30 mars 2011

Carnets pelés 35 – De la jeunesse perpé-tuée et sans retenue



« Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le cœur a la jeunesse pour lui, avec lui. »
— Christian Bonin

« Nos lèvres murmureront des sonorités nouvelles qui se mêleront au bruit des vagues, inventant peu à peu la langue des orphelins sans-patrie »
— Michel Morin/ Claude Bertrand
  


Sherbrooke, journal Le Jour, 8 juillet 1977

Claude Lagadec à propos de l’essai Le Contrat d’inversion de Michel Morin et Claude Bertrand (Hurtubise, 1977). Dieu seul sait pourquoi j’ai lu et relu cent fois ce
passage : 

« Ce livre peut déplaire à certains, et ceux d’entre nous qui aiment se plaindre du fait qu’il n’y a pas de philosophie québécoise y trouveront matière à espérer pouvoir bientôt se plaindre du fait qu’il y en a une. […]
 Nous n’avions pas l’habitude, au Québec tout au moins, de textes théoriques qui ne se réclament pas d’un auteur ou d’un maître à penser ou à dénoncer. […] C’est assez nouveau dans notre littérature que cette pensée sans excuse qui semble avoir réellement quelque chose à dire.
 Ce livre est aussi de poésie, donc improbable. Il y a là tant d’intelligence, de cruauté, de tendresse, d’angoisse, d’intolérance et de bonheurs d’expression que le cœur à la fin rend les armes et n’y voit plus que l’expression d’un bonheur. »


Jour indéter-miné

 Il passait par le trou de la serrure des oreilles à double claquage de la folie et jusqu’à la moelle de la furie qui a perdu le museau horaire dans la bataille rangée. Il passait tout droit dans ce siècle et demi d’encerclements, pfft! paf! une grosse Mol, la lie, un joint, des blagues sur les montagnes, de l’écriture entre les dents… « La mafia locale dirigée par Monsieur Paul Rob a voulu m’assassiner.  Mon assureur ne m'a pas cru!  Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? »



Granby, 25 juin 1975

Après un séjour d’une année aux States, retour pour de bon au bercail il y a trois jours. Je suis allé hier avec mes amis sur la montagne à Montréal fêter la St-Jean. J’ai perdu de vue ma blonde. Fallait pas aller pisser. 

Fiori, il fioriture en pas pour rire.

J’ai dormi sans points de repère sur le plancher de l’appart à Serge.


Hôtel Windsor, 23 décembre 1974

Nous faisons l’amour.  Elle dit : « As-tu pris des cours? »


27  juin 1975

Elle m’a touché l’épaule du doigt pour indiquer l’assiette de lard avec des radis et des tranches de tomates qu’elle venait de déposer sur le comptoir de la cuisine. Ses parents regardaient un film à la télé. Pas un mot depuis mon arrivée. Ça devait être le dénouement. Après, son père demanda si j’avais passé un bon hiver. Oui, oui, excellent. Puis ils ont disparu dans leur chambre. Froid de lavabo. Elle a éteint la télé. Nous avons mangé. Nous avons fumé quelques cigarettes. J’ai parlé de Sartre en chuchotant. Pourquoi c’est faire? Pour maquiller la distance? Elle passait à côté de moi, évitait mon regard, mon cœur. Pourquoi t’es pas en forme, demanda-t-elle? 

Dehors. J’ai retrouvé la nuit de cette ville tranquille comme une orange. J’ai eu crissement le goût de ne plus jamais repasser par ici.


Hôpital  Dark, 1982


Adieu. Au verso d’un papier de rouleau millimétré où se trouvent les tracés d’une électroencéphalographie, Marie Bernard avec ses grands cheveux de rivière m’écrit ceci :

EGO SUM PAUPER
ET NIHIL DABO

Je suis pauvre
Je ne demande rien


25 avril 1987

Manchette. Drame au Brésil : 1000 baleines viennent de s’échouer. Pourquoi?



4 mai 1981

C’est l’annonce du jour, du mois, de l’année : Bébé arrivera au monde vers le 4 septembre. Il faudrait revoir Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000. Pour la leçon d’histoire. Pour me préparer. Ce sera une fille. Ce sera une fête.

      


1er avril 1982

 Île aux perroquets, Lighstation, P.Q. Ex-traits  :

« Lors de mes promenades mouillées de solitude, j’entends siffler le feuilleton des bardanes le long de la grève aux couleurs grisâtres. Quelques filets épars de rêves imberbes s’infiltrent chemin faisant entre les cailloux ronds, pêle-mêle. En face, au loin, on aperçoit l’île Platte et l’île David. Puis Sept-Îles, l’embrumée. Les avides prunelles d’un immense encrier nous séparent de la terre ferme. Il y a du fer ici et des fleurs de Montagnais.»   


