27 janvier 2011

Gaëtan Dostie : le fanal allumé

Noticias


Dostie rime avec poésie depuis des lustres. Ce fils des Cantons-de-l'Est, poète, éditeur, cinéaste, on l'a aperçu ici et là dans les mille et un récital de poésie, planté au fond de la salle ou de côté, à l'arrière de sa caméra, guetteur, capteur infatigable de mots de vive voix. Lors d'une soirée au FIL, il y a quelques années où je faisais une lecture, j'ai eu la chance de jaser un peu avec ce chiffonnier d'une rare espèce qui m'a parlé de sa passion-mission.

Avec la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie (MLGD, 1214 de la Montagne, ouverte les après-midi en semaine, réservation au 514 861-0880), ce fabuleux et patient travail d'archiviste est à présent accessible au public et une série de concerts intimes autour d'Alexandre Belliard s'ajoutent pour notre plaisir des mots à compter de mars prochain.


Supplément

Dans Le Devoir de ce week-end (Catherine Lalonde, Cahier F, p. 2, 28-29 janvier 2011) , on trouve ceci :

« La collection Dostie est constituée d'inédits, de correspondances, de pièces rares et d'autres moins, de livres, de coupures de presse, d'artéfacts. Du pire au meilleur, et vice-versa. Gaëtan Dostie a cette monomanie du collectionneur. Il a commencé son accumulation à six ans, par un livre dédicacé donné par Alfred DesRochers. En septembre dernier, il ouvrait la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie pour faire partager ses trouvailles.

La visite qu'il propose est un cours accéléré, fascinant et détaillé, de littérature et de poésie québécoises. On peut y voir les poèmes-affiches de la Nuit de la poésie, une édition de 1903 des poèmes d'Émile Nelligan, un poème de travail de Josée Yvon, une lettre d'Anne Hébert, une serviette de table de restaurant tachée de café portant un calembour de Gaston Miron, le bâton de marche du poète, une carte manuscrite de Pamphile Lemay, une dédicace d'Allen Ginsberg, des archives sonores et visuelles. Dostie, qui est encore à gérer son fonds, promet d'autres surprises. Le coup d'oeil que Le Devoir a pu jeter au sous-sol, couvert de boîtes de carton en désordre, et le grenier qu'on dit aussi chargé permettent de le croire.
»

Aussi, côté documentaristes, il se trouve que les frères Gagné possèdent des archives inédites de première importance notamment sur Ferron et Miron.

25 janvier 2011

Au pays d'Aragon

Sans doute ai-je mes raisons... J'adore fréquenter le blogue de René Merle pour les paysages historiques, la culture savante & populaire, la connaissance profonde de l'Occitanie, les prises de positions politiques, pour l'écriture fine surtout laissant ici et là des traces de pas ayant traversé les sillons de la poésie.

Photo Jacques Desmarais. Rencontre à Avignon, juillet 2009. Marie-France, René, Annette, Jean-Paul. Je présidais ce dîner!

Le site des plus variés se trouve aisément en deux clics de souris sur le Train à la rubrique On the road again. Aujourd'hui, René me donne le goût de reprendre tout de go ce poème de Louis Aragon* :

Braves gens comptez vos sous

Dormez sagement chez vous

Il revient le temps des fous

Volontaires

Qui choisissent pour passer

Cette existence insensée

La poubelle et les fossés

Au grand air

Par le soleil et la pluie

Par le jour et par la suie

Par le silence et le bruit

Tôt ou tard

Les vieillards et les enfants

S’en iront le nez au vent

Traînant leurs pieds et traînant

Leur guitare

Il revient le temps perdu

Où rien de rien n’aura plus

La nécessité qu’il eut

Dans les livres

Il nous faut de tout si peu

Que soit le ciel noir ou bleu

On meurt mal mais sait-on mieux

Comment vivre

Sans doute ai-je mes raisons

De fuir la nuit des maisons

Sans pourtant aux horizons

Vraiment croire

Ici nul ne sait de moi

Mon amant mon Dieu ma loi

On me prend comme on me voit

Sans me voir

Aragon, Les Adieux et autres poèmes, Messidor, 1982

________________


Supplément critique : est-ce ainsi que les hommes vivent?

J'ai écrit cette semaine à Jean-Paul Damagio à propos du débat actuel en France sur le cinquantième anniversaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline. J'ai cité en référence l'ouvrage de Jean-François Nadeau sur le chef fasciste Adrien Arcand dans lequel se trouve une photo de Céline avec Arcand lors d'un voyage qu'il fit à Montréal en 1938. Voir Vincent Larouche, Rue Frontenac, Jean-François Nadeau déterre les secrets des fascistes québécois,31/03/2010.

Jean-Paul : « (...) Céline était un antisémite et un grand écrivain comme Aragon était un stalinien et un grand écrivain. Je viens d'achever le livre de Padura (...) et franchement, on peut se dire qu'Aragon a bien caché la réalité. » «(...) Après Padura je ne vais pas travailler de la même façon ».

