31 octobre 2009

La poésie n'est pas gentille, or Dylan is jumping



Dans ce qui me semble être un retour au Devoir, avec un papier intitulé Poésie sans paroles, Jean Larose repasse ce matin le film de Scorsese sur Dylan, No Direction Home (2005), le courant métamorphosé en lapin, en vent qui souffle, en guitariste américain électrique, en mensonge whatever he wants, en rock, en vieux chnoque à moustaches espagnoles à venir & chansons de Noël...

Début des années 60. Dylan monte comme une flèche et emblématise le changement, l'air du temps. « On lui demande de chanter à Washington auprès de Luther King, le jour où celui-ci prononce I have a dream. Il ne suit pas. La gauche a trouvé en lui son poète. Il se dérobe. Les militants, ce sont des sincères, des croyants. Dylan n'est pas sincère, mais poète. »

Voilà le nœud de l'affaire d'une importance capitale à mes yeux pour comprendre, sinon du moins intuitionner l'utopie qui remue le cerveau humain, parfois, et s'ajuste dans le faire de la main, chemin faisant, là où l'on ne peut pas s'arrêter.

«Sometimes you just want to do things your way, want to see for yourself what lies behind the misty curtain (...) You want to write songs that are bigger than life (...) You have to know and understand something and then go past the vernavular. The chilling precision that these old-timers used in coming up with their songs was no small thing. Sometimes you could hear a song and your mind jumps ahead..» (Chronicles, p.51)

Je ne sais pas si, comme l'affirme Larose, « nous n'avons plus besoin de poésie depuis qu'elle s'est réalisée dans le rock ». Mais toujours est-il, comme dirait l'autre, Bucky pour ne pas le nommer, je recevrai mon nouveau fix du plus grand poète de notre époque le 14 novembre qui vient à Boston.

D'ici là, il est à souhaiter que je puisse compléter la lecture de Chronicles, volume one (2004) que m'a justement passé Bucky. Un très, très bon récit qui se fait à pied. C'est le récit d'un artiste fraternel, whatever he could be through his own destiny.

L'Armée du crime débarque à Montréal


Note : Rien à voir avec le crime organisé à l'Hôtel de Ville!

L'Armée du crime
en avant-première au
Cinéma Impéral · dimanche, 8 novembre, 17h
Un film de Robert Guédiguian. Dans Paris occupé par les allemands, l'ouvrier poète Missak Manouchian prend la tête d'un groupe de très jeunes juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu'ils aiment, celle des Droits de l'Homme. (Voir).

Cf. sur Train de nuit

Aussi, en 'rafale', mais pour la charge poétique et pédagogique qui est advenue jusqu'à nous :
voir
la lettre de Michel Manouchian à Mélinée, le poème hommage d’Aragon Strophes pour se souvenir, L'Affiche Rouge, puis la chanson éponyme de Léo Ferré.



Liaison II




Ce qui n'est pas moindre
contre la muraille
c'est ce qui recommence
et nous recompose...

malgré la grisaille et les échéances!
malgré son voile de froidure
et ses... hésitations

Ainsi se déplie la page blanche
et ses creux d'ombres
telles une bordée à venir
que l'on ressent par avance
dans ses os de crayons

Un peu beaucoup dans les limbes
avec cet écho bleu
de lac figé qui se déploie,
ce hâle de désir
sous le silence de fjord vantard
venu du fond des âges humides

Elle a cet oiseau de côté,
cet air de frondaison dans le jeu
pour les voyageurs qui s'attardent
sur la glace fondante,
en dehors de la cage,
en marge du temps et de ses lamentations

C'est la plus subtile des aventures
qui se consume en dehors de la carte,
en bordure des saisons

Comme une attraction de flanc
qui frôle les âmes aux frontières poreuses...

On pourrait dire, en filigrane,
que c'est un beau séjour de chasse
dans la retenue des additions
comme un nombre perdu
qui se dégage de l'horizon.


Photo : jd.

Solfège : la liaison permet d'additionner les durées de notes pour obtenir de nouvelles durées ne correspondant pas aux valeurs existantes, et pouvant excéder, si nécessaire, la durée de la mesure.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fa/YB0107_Liaison_prolongation.png
Liaison de prolongation
(...) Les figures de silence, elles, n'ont évidemment pas besoin d'être liées pour être additionnées. » Wikipédia.

30 octobre 2009

Jack on the road lui-même



Salmigondis Jack Kerouac :

The Brooklyn Bridge Blues de Jack Kerouac lu par Allen Ginsberg, New York, 6 juin 1995)

Ginsberg & Cassidy

On Cassidy On avec la famille Cassidy (très bon document).

Kerouac à bord - très court vestige d'une interview à CBC (1959).

29 octobre 2009

Poésie pour une chanson

En préparation de MES Rapaillés à Québec le 25 nov., petit tour de jardin pas pire de Marie-Christine Blais dans La Presse de l'été dernier à propos de la tendance poèmes mis en chanson. Je ne comprends pas comment Blais a pu ne pas nommer la Ste-Marie dans son recensement, mais en tout cas.

28 octobre 2009

Ne fermez pas les guillemets

Au premier abord, je m'entends bien avec la «posture» matérialiste déclarée de l'auteur.

26 personnages, c'est beaucoup.

Celui-ci, Kaviak, n'est pas un cadeau.

« Kaviak connaît l'inconfort de son père adoptif concernant sa carrière de pornographe. »

Fanny et Kaviak :

«- J'voulais savoir... pourquoi tu fais de la porno, Kaviak?

- Parce que la philosophie, ça fait juste vivre les vieux professeurs...

- D'accord... et?