Béthanie, 20 mars 1983



Première mouture de L’espion Fontaine :
« Quel est le parfum de la tristesse ?  Je suis d’un pays semelle orale de glace. Personne n’écoute les voyageurs. Une volée d’outardes revenant du Salvador insulte le ciel. Mais qu’est-ce que pourrir privément? Grand-Père, as-tu vu aux nouvelles mourir la petite sœur là-bas, chez Platon? »


Rue Duquesne, 4 mars 1989

Fin de lettre à Gurrie :

« J’ai besoin que ça hurle dans le bois. Besoin d’air musclé pour chansons d’exil. J’aurai ma revanche sur le Mont Réel. »



Montréal, congé de paternité, décembre 1987

La chanson de Réjean
« Et là! Et là! Et là!
Il devint une brume
Qui défile parfois
Au dépôt de la culture …»


Montréal, 1er mai 1984

J’appelle Claude Lagadec à Sainte-Anne-de-la Rochelle. Je veux absolument apprendre à prononcer le mot Weltanschauung. Je l’épuise au bout du fil.

Je change d’atmosphère avec une grâce réginale, une âme en récréation. Je ne sais plus s’il faut visiter l’intérieur des petits chevaux scellés. Je ne sais pas quoi faire avec les traces laissées par le piétinement des lèvres.


Granby, parc Miner, vers la piscine, octobre 1978

Accroupi sur l’autel des ombres radicales, il coulait à pic sous la pluie battante, mais la langue toujours harnachée par l’attirail de la jeunesse, cette folle tignasse de l’abondance du cœur qui se gaspille, qui toujours recommence à vivre en surplus, à battre au vent « comme des drapeaux ». Il pensait justement pouvoir se sortir indemne de son crime, la jeunesse! Lors donc, il sera bien puni, à genoux, traqué. Deviendra chômeur, pleurera des nuits entières. Cela n'est rien petit navire.



Montréal dans l’est, CIBL, octobre 1988, vers 10 heures du soir

Saint Denis Vanier passe fin saoul à la radio avec des marques flambées sur la peau des mots. Avec Vendu Mon Char. On n’est jamais tout seul même quand si.  



Montréal, le 15 mars 1991

Écho réverbère jusque dans les toilettes du sous-sol de l’UQAM. C’est La nuit de la poésie à la salle Marie-Gérin-Lajoie. Le hasard et ses effets firent que je me retrouvai aux côtés de Pierre Perrault et de sa douce Yolande. Ils sont tous deux paisibles comme un beau lac tout bleu quelque part au monde. Je souhaiterais à présent être comme eux, écouter 
tranquillement le charivari, le Gaz Moutarde, le feu.  Denis Vanier s’avance sur la scène avec son œil crevé. Ce n’est pas un ange. Ce n’est pas sa faute. Rien ne sert d’examiner les anciens combattants. C’est toutefois la pureté même des images. Ça vous atteint pour toujours. 
Dans son poème, il campera la fenêtre d’une petite chambre éternelle qui donne sur la rue. La rue Ontario peut-être?  Seul Dieu, caché dans les buissons, peut ainsi avoir prêté à rire.

Ce fut un grand moment massif taillé dans l'inoubliable.


Montréal, rue Ontario, 5 octobre 1975

C’est dimanche matin. Horkheimer est loin sur ma table de lecture. Je m’installe à la fenêtre de ma chambre au second étage qui donne sur La Grande Passe. Je peux m’asseoir de biais sur la large corniche,  les genoux légèrement repliés. De l’autre côté de la rue, j’aperçois autour d’une auto en provenance de l’État de New York des touristes américains. Une belle jeune femme noire à talons hauts fauche large en roulant des fesses dans une jupe moulante. Pendant qu’ils s’organisent, je joue une complainte blues à l’harmonica au-dessus de leur tête.  

Allez donc dire à Sisyphe qu’il faut nous imaginer heureux pour une idée neuve du bonheur!
     
Photos : Jacques Desmarais & C. Latendresse.  

David Goudreault à l'O Patro Vys


Noticias

Photo Jacques Desmarais

Le champion de slam de poésie David Goudreault lance son album ÀpprofonDire


Après trois ans à performer sa poésie sur diverses scènes du Québec, David Goudreault viendra présenter le jeudi 31 mars à l'O Patro Vys son deuxième album ÀpprofonDire. Dans ce deuxième opus la musique et les mots suivent la route de l'introspection, de la souffrance et de l'humanitude. Le slameur/poète de l'oralité livrera sa verve pleine d'humour, de finesse et de métaphores avec la même énergie qui l'a poussé à représenter le Québec à la Coupe mondiale de poésie en France et qui maintenant le pousse à faire le tour du Québec. 

Voulant s’assurer de pousser plus loin l’expérience, réussie, du premier album, Moins que Liens, ils se sont entourés de musiciens tels Boogat, France Book(Misteur Valaire), Lénième, Dominique Rheault, Michel Cordey et plusieurs autres. Vous y trouverez aussi des collaborations avec Betalovers, Mathieu Lippé, Queen-KA et Gaële qui apportent du relief à cet album généreux, chargé mais accessible.L’album est signé sous l'étiquette des Productions Compagnons d'Amérique, nouveau projet de production d'oeuvres et de spectacles dans le domaine de l'oralité et de la performance. 