Leonardo Patura,L'homme qui aimait les chiens, Métailier.

Par ailleurs, dans un commentaire antérieur, René Merle écrit ceci à propos de sa lecture d'Aragon qui habita un temps la même ville que lui :

« Pour moi, ce qui compte avant tout (j’enfonce des portes béantes), c’est l’œuvre, toujours à découvrir et à reprendre, dans l’éclairage certes fascinant des biographies. Et avant même la découverte totale de l’œuvre, et dans son cheminement, des éclairages qui m’ont en quelque sorte appris à lire.

Par exemple :

Avez-vous lu Victor Hugo ? Éditeurs français réunis, 1952

Hugo, poète réaliste, Éditions sociales, 1952

La lumière de Stendhal, Denoël, 1954

Et pour la bonne bouche, dois-je dire que mon engagement occitaniste date de la lecture de la préface d’Aragon à l’Anthologie de la poésie occitane, d’Andrée-Paule Lafont, Éditeurs français réunis, 1962.

Ce qui ne m’empêche pas de revenir, ultérieurement, sur mon exaspération devant son soutien à Tel Quel et à Sollers, et les lettres restées sans réponses à La Nouvelle Critique et aux Lettres françaises, lors de la présentation de la réalité soviétique, dans l’écartèlement vision Aragon et vision direction du PCF, etc. etc... »

23 janvier 2011

La nuit je mens, je prends des trains...


Louis-Jean Cormier & Bia : magnifique!



Puis, voici de première main le maître chantre :





On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour a des murènes
J'ai fais l'amour
J'ai fait le mort
T'etais pas née
A la station balnéaire
tu t'es pas fait prier
J'etais gant de crin, geyser
Pour un peu, je trempais
Histoire d'eau

La nuit je mens
Je prends des trains
a travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.

J'ai dans les bottes
des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho
Ou subsiste encore ton écho.
J'ai fait la saison
dans cette boite crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes
T'accaparer, seulement t'accaparer
d'estrade en estrade
J'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose
Un jour au cirque
Un autre a chercher a te plaire
dresseur de loulous
Dynamiteur d'aqueducs

La nuit je mens
Je prends des trains a travers la plaine
La nuit je mens
effrontément

J'ai dans les bottes
des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho
Ou subsiste encore ton écho.
On m'a vu dans le Vercors Sauter à l'élastique Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour a des murènes
J'ai fais l'amour
J'ai fait le mort T'etais pas née
La nuit je mens
Je prends des trains a travers la plaine
La nuit je mens Je m'en lave les mains.
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho
Ou subsiste encore ton écho.

la nuit je mens...

- Alain Bashung

22 janvier 2011

Argan, histoire marocaine au féminin





Argan

Texte et photos de Josette Aliès,
Montauban, France, 8 avril 2010.
Avec son aimable autorisation.

Ce matin, je suis allé faire trois courses au super marché. J’avais besoin d’après-shampoing.

En visitant la console appropriée, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’une grosse marque de cosmétiques vendait du shampoing et après-shampoing enrichi à l’huile d’argan!

Que croyez-vous que je fis? Je l’achetai bien sûr!

Réminiscence, parfum d’un temps envolé où je pouvais encore voyager? Parfum de ce sud marocain qu’il m’a été permis d’arpenter?Couleurs des robes et voiles de ces femmes de « M’sti », coopérative de femmes qui fabrique de l’huile d’argan? Émoustillage des papilles à la pensée de toutes ces salades, ces méchouias colorées parfumées à l’huile d’argan très noisetée? Quoi qu’il en soit, j’ai acheté l’après-shampoing à l’huile d’argan.


L’Argan?

Une grande différence entre les deux sites : au Mexique, l’arganier est dit stérile, ce qui signifie probablement qu’il n’est pas fruitier; au Maroc, il produit des petites noix.

Si j’en crois ce que les femmes de M’sti nous ont raconté, l’arganier est incultivable. C’est lui qui décide où, quand, comment il va pousser. Depuis la nuit des temps, les hommes ont essayé de le domestiquer sans succès.Inutile, donc, de chercher des plantations d’arganier.

J’en ai vu au beau milieu de « champs », de terrains caillouteux qui semblaient essayer d’être cultivés. J’en ai vu au bord de chemins, j’en ai vu en plaine, j’en ai vu en haut des montagnettes désertiques, mais je n’ai pas vu de « verger » d’arganier. Pas même près d’Agadir.

L’huile d’argan? C’est l’huile de l‘indomptable, l’huile de la liberté, surtout celle grignotée, de ces femmes de la coopérative de M’sti!

Eh oui, un peu avant d’arriver à Sidi Ifni, à gauche, vers le désert, tout en haut d’une route, d’un chemin carrossable, un village, une bourgade, un bled : M’sti.