- Et parce que j'aime être solitaire sans avoir à m'isoler complètement... Sans parler que ça règle la question du désir et des fantasmes. En les comblant, je les annule. (...) Je cherche simplement à comprendre la vie. Pas lui donner un sens. La comprendre... c'est déjà assez.
(...)

Kaviak dort d'un sommeil créatif. Il rêve qu'il enregistre une capsule pour son blogue dans un avenir éloigné (...) Pour une raison qui lui échappe, il sait avoir des centaines de millions d'auditeurs, que ses mots sont diffusés en plus d'une centaine de langues... »

Plus loin, écourtichée par en dedans : Shanny. Kaviak et Shanny.

Puis, 23 autres personnages à ramasser.

C'est-à-dire à lire.


- Jean-Simon Desrochers, La canicule des pauvres, Les Herbes Rouges, 2009, pp. 115, 607, 613, 660 et suiv.

26 octobre 2009

Christelle Burthon dans Let it Be : c't'écoeurant!



Christelle!

Son My Space : plutôt drabe, mais beaucoup de vidéos.

Article dans Inrocks

Pis, Let it Be!

Je veux apprendre cette toune-là pour Noël! Ça commence ainsi :

-4 -4 -4 -4
+5 -3 -4
-4 +6 -6 ...

Oubliez l'accompagnement en boîte un peu robot casseau et oyez oyez! oyez! ce SON pur qui sort d'une humble C diatonique!

C diabolique!

Ne l'ai pas encore entendue dans sa respiration filtrée en BB King ou en jazz, mais j'imagine! Ein vraiment 'coeurante!




25 octobre 2009

Contre-jour et bleu noir mousse d'automne

Dimanche à pierre
 à trous d'eau
aux coups de fusil
 qui donnent la frousse au chien
Dimanche de sapinages
 d'arbres enchevêtrés
dans le boqueteau
par où s'échappe
le petit chevreuil
la roze en l'air
Dimanche de fleurs coupées
de thym citronné
de sauge
 de menthe
de visite
de bière rousse
de photos de voyage en Grèce
Dimanche de fumier
 épandu dans le jardin
de sang de poulet
dans la grange
d'outardes zébrantes
dans le ciel rempli
de flèches et de vieux os
Dimanche de vieil Acropole
 de rosier espérance
du début et la fin
de l'été des Indiens.










Photos jd.

24 octobre 2009

Le Grand Jack, again!





Pour El et ses pensées

***








« Prends un morceau de limon, pis sors ça de ton shaker »
Le Grand Jack


Je connaissais l'existence de ce docufiction réalisé il y a plus de 20 ans par Herménégilde Chiasson qui vient de rendre son bleu de Gouverneur général du N.-B. Je ne l'avais toutefois jamais vu. Quasiment à ma grande honte! Merci de l'avoir mis sur ma route!

Je ne soupçonnais surtout pas l'ampleur de ce film réel road, l'immense mérite qu'il a de nous « cadrer » un Ti-Jean à la fois brûlant et brûlé, enraciné dans sa cabane, son peuple, traversé de bar en bar par le continent, mais pesant de l'époque incontinente et de lui-même, et de ses visions, pris dans son trou de Canuck et de Tristessa, mais insatiable curieux des appels spontanés de la vie et de l'extase, toujours le feu de l'amour qu'on imagine sauvage ou perle rare, sinon de l'amitié, « angoissé beat » dans sa gorge par le manque d'être et qui voudrait imiter dans son âme un vieux nègre aux coudes usés qui siffle pour se défendre de la solitude, sans en avoir l'air. Fort comme un boeuf dérouté.

Éponge qui a bu et qui boira, et qui se vide en nous de ses mots piquants, ballottés comme parachutes de pissenlits, si tôt décoiffés au printemps...

Cela ne se dit pas que nous sommes ici sur la route mille fois fatiguée de la mauvaise graine à la rencontre d'un ÉCRIVAIN qui ne peut pas s'empêcher de l'être, un frère non-stop venu d'un autre vent, celui de l’après-guerre, c’est-à-dire avant les nôtres...

Bien plus qu'un ivrogne, pour dire comme le curé de Lowell qui l'a enterré.


jack


----- Message d'origine -----
De :
Envoyé : 23 octobre, 2009 14:07
Objet : Le grand Jack
« Nulle part où aller sinon revenir »...« écrire son âme »... la BEAT-attitude...Le grand Jack, sa vie comme un grand rouleau, qu'il a (d) écrit les yeux fermés...rôdeur de l'ombre violette..»
mots extraits de:
http://www.onf.ca/film/grand_jack/?ec=fr20091021

Pour vous Jacques O Jack qui irez bientôt visiter le Lowell de ce grand écrivain (...)


Heménégilde Chiasson, Le Grand Jack, O.N.F.,1987.


Photo : Kerouac, Amram, Ginsberg et aut., référence introuvable, prise sur le site de Jean-Yves Gourdol.

David Amram (...) / Pull My Daisy, 1ere partie 2e partie

David Amram : Je m'excuse, John Kerouac est beaucoup plus que ça

Ça fait vouloir brailler un tit brin...

Ah! ma « belle » Lwizyàn...


Amédé, Bois Sec, Chris Ardoin... Dans le désordre et la filiation des Ardoin et des bancs de sable créoles où un jour j'ai dû pousser le char du gars qui m'avait ramasser su'l'pouce en revenant de Grand Isle où j'avions été campé aux quatres vents...

Grand Isle Park - Louisiana Life

Pris comme dans un banc de neige, pire en fait...
Ça vous donne une grande soif d'éternité bienveillante!

Mais, ô, tabarnaque!
La mémoire est comme la vie : heureuse et remplie de chagrin.