Les principales pièces de l'album ainsi que des surprises et des reprises du premier album seront performées par un quatuor de musicien (Corriveau, Constantin, Dumoulin et Rheault) accompagnant Goudreault.C'est donc une occasion unique de rencontrer le poète avant son départ pour Paris.

 

Lancement de l’album Àpprofondire de David Goudreault
À l'O Patro Vys (356, ave. du Mont-Royal E.)| 19 h 30 | 10 $ prévente 12$ à la porte
Avec David Goudreault (voix et texte), Sébastien Corriveau (basse, guitares), Dominique Rheault (clavier, accordéon), Maxime Dumoulin (batterie) et Anaïs Constantin (violoncelle)


Dessine-moi la curiosité et l'inquiétude, la suite...

Chez Per-Bast,  j'ai trouvé ce petit devoir :





Voici la réponse :

20 mars 2011

Bon printemps des poètes et du réel absolu !

« Je te le dis pour l'avenir entre nous
Je te le dis pour le cœur battant du printemps
La lourde mémoire nous poursuit au-delà de nous-mêmes
Il faut réapprendre les espoirs nécessaires »


- Jean-Guy Pilon,  Accord sans passé in Les Cloîtres de l'été (1954).



Photos Jacques Desmarais, Béthanie, 20 mars 2011.

19 mars 2011

Le jazz sous influences...

Mentionnons tout d'abord que Benoît LeBlanc sera ce soir au Bistro Mousse Café, 2522, rue Beaubien Est (entre Molson et Iberville).  Il fera la première partie vers les 21 h, suivi de Louis-Dominique Lévesque en trio acoustique. « J'ai quelques nouvelles chansons au piano et la guitare », nous dit Benoît.

Il y a quelques temps, j'ai reçu de Benoît un article inédit très étoffé qui remonte aux origines françaises et créoles du jazz dont le berceau demeure la belle Louisiane sucrée.  Ces joueuses et joyeuses influences sont à proprement parler tombées entre deux craques de l'histoire des Français d'Amérique.  La mémoire longue de LeBlanc ravive pour le lecteur  un paysage musical d'autant plus touchant qu'il s'agit de notre âme même.

Je suis très honoré que Benoît me permette de publier son texte sur Train de nuit. Bonne route au pays du Soleil est proche couché.
***

 
LE JAZZ ET LA LOUISIANE CRÉOLE

Le livre de l’auteur belge Robert Goffin, Histoire du jazz (1945), semble avoir surpris plusieurs experts du jazz quand ce dernier a reconnu, par exemple, dans Tiger Rag le célèbre quadrille français La Marseillaise (aucun rapport avec l’hymne). Dans son avant-propos Goffin écrit au sujet de son pèlerinage à La Nouvelle-Orléans : « Les vieux nègres métissés de la section créole parlent encore le français; je connais un dentiste qui soigne ses clients en public et chante les premiers airs qui marquèrent la rupture entre la musique dite classique et le ragtime; certaines chansons étaient en patois créole,d’autres en anglais. » Si l’on excepte le célèbre ethnographe Alan Lomax, pour qui la langue française ne semblait pas étrangère, Goffin est quasiment le seul historien du jazz – il était Belge, il était francophone – à avoir reconnu la marque profonde de la culture française sur la musique jazz.

Si vous vous intéressez à l’histoire du jazz, il se peut que vous ayez vu la série du cinéaste Ken Burns sur le jazz. Le premier film de la série, Gumbo, est très fascinant; on y apprend beaucoup de choses. Le jazz y est présenté comme une sorte de creuset où une multitude d’ingrédients s’y sont mélangés – de là le titre Gumbo. Selon lui l’apport français ne semble pas tenir une place tellement plus importante que l’apport irlandais ou italien, etc. Parmi l'ensemble de tout ce que j'ai lu sur la Louisiane, je tiens le livre de Gwendolyn Midlo Hall, Africans in Colonial Louisiana, pour essentiel si l’on veut bien comprendre la culture louisianaise. À la fin de son ouvrage Gwendolyn Midlo Hall insiste sur le fait qu’il n’est pas possible pour un historien de bien comprendre la Louisiane s’il ne sait lire ni le français ni l’espagnol. Por que, amigos ? Tout simplement parce que trop de documents officiels ont été rédigés dans ces deux langues durant les dix-huitième et dix-neuvième siècles pour se permettre de les ignorer. L’histoire du jazz étant inextricablement liée à celle de la Louisiane, il est normal qu’un chercheur étasunien, qui ne maîtrise que la langue de Steinbeck et Faulkner, néglige des pans entiers des commencements du jazz.

