
Oratorio pour écrivains obèses

Églogue et monoplace
pour un ami qui ronfle

Cheval-arçons pour mon détroit cockpit
pick-up qui griche sur Ontario

Bocks renversés
entre les craques de l'éternité

chants libres des petits kids
qui reniflent dans le parc,

désossent les feux de brousse

Catherine la Blanche tétras-lyre
la chute en frogue

Place Fantôme,
la marge frise l'aube

Et pourtant nos nuits remuent au futur
miettes de sport illustré
colt gris pour songes invendus

Oeil de chien
pour un ami qui pleure

Histoires de pêche pour mon cerveau fictif



Bon! Increvable et fin seul, tu es tout droit descendu des Fous de Bassan! Comme un mackinaw qui claque au vent aurait dit notre ami Alfred... Alfred en fauteuil roulant honoré par l’Université et qui dit : il est rare qu’on soit prophète en son pays... Oui, c’est ça, empester le prophète à l'heure des ivrognes et jusqu'aux nuages gris filant au-dessus du cimetière de St-Élie d'Orford. Qui croira que nous avons manigancé avec le poète dans une maison pleine de voix, de mots chalumeaux, rue Champlain, à Sherbrooke? Qui imaginera que nous écoutions à la chandelle Nuit et brouillard? 

D'accord, je raccroche pour toujours. 






29 août 2009

Les cannibales en France




Michel Garneau a dit
à propos des Poèmes cannibales qu'ils « ne peuvent pas avoir été écrits ailleurs qu'au Québec et par le dénommé Jacques (...) ».

Comme dirait le notaire dans Incendies : C'est sûr, c'est sûr, c'est SÛR! que cette remarque me fait plaisir parce que cela me rapproche de ce que j'aime le plus dans la pratique artistique québécoise : l'authenticité, la voix personnelle.

Ceci étant dit, tout québécois qu'ils puissent être dans leur âme écrivaillante, les Poèmes cannibales n'existeraient pas dans leur forme publique actuelle n'eût été du coup de pouce déterminant de la France, plus précisément des éditions de la Brochure.

Depuis la publication en octobre 2008, suivie d'une nouvelle édition en mars 2009, le recueil trouve son chemin de petit train. J'aime ça. Il se passe quelque chose de sensiblement nouveau, en effet, lorsque, par exemple, je participe à des lectures publiques et que des gens viennent me voir pour acheter le bouquin. Bien sûr, nous sommes à l'échelle artisanale, mais cela me touche énormément.

En France, au mois de juillet de cette année, j'ai eu le privilège de participer avec mon éditeur au festival Résistances de Foix.




Les Éditions de la Brochure étaient parmi les exposants du Centre culturel et donnaient à voir son catalogue.

J'ai eu alors le bonheur de fraterniser avec l'auteur Max Biro et sa compagne Monique.

À une autre occasion, j'ai tripé encore une fois bien fort lorsque, de retour de Montauban, nous sommes arrêtés à Agen, impasse Pechabout, pour rendre une visite d'affaire à l'imprimeur qui a matériellement « sorti » les cannibales.


En coulisse des Cannibales : Jean-Paul, l'éditeur, en compagnie de l'imprimeur et de son employé.

L'éditeur aussi bien que l'imprimeur sont des « associatifs », des espèces de coopérants qui vont très bien avec l'esprit « d'entre-prises» du Québécois que je suis. Une belle équipe.


(Photos jd. La photo en haut de l'écran : Foix et les Pyrénées vues du haut du fameux Château de Foix).




27 août 2009

Dunn : « t'es pleine de gadelles »

Crédit photo : Olivier.


Je suis allé aux gadelles en campagne, il y a un mois, gagnant la talle échevelée qui se trouve dans les broussailles sauvages en dessous d'un cercle d'érables; elle se trouve là depuis toujours. Je ne mens pas : ce gadelier me préexiste.

J'ai voulu alors tirer une photo sachant que je ferais éventuellement un papier autour des poèmes que Nicolas Dunn m'a envoyés le 1er mai dernier.