Nous nous présentons à la maison du caïd. Quand on est étranger, il est plus poli de se présenter au caïd, équivalent d’un sous-préfet.Il nous invite à boire le thé, ce qui signifie faire connaissance, boire et manger.

Je ne sais pas comment elles font, mais cette fois comme les autres, notre visite n’était pas programmée, ce qui n’a pas empêché la maîtresse de maison d’arriver au salon avec un magnifique plateau de pâtisseries maison.

Pendant le cérémonial du thé à la menthe, le caïd nous explique son bled. La coopérative d’huile d’argan, si elle est devenue le fer de lance de cette communauté, n’est pas la seule particularité du village.Il y a aussi une école, un dispensaire PMI et même un équivalent du planning familial!

Avant que le caïd ne revienne, il a été chercher le directeur, nous discutons avec l’infirmière à temps plein que nous rencontrons alors qu’elle sort faire des soins à l’extérieur. Elle nous parle quelques minutes de son dispensaire, de la nécessité de l’éducation à la contraception, et, comme le dispensaire et la coopérative sont côte à côte, quand elle comprend que c’est pour la coopérative que nous sommes là, très vite, à voix plus basse, elle minore le rôle d’émancipation dont la coopérative est créditée.

Seules les femmes y travaillent.Ce sont elles qui s’autogèrent, mais elles ne fixent pas les salaires.C’est un homme, le directeur qui les fixe et qui tient les comptes!

Une féministe des années 70. C’est comme ça que je trouve notre infirmière.

Nous attendons dans une cour intérieure assez fraîche que le directeur vienne nous faire visiter. Sous les pieds des arbustes et des plantes, il y a de drôles de coques qui empêchent l’herbe de pousser. Nous ne le savons pas encore, mais c’est notre premier contact avec l’argan.

Monsieur le directeur arrive.Il nous explique que c’est lui qui conduira la visite parce qu’il parle français. Les ouvrières parlent berbère entre elles, sinon, elles parlent arabe.Si nous voulons comprendre quelque chose, impossible de se passer de sa présence!
De toute façon, nous sommes avec deux hommes. Les hommes ne sont pas admis dans les « ateliers », il sera là, aussi, pour nous dire ce que les hommes auront ou n’auront pas le droit de faire.

L’usine se compose de trois « ateliers », salles de travail, d’une salle de transformation, d’un petit « magasin » pour la vente directe d’un petit entrepôt pour l’expédition. Toutes ces salles donnent sur la cour intérieure.Ça ressemble un peu à un cloître minuscule, en pierres ocre et torchis tout aussi ocre. Le tout est assez délabré, mais c’est le local qui a été mis à la disposition des femmes.

L’une d’entre elles, probablement la « cadre », fait la visite avec nous pour nous expliquer toutes les étapes de la fabrication et nous montrer comment fonctionnent les machines.

Son français étant approximatif, notre berbère inexistant et notre arabe se limitant à quelques formules de politesse, nous ne communiquons pas, si ce n’est par le regard et les sourires.

C’est parti pour la visite.

Dans la première salle, une vingtaine de femmes de tous âges sont assises sur de magnifiques tapis colorés, quoiqu’un peu vieux. Pendant qu’elles tapent très vite avec de curieux petits marteaux plats sur des noix, dans un joyeux brouhaha de conversations, de rires, et même de chants, quelques enfants jouent ou dorment dans un coin. De temps en temps, une femme sort avec un seau en plastique plein de coquilles ou plein d’amandes d’argan.


Dans les autres salles, même décor, même rythme, même travail.

Elles ne sont pas voilées, mais certaines portent des foulards colorés.

Claudine et moi avons le privilège d’entrer, alors qu’André et Benoît restent dehors et se contentent de jeter un coup d’œil gêné.

Dans la dernière salle engaillardie par l’accueil, c'est-à-dire que personne ne s’est offusqué ou caché, que nous avons eu droit aux « salam maricon », aux sourires, à des questions que nous n’avons pas comprises, ce qui m’a empêché de répondre que nous sommes intéressées par leur travail, leur vie… Je me permets de sortir l’appareil photo, de le montrer et de demander l’autorisation de prendre une photo.

« Pour cette photo les femmes se sont voilées : elles ne voulaient pas être vues
à visage découvert par des personnes qu'elles ne connaissent pas. »


Elles rient! Certaines se recoiffent, s’arrangent, d’autres se déplacent pour être ou ne pas être sur la photo.

Sauf à Harlem, peut-être, je ne crois pas avoir jamais été aussi impressionnée, émue de photographier.

Je crois que je n’aime pas être voyeuse. Mais, je crois aussi qu’elles sentent que je les trouve belles, que je soutiens leur fierté et que je les admire.

Faut dire que dans chaque salle, toutes les générations de femmes sont présentes et mélangées : de l’adolescente à l’arrière-grand-mère!