Mais revenons à Robert Goffin. Dès le premier chapitre de son Histoire du jazz, il énonce ceci
« Comme tous les phénomènes artistiques, le jazz est le résultat d’une addition dont les termes sont à mon sens : la musique africaine, la musique française et américaine, et le folklore! » La réalité est peut-être un peu plus complexe que ça, mais Goffin a tout de même su reconnaître l’importance de la contribution française à la genèse du jazz. Cette contribution s’est faite de diverses façons : tantôt par un certain esprit, une manière de faire les choses, un savoir-vivre latin, tantôt par la forme. J’espère que ce premier texte jette un peu de lumière sur des aspects majeurs négligés, ou carrément oubliés, par l’Histoire.

La Louisiane française : le pays où l'on danse
 
Comme point de départ, je vous livre deux courts extraits du merveilleux livre de Gérard Dôle, Histoire musicale des Acadiens (1995). Au chapitre 2, intitulé La musique et la danse des habitants de Basse-Louisiane au XVIIIe siècle, Dôle suggère que la danse tient en Louisiane une place considérable. Il cite Baudry des Lozières dans Second voyage à la Louisiane qui soutient que… « C’est le pays où l’on danse le plus ». Dôle propose ensuite ce passage de McGinty dans A History of Louisiana (1951) qui affirme que les Français ne se lassent jamais de danser : « The French dance in the winter to keep warm, and in the summer they dance to keep cool ». Le ton est donné.  

C’est ce que confirme Gérard Herzhaft dans son ouvrage Americana, Histoire des musiques de l’Amérique du Nord (2005). Il écrit : « La culture et les mœurs françaises vont marquer très durablement La Nouvelle-Orléans, même si la ville est cédée aux Espagnols de 1762 à 1803, puis vendue par Napoléon 1er à la jeune République américaine. Les bals français avec leurs codes et leurs manières inspirées de la cour de Versailles deviennent immanquablement néo-orléanais. La musique est partout : bals, innombrables concerts, rencontres et annonces musicales, tavernes où coule à flots alcool et musique. »  Herzhaft corrobore les propos de Henry A. Kmen. Ce dernier a clairement démontré dans Music in New Orleans (1966) combien la musique européenne a eu un impact profond sur la population de cette ville – toutes races confondues. Des voyageurs passant par La Nouvelle-Orléans au milieu du 19e siècle étaient fort étonnés d’entendre des esclaves chantonner des airs d’opéra. Alors que cette ville comptait 40 00 habitants on y dénombrait pas moins de trois salles d’opéra, certains esclaves rusaient pour y pénétrer afin de goûter cette musique…

Poursuivons. À la page 81 de Mister Jelly Roll de Alan Lomax, Jelly Roll Morton, de son vrai nom Ferdinand Lamothe, affirme ceci : « La musique de jazz vint de La Nouvelle-Orléans et cette ville était habitée par des hommes d’à peu près toutes les races de la surface du globe; les Français, bien entendu, y étaient nombreux. La plupart des airs de La Nouvelle-Orléans étaient donc d’origine française. » Ce que confirme Goffin à la page 29 de son Histoire du jazz : « (…) le mot jazz n’est pas encore né, la terminologie locale appelle ces morceaux des Rambles, des Rags ou des Shouts. Et c’est ainsi que de nombreuses marches françaises furent transformées selon un mouvement et une accentuation qui ont complètement modifié le thème original. Pour ma part, je me souviens très bien des marches d’où naquirent High Society et Panama. »

Ce n’est donc pas le fruit du hasard si la première chanson que Alyn Shipton cite dans son A New History of Jazz (2001) – admirable ouvrage unanimement salué par la critique — est Missié d’Artaguette, déterrée dans un bouquin de Grace King (1895) intitulé New Orleans :

Di temps missié d’Artaguette
Hé! Ho! Hé!
C’était, c’était bon temps
Yé té menin monde a la baguette
Hé! Ho! Hé!
Pas nègres, pas rubans
Pas diamants
Pour dochans (des gens)
Hé! Ho! Hé!

L'esprit latin : un certain facteur de préservation de l'âme africaine

Comme tous les autres historiens de jazz, Shipton constate l’importante présence d’une culture franco-créole en Louisiane et, bien sûr, au cœur du berceau du jazz, La Nouvelle-Orléans. C’est cependant dans l’ouvrage de Marshall W. Stearns, The Story of Jazz (1956), que nous comprenons de quelle manière la culture française — et aussi espagnole dans une certaine mesure — avec son esprit latin et sa tradition catholique a su agir sur la culture néo-orléanaise. Tout comme Shipton, dès le premier chapitre, il cite également une chanson en créole français : Sali Dame, chantée par le clarinettiste créole Albert Nicholas :

Si vous tchoué ain poule pour moi
Mêlé li dans in fricassé
Pas blié mette la sauce tomate
Avec ain gallon di vin
Sali dame, Sali dame, Sali dame, un bonjour
Sali dame, laissez-moi woir, to-to, woir to-to (ton derrière).
 
Sali Dame a été enregistrée en 1947 par le Baby Dodds Trio. Nous reviendrons plus loin sur cette chanson qui touche le cœur des origines du jazz beaucoup plus qu’il n’y paraît.
 