Mais il mouillassait, mon kodak était dans la chambre... J'ai mangé mes poignées de gadelles, puis je n'ai plus pensé à la photo.

En effet, d'aussi loin que je remonte dans l'enfance, au cœur de l'été, surgit ce beau clin d'œil, frères, sœurs, parfois cousins, cousines, nous allions aux gadelles. Le temps de le dire parce qu'il n'y en a jamais eu des tonnes. Le chic du chic pour allumer encore plus la saveur sucrée acidulée des petits fruits : apporter une salière, licher un peu la grappe qui tient dans le creux de la main, puis enrober le tout de sel! À ma connaissance, jamais je n'ai raté ce rendez-vous annuel.

En dehors de ma cambrousse, je n'ai pas entendu souvent prononcer le mot « gadelle ». Sinon, c'est sûr, mes oreilles auraient vibré. On dit « groseille » en France. Paulette Vanier écrit : « On suppose habituellement que “gadelle” est un québécisme puisqu'il n'apparaît pas dans les dictionnaires modernes, mais c'est une erreur, car on a retrouvé “gadelle” et “gadelier” dans l'édition de 1743 du Dictionnaire universel françois et latin de Trévoux. »

Ça prend bien un Nicolas Dunn, frère de race rurale, pour éparpiller ici et là dans ses textes de puissantes traces de flavonoïdes antioxydants.

**

Toile de Nicolas Dunn.

« T'as les yeux en sarracénies pourpres,
t'es pleine de gadelles »



« Comprenez-vous notre obsession pour le déplacement de la matière / le jardinage et les caresses / sais-tu mon amour pourquoi nous questionnons les fleurs? (...) »


«(...) Sentiments d'Appalaches à la frontière du New Hampshire je voulais lui montrer (...) tous les fantasmes que j'ai entassés au pied du morne nous n'avons rien vu nos thermos fument encore ça sent l'earl gray nos voix tombent à nos pieds. »

« C'est tellement beau dans ma tête, une pitoune qui regarde un if. Sa robe blanche est couverte d'imprimés quatre-temps. Dans ses cheveux noirs, son oreille, elle a glissé un forget me not. Son iris est bleuet. Sa bouche est une bouche et le reste est le reste. Autour d'elle, une ruelle d'Hochelaga, c'est beau quand j'entends parler québécois, ça sonne bien. Je me demande si la ruelle tourbière existe (...).

« Je regarde la prunelle de tes yeux de poisson / tes impatientes de cap / ta gadelle toute nue dans l'eau vivante (...) / gadelle gadelle / le fermier nous espionne sur la berge / fuyons gadelle (...) / fuyons, fuyons! »

*****


La peinture reproduite plus haut est de Nicolas alors que la photographie de la gravure avec le titre est de son ami Olivier.

Nicolas m'a donné l'autorisation de publier des extraits même si la version achevée de son manuscrit, signé «Alexnadre (sic) Bernier » n'est pas encore établie. Je l'en remercie. J'ai apporté ici quelques corrections mineures.

Il n'est pas besoin d'ajouter que j'aime ça en siffleux!

(Photo jd)

La photo des gadelles est tirée du site Au jardin de Jean-Pierre situé à Sainte-Christine, le village voisin de ma cambrousse. Un lieu exceptionnel.

26 août 2009

Poésie, sandwichs au FIL et petits déjeuners de Bob


Noticias

La règle numéro un en écriture journalistique : ne jamais mélanger deux nouvelles.

La dérègle sous cinquante zéro en poésie : brasser, brasser, rasser l'air malgré tous les fils suspendus dans le grenier de nos oreilles.

Car avant tout, il faut bien manger.

De un : Loui Mauffette sévira à nouveau au FIL, à la Cinquième salle de la PDA, les 19 et 20 septembre, avec ses sandwichs bleues, roses, inimaginables et volantes... Les complices de mie seront : Céline Bonnier, Nathalie Breuer, Bénédicte Décary, Maxime Denommée, Francis Ducharme, Clara Furey, Maxim Gaudette, Émilie Gilbert,Benoit Girard, Louis-Olivier Mauffette, Yves Morin, Renaud Paradis, Patricia Nolin, Yann Perreau, Marie-Chantale Perron, Danielle Proulx, Émile Proulx-Cloutier, Sébastien Ricard...

