30 décembre 2010

Le petit train de nuit du Nord en vacances



















A
u pays chantant, abradacabrant de Miron, au bout des craques et des grosses roches de la piste des raquetteurs, près du petit banc en face du marais, surprise en plein bois : des boules de Noël antiques prennent en silence un bain de soleil inespéré.

Et un poème rouge enfant brille aux branches.

« Et l'air est doux d'un passage d'écureuil. Tu déjoues le monde qui assiège nos lieux secrets. Tu es belle et belle comme des ruses de renard »
(Gaston Miron, Nature vivante, Douze hommes rapaillés, volume 2).

Bonne & Heureuse Année!

Photo Jacques Desmarais.

23 décembre 2010

Renaud : comme une belle histoire de Noël



Renaud est un gentil garçon qui a le cœur sur la main, un ami de Noé, ma fille. Il y a quelques mois, j'ai reçu cette vidéo qui raconte une histoire fabuleuse de retrouvailles. Le journal La Presse va narrer cette histoire qui est quasiment un conte de fée dans son édition de demain. Une belle histoire touchante qui montre que les réseaux sociaux peuvent aussi parfois dépasser les couches de narcissisme, rapprocher les gens, créer ou recréer des liens de solidarité et d'amour.

Avec mes souhaits de Noël, je vous invite à suivre Renaud qui renoue avec famille et pays natal. Ici, c'est vraiment le Pérou!




Cf. Rima Elkouri, La Presse, Les deux familles de Renaud, 24/12/2010

Slam Chicago Slam : la source vive




Pour ceux qui s'intéressent au curriculum vitae du slam, un article récent de ALIZAH SALARIO
Searching for authentic slam poetry in Chicago, paru sur le site de Poetry Foundation dans sa livraison du 10 décembre dernier, nous ramène à la source, à l'antre du slam, c'est-à-dire au légendaire Green Mill de Chicago, là où le
« père fondateur » du slam, Larry Smith, veille toujours et encore au grain.

« Watching slam accomplished precisely what art was supposed to do—reflect and make sense of intimate, personal experience—and in doing so, slam made me feel more authentic, and less alone. » (Alizah).

Photo: Señor Codo,

22 décembre 2010

17 décembre 2010

Telemann, Haëndel, le Messie, St-James, la baguette de Rafik Matta


Noticias

J'ai une petite job demain comme bénévole à la porte de l'Église Unie St.James où l'ensemble Telemann de Montréal, dirigé par mon distingué collègue et ami Rafik Matta, présentera l'intégrale du Messie de Haëndel.

C'est à 20 h, au 463 Ste-Catherine Ouest, métro McGill.



Solistes invités :

Pascale Beaudin, soprano

Erin Grainger, alto

Michiel Schrey , ténor

Nathaniel Watson, baryton-basse

16 décembre 2010

La nuit de Koltès rue Rose-de-Lima

J'ai vu en 2004 l'intense feu du grand Denis Lavant à l'Usine C dans La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Kristian Frédéric, ce soliloque hallucinant d'un homme perdu, mouillé par la pluie et qui claque de la poésie jusqu'à la nudité la plus absolue de la marge, de la rue, de la solitude.


Texte bouleversant porté ici en ce moment sur les planches par Sébastien Ricard, m.e.s. Brigitte Haentjens . J'irai ce soir.


15 décembre 2010

La troupe de VIES

Les 21 novembre dernier, après le vif succès de la seconde représentation de Vies, une création collective du Théâtre pour le Plaisir, la troupe a festoyé au resto. Une sacrée belle gagne!

En commençant par la gauche : Chantal Poirier (chorégraphe), Claudia Ménard, Joanne Marcotte
(metteure en scène et comédienne-danseuse), Sylvain Legault (musicien), Marie-Claire Fachéna, Sylvie Ropert, Guillaume Bédard (éclairage et son),Chantal Godin, Cassandre Longpré et Martin St-Hilaire.