Ce qu’il faut peut-être d’abord retenir c’est cette idée bien formulée par Alan Lomax dans son livre consacré à Jelly Roll Morton : « Ainsi, la tolérante Nouvelle-Orléans assimila lentement, au cours des siècles, les influences musicales ibérique, africaine, cubaine, parisienne, martiniquaise et américaine. Toutes ces saveurs se retrouvent dans le jazz, car le jazz est une espèce de gombo musical. Mais celui qui goûta, remua, qui surveilla la potée de gombo, ce fut le Créole de couleur de La Nouvelle-Orléans. »

Dans le même ordre d’idée, je propose cette autre citation : « La musique de tous les styles se  faisait entendre partout, du simple salon de coiffure aux salles de concert. On y comptait notamment de nombreux orchestres classiques où musiciens blancs et musiciens de couleur se côtoyaient souvent. On relève même l’existence d’une Negro Philarmonic Society datant de 1830. »

De leur côté, Bergerot et Merlin dans L'épopée du jazz mentionnent que « L’une des particularités de La Nouvelle-Orléans était son importante communauté créole, issue de nombreuses relations extra-conjugales que les propriétaires blancs semblent s’être autorisées avec leurs esclaves. Plus particulièrement les propriétaires français, qui continuèrent après l’émancipation des Noirs à entretenir des maîtresses de couleur, et qui avaient réservé un statut spécial à leurs esclaves au teint plus clair, les affranchissant en de nombreuses occasions. Distincts des Noirs de race strictement africaine, les Créoles considéraient ces derniers avec mépris, affichant volontiers leur standing. Aussi furent-ils nombreux à recevoir une formation musicale et à briller par leur virtuosité à l’époque du ragtime. Mais, rejetés par les lois raciales qui les considéraient de toute façon comme des “nègres”, ils restèrent en contact avec les autres musiciens noirs. L’émulation entre les deux constitua un facteur extrêmement stimulant pour la genèse du jazz. » ( L’épopée du jazz, Franck Bergerot et Arnaud Merlin, p. 42).

L’apport des communautés non anglo-saxonnes est multiple et en analyser tous les aspects se révèle un exercice quelque peu complexe. En simplifiant un peu, on peut avancer que par exemple la communauté des esclaves afro-créoles a apporté la polyrythmie qui est l’un des facteurs déterminants de la profonde originalité du jazz; la communauté des Créoles de couleur, fortement européanisée, a amené le côté plus joyeux et léger du jazz en plus de la technique (Louis Armstrong a été l’un des rares Noirs de culture anglo-américaine à être accueilli dans un orchestre créole, ce qui lui a permis de développer sa technique et voir s’épanouir son génie); la communauté des Blancs francophones a enrichi la vie culturelle de La Nouvelle-Orléans avec son amour de la fête, de la musique et de la danse; le règne espagnol a nourri ce même sens de la fête en plus d’offrir des rythmes ibériques à la vie néo-orléanaise. Et ainsi de suite.

Ces influences se vérifient dans le répertoire et le style du jazz de La Nouvelle-Orléans. Je propose ces titres de chansons typiquement néo-orléanaises qui ont été enregistrées par des jazzmans créoles : Hey Là-bas, Mo Pa Lemmé Ça , Salée Dame, Les Ognons, Creole Blues, Creole Song, Blanche Touquetou, Un Aut’ Cancan, Vendeur Pistache, Madame Bécassine, Aie Aie Aie, Quand Mo Tait Pitit, Creole Bobo, Lastic… On peut ajouter à cette liste quelques titres du trompettiste Dee Dee (ou Delacroix) Pierce qui a enregistré des versions créoles de All Of Me, Hello Dolly et Big Mamou.

Toutes ces chansons sont chantées en un créole assez près du français standard et la plupart sont marquées par les rythmes afro-antillais. On peut d’ailleurs retracer certaines de ces chansons dans le répertoire afro-créole du 19e siècle. Chose étonnante, ces chansons ont une couleur très européenne. On s’imagine que tous les esclaves louisianais chantaient des work songs comme l’ont illustré certains cinéastes qui ont voulu reproduire en fiction la Louisiane du 19e siècle. Or les esclaves créoles jouaient une musique plutôt joyeuse (pas toujours bien sûr) avec des propos qui exprimaient clairement leur penchant pour les bonnes choses de la vie. Au vrai, ces chansons ne sont pas très différentes de ce que l'on entendait à la Guadaloupe, en Martinique ou en Haïti. La chanson de jazz Hé Là-bas (il doit en exister plus de vingt versions) en est un exemple typique tout comme Sali Dame déjà citée dans ce texte. D'ailleurs, on jurerait que la version de Hé Là-bas par Paul Barbarin est jouée par un ensemble antillais. Les autres chansons sont satiriques et se moquent souvent de l’homme de couleur libre (après la guerre de Sécession il est devenu le Créole de couleur). Ce penchant pour la chanson satyrique est également un trait typiquement afro-créole.