De deux : Sa Bobness lancera le 13 octobre prochain son 47e album : Christmas In The Heart.


Oui madame, un disque de Noël ! incluant "Here Comes Santa Claus," "Winter Wonderland," "Little Drummer Boy" et "Must Be Santa." Les profits de la vente de cet album ainsi que tous les droits d'auteurs à venir seront versés Feedind America, le pendant étatsunien des petits déjeuners.



25 août 2009

Dévoilement d'un Vaillancourt

Photo Marthiii

Noticias

Plus tôt ce printemps au Lion d'Or, à l'occasion du Symfolium du 1er avril qui était cette année sous le signe du Cubec, j'ai dit carrément à Armand Vaillancourt que je le trouvais beau!

Armand aura 80 ans en septembre. Le 3 septembre, à la grande terrasse du St-Sulpice, rue St-Denis, il y aura un Saint-Cassette (merci les Rhinos pour le lexique mexicain) au cours duquel sera dévoilée une sculpture de l'artiste.

Bravo au St-Sulpice d'enraciner à jamais dans sa cour la présence physique de ce géant des plus fraternels.

Sur la photo que j'emprunte au site Marthiii , on voit Armand en train de «détourner» une pancarte électorale afin d'en faire jaillir une inédite au profit du parti Rhinocéros lors des élections de septembre 2007.

22 août 2009

Ce lien cette délicatesse...

Direction Dédé Lacoste, théâtre des Tournesols, Cowansville, 21 août 2009


« Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse
Vous mes amis d'hier et d'aujourd'hui
Cette amitié dans la continuité
Un mot un regard un silence
un sourire
une lettre... »


- Pauline Julien, l'Âme à la tendresse





















Est-ce parce que je suis affreusement, indécrottablement blues ? Est-ce parce que c'est l'anniversaire du décès de ma mère survenu un 22 août à Cowansville alors qu'elle n'avait probablement jamais mis les pieds auparavant dans cette ville? Ou bien est-ce cette remarque de Wajdi Mouawad au récent festival en Avignon?

Flash-back : au début de l'été j'avais lancé une perche longue distance.

Or hier, mes amis ont tous répondu « présent », même ceux qui habitent loin, même ceux qui ne sortent jamais de leur tanière ou qui ont des soucis plein les bras. Ils ont tous rejoué le coup de la complicité avant et après le fait dans le but d'aller en bande faire une fleur à notre ami André Lacoste qui joue au théâtre d'été, celui des Tournesols à Cowansville dans la comédie Vive la mariée !

Par les bons soins de Ketty, nous étions d'abord conviés en campagne à un 5 à 7* à la provençale chez son chum François dans sa superbe propriété du rang Desroches, à Farnham, qui se trouve, ô bel hasard, à moins d'un quart d'heure du théâtre. Blés d'Inde, melon & charcuterie, salades diverses, pizzas de luxe, du rosé, du cidre, du rouge, des tartes et des fromages de la région, nous n'allions surtout pas mourir de faim!

Trop excité, j'ai oublié de prendre la table en photo... Il y a au moins ce coin de table qui donnera un peu idée des lieux et de l'animation. Je n'avais pas non plus mon appareil pour croquer les beaux moments entre gars dans l'atelier de François, un Maître-artisan
« gosseux de bois », riche des outils et des techniques des anciens.

Michel, Jimmy qui parle toujours avec passion. En arrière plan, l'arrière train de Yves, Junior, le minou, François, Michèle.


Ketty Poisson, née un 1er avril.


James Henry, Danielle, Marie-Christine, Michel, John.


Le grimpeux.


J0.

Petit concert champêtre impromptu.