Photo Jacques Desmarais.

10 décembre 2010

Rose, ivre de moi

Je dis que ma main
déposée au sol sera morte
que mon fémur rentré sera cendre
mon genou, mes hanches,
mes os, mes flancs désaccordés
que ma salive sans tambourin,
ma sève, mon sang, mes larmes,
ma sueur du temps des foins,
mon urine pressée du matin,
ma térébrance, ma boucane sans lendemain,
mes yeux, mon miroir, mes peurs
mon délivreur, mes oranges, mon cœur
tout va sécher au vent
sur le petit banc de bois de l'oubli
le long de la dernière allée

Mais ces mots ne mourront pas!
Ils vont juste s'effacer dans ta bouche
comme des pas de plume sur la neige

Mais qui, Rose, ivre de moi,
comme un oiseau sur la branche
résistera?

04 décembre 2010

Toune de la toundra : Moi, Elsie

Un chef-d'oeuvre signé Desjardins-Lapointe, insufflé par la si belle Elisapie Issac.





Moi, Elsie

Paraît que ton contrat achève.
Tu r’prends l’avion à’fin du mois.
Écoute un peu, je serai brève.
Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

Comme à ces filles dans les baraques
peuplées à mort dans le désordre
avec des cousins qui les traquent
dans l’garde-robe, au bout d’une corde.

Y en a pas une qui se protège
de rêver d’êtr’ seule avec toi.
T’es attirant comme un beau piège,
tes lèvres brillent comme un appât.

Je veux te dire comment j’me sens.
Je suis vraiment bien avec toi.
T’es fin, t’es doux pis t’es vaillant,
t’as un beau sexe, je l’veux pour moi.

Les filles, à soir, font un cortège
pour ramper jusque dans ton lit,
pour commett’ le grand sacrilège :
aimer un Blanc, mouiller son nid.

Juste y rêver, ça les console,
je te transmets leur gratitude.
Et les aiguilles de leurs boussoles
s’en vont la nuit pointer au sud.

Tu te demandes peut-être pourquoi
j’prends pas un homm’ de ma rivière.
Quand ils s’allongent auprès de moi,
j’ai l’impression qu’ils sont mes frères.

Les gars ici en arrachent beaucoup
Ils viennent au monde, c’est même banal,
avec une flèche plantée dans l’cou
et quand ils parlent, ça leur fait mal

Sont pris dans un capteur de songes
À la Coop, vas donc savoir,
y achètent de la poudre à mensonge
puis partent à chasse aux idées noires.

Quand leurs fusils ont tout vidé,
ils prennent alors nos cœurs pour cibles
Toi, tu m’as prise sans m’posséder
On aime un homme quand il est libre.

J’sais pas pourquoi, ça m’fait penser :
Peut-être une femme t’attend là-bas.
Comment te dire sans t’offenser
qu’y a rien d’éternel ici-bas.

Je sais, parler comme ça, c’pas bon
Faut m’excuser, je fais d’ mon mieux
Juste pour te dire qu’on fait des ponts
où les rapides sont furieux.

Souviens-toi de ce nom : « Elsie »,
Comm’ du vent doux sur la toundra
Et si un jour ton cœur choisit,
j’aimerais tellement qu’il vienne à moi.

Et si jamais c’était le cas,
faut qu’j’aille à Montréal cet automne.
M’emmèn’rais-tu dans l’boutte d’Oka,
voir les couleurs, manger des pommes?

Paraît que ton contrat achève
Tu r’prends l’avion à’fin du mois
Écoute un peu, je serai brève
Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

- Paroles Richard Desjardins (transcription non vérifiée).