La polyrythmie a survécu en Louisiane parce que les maîtres français et espagnols autorisaient leurs esclaves à jouer leur musique, pratiquer leur religion (ce qui explique la forte présence du vaudou en Louisiane), voire parler leur langue (on entendait encore la langue Bambara au 19e siècle). Chez les Anglo-protestants, on réprimait leur héritage culturel et imposait celui du maître (ainsi est né par exemple la musique gospel, chants religieux anglo-protestants africanisés); chez les Latins c’était plus permissif. Non seulement la polyrythmie s’est-elle conservée, on a également gardé les instruments de musique dont la banza – ou banjor – qui est devenu le banjo, instrument incontournable dans l’ensemble de jazz de la Nouvelle-Orléans.

Parmi les chansons de jazz en créole que j’ai citées, Blanche Toucoutou (Kid Ory utilise la graphie Touquetou) est la composition de Joseph Beaumont, poète et auteur de chansons du 19e siècle. Il existe une poésie française et créole qu’on peut maintenant découvrir grâce Aux Cahiers du Tintamarre (googlez Bibliothèque Tintamarre). Sinon il y a l’anthologie bilingue Creole Echoes – The Francophone Poetry of Nineteenth-Century Louisiana publiée par les presses de l’Université de l’Illinois. 

On se demande comment on a pu ignorer pendant aussi longtemps une culture d’expression française et créole en Amérique du Nord…

- Benoît LeBlanc

Ian Ferrier’s Disappear reflects on the impermanence of life | Art Threat

Video: Ian Ferrier’s Disappear reflects on the impermanence of life | Art Threat

15 mars 2011

Chant de mars


De ce neigeux désert tiré par le bas où glougloute un tout petit filet de ruisseau qui s'infiltre dans nos oreilles.  

Photo Jo, 15/03/11.

La Constellation de Louis Hamelin



Je suis tout à fait pris par La Constellation du lynx que je savoure à petites doses avant de m'endormir.  Avant de me réveiller, pourrait-on dire.
De la mafia et du régime. Du déminage. Une écriture remarquable. Du Québec bord en bord. J'adore!

Constellation
« ... ensemble d'étoiles dont les projections sur la voûte céleste sont suffisamment proches pour qu'une civilisation les relie par des lignes imaginaires, traçant ainsi une figure sur la voûte céleste. Une constellation est donc un astérisme particulier. Dans l'espace tridimensionnel, les étoiles d'une constellation sont ordinairement très dispersées, mais elles paraissent être regroupées dans le ciel nocturne. »

Lynx
Quand nous allions dans le bois, ma mère disait toujours : « Faites attention aux lynx! »

« Le Lynx est le porteur des Secrets. Il s'agit d'un genre bien particulier de clairvoyance. Le Lynx n'est pas le gardien des secrets mais bien celui qui connaît les secrets. »

« Les personnes qui ont l'énergie du lynx sont des personnes qui observent et sont capable de dépister les mensonges.»

Constellation du lynx :
«(...) la constellation du Lynx aurait été appelée ainsi par Hevelius au XVIIe siècle car il faut avoir les yeux de lynx pour l'apercevoir.»


Passage où je suis rendu : « Le taxi de couleur noire vint s'arrêter devant la luxueuse demeure juchée dans l'éclatement orange et pourpre des cimes d'érables et des feuilles tombées craquantes comme du papier de verre coloré, au flanc de la montagne.  Un ciel bleu, bleu. »
- page 369

 ***

Interview de Louis Hamelin par Martin Dugal, Tout le monde s'en fou,  CHYZ, 94,3 / Fox, 2010




12 mars 2011

David Goudreault : Àpprofondire

Avec ses « écrins de poèmes », David Goudreault, le travailleur, le social, le slameur estrien caustique et doux, l'humaniste de gauche et l'inquiet peinturluré blues, champion 2010 de la Ligue québécoise de slam, ouvre le bal du  printemps en lançant un second CD intitulé Àpprofondire, une production des Compagnons d’Amérique.


Dominic Tardif du journal Voir Estrie  recense très positivement le nouvel opus.

Il n'y a pas à dire. la slamille sherbrookoise continue à tenir parole.


D'ailleurs, parlant de slamille, l'ami Papa Frank Poule est l'un des principaux complices de David. Sur sa page Facebook, on peut lire ceci :

« Alliés dans réalisation et la production, Frank Poule et Goudreault ont peaufiné un album de 16 pièces de spoken word et de poésie performée où la musique et les mots suivent la route de l'introspection, de la souffrance et de l'humanitude. (...) Cet album, réalisé sans la participation d’aucune mamelle subventionnaire, d’aucun palier de gouvernement ni organisme de contrôle social ou culturel est le fruit de près d’un an d’efforts concertés d’artistes/artisans passionnés, libres et autogérés.»