(Photos : jd)

Et voici la classique :



Jacques, Aurélie, James Henry, Danielle, Yves, Marie-Christine, Michel, John, Bernard, Michèle, Carol, François. Le dénominateur et détonateur commun entre tous ces êtres est une princesse, la Princesse des Cantons-de-l'Est, communément appelée Granby. Plusieurs y sont nés. D'autres comme moi y ont étudié à partir du secondaire, sont tombés en amour et ont apprivoisé pour la vie des amis...
(Photo : Jo)

Cette escale de rêve trop brève, ce festin royal chez François n'étaient bien sûr que les préliminaires à notre soirée théâtrale.

François demeure loin du chemin. Le convoi se mit en branle à la queue leu leu dans la cour en direction des deux grands pins blancs qui bordent l'entrée. On aurait plu klaxonner, faire les fous. J'avais mis au coton un rift de Led Zeppelin, puis j'ai baissé le son. Flottait dans l'air un je ne sais quoi de solennel et de retenu. Comme un signe pour savourer totalement le moment présent.

C'est alors que j'ai fait le rapprochement avec les propos de Wajdi entendus en Avignon le mois passé. Il a dit quelque chose qui m'a frappé car je le pense souvent moi aussi. C'est que pendant que se jouait la trilogie à la Cour d'honneur du Palais des papes, l'auteur d'Incendie pouvait observer les gradins à partir d'une espèce de judas dissimulé en coulisse. En réalisant que dans 60 ans d'ici la presque totalité des 2000 spectateurs en face de lui seront morts, il ressentait en tant qu'être fini et non pas avec la prétention des dieux, nous confia-t-il, la gravité inouïe du moment présent.

Au milieu de tout ce bonheur intense et vrai, certains d'entre mes amis ne s'étaient pas revus depuis plus de trente ans, dans un val de verdure signé Rimbaud à faire claquer les bocks de bière, une ombre perdue comme ça est passée, en effet, me laissant entendre qu'un jour viendra où le même convoi à nouveau se réunirait en coulisse du front où l'un d'entre nous serait resté pour dormir.

« Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort
(...)
Permettez-moi de vous aimer toujours ... »
Pauline, idem

Autre hasard des plus inusités : le fils de Jo se mariait aujourd'hui à Cowansville! Les gens des Laurentides se seraient donc de toute façon retrouvés dans les parages. Et la pièce à l'affiche s'intitule Vive la mariée!

André Lacoste, vétéran comédien, excellent, y campe le personnage d'un grincheux ratoureux qui tente de faire dérailler les noces de Lucie, sa nièce et fille adoptive (Emmanuelle Laroche). C'est un rôle très exigeant physiquement. Le prétendant (Benoît Mauffette) n'est pas un bon parti à ses yeux : il est roux, powète et pauvre! La mère, une Gère Mène ambitieuse personnifiée par nul autre que Pauline Martin, est littéralement plongée dans les préparatifs du mariage qui vont lui coûter un bras. Pauline Martin allume la pièce d'un bout à l'autre. Enfin, l'amie collante et increvable optimiste de Lucie est jouée par Julie Daoust, co-auteure de la pièce avec Hugo Turgeon. Cela complète la distribution. La mise en scène est de Normand Chouinard.

L'écriture burlesque « à la Symphorien » des jeunes auteurs est au service des contrastes et du rire. Point à la ligne du punch. La cible est honnêtement atteinte à plusieurs reprises. La scène où Dédé est aux prises avec une planche à laver récalcitrante rappelle les embardées physiques d'un Guimond. Mais on devine aussi, par retour de la bande, quelques préoccupations plus larges, par exemple, la question des préjugés en regard des différences.

À la fin de la pièce, tous les comédiens ont revêtu leurs habits de noce et traversent l'allée centrale de la salle, on dirait qu'ils sortent en grande pompe de l'église. Puis, comme cela se fait dans les mariages, en tous les cas ceux en campagne chez nous, la mariée et sa suite reçoivent les voeux des invités. Ainsi, les spectateurs peuvent saluer les comédiens à la sortie (tous le font), ce qui est ultra sympathique.