J’essaie de demander à notre accompagnatrice à quoi correspond la composition des salles. Est-ce qu’elles utilisent les ateliers en se regroupant familialement? Est-ce qu’elles ont une place et une fonction spécifique? La question est trop complexe.Le directeur nous dira qu’elles s’installent dans les salles au fur et à mesure de leur arrivée.

Comment est née cette coopérative, y en a-t-il d’autres? Là encore, c’est complexe.Depuis toujours, dans le bled, les femmes ont fabriqué de l’huile d’argan.Au début, elles cueillaient, écoquaient, fabriquaient ensemble, en petit groupe. Avec le règne du « jeune roi », beaucoup de choses ont changé. Le Maroc s’est occidentalisé et les femmes ont acquis le droit au travail. C'est-à-dire qu’elles ont le droit de travailler au grand jour et d’être rémunérées elles-mêmes.


À M’sti, leur émancipation a consisté à revendiquer un lieu pour fabriquer l’huile ensemble.Ce lieu, elles ont voulu que ce soit une coopérative. D’après l’infirmière, ce n’a pas été simple : il ne faut pas prendre le travail des hommes, et il ne faut pas gagner plus que le mari. J’imagine qu’elles ont fait des concessions, mais elles ont créé leur entreprise, et la nommer coopérative, ce n’est pas rien…On sent qu’elles en sont rudement fières.

C’est ici que s’enracine mon intérêt pour l’argan.

Tout! Elles utilisent tout dans l’Argan! L’Argan, la noix nourricière de l’inédit de la vie! La truffe de ce Maroc maigre et sec!Elles cueillent les noix. Elles les mettent à sécher.Sur une pierre creusée par le temps, creusée par le rythme, elles les ouvrent avec une autre petite pierre dure. Là, elles séparent l’amande de la coque.Elles gardent l’une et l’autre : les coques serviront de combustible dans les poêles de terre qui cuisent les tajines et gardent le thé au chaud.L’amande, elle, elle sera transformée.Elles la pressent à froid dans un moulin « moderne » qui relève d’un tambour de machine à laver détourné équipé d’une sorte de pressoir à vin du début du siècle dernier. La vis de serrage est motorisée et visiblement fonctionne au pétrole, vu la puanteur du moteur!

De cette première pression, sort un filet de liquide jaune paille au fort parfum de noisette beurrée. C’est l’huile alimentaire.

À l’autre bout du pressoir, sort un mince étron vert caca-d’oie, qui n’en finit pas. Son poids finit par le fait casser et il tombe en mille morceaux dans une sorte de lessiveuse.

Ces bâtonnets nourriront les chèvres.

Un autre groupe pendant ce temps a fait griller des amandes dans une autre machine bricolée. Là, c’est le principe de force centrifuge du tambour de machine à laver qui est réinvesti pour que ça tourne à vitesse constante et que les amandes soient bien grillées sans brûler. Si le moteur fonctionne au pétrole, le combustible qui grille est la coquille d’argan. Les amandes grillées seront, elles aussi, pressées à froid. Les « étrons » nourriront aussi les chèvres.

Du pressoir, c’est un filet de liquide vermeil qui sortira.Cette huile-là, c’est tout le secret de leurs cosmétiques et liniments. Elle sert aux soins de la peau et des cheveux. Mais, surtout, elle servira de médicament : antibrûlures, cicatrisant, purgatif et que sais-je encore.

Chacune des deux huiles est précieusement conditionnée dans de minuscules flacons pour l’huile cosmétique, mais « une goutte suffit pour tout ton visage », dans des flacons de demi-litre et un quart de litre pour l’huile de cuisine.

Lorsque j’en ai acheté, je me souviens que j’avais trouvé qu’elles étaient extrêmement chères, par comparaison au reste de la vie. Je crois me souvenir que les flacons de cosmétique étaient à 40 francs/pièce et les flacons d’huile alimentaire de ¼ de litre étaient à 60 F/pièce.

Je m’étais étonnée du prix, d’ailleurs indiqué, comme l’exige la loi pour une fois appliquée, et une très vieille dame m’avait expliqué que c’était surtout parce que le produit était rare qu’il était cher. En effet, personne ne peut dire s’il y aura encore des arganiers dans la commune dans 5 ans!

Après ce retour dans un passé récent, moins de dix ans, je regarde mon après-shampoing et je pense que je n’aurais pas dû l’acheter.

Si c’est bien de l’huile d’Argan qui est utilisée, alors, cette entreprise est en train de piller la réserve.

Des amis qui sont revenus du côté de M’sti m’ont raconté que maintenant, la coopérative des femmes est fermée au public et qu’il n’y a plus de vente sur place.

Les arganiers poussent toujours n’importe où.

Apparemment, les hommes n’ont toujours pas percé le secret et ne savent toujours pas les cultiver. Ça ne les empêche pourtant pas de les exploiter au maximum, sans savoir s’ils seront toujours là dans cinq ans.