En tournée, David sera de passage à Montréal  le 31 mars à L’O Patro Vys, 356, ave du Mont-Royal E., 10$ en prévente, 12$ à la porte

Champion provincial  2010 de la LISQ.Photo Jacques Desmarais
Pour les lecteurs de mon coin, il y aura un lancement à Valcourt le 24 mars, à 19h, au Centre culturel Yvonne L Bombardier, 1002, avenue J.-A.-Bombardier.C'est gratuit.

10 mars 2011

Dans la peau d'Elling, Gunn et Éric Bjarne



Rendez-vous sur le page Facebook du Théâtre Jean-Duceppe et votez pour nous - Extrait You Tube 5.  Pour cela, simplement cliquer sur « J'aime »!

À VOUS DE JUGER: Dans le cadre de la Nuit Blanche 2011, des équipes de comédiens amateurs ont joué des extraits d’Elling sur notre scène. À vous de juger quelle est votre performance préférée en cliquant sur le bouton «j’aime» sous les vidéos!!!
http://www.facebook.com/DUCEPPE?v=app_2344061033&ref=ts#!/event.php?eid=200442229984709&in...dex=1

Mais on a déjà remporté le titre de la meilleure équipe pour l'une des deux scènes en jeu lors de la Nuit Blanche.  Let's go pareil!  Allez-y!

09 mars 2011

Miron carillonneur

Reprise. Extraits d'un texte paru sur le site Esprits Nomades de Gil Pressnitzer.


Gaston Miron, le grand carillonneur

Miron a dit un jour que « le poème est transcendance »
Clôture et transcendance, comment marcher avec cela dans les pieds sur notre route boucanée de vieux moi et de « bouts de temps qui halètent » ?
Miron

Je peux dire qu'il s'est bu au cours de cette soirée quelques pintes de mots de chevreuil roux.
Personne n'était soûl.
On a pris les sous-bois aux odeurs de saules dans les cheveux du vent calmé. Puis le sentier des rosiers et des œillets.
Personne n'avait le goût de se défiler.
Assis en quelque sorte sur le perron de l'âme, nous étions comme les enfants de la liberté bercés par des airs d'harmonica parlés.
Car Miron, tireur d'ellipses, pour une part découragé, pour une autre part fougueux contestataire à bout portant de la poésie même, ce Miron de l'Archambault pose devant l'éternité l'exigence même de la poésie et de la politique, c'est-à-dire être, c'est-à-dire devenir ce que nous sommes, c'est-à-dire s'ouvrir à la transcendance. C'est-à-dire encore assumer la profondeur de notre liberté, cette manière différenciée d'être avec tous les autres hommes de la terre. Terre de surprises et de télépathie. Terre de soleils qui carillonnent...
Et nous voici à nouveau en pleine lumière crue de la poésie qui se fait jour.
Elle nous monstralise la prise au collet de l'oubli, l'oubli même « qu'il s'agit de la mort de quelqu'un ».
Il faudrait se pardonner à soi-même d'avoir été comme des objets jonglés, complaisants, lièvres abandonnés, dans la lune et pourris par Rome, Paris, Londres, Washington et la pauvre ma tante Berta d'Ottawa...
C'est le partage de ce dénouement de soleils à tête chercheuse qui est au cœur du joueur de ruine-babines. Si bien que dix ans après sa mort, la mémoire de Miron, commis voyageur en chef de la littérature d'ici, n'est pas du tout nostalgique. Miron est plus flamboyant, plus pertinent que jamais. Il pousse encore dans le cul. Son œuvre accuse avec panache nos retards patibulaires. Ses éclats de mots, ses éclisses se mettent à notre place, mais comme en travers de nos travers. Avons-nous bougé d'un iota ? Ce n'est qu'un jour de plus, dirait-il, et pourtant, ça urge de faire un pas, un petit pas...
C'est l'urgence même du poème. C'est-à-dire aimer. Mon bel amour, navigateur... C'est-à-dire : vivre !
C'est dire aux autres hommes que « nous savons ».
Mais nous, les fabuleux créatifs du continent, où sommes-nous ? Quelle place occupons-nous ?
Les masques de soi-même hérités depuis la belle luette de nos gigues analphabètes ne sont donc pas des alibis pour motiver l'absence même sous la couette du sommeil faussement diamanté par les bouteilles cassées de nos remords le long de notre histoire en marche. En marche !
Miron n'est pas un Dieu en feu, en pâture. Mais pire encore, il est ce ratoureux poète qui a touché notre visage avec nos propres mots.
Les mots aussi ont un visage, un paysage, à tout le moins ils ont des yeux d'oiseau puisqu'ils nous regardent et nous invitent à les suivre « jusqu'à perte de vue ». Au-delà de la clôture existentielle.
« Le poème est transcendance ». Je cite de mémoire. Il ne faut pas m'en vouloir. Mais qu'est-ce à dire au juste ?
« Le non-poème, c'est ma tristesse ontologique, la souffrance d'être un autre.. Le non-poème, c'est mon historicité vécue par substitutions. Le non-poème, c'est ma langue que je ne sais plus reconnaître, des marécages de mon esprit brumeux à ceux des signes aliénés de ma réalité... Or le poème ne peut se faire que contre le non-poème car le poème est émergence, car le poème est transcendance dans l'homogénéité d'un peuple qui libère sa durée inerte tenue emmurée...» L'Homme Rapaillé, 1965.
Au fil des mots, quand il fait clair et beau comme l'autre soir, le simple sourire, ce dépassement, cette conviction, cette espérance, cette mémoire, ce pays qui émerge comme un poème est à portée de main.
Quand il fait clair et magnifiquement beau.
- Jacques Desmarais, oct. 2006.