« En matière de poésie, l'artiste a aussi fait appel à la plume de Richard Desjardins. Une collaboration exceptionnelle qui a donné naissance à Moi, Elsie, dont Pierre Lapointe a signé la musique. Proche de ses racines autochtones, Elisapie a trouvé des mots de prédilection pour traiter d'une réalité particulière, parfois crûment, et qu'elle transpose dans la modernité. "Je voulais parler d'un homme blanc et d'une jeune femme innue. Une rencontre. Mais je ne lui ai pas donné d'autres informations. Je voulais qu'il soit libre. Le résultat final m'a étonnée. Il n'a pas tout simplement fait du Desjardins. Il a pu saisir le thème. C'est très recherché comme texte. Richard, c'est un vrai! Tu veux rendre justice à cette chanson. Maintenant, je peux dire que c'est ma chanson!" »
- Antoine Léveillé, Portée par les étoiles, Voir (Québec), fév. 2010.


« L'un des apports les plus marquants du disque, c'est sans contredit la combinaison Richard Desjardins / Pierre Lapointe, qui ont offert respectivement le texte et la musique de la touchante Moi, Elsie. Plusieurs spectateurs qui assistaient à la performance de la chanteuse du Grand Nord lors du Festival de musique émergente au début du mois ont d'ailleurs versé quelques larmes à l'écoute de cette chanson aux paroles déchirantes.
«On m'en a beaucoup parlé. Ça s'est même rendu à Richard (Desjardins), qui m'a ensuite écrit. Moi-même, quand j'ai lu ce texte, j'ai pleuré. J'étais sous le choc de voir à quel point il était allé loin. C'est tellement bien écrit», dit-elle.
Quant à la musique de Lapointe, elle affirme qu'il lui fallait «quelqu'un qui a une facilité à créer de belles mélodies. Nous avons essayé de composer la musique nous-mêmes, mais ça n'a pas marché. Pierre Lapointe était très occupé à ce moment. Il faisait Mutantès. Il ne voulait pas au début, mais quand il a vu le texte, il a fait la musique en une semaine», raconte-t-elle. »
- Philippe Renault, Elisapie Issac - Une étoile polaire bien scintillante, Rue Frontenac, 18/09/2009.


Elisapie

02 décembre 2010

Square poésie


J'ai traversé ce soir le carré St-Louis pour me rendre à une assemblée syndicale. À l'entrée du parc, j'ai dit à Nicolas qui faisait route avec moi :

- Sens-tu?
- Quoi?
- Les sapins baumiers...

Un étal d'arbres de Noël légèrement cantés, emballés dans des filets, se trouve à squatter les abords de la rue St-Denis.

- Y a pas de neige, mais Noël s'en vient pareil, ajouta mon comparse à l'accent chantant de la Beauce.

Après la réunion, sous le ciel de Montréal ouaté blanc, gris et noir, j'ai fait le chemin inverse de la rue Prince Arthur pour gagner la station Sherbrooke. À l'orée, un petit zigzag en passant, c'est assuré, je n'y manquerais pas, afin de croiser, de me remettre en mémoire la présence délicate d'Émile Nez Lit Gant qui veille au grain, là, à quelques pas de la maison de son adolescence. Le buste en bronze du poète signé Roseline Granet est comme un signal au milieu de nos jardins de givre.


Pierre Vadeboncoeur a écrit sur le site de la Fondation Émile Nelligan : « L'art, la poésie, sont désormais proclamés ici dans cet espace public, dans la ville, au tout premier plan de ce qui compte dans une société. Je pense bien que notre poète aurait souhaité une suite comme celle-là, qui est comme l'expression de sa victoire. »

01 décembre 2010

Ayant bu ma Catedral

Du Vieux Montréal, rue St-Paul, vers la St-Antoine, j'ai rencontré plusieurs petits Chinois. Il était malaisé de manœuvrer son parapluie sous le vent contradictoire de Montréal. Tes beaux yeux bruns un peu inquiets m'accompagnaient. Tout le temps. La pluie drue en quarante-cinq degrés sous les lumières de la ville faisait Aragon. Je souriais intérieurement. De la presque neige. Premier décembre. De l'amour dans l'air. J'ai souhaité sous les lampadaires que ce pays surréaliste ne soit pas submergé de crocodiles.