Quignard : questions de libération et d'élargissement


Tenté par un mot de Merle, mais étant déjà un fan de l'écriture de Pascal Quignard, j'ai pris à la COOP de l'UQAM La barque silencieuse (Seuil, 2009).

En sautillant d'une page à l'autre, j'ai trouvé ce passage qui me renvoie au Lecteur commenté dans ces pages récemment (Cf. Carnets pelés # 29) :

«Écrire des romans ôte des fers. Les romans imaginent une autre vie. Ces images et ces voyages entraînent peu à peu des situations qui, dans la vie de celui qui lit, comme dans la vie de celui qui écrit, émancipent des habitudes de la vie.
(...) À quoi sert d'écrire ? À ne pas vivre mort.
(...) La lecture est ce qui élargit. »
pp. 97-98

22 octobre 2009

Comme un chameau en dépression

J'ai dit à John, mon partner au bureau, que je pensais être dû pour m'acheter une lampe solaire antidépression!

Ah! Ouais?

Ouais. J'ai pu l'goût de rien...

Ça, en effet, c'est typique!

Pourtant, tout va bien! Les maçons ont terminé les travaux à la maison, c'est une bonne nouvelle même si ça me met dans le trou; le voyage à Boston & Lowell s'est confirmé de belle manière, me restera à me laisser tâter par le Docteur Sax avant de partir; je prépare aussi un petit tour à Québec dans le sens du rapaillage; j'ai reçu des réponses enthousiastes de slameurs pour une soirée à venir; surtout, surtout, surtout, je vois enfin venir l'éclaircie, le petit sentier par lequel je vais aboutir jusqu'à ma table, tranquille, avec mes livres!

En réalité, chameau ou pas, ce fut hier une journée inattendue, bien arrosée de mondanités littéraires. Je parle à mon niveau qui est fort humble.

J'ai d'abord enfin pris le temps d'imprimer un manuscrit reçu par courriel il y a quelques semaines de Jean-Paul Damaggio (Éditions la Brochure) et dont il est l'auteur. Ça s'intitule Au carrefour Wajdi Mouawad, vers l’art des Amériques. Commande m'a été faite d'être critique au boutte. C'est sûr que je ne le serai pas. Mais j'ai hâte d'entrer dans ce questionnement des arts dans les Amériques vu par un Européen à qui j'ai beaucoup vanté Wajdi. Je pars avec le sentiment que je vais revisiter, comme point de comparaison, un énoncé de Marguerite Yourcenar qui m'avait beaucoup frappé à propos du blues... J'y reviendrai.

Reçu également par la poste hier deux recueils que m'a fait suivre Émile Roberge, dont le tout récent L'Aube d'un siècle, chez Humanitas.

« Les dents de la pluie éclatent sur les pavés, mais
bientôt les longues miettes d'eau neigeront... »
Résurgences, p. 83

Il y a René Merle qui n'écrit pas souvent et qui me sort complètement de la colle me signalant ceci dans un courriel : « Nous (j'imagine lui et Annette, un ange) avons eu l'occasion de rencontrer Pascal Quignard autour de son dernier livre, "La barque silencieuse", un régal !
Amitiés ».

La gagne de Francopolis m'a demandé l'autorisation de publier un de mes bébés dans leur « Anthologie ». Ce qui, de fil en aiguille, m'a amené un message de La Frenière qui a démissionné de Francopolis, et il viendra en ville en fin de semaine.

Tout compte fait de toutes mes bosses, ce fut une journée pas pire!

15 octobre 2009

Barcelone : fille de lettres






« (...) Rien n’est mesquin,
car toute chose a sa chanson.
Aujourd’hui, demain, hier,
s’effeuillera la rose
et le lait viendra au jeune sein de vierge. »
- Joan Salvat-Papasseit
(Barcelona, 1894 – 1924)










Photo jd., prise au Théâtre de la Catalogne en juin 2009.


Barcelona et ses écrivains : quelques pistes de Petit Poucet pour des lectures aux paysages littéraires éventuels, chatoyants, savoureux, audacieux, pour avoir une rétine exercée, jamais achevée, comme la Ste-Famille.





13 octobre 2009

Si c'est ça qu'tu veux

Leonard & Webbs Sisters !
(Dublin, juin 2008)



Leonard Cohen If It Be Your Will
If It Be Your Will
That I speak no more
And my voice be still
As it was before
I will speak no more
I shall abide until
I am spoken for
If It Be Your Will

If It Be Your Will
That a voice be true
From this broken hill
I will sing to you
From this broken hill
All your praises they shall ring
If It Be Your Will
To let me sing

If It Be Your Will
If there is a choice
Let the rivers fill
Let the hills rejoice
Let your mercy spill
On all these burning hearts in hell
If It Be Your Will
To make us well

And draw us near
And bind us tight
All your children here
In their rags of light
In our rags of light
All dressed to kill
And end this night
If It Be Your Will
All dressed to kill
And end this night
If It Be Your Will

Hum hum
If It Be Your Will

If It Be Your Will.

Parent : sa Gaspésie

Ça passait à la radio, j'ai fait du pouce, sorti l'harmonica de ma poche... Excuse-moi, Kevin, de te massacrer ça.

So nice country song!

Au demeurant, il y a beaucoup d'harmonica sur ce nouvel album du gars de Nouvelle qui sort aujourd'hui.

12 octobre 2009

Émile Roberge, l'Aube d'un siècle


Noticias



















L
ancement

Heure et lieu:
mercredi, 14 octobre, à 19 heures,
à la salle du conseil de hôtel de ville
(entrée par la bibliothèque Paul-O. Trépanier,
11, rue Dufferin, Granby).

Nous y serons accueillis par Mme Linda Laberge, Directrice de la bibliothèque.