Attendant à la toute fin de la filée, c'est ainsi que, un à la suite de l'autre, nous nous sommes présentés à un Dédé qui ne s'y attendait pas.

C'était chouette et émotionnant!


Les comédiens saluent les spectateurs à la sortie du théâtre. André et Yves, complices musiciens, se retrouvent.


À nouveau, la photo de groupe, mais avec André cette fois, au centre. Il tient dans la main Les poèmes cannibales...

(Montage : jd; photo de groupe : Carol Latendresse.)


* Un 5 à 7 ou « Saint-Cassette », pour le dire comme mes amis Rhinos.

20 août 2009

Perpinyà

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La gare de Perpignan (Dali, 1965)

Perpignan la Catalane aux accents espagnols, maghrébins et tziganes est le centre du monde, clamait Salvador Dali*. Me tenant moi-même au centre de la gare vaste et propre baignée de blanc soleil, j'ai flippé avec cette idée de perpétuité gratifiante.

Il y a presque autant d'ensoleillement à Perpignan qu'à Nice. Il faisait beau et chaud en crime (36 °C) lorsque nous y sommes passés par un après-midi de semaine. Les palmiers un peu fripés en bordure des grandes artères n'y peuvent pas grand-chose ni la rivière Basse aux abords fleuris.

La rivière Basse et le quai Vauban

Les rues aux alentours de la gare sont populaires et affairées, on y trouve plusieurs hôtels « ordinaires ». Nous nous sommes garés rue Victor Hugo. Nous étions en avance. Nous avons marché jusqu'à la FNAC où c'est écrit sur le fronton : « Aux dames de France» .


La FNAC















Le Castillet et le drapeau catalan

À 14 h, l'enceinte de la gare était plutôt déserte, mais bombée d'écho et de pas perdus, en attente de la parturition incessante des allées et des venues du monde. Ce fut, en effet, bientôt noir de monde lorsque le TGV en provenance de Paris déversa sur le quai la cohorte des voyageurs. Nous venions y accueillir Marie.













Perpignan






(Photos : jd)


« C’est toujours à la gare de Perpignan (...) que me viennent les idées les plus géniales de ma vie. Quelques kilomètres avant déjà, au Boulou, mon cerveau commence à se mettre en branle, mais l’arrivée à la gare de Perpignan est l’occasion d’une véritable éjaculation mentale qui atteint alors sa plus grande et sublime hauteur spéculative. » Salvador Dali.

(Photo : M.-F. Durand)


* « Dali affirmait avoir eu une vision quand il était à l’intérieur de la gare de Perpignan, le 19 septembre 1963 : « j’ai vécu une expérience d’extase cosmique, plus puissante que les précédentes. J’ai eu une vision précise de la constitution de l’univers. » Pour Dali la gare de Perpignan était le centre de l’univers ; l’univers commencerait à converger dans cette gare. La gare de Perpignan était aussi le centre de SON univers. On prétend qu’il choisit d’embarquer toutes ses grandes toiles aux Etats-Unis depuis la gare de Perpignan, en raison des tracasseries administratives de la gare espagnole de Figueras. Mais ce n’est pas ce que Dali laissait entendre. La vision de 1963 sera suivie d’une peinture de la gare de Perpignan exposée le 18 décembre 1965, à New York. Dans l’invitation envoyée pour la première de l’exposition, Dali réaffirme que la gare de Perpignan serait l’endroit d’où l’univers commence à converger. »
- Filip Coppens (cf. la belle photo de Dali devant la gare de Perpignan).

19 août 2009

Una filosofía de vida.

C'est un discours de Richard Desjardins à l'université qui m'a mis pour la première fois sur la route du poète Antonio Machado (cf. mes Carnets pelés # 13, 15/10/2007). Comme des milliers de personnes, j'ai été spontanément - touché n'est pas le mot -, traversé par les mots simples mais saisissants du poète de ces temps brun fachiste et noir.

«Caminante, no hay camino, se hace camino al andar.
Chemineur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.»