C’est vrai, le Maroc s’est occidentalisé : il est entré dans l’économie de marché!

Peut-être qu’au Mexique, les arganiers, offusqués du peu de respect que les hommes avaient pour eux, ont cessé de produire leurs fruits tout en se reproduisant? Va savoir comment? Question de montrer à l’Homme qu’il n’a pas le droit d’abuser de sa toute-puissance sur la nature.Peut-être qu’on assiste à la première « résistance » organisée de la nature contre l’Homme?

Va savoir!

En tout cas, moi, je n’achèterai plus de produits à l’huile d’Argan, ni d’huile d’Argan alimentaire.Il en faut trop si on veut abreuver tous les Bobos de la terre!

Il faudrait apprendre à laisser vieillir la nature et l’être humain, tranquillement, sans hâte, sagement.


20 janvier 2011

Vue de l'hôtel Belley

À Québec au clair de la lune joufflue, souveraine au-dessus des brocanteurs, galeristes et fourneaux du Buffet des Antiquaires de la rue Saint-Paul, c'était en marchant la forge intime aux grains minuscules des souvenirs parmi les gens de mon pays. Mais ce n'est déjà plus la même image ce soir, il neigeote à présent, il est sept heures, c'est comme dans une carte de Noël, douce éternité en retard de cinquante flocons parmi les anges dans le ciel; puis la faim qui tenaille, que cela en tête. À l'horizon, le fameux cipaille du Buffet où je reviens manger installé sur un tabouret du comptoir avec un manque d'accent local. Le jeune plongeur un peu grassouillet, les écouteurs greffés au cerveau avec une brosse sur la tête, je le vois, flotte et rêve par la porte de la cuisine. Dans mon dos, un lecteur en suspension ad libitum à la barbe grise, avec des mains blanches de tout repos posées sur la table. Devant moi la serveuse enjouée, petite aux cheveux noir mûre et aux yeux de cassis, raconte au cuisinier à ne rien faire son goût immodéré de la crème en glace, jadis, quand elle avait de grosses fesses. Un verre de vin « maison » ben ordinaire. Un pouding aux framboises renversées. Café s'il vous plaît! 21 tomates avec le type. Retour au bercail temporaire. Des petites tables, des canisses, des têtes d'Indiens, un 33 tours à carreaux des Beatles, des vieilleries, un salmigondis tout le long jusqu'à l'hôtel Belley. Là, au bar, café allongé au Baileys (à part). Je griffonne ce mot de peine et de misère sur mon I-Pod. Je finis par sortir de ma coquille et placote avec un musicien anglo sympa du Mile-End, tatoué à l'ancienne avec des ancres sur les bras; il sort fumer à tout bout de champ. Sa blonde, volubile, une éclairagiste de Québec qui passera l'année sur le Plateau, me parle avec enthousiasme du film Le monde de Barney. Le musicien a lu les chroniques sportives de Mordecai Richler, grand fan du Canadien. J'aime l'écrivain Mordecai Richler. Arrive en trombe avec son trépied Lavoie, je pense, du Studio Sismique qui est juste à côté. Il vient glaner des ambiances, bouteille de Drambuis, table de billard, serveur tonitruant qui beugle la chanson Da Giovani... Il lève et descend sa caméra pour un montage en hommage à Bruno Fecteau, le pianiste décédé subitement le 8 janvier dernier. Il aurait eu 52 ans dimanche qui vient.

Fecteau : un « pilier » du Belley.

Condoléances à Paule-Andrée Cassidy.



Les gens de mon pays
Paroles et musique: Gilles Vigneault
Interprètes : Stéphane Côté et Paule-Andrée Cassidy
Musiciens : Alain Leblanc - Bruno Fecteau
Enregistré à L'Anglicane de Lévis - 4 décembre 2010
Montage : FJ Brouillette
www.ProductionsMB.com

16 janvier 2011

Benoît LeBlanc retourne jammer en Louisiane

Photo Jacques Desmarais, Gare Centrale de Montréal, 14 oct. 2010.

Noticias


Rectification : je viens de me souvenir où était classée la photo que je croyais dans les limbes. On peut sauter par-dessus le paragraphe qui suit!
Ça m'énerve en maudit! Je ne repère pas la photo de Benoît, le vrai Benoît de Soleil est proche couché (ex-émission radio à CIBL) rencontré plus tôt par hasard l'automne dernier à la Gare centrale. J'avais mon mini kodak. Une photo parfaite pour Train de nuit! À la Gare! Où est-ce qu'elle est, baptême!

À défaut, je reprends celle de l'album Poursuivre!

Aussi, suis arrivé trop tard ce soir pour écouter Benoît à tivi. Mais c'est en rediffusion dans les jours à venir. Voici, voilà ce que Benoît écrivait en début de semaine :
Salut Jacques,

En février 2010 je suis allé en Louisiane avec l’équipe de Carmel Dumas pour le tournage d’un documentaire sur la musique des Cadiens de la Louisiane.