L'événement se déroulera sous la présidence d'honneur de M. Richard Goulet, maire de Granby et c'est la comédienne France Arbour qui en sera l'animatrice.

Il y aura lecture de poèmes par Louise Hébert, Lucille Noiseux, Lucette Tremblay, France Arbour, Émile Roberge et aussi la participation de la pianiste Marimuze (Marie-Josée Choquette).

Photo jd.

Carnets pelés 29 - Embrasement d'émeute

C'est pour quoi faire qu'on lit? Pourquoi mourir à petit feu au milieu de toutes ces traces de mots et de signes? Pourquoi les tables de chevet et les chinoiseries?

Le commis aux écritures, incrédule, humble, mais au sens détourné d'un terme de métier, serait sans doute triste, aurait le visage de celui qu'on sacre dehors à l'idée qu'on mette fin aux émissions littéraires.

Il s'attarderait au lexique comme si c'était une rareté, une bouée, un terrain enjambé où c'est marqué 
« Défense de passer ».

Il tâcherait de délivrer une fois encore quelques mots nouveaux.

 Nouveaux pour lui!

 Les mots sont vieux comme le sont les cris des enfants.

Entre chaque lecteur, entre chaque lecture, il y a de vastes étendues de désert. Les ramifications sont extraordinaires. Un commis aux écritures qu'on pourrait imaginer comme un chercheur d'îles, un gardien à la manière du personnage de Bourgault, le ramasseux de papiers, le dompteur de vers dans le film Léolo; ou bien encore comme le petit vieux fatigué, délirant, dégobillant des fragments de poésie - quand le monde était encore enfant - assis sur le bout des fesses dans un sofa éventré en plein milieu d'un champ vague, une place à cochonneries perdue parmi les grands foins, entre deux mondes, à Berlin, dans LE film de Wenders, Les ailes du désir... Des mots nouveaux, surabondants, complètement inutiles jusqu'à ce qu'on en ait viscéralement besoin :

 rouir : isoler des fibres textiles en détruisant la matière gommeuse qui les soude, par une macération dans l'eau
remugle : « un fort remugle de cigare froid » — odeur de moisi, de renfermé
blettir : devenir blet (=fruits trop mûrs dont la chair s'est ramollie — qui a l'aspect brunâtre du fruit blet)
sorbe : fruit du sorbier
cotir : meurtrir des fruits onciaux : lettres onciales — écriture romaine en capitales arrondies de grande dimension, souvent réservée aux têtes de chapitre
irreddible... ?

L'idée de Wittgenstein sur la totalité de l'expérience : quelque chose comme la limite de mon langage = la limite de mon monde.

Limite?

 « Car le livre est un monde en défaut. Qui lit à livre ouvert il lit à monde fermé. » (Pascal Quignard).

 Je me souviens d'avoir lu sur le blogue perso de la chroniqueuse Chantal Guy ceci : au lieu de sortir, restez donc chez vous pour lire, avait-elle lancé!

 J'interprète : la théorie de la lecture selon Pascal Quignard commencerait par poser une espèce d'arc, celui d'un vol, avec un trait qui descend, s'évanouit, fuit par l'horizon, traçant une limite invisible, comme une « blessure ouverte sur la fleur de farine ». Imagination, travail, mirage, vitrail, feinte, ruse, coups d'épée dans l'eau, vives impressions, ce n'est pas simple la lecture. Mais si théoriser n'a pas pour but d'éclairer, de décupler le plaisir à comprendre, le plaisir spontané, alors aussi bien éteindre la chandelle de la mastication intellectuelle... 

Si le monde est refermé dans le livre, la lecture le déplie.

 Volume du monde à plat qui s'ajoute au volume.

 Parcours intenses diamantés d'éclats de rêves, espoir de se rendre ailleurs, envies, envols, curiosité, passions, abandons et tous ces lieux intimes pour réfléchir...

À vrai dire, tout cela se ramasse dans une action ultra monotone : lire, c'est voir défiler linéairement, le plus souvent quasi immobilisé, des pattes de mouche, des pieds, des perches, des caractères, des lettres, des paragraphes, du blanc, des silences sur le bout des lèvres... Mais le poids du monde....

L'esprit cavale, explose, proteste...

Pas toujours. Il s'endort parfois.
Photo Jacques Desmarais.

Pendant qu'il pleut à verse, la lecture trace un arc-en-ciel au-dessus d'une arche de Noé imaginaire.

 C'est la révolution quand elle arrive chez l'enfant de six ans.

 J'ai lu ce texte de Quignard en 1995 après avoir rédigé un papier paru dans la page Idées du Devoir que j'avais osé signer avec mon titre de l'époque, une pure
vérité : « Commis aux écritures ». Je ne prétends pas être ce dompteur de vers. Je protestais sincèrement, en revanche, contre le début du scrapage des émissions littéraires que j'adorais, moi, si loin de la littérature et de ses artisans.

 Le plus souvent, la voix des écrivains par le vaste monde m'arrivait par la radio. C'était mes midis En toutes lettres, mes mercredis de Passages,  mes beaux vendredis soirs avec Les décrocheurs d'étoiles, mes dimanches de Paysages Littéraires. C'était ma liberté.

Tout cela est quasiment mort et enterré dans le parc des Caribous. Je n'ai plus l'oreille collée. À présent, c'est le présent, c'est l'espace musique all the way couleur fuchsia. Fini les folies, les bla-bla! Mais je ne suis pas certain que les cotes d'écoute ont monté pour autant!

 Il reste Lorraine Pintal à Vous m'en lirez tant, une fille originaire de Granby, je vais la ménager. Elle a fait un bon coup en engageant Madeleine Monette pour une chronique américaine. Fait assez rare et notable, elle a reçu à son micro Pierre Vadeboncoeur qui est avec Ferron, Ducharme, VLB, Anne Hébert, André Major, Michel Tremblay, Gilles Hénault, Miron, Michel Garneau, Georges Leroux, tous genres confondus, selon moi, l'un des meilleurs écrivains québécois.