Photo Jacques Desmarais, visite à Collioure avec l'ami Jean-Paul Damaggio, juin 2009.

Je n'aurais alors jamais imaginé qu'un jour j'irais visiter le poète espagnol à sa dernière demeure au petit cimetière de Collioure, qu'il faut prononcer «Coliure» si l'on se fie à Jean Ferrat dans la chanson Les poètes ( Louis Aragon). Pourtant, Collioure rime avec toujours.

Les poètes

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède

Celui qui chante se torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fît lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours

Au-dessus des eaux et des plaines
Au-dessus des toits des collines
Un plain-chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l'étoile Hölderlin
Est-ce vers l'étoile Verlaine

(...)







16 août 2009

15 août 2009

Di Rosa en Avignon : barbouilleur de joie




















« Avignon, la sonneuse de joie (...) »
- Frédéric Mistral


Avec un cœur « intra-muros », « filleule de Saint-Pierre », prisonnière de ses remparts moyenâgeux, mais gardant toujours au chant des cigales un œil vagabond en partance vers le Rhône tranquille qui baigne le Rocher des Doms, Avignon n'est pas une cité immense. Exception faite de quelques grandes artères rectilignes comme la rue de la République, la Cité des papes a le dos rond ce qui fait que la plupart de ses rues, certaines si étroites, finissent en pointes de tarte.




















Le célèbre pont d'Avignon. Ici, le cadrage de la photo ne fait pas voir que sa construction fut abandonnée au 17e siècle. Le tablier arrête au milieu du fleuve !




Pendant la durée du Festival, toute la ville est littéralement mitraillée d'affiches et prise d'assaut par les intermittents de la scène qui démarchent de la main à la main leur spectacle avec tracts, « flyers » et parades impromptues. C'est une jungle inusitée et on s'y laisse perdre allègrement. Or je ne suis pas d'avance M. Boussole et je n'ai pas la patience d'interpréter les cartes. Lorsque je n'étais pas avec mes amis français, des habitués d'Avignon, il fallait que je sème chemin faisant quelques repères significatifs.

À un jet de pierre de la Place des Carmes, rue Carrreterie, le clocher St-Augustin avec son horloge et sa drôle de pelle au sommet était un de mes pôles les plus fiables : direction manche, le Palais des papes, direction pelle, la Place de l'Horloge.



C'est sur cette même rue qu'on trouve la Galerie des Augustins qui présente jusqu'au 15 septembre une exposition de Hervé Di Rosa principalement constituée de gravures et de sculptures.


Alain Galant, propriétaire de la galerie.
(Photos jd)

J'y ai passé un très bon moment. Le propriétaire, des plus sympathiques, même s'il comprenait que je ne serais pas preneur - ce n'est jamais l'envie qui manque - a quand même pris le temps de me faire faire un tour complet de l'exposition, m'a amené en coulisses derrière, puis même jusqu'au garage dans la cour où sont empilées soigneusement des dizaines d'œuvres. Il m'a notamment montré de très jolis croquis de femmes nues réalisés à quatre mains (le nom de l'autre artiste m'échappe).


Hervé Di Rosa est né à Sète en 1959. Ce Méditerranéen autodidacte est un homme de voyage et d'exploration au sens fort, m'explique Alain Galant, et c'est dans sa manière comme artiste de se placer en complète immersion dans un lieu donné (Mexique, Cuba, New York, Ghana, Bénin, Afrique du Sud, La Réunion, Addis-Abeba, Paris, Corse, Vietnam, Miami...) afin d'y puiser la culture ambiante, les techniques graphiques locales, le détail des coloris, la vie et les rêves différenciés des hommes dans leur environnement, tels qu'ils s'offrent au regard.



Figuration libre, art modeste et MIAM miam, instinct, élans du coeur plutôt que froidure des formes « parfaites » sont des mots qui reviennent dans le lexique narquois de Di Rosa.


(Photo Site A Ter La)

Au coup d'oeil, c'est joyeux en diable et délirant en cabale. Cet univers m'a semblé peuplé des mêmes rires enfantins, parfois malicieux, qu'on trouve dans les affiches de feu Vittorio Fiorucci, dit Vittorio.