C’est une série de films qui passeront à ARTV le dimanche à 19 heures à partir du 9 janvier. « La filière cadienne », le documentaire sur la musique lousianaise - vous pourrez m’y voir jammer et jaser avec des grands musiciens de là-bas - sera diffusée le dimanche 16 janvier (En
rappel : lundi 5 h, jeudi 3 h et samedi 8 h).


AU CŒUR DU COUNTRY

Série documentaire de huit épisodes situant l’engouement renouvelé pour le country dans son contexte historique et social.

Gildor Roy fait la narration de cette série réalisée par François Savoie et Carmel Dumas, et Marc Beaulieu en signe la musique originale. Une production de Connections Productions.

Bonne écoute !

Benoît LeBlanc

****


Cf. aussi les traces joyeuses du Grouyan Gombo



Tunisie, 14 janvier 2011, l'espoir d'un peuple!

Vendredi sur l'heure du midi, je prends les informations à la radio. Ça y est, que je me suis dit, la Tunisie! Et je pense à ce jeune stagiaire tunisien très sympa, sans doute bien pistonné, Khaleb (comme les Filles de) qui passa un été avec nous au bureau de Montréal, perdu de vue à la suite de quelques échanges par courriels que je savais surveillés au cours desquels nous n'avons pourtant jamais abordé la situation politique.

Je pense à cet ami que Jean-Paul et Marie m'ont fait connaître par quelques écrits, un philosophe bien concentré sur sa matière, mais qui n'en pensait pas moins...

Sur le blogue des Éditions de la brochure, Jean-Paul écrit :

«Aujourd’hui 14 janvier, le téléphone sonne vers 11 h, un bruit de fond agité, un ami m’annonce que si la France a eu son 14 juillet, la Tunisie a eu son 14 janvier. Personne ne suppose à ce moment-là que Ben Ali est en train de faire ses valises. L’ami téléphone de Tunis et il connait bien son pays. Sur l’avenue Bourguiba, tout le monde sait que le trottoir du ministère de l’Intérieur n’est pas accessible aux piétons; or en cet instant, c’est une foule qui occupe toute la rue… Une révolution surprenante. Peut-être la première révolution spontanée? Sans organisation si ce n’est celle d’un petit pays doté de téléphones portables… Nos lecteurs savent que nous avons un correspondant étranger qui justement est parti le 12 janvier pour la Tunisie. Nous ne manquerons pas de revenir sur le sujet. »

Puis voici dans la vidéo qui suit quelques échos montréalais avec un discours senti de Françoise David.

09 janvier 2011

Johnny Trane Cash sur ARTV

« L'Amérique de Johnny Cash -Documentaire qui raconte les grandes étapes dans la vie du chanteur américain Johnny Cash dont la narration est assurée par Gildor Roy. Au menu : plusieurs images d'archives, des témoignages de membres de sa famille (sa fille, sa soeur, son fils) et de nombreuses personnalités qui l'ont connu ou qu'il a influencé telles Al Gore, Snoop Dog, Sheryl Crow et Tim Robbins. »

Embrouillé par le haut comme un tattoo Blue sous la peau





Tangled up in blue

Early one mornin’ the sun was shinin’,
I was layin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red.
Her folks they said our lives together
Sure was gonna be rough
They never did like mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough.
And I was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on my shoes
Heading out for the east coast
Lord knows I’ve paid some dues gettin’ through,
Tangled up in blue.

She was married when we first met
Soon to be divorced
I helped her out of a jam, I guess,
But I used a little too much force.
We drove that car as far as we could
Abandoned it out west
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best.
She turned around to look at me
As I was walkin’ away
I heard her say over my shoulder,
"we’ll meet again someday on the
avenue,"
Tangled up in blue.

I had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But I never did like it all that much
And one day the ax just fell.
So I drifted down to new orleans
Where I happened to be employed
Workin’ for a while on a fishin’ boat
Right outside of delacroix.
But all the while I was alone
The past was close behind,
I seen a lot of women
But she never escaped my mind, and I just grew
Tangled up in blue.

She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer,
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear.
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same,
She was standing there in back of my chair
Said to me, "don’t I know your name? "
I muttered somethin’ underneath my breath,
She studied the lines on my face.
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe,
Tangled up in blue.

She lit a burner on the stove and offered me a
pipe
"i thought you’d never say hello," she
said
"you look like the silent type."
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an italian poet
From the thirteenth century.
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you,
Tangled up in blue.

I lived with them on montague street
In a basement down the stairs,
There was music in the cafes at night
And revolution in the air.
Then he started into dealing with slaves
And something inside of him died.
She had to sell everything she owned
And froze up inside.
And when finally the bottom fell out
I became withdrawn,
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew,
Tangled up in blue.