 Malgré tout, je n'arrive plus à m'abonner régulièrement à cette émission. Mots de chagrin.

 À l'époque où le LANGAGE se crossait par-devers soi, j'avais trouvé chez Quignard une voix du dedans, puis une corroboration de mes intuitions, mais il va sans dire, exprimé avec mille fois plus d'éloquence, de finesse et de densité. Avec Pierre Mignon, Le Clézio, Gracq, Yourcenar, Aragon..., le jeu de plume de Quignard est, encore une fois à mon humble sens, parmi les meilleurs de la France contemporaine.

Le thème de la lecture et du temps mort se possède comme une espèce de tango chiffonné. Voilà ce que j'ai compris. C'est vraiment un joli poison. Tous les lecteurs savent cela.

 « Métamorphose des métamorphoses. Lectures. »

 « Lampe seconde. Pour une nuit seconde. Pour ainsi dire redoublée. »

 On ne lit pas pour être savant. En tout cas, pas nécessairement. On lit parce qu'il y a du suspens dans l'air. Même dans les essais les plus secs. On lit, quand on a la chance de savoir lire, parce qu'il y a chez l'homme un besoin irrépressible de se faire raconter une histoire, et ça adonne bien, car juste à côté, pour dire comme Paul Auster, il y a ces espèces d'extra-terrestres, des extra to much venus de toutes les couches de la société qu'on appelle des écrivains et qui ne peuvent pas, eux, s'empêcher de raconter des histoires. Il y a de la lecture parce qu'il y a de la philosophie, c'est-à-dire de l'étonnement dans la manière des hommes, de l'interprétation à ne plus finir dans leurs pensées.

Je n'hésite pas à suggérer des pages entières de Quignard.

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P. 107 et suiv.


«Triple feintise et langage de mort. Tels le lecteur et le livre dans lequel il fut plongé sans feinte. Dans lequel il fut astreint à cette péripétie qui l'émut moins qu'elle lui refusa lucidité, calcul, méditation. Dans lequel il fut voué à cette sortie de soi, à ce départ de ses propres obsessions, à cette émigration de son énigme, de ses voeux, de ses expériences, à cette expatriation ou ce déplacement des modes de sa langue, à cette évacuation de ses souvenirs, à cette explosion de ses rancunes et de ses haines, à cette irréalité au bout du compte, cette vie de lettres et de bâtons d'hétérographe malgré la solitude. Dans lequel il fut conduit à embrasser toute l'exubérance, faribole pathétique, les espoirs improbables, les femmes spécieuses, les goûts insensés; conduit à participer à ces actions maquillées, ces fortunes subreptices, ces mises à mort et ces caresses prolongées et admirables. Dans lequel il prit parti pour ces passions enchevêtrées et dérisoires, pour ce négoce déguisé et pour ce frelatage d'intrigues rusées, emportées, et cruelles. Dans lequel il fit corps, fit chair, avec cette honte. S'identifia aux rêveries d'Escobar. Mit dans sa poche sans fond la fausse pièce. Ajouta foi aux contes bleus et aux paroles d'or.


Monts et merveilles promis, trois fois feints comme monts et merveilles du monde, d'une imposture qu'étreint une langue simulée, captieuse et morte, auxquels pieds et mains liés il se donne de tout cœur alors que ce monde, ces figures, ce langage distraient avec une monotone insistance, efficace peut-être mais point assez puissante pour qu'elle en impose complètement l'image, qu'un monde soit, que des êtres se dressent, et qu'un langage vrai ait cours et ait teneur. Sous le voile de ce monde libre : les communautés angoissées, solitaires, soustraites au sein des villes immenses. Sous les dehors de ces êtres que le désir étaye et sans cesse ressuscite : les servitudes innombrables, contrats de mainmorte et de taille incessante, les liens sociaux absents ou de haines ou de fatigues ou de malaises distribués, et les asservissements des âmes seules usurpées en marchandises, en devoirs, et en craintes d'avenir et de mort que les puissants réitèrent, même partagent, et qu'elles-mêmes multiplient. Sous le couvert de ce langage soit désuet et su roi à roi, date à date, par cœur, comme les temps anciens affabulés, soit exalté, bouleversé et épars, pluriel comme les temps non sus, à venir, violents : une langue marchande vieille parmi les temples vieux debout proliférant, et les marchands sans nombre investissant sans nombre, par débouchés de biens des guerres, en gain de puissance, et d'horreur.


Le lecteur sait sur-le-champ que le monde peut distraire de la terre et ne pas l'habiter.


Mais ruse de lire prise elle-même au jeu de la mystification qu'elle croit commettre. Comme le sens torturé en vain n'ajoute pas au sens. Dans les mondes irrecevables des lectures, le nom apocryphe du lecteur, une fois grossièrement interpolé dans les pages du livre, le rat, le rongeur, l'hétérodoxe et subversif assis sur une chaise, comme la position jadis souveraine était sise, quand même rongé lui-même, il ronge. Le falsificateur du monde se détruit. Ce que forge le livre dans le cœur du lecteur, plus il en renforce la fraude et l'hyperbole, plus renchérit l'improbable et croît la puissance du faux, le dit prédit, l'irrévocable sortilège, - le réel, qui n'est qu'un mot de ces livres qu'il lit, ne le désavoue pas.


Faux dehors qui est un vrai dehors.