13 août 2009

Avignon, Place des Carmes, Jacky girl...























En Avignon, nous créchions à bon marché (22 euros) dans une chambre d'étudiant au Collège La Salle, sis 1, Place Pasteur. Dans les environs, et c'est hallucinant, on compte pas moins de 15 théâtres, des petits de poche mais aussi des célèbres comme le Théâtre des Carmes, foyer d'origine du Off au Festival d'Avignon, plus en retrait de nos jours, m'a-t-il semblé.


Place des Carmes j'avais repéré un petit bistro ayant quelques postes internet. J'ai beaucoup aimé fréquenter ce quartier populaire très vivant où l'on mangeait bien aux restos-terrasses à l'ombre des platanes géants .

Tôt un matin, je suis tombé sur un bazar. Un vrai salmigondis où les bonnes gens « bargainent»

Parmi un arbre de Noël en plastique, des espadrilles, des livres, bien sûr, et des piles d'anciens numéros de Paris MatcH, j'ai compris que Jacky avait un jour retrouvé La France...




JustifierNon, le monsieur n'est pas en train de montrer sa quéquette aux autres! Cliquez pour voir!
(Photos jd)

12 août 2009

Sa Bobness blues


Sa Bobness et ses hommes, Essex Jonction, Vermont, le 17 juillet 2009.

(Photo : Françoys Bernier)

Dans l'extrait vidéo qui suit, on trouve un échantillon très blues qui donne idée du Dylan entendu au Vermont le mois dernier.

10 août 2009

Les Francos c'est fini!
























Bien que j'en eusse eu le fort désir, j'étais bien trop empaillé samedi soir pour aller voir Thomas Hellman à 19 h. Puis, ça m'a travaillé en mosus les Douze hommes rapaillés dont je pressentais que ce serait beau et rare. Selon ce que j'ai lu, ce ne fut rien de moins qu'un grand souffle venu des entailles de la grande cabale du poète-carillonneur, de son vivant simple peddler de littérature.

Ce n'est donc pas le concert sans cérémonie de Martha qui aura marqué la cuvée 2009 des Francos. Là n'était sans doute pas son objectif. À mes yeux et à mes oreilles néanmoins, ce spectacle au Théâtre Maisonneuve archi plein restera un moment de grâce en découvrant live cette voix, cette prise physique de la scène par Martha la séduisante avec des étoiles brillantes émaillant ses bas nylon, cette belle grande fille qui se penche à demi sur son micro, rame, fait l'hélice avec un bras ou bien pousse loin avec la jambe gauche comme en chasse neige. Elle mime cent fois le grand écart! C'est rock'roll même quand elle borde et aborde le répertoire de la Piaf, même quand elle chante magnifiquement du Desjardins country. Et ça, cette présence, j'ai adorée!

De plus, les voyant à nouveau sur scène après plusieurs années, j'ai savouré chacune des secondes où les sœurs Kate et Anna McGarrigle mélangent, harmonisent, cisèlent si finement voix, guitares, piano, accordéon, selon le motif, tout en battant la mesure sans faille avec le pied, à l'unisson. Imbattables. Même quand elles se demandent si la chanson va se rendre jusqu'au bout!

Ça va peut-être faire cul cul ce que je vais dire, mais je viens des Cantons-de-l'Est où se ramasse dans la mémoire un vieux fond métissé de français, d'anglais et d'esprit irlandais. Or la voix haute de ces femmes et leurs chansons émouvantes de petite vache qui rit réveillent en moi les accents profonds de ma langue maternelle. Je n'y peux rien. Je me rends. Comme quand on se fait bercer par sa grand'mère. Je me tiens droit tout croche devant pareille lumière qui est avant toute chose si humble.

Pour les Douze hommes (ils étaient seize sur scène, dix-sept avec Miron), j'ai quasiment le goût de me reprendre au Grand Théâtre de Québec le 25 novembre!

Photo : jd