So now I’m goin’ back again,
I got to get to her somehow.
All the people we used to know
They’re an illusion to me now.
Some are mathematicians
Some are carpenter’s wives.
Don’t know how it all got started,
I don’t know what they’re doin’ with their
lives.
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same,
We just saw it from a different point of view,
Tangled up in blue.

- Bob Dylan

04 janvier 2011

Carnets pelés 34 - Les janviers sous zéro où je démarrerai mon Char






« Et l’ombre du sablier enterre la nuit »
— René Char



2 janvier 2004
Quel pet sec que ce 2 janvier! Hier, raquette à Ste-Marguerite chez M&M. De la neige plein mes coffres. Je retourne à ma composition. Je redis que ce carnet n’est qu’accidentellement un journal.

4 janvier 2004
Granby. Ambiance à faire chier les poutres du pont Jacques-Cartier. Passons. J'ai repris la filière de la réécriture. J'ai choisi René Char, laboureur ordonné. Ma plume va bien. La montagne des mots pour escalader l'impossible petite journée. Nous aurons la nuit entre les dents du silence.

5 janvier 2004, dans ma chambre, l’étoile du jour
Lecture de Char. À la fin des Œuvres Complètes se trouve notamment un commentaire de Jean Beaufret très collé sur Heidegger et son étant décomposé qui va avec et qui est sans fond. Il reprend la question du dialogue de la pensée avec la poésie : la poésie est en avant de l’action, répète-t-il. Tel serait d’ailleurs selon lui le trait d’encre qui traverse toute l’œuvre de Char.

Un exemple venu de loin éclaire cette posture : la poésie donnée par Homère contient déjà tous les embranchements que les philosophes parcourront plus tard pour les nouer en forme de cartes à jouer. Si c’est le cas, le dialogue de la poésie avec la pensée est fécond dans la mesure où la poésie se dégage de la pensée au lieu de s’y engager.

Bon!

Cet énoncé est surprenant et enclenche un suspens théorique. Georges Leroux disait lors d’un atelier d’introduction sur l’écriture en philosophie : « La théorie précède toujours l’action.» La science physique du XXe regorge d’exemples où les calculs mathématiques ont en effet précédé l’observation empirique. Sur le plan existentiel, par contre, nous savons que le petit de l’homme a vécu des masses d’expériences avant même de pouvoir émettre un seul mot. La pensée précède-t-elle le langage? La pensée est-elle une action? Le langage est lui-même action. Tout cela n’est pas clair, mais l’enfant de quatre ans qui joue dehors à tamiser le soleil du midi au-dessus de sa tête, les yeux mi-clos, un genou replié dans sa petite voiture qui lui sert d’automobile, file sans le savoir dans le faire, c’est-à-dire qu’il tranche dans la poésie bien avant de soupçonner la mécanique des étoiles. Lui apprendra-t-on seulement comme il le faudrait la physique à l’école? Il se forge au présent une idée sensuelle de l’étoile du jour. Le cerveau grouille, ébloui. Il passe dans le temps. Puis oubliera qu’il apprenait ainsi à voler.

Personne ne doutera que nous parlions ici de « sur-vie », sinon de pragmatisme, de l’existence qui précède l’essence, de relativité, d’intuitions, d’étonnement, de poésie abordée de vive voix. Voilà le lieu dégagé de la pensée. Pourvu que l’on aime marcher. Pourvu que l’on n’entende pas la pensée et la praxis comme découlant de la forme pure collée au ciel des Idées.

L’œuvre des grands poètes est parfois comme un soleil saisissant. Parfois non. Ça dépend de la voix, de l’air, des partis pris. Mais si oui, alors, au loin, les pas dans la nuit illimitée sur le sol qui vous dénonce ont précédé le grain de vent qui fera veiller tard.

L’humus avant l’altitude du regard.

31 décembre 2008, dans ma chambre à Béthanie
Le soir se dévisse tout seul. Je ne m’habitue pas d’être mort à cause des rayons de vie, du témoin en vous qui déboule. C’est une question de disponibilité.

30 décembre 2001, cuisine
Lecture de l’Amitié de Maurice Blanchot qui cite René Char. La littérature comme pouvoir de contestation de ce qui est, y compris elle-même :
« (…) toute littérature importante nous apparaît comme une littérature d’aurore terminale : dans sa nuit veille le désastre, mais en elle aussi toujours se préserve une disponibilité, une inclémence du non-moi, une patiente imagination en armes qui nous introduit à cet état de refus incroyable. »

1er janvier 2002, dans mon lit
Il faudrait résolument entrer dans une période d’insensibilité apparente, dans cet état que Pierre Michon a appelé la mort vivante de l’écrivain, ce métier auquel je rêve avec l’exactitude du paresseux.