Sans doute crut-il se défendre de cette distraction, vécut-il écart par écart ce qui se représentait sous l'espèce, sous le rêve de la présence du monde; sans doute scruta-t-il cet embrasement d'émeute introduit en lui-même, par là désamorcé peut-être, qu'accomplissait en lui l'exercice solitaire de la lecture, à laquelle n'imprimait comme "aucun mouvement" l'emphase du pseudo-émeutier;(...) sans doute espionna-t-il ces évasions de quart et de demi et de trois quarts à peine d'heure, où le prisonnier, après qu'il a prié dans la chapelle au haut de la falaise, ouvre fenêtre, saute dans l'océan.»



p. 39


« Le livre voile pour toujours la face du lecteur. Lire prie pour ce dénuement, cet abîme d'indigence : ce seul en défaut de soi, cette terre dénuée du monde, ce langage qui est

annulation. »


p. 82


« Les premiers cris d'enfant lisent déjà en les criant des traces plus anciennes et terribles que les plus anciennes écritures attestées. »


QUIGNARD, Pascal, Le Lecteur

Coll. Blanche, Gallimard, 1976


11 octobre 2009

Lettre à Elle, à vous aussi en même temps



En écrivant à une amie, j'ai pensé à ma paresse, j'ai pensé à plusieurs, j'ai pensé à vous qui allez me pardonner, je l'espère, cet exhibitionnisme de tortue au soleil.

Voyez-y plutôt de la gentillesse, le goût d'être à vos côtés.

Puis, je n'écris pas si souvent que cela.

Et puis, les Cannibales ont un an! Je trinque.

Ils sont censés avoir appris à marcher tout seuls!


Ce qui n'est rien pantoute, bien entendu, un pou risible dans l'Univers en regard de « l'eau dissée » de l'espace qui nous pend au-dessus de la tête ce week-end, cirque dans la poussière d'étoiles qui, grâce à l'action de quelques bonnes gens riches et célèbres comme l'ami du prince de Monaco, nous fait droper de plain-pied dans une nouvelle période de l'évolution, celle du «nez rouge en orbite».

Misère à poil!

Nez en moins, comme un côté lunaire de nez lit gants, il sera, à mon très humble avis, toujours surprenant de se rappeler, comme le fait justement aujourd'hui Louis Hamelin, que j'aime beaucoup, dans sa chronique hebdomadaire au Devoir, à savoir que la poésie n'est pas 'commandable', que c'est un art essentiellement modeste.

En fait, sans jeu de mots niaiseux, je ne suis même pas certain que la poésie soit de quelque façon recommandable. Platon avait raison de la câlicer en dehors de la République!

Mais en revanche, elle peut à tout instant vous manger le bout de la queue de l'étonnement.

Poèmes cannibales, on s'entend!

Merci encore à celles et à ceux qui connaissent mes dettes éternelles.

À tous, mes sincères amitiés automnales.

jd
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Chère...,


Repu de sommeil, je le dis pour moi, mais suis bien aise que les Cannibales squattent une table de chevet. Dormir. Sans dormir. Enfin un « balancement » entre le noir et le blanc de ce temps qui nous emporte.


L'anniversaire du lancement des Cannibales qui fut un réel succès à cause de mes amis alors que je ne tenais qu'à un fil dans ma tête, me rappelle aussi la visite de mes amis Français, votre si belle lettre-courriel-prélude avec une ligne de Brad arrivée comme l'ultime récompense du jour, et qui résuma mes barbots comme personne ne l'a jamais fait; puis, dès le lendemain, ce voyage hardi, magnifique, en Gaspésie avec son haut ciel et où nous avons bu, parlé — ce qui s'appelle parler—, mangé chez les Atkins une « poule de l'Action de Grâce» assortie d'une farce inoubliable... Et puis aussi l'automne si beau à Montréal, la manifestation au square Philips pour la libération d'Omar K., avec un Alexandre Trudeau solide et sensible, la soirée des élections fédérales « comme hantée » par les Zapartistes au Club Soda, les interminables primaires américaines où l'étoile Obama étincelait déjà dans le ciel incertain de notre coin du monde si sûr de lui...


Il faut savoir tourner la page en tout. Turn, turn, turn, chantent les Oiseaux. Ce que vous appelez votre sauvagerie est sans doute en ce domaine un réservoir, un ressort, un réflexe de vie.


Cette semaine, j'ai répondu à Émile Roberge, un poète de la génération de Miron avec lequel il est devenu ami à la suite d'une nuit de la poésie qui se termina par un tête-à-tête dans un restaurant — probablement chez Belval —, le seul ouvert 24 heures à Granby à cette époque. Ils se sont lâchés à l'aube. Moi, je dis qu'ils se sont lâchés lousse.


Émile fut notre prof de poésie au CEGEP en 1972 ou 73. Nous le trouvions un tantinet réservé, mais chargé d'indignation (nous sommes au lendemain d'octobre avec les Poèmes et Chants de la résistance, au temps des grands manifestes, la grève du Front commun, l'emprisonnement des Chefs syndicaux; Allende n'est plus et Neil Young chante le cœur d'or de Dieu...) Émile est un amoureux de la poésie, de la nature, du pays, un amoureux tout court avec quelques traits de frère défroqué comme Miron d'ailleurs qui étudia au Mont-Sacré-Coeur à Granby où je fis ma « 8e » année. Il était plus âgé que la majorité des autres profs qui eux avaient presque notre âge et avec lesquels nous sortions, tombions amoureux, etc. C'est le cas, pour ne nommer que les plus connus, de Madeleine Monette et de Paul-André Fortier (l'étoile de la danse). Un de mes grands regrets consiste à avoir dit non à Madeleine qui m'a demandé un jour de l'accompagner à une série de cours que Fortier amorça. À cette époque il n'était pas danseur, mais il en rêvait à voix haute. Je dansais en feu comme un fou presque tous les soirs à l'hôtel Windsor. Ça me tentait, mais j'ai eu une réserve en pensant à ma blonde... Elle me l'a dit par après, elle était déjà persuadée que je la trompais avec Madeleine.


Fortier montait aussi des pièces de théâtre avec ses étudiants. C'est ainsi que le 8 décembre 1972, précisément, j'accompagnai C., à sa demande, à une représentation. Elle faisait partie de la bébelle au niveau des costumes, je crois. C'était une tragédie grecque jouée dans un cadre futuriste. Les costumes étaient transparents!


1972 à 2008... Il faut savoir tourner la page même si c'est la dernière.


Émile nous faisait « pondre » des poèmes sans nous juger. Mais il fallait quand même les lui remettre! Je sais que trop bien les niaiseries que j'ai pu lui faire lire. Mais c'était déjà créer une ambiance, déclencher des réflexes, se mettre en train. Surtout, oui surtout, il nous a fait voir en classe le film de Labrecque sur la célèbre Nuit de la poésie au Gèsu, en 1970. (...)


Émile Roberge à La Ruche, Granby, 26 sept. 2009.


Ce film a changé ma vie. J'ai réalisé — ce fut tel un choc — que la parole québécoise populaire était belle et forte. Cela m'a incité à faire pareil, à monter sur scène. Je l'ai fait à l'hôtel Windsor, notamment en « première partie » des Caramels mous que nous avions « découverts » à l'hôtel Nelson dans le Vieux, puis fait venir à Granby... Le Windsor, aujourd'hui démoli et remplacé par le Palais de Justice qui abrite une verrière époustouflante de Marcelle Ferron (mais pour l'emplacement du Palais je confonds peut-être avec l'hôtel Granby juste à côté), était en déclin, voire littéralement sur la bum en 1970, et alors un gars qui faisait partie de notre cercle, Johnny Beauregard, avait astucieusement réussi à négocier une grande aile en L déserte pour ouvrir un Pub étudiant, avec un bar, une scène... Nous avons repeint, organisé les lieux, constitué des équipes de barmen... Ça marchait rondement.


Dans l'autre partie du club continuaient à sévir buveurs de grosses bières, travestis, danseuses à gogo crinquées au juke-box, chanteuses de rock comme Melody Stewart qui enflamma d'un seul regard nos cœurs de garçons. À quatre, nous l'invitâmes en face, chez Da Francisco, puis c'est à qui attirerait l'attention de cette blonde magnifique chantant à la manière de Janis, qui n'avait peut-être pas elle-même ses 18 ans, en tout cas, dans ce trou de petite ville de province, elle était notre reine chaperonnée... par sa mère. Sa mère — une anglophone — vint avec nous au resto et n'a pas dit un seul mot. Le Pub quant à lui fut pour quelques années le spot des jeunes de Granby et des environs. Notre réputation allait jusqu'à St-Yaya. Nous avions carte blanche. On checkait la dope, les gars de bicycle. Pour un trou, c'était bien tenu par des jeunes. J'y ai fait quelques fois le DJ. Et c'est là que j'ai fait tourner aussi souvent que j'ai pu une nouveauté de 1973, non pas Femmes de rêve, mais le Stainless Steel de Gagnon/Tremblay.


C'était l'ambiance de mes 20 ans avec en toile de fond, omniprésente, la politique. Je n'avais aucun trac à l'époque et toujours le goût de faire mon show, d'organiser ceci, cela, de gueuler. Au CEGEP, on m'appelait parfois le p'tit Chartrand, ce qui est très injuste pour le grand Michel, droit comme une barre, moi brouillon comme dix.


La Nuit de la poésie m'a insufflé à jamais quelque chose comme le goût de la marge et du déplacement de l'air.


Émile m'a écrit ceci :


« Je n'ai pas fini de lire tes poèmes. Ta poésie n'est pas banale... J'ai hâte de te dire plus longuement ce que j'en pense. Il va sans dire que nous avons une écriture poétique bien différente... et c'est bien ainsi. J'aimetes audaces, ton utilisation de "la langue de chez nous"... Je m'arrête. »


Et j'ai répondu notamment cela :


« Je suis sévère avec moi-même (...) La plupart des textes de mon recueil ont passé la rampe d'au moins une lecture publique. C'est un plus à mes yeux. Néanmoins, je sens qu'il y a des chemins que je ne prendrai plus dans mon écriture à venir.


Ces récits ne devaient pas demeurer dans le fond de mes tiroirs. Qu'ils soient maintenant dans un rapport public, si restreint soit-il, c'est une grande victoire qui me procure également une distance que je ne soupçonnais pas. Je sais qu'ils peuvent causer quelques brûlures. Mais ils sont totalement libres, sans malice, et ils forgent une espèce d'unité dans ma vie. Je puis dire qu'ils sont personnels sans être moi. Ils sont moi à 20 ans, à 35 ans, à 50 ans, ils sont même moi à 5 ans alors que je me souviens avoir posé cette question à mon père : C'était quand le bon vieux temps?* (cf. Le petit déserteur).»


Les Cannibales squattent au moins une table de chevet... Et je rêve!


La nouvelle édition de mars 2009 est à mon sens plus belle, papier coquille d'oeuf, quelques petites corrections... Il en reste peut-être une vingtaine d'exemplaires en France, deux ou trois à la maison... J'essaierai de vous en garder une copie. Vous me faites trop d'honneur en lisant plus loin que ce qui est écrit.


Là-dessus, il me faut profiter du soleil, il faut m'en persuader, pour terminer une job de peinture de galerie de fer forgé...


Ça n'a jamais de fin. À part nous-mêmes.