13 janvier 2002, station Beaudry
Au détour d’une phrase me revient un souvenir très particulier de Georges Leroux que j’ai surpris un jour à quatre pattes dans son bureau à l’université en train de vider une poche de livres fraîchement livrée de France par bateau. En effet, sous la plume d’Anne Cauquelin, dans son Aristote (Seuil, 1974), à la page 23, je lis : « L’horizon, c’est cela – la vie est dans les livres. » Mais Georges disait mieux. Il disait : « La vie dans les livres. »

Georges Leroux, la vie dans les livres (Photo UQAM).


18 janvier 2002, au bureau
Pingouins d’Afrique du grand barrage de nos cœurs : la tempête laissera une marque de sabot sur le front.

14 janvier 2004, station Langelier
Matin de froid extrême. Autour de moi, sept passagers sur huit sont en train de lire.

7 janvier 2006, café en face de la Place des Arts
Ça aurait bien pu être cela mon samedi soir : m’asseoir devant un café avec un gâteau blanc à la vanille dans l’ambiance d’une musique techno wési-wéso, et puis rouler un peu à bille sur du papier après avoir marché sur les trottoirs mi-glacés, mi-arrosés de sloche brunâtre, de la Grande Bibliothèque jusqu’au cinéma Parisien où De battre mon cœur s’est arrêté est encore à l’affiche. Dans mon inséparable sac à dos, L’hiver de force de Ducharme : « C’est la grosseur des écrasés du cœur qui va nous sauver. »

Il y a deux jours, Michel Garneau m’a envoyé un courriel plein de vie. Ce fut un événement jouissif.

8 janvier 1999, vendredi soir, j’écoute la radio
Garneau aux Décrocheurs d’étoiles fait un texte de 1970 jamais lu en public. Treize jours de prison en octobre. C’est assez pour filer comme
« un arbre de Noël de blues. »

Au poète André Velter avec qui il s’entretient en studio, il dit : « Parfois, je comprends tout (d’un poème) et ça ne me saisit pas. D’autres fois, je ne comprends pas tout à fait, mais ça me saisit! »

Il m'avait dit une fois : « Je ne comprends pas toutes tes images, mais je les sens tout le temps. »

16 janvier 2006, salle de repos des employés
Dehors, il fait bleu et froid. J’ai le goût d’un jus de fruit avec du rhum brun. Je me contente d’un jus de pomme Dole un peu sec.

Hier, j’ai repensé à l’esprit de Molly. Cela m’a fait pasticher le passage des pierres dans la bouche pour la route : « J’ai seize roches à sucer dans les poches de mon esprit ».

30 janvier 2009, terminus d’autobus de Montréal
Je m’intoxiquais d’un crachat amer resté collé aux parois du cerveau. Je pars tout de go pour Ottawa.

4 janvier 1998
Ne serait-ce que pour soulever un seul instant l’acte d’écrire, j’aimerais écrire au présent avec une concentration telle que seul l’enchaînement heureux des mots en marquerait la nécessité.

« (...) and there's also no sense of time. There's no respect for it. You've got yesterday, today and tomorrow all in the same room, and there's very little you can't imagine not happening » {- Bob Dylan, Interview with Jonathan Cott, Rolling Stone 11/16/78}.

1er janvier 2001, sur le sofa
Voici quelques noms de poètes de la même talle que j’aurais souhaité aborder au cours de l’an 2000. Mais sur quelle planète m’a-t-on ligoté?

Al Alvarez : Where did it All go right (William Morrow, 2000); The Savage God;

Phil P. Larkin, High Windows;




8 janvier 2001, dans mon lit
Dans L’appel des mots de Serge Patrice Thibodeau, je lis que Saint-Jean de La Cruze est mort en 1591, canonisé en 1726, nommé patron des poètes espagnols en 1952.

Patron des poètes? Et qui donc l’a ainsi auréolé? Pie XII!

4 janvier 2011
Au hasard, le vent du Mont Char :
« Dans un sentier étroit
J’écris ma confidence
N’est pas minuit qui veut »

« L’écart majeur entre poésie et pensée est peut-être que la poésie existe déjà tandis que la pensée ne pense pas encore »
— Jean Beaufret in René Char, Œuvres Complètes, La Pléiade, Gallimard, 1983, p. 1141.

«(...) l'appel de justice qui s'entend sur tous les territoires de René Char : cet appel ne s'est en effet jamais démenti, il n'est pas confiné aux recueils marqués de manière plus nette par la guerre, il traverse toute l'œuvre et emporte avec lui tout ce que le poète veut d'abord poser comme réclamation et émotion de la révolte, comme ouverture vers l'avenir. Char, il faut le rappeler, a multiplié les déclarations qu'il chargeait de l'énoncé des principes de sa poétique. Il écrit par exemple: " Ce qui vous fascine dans mon vers, c'est l'avenir, glissante obscurité d'avant l'aurore, tandis que la nuit est au passé déjà."»

Georges Leroux, Le Devoir, Littérature française - Hommage à René Char, 8/09/2007.