Jacques


* Doloré, mon père avait répondu : « Le bon vieux temps, ça va être lorsque tu vas penser à ta jeunesse. »

photos jd.

On the road of Jack, again


Dans la perspective d'un voyage en novembre à Lowell, Mass., avec Buchy & Emman, j'ai juste le goût de parcourir par avance à nouveau le plus possible la musique singulière de Jack Kerouac.

Plume au vent, Kerouac n'est pas Kerouac. C'est une constellation dans le creux des mains d'un pauvre écrivain recueillie dans les petits casseaux des voyageurs que nous sommes.

Peu importe la pigmentation de la peau, nous savons désormais que les veines des Hommes sont sans couleur, pareilles partout sur tous les continents, « des hommes semblables en dedans ». Que les dés soient jetés ici plutôt que là le long du parcours éphémère et composé d'une vie, que l'on devienne plus qu'un ivrogne dans son devenir soi, plus qu'un bon gars, plus qu'un écrivassier, cela fait assurément une tabarnouche de différence pour les autres.

Je n'ai jamais été de ceux qui assimile l'œuvre de Kerouac au Québec. Mais je reconnais à 100 milles à l'heure dans ces rouleaux de mots, ces singeries dans la voix un rapport unique au monde, une sensibilité, une blessure propre à mon peuple.

La culture, disait Miron, est une manière différenciée d'être au monde.

Ça ne s'arrête bien sûr pas là.

10 octobre 2009

L'eau dissée de l'espace

Misère à poil!

Que cesse ce cirque
rempli d'eau gazeuse
dans les soucis du capitalisme
subventionné!

Fontaine! Fontaine!
Je boirai tes paroles
jusqu'à ton lit double

Ô! se péter les fusées
contre les murs du son?

Je vole vers toi mon cœur, mon écorchée
avec un vers à coucher dehors.



Photo-montage : Noé.

Les Poèmes cannibales se promènent encore


Les Poèmes cannibales lancés il y a tout juste un an au In Vivo continuent de se promener ici et là. J'ai reçu de Louise cette photo prise à Notre-Dame-de-la-Merci. Après le Bic, la Matapédia, Foix en France, voici que ma collection s'enrichit. Grand Merci à la Dame!

08 octobre 2009

'Fous les canards' est arrivé!





D'abord ceci : j'ai suivi sur Face Book le work in progress du dernier opus de Bori. Mais comme je n'y vais pas souvent, sur la Face de Livre, j'ai perdu le fil, oublié que ça s'en venait. Or hier, saut chez Archambault pour Noémie, pis c'était là, dans le présentoir, m'a sauté dans l' face ces 'Fous les canards', titre du CD.

Peut-être que ça vous laisse froid Bori, moi je suis un inconditionnel à cause du fond de l'air toujours un peu jazzy, avec des paroles dégourdies toujours engageantes, comme des petits films, avec des coups de pinceau acoustique mêlé savamment avec les machines de son programmé, une prise de son d'ailleurs absolument remarquable, avec les meilleurs musiciens en ville, entre autres, Claude Fradette (gui), Mario Légaré (basse),Jean-François Groulx et Anthony Rozankovic (piano)... Il y a même sur la dernière toune la touche de Michel Rivard, ça donne le duo BORIVARD, duo chanté et span de guitares sèches, j'adore cette chanson TRÈS western :

Toute ta lettre
J'ai reçu toute ta lettre
je l'ai lu dans la poubelle
j'ai jeté par la fenêtre
Mes gants blancs et mes bretelles
Que veux-tu que je t'y fasse?
Tu adores ne pas m'aimer
J'ai une larme pleine de face
Qui me coule sur le passé
Ce sont des mots qui m'effacent
Ton sourire qui m'fait pleurer
C'est où déjà Saint-Boniface?
C'est quand déjà le mois dernier?
(...)

Pis, il y a la voix de Bori! C'est vraiment magnifique comme album.
Voilà pour l'é-motion de la soirée.

05 octobre 2009

La Bête lumineuse, elle m'a fait signe!






Gaétan a publié un court billet sur la chasse avec une photo d'un orignal majestueux qui fut récolté et qui est couché sur le flanc.

Si j'excepte le niaisage dans le bois avec mes frères qui n'a rien de glorieux, il s'adonne que je suis allé à la chasse hier même POUR LA PREMIÈRE FOIS de ma vie. Il y a longtemps que j'attendais ce moment. J'ai adoré ça!

Comme je l'ai écrit en commentaire chez Gaétan, je me fais achaler à tous les automnes par des chasseurs, de purs étrangers parfois qui désirent venir en cambrousse pour le chevreuil, certains sont prêts à payer le gros prix, mais j'ai toujours dit non! C't'année, j'ai dit oui à Réjean et Luc.

Luci vient de la Gaspésie et j'ai 100% confiance en ce gars-là, à sa manière d'aborder le bois et les bêtes. Il chasse à l'arbalète. Ce qui demande adresse et réflexes aiguisés.

Le buck, il nous a surpris alors qu'on dételait vers les 17h! Il nous aura manqué 30 minutes de patience! Bref, même si je n'ai été qu'un scèneux dans cette histoire de chasse, j'ai appris beaucoup, j'ai contemplé ma forêt comme si je ne l'avais jamais vue. Je n'avais pas pris ma caméra. Contemplation maximale. Et quel privilège d'être aux premières loges pour voir et entendre! les voiliers d'outardes qui s'appareillent déjà! C'était magnifique.


Je goûte mieux aujourd'hui, il me semble, les propos sur la chasse d'un Pierre Perrault qui m'ont tant allumé jadis, d'un Riopel ou d'un Martin Picard. En tout cas, la Bête lumineuse, elle m'a fait signe!




Photos : Réjean Bertrand / Luc Thibodeau