Exit la poésie


Noticias

Lancement du soixante-deuxième numéro de la revue Exit :

Le jeudi 10 mars 2011
de 17 h à 19 h
À la librairie Le port de tête
(262, avenue Mont-Royal Est, Montréal, métro Mont-Royal)

Entrée libre

On pourra entendre les lectures des poètes présents.

Ce numéro 62 réunit les textes des poètes Michel X Côté, Stéphanie Filion, Jacques Rancourt et François Charron.

De plus, dans la section Dialogue, un dossier intitulé Art poétique de S.B.L. a été préparé par Rosalie Lessard. On y propose la lecture de poètes nés entre 1970 et 1985 : François Turcot, Kim Doré, Mario Brassard, Louis-Jean Thibault, Véronique Cyr, Patrick Lafontaine, Georgette Leblanc, Judy Quinn, Vincent C. Lambert et Alain Farah.

08 mars 2011

07 mars 2011

Will Driving West, c'est doux, beau et triste

Will Driving West sera à la Sala Rossa le 10 mars. Je les manquerai! Je vais les engager dans mon salon!



THROW IT IN THE FIRE
Musique & paroles : David Ratté

« Don’t give up
You’re alright
All that’s happened before you’ll just throw it in the fire

One will come
Just like you
All those fuckers before you’ll just throw them in the fire

Please don’t change, please don’t become a prick...»


05 mars 2011

Il est minuit plus une

On pense connaître toutes les chansons de Gilles Vigneault. Me semble que celle-ci m'a surpris tout à l'heure. Mes amis proches me comprendront.

Intro: Dm, Am7, Dm, Dm7, Gm, Am7

Dm
Je n'ai pas fait tout mon chemin
Am7 Dm Dm7
Que déjà je tourne la tê__te
Gm7 Gm7/F Em7(b5)
Pour découvrir comment s'est faite
Eb7 Db7 Cb7 ...BbM7
Ma jeunesse et je n'en sais rien
A7 Dm ...Am7
Ma jeunesse et je n'en vois rien


Elle a dû passer poliment
Et pour ne déranger personne
N'a laissé que l'écho qui sonne
Au fond de la tête et qui ment
Au fond de la tête et qui ment


Peut-être sans que je l'aie su
Avons-nous fait la route ensemble
Tout le long de ces jours qui tremblent
D'être passés inaperçus
D'être passés inaperçus


J'ai pourtant cueilli mes saisons
Sans en laisser échapper une
J'ai pourtant payé à la lune
Ma part de rime et de raison
Ma part de rêve et de chanson


Je m'en venais d'après le vent
Afin que tu m'y reconnaisses
Et si j'ai croisé ma jeunesse
L'aurai laissé passer devant
Je l'ai laissé passer devant
Gilles Vigneault chante et récite (1963 - Columbia: FL 298) - Ma jeunesse

02 mars 2011

Fièvre avenir

Le printemps reviendra
avec ses arbres dans les feuilles
et ses chansons dans le vent
Ah! Le beau temps
pour étendre.

Photo Jacques Desmarais.

01 mars 2011

Sous-cutanée : Toxique


















La beauté des personnages, qu'ils étouffent ou qu'ils sacrent, qu'ils soient bons, mais aveugles et mous, qu'ils interrompent leur pensée comme nous tous, qu'une simple brise les ressuscite dans le trop tard de l'existence, c'est de nous laisser à la fin, je dis cela comme cela, à chaud, au sortir du Théâtre d'Aujourd'hui, la certitude que les comédiens glissant dessous nous ont engagés dans la vie jouée singulièrement sous nos yeux, dans nos oreilles, dans nos cerveaux, mais au-delà aussi dans le collectif de l'air du temps de notre cœur...

Nadon, Guilbault, Guy, Élise, Bernard, Hélène et leur multiple entre les lignes... C'est fort!

« Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi. » (Jean Genet).

Mais peut-on confortablement installé dans nos sièges avaler l'épouvantable du monde alors qu'il est déjà si chargé de meurtres partout où les vrais hommes vivent?

L'argument de Toxique - ou l'incident dans l'autobus nous est en quelque sorte résumé par Greg Mac Arthur, l'auteur de pièce :

« Je crois que les racines de la peur, de la paranoïa et de la terreur ne résident pas dans un ailleurs lointain. Elles ne viennent pas de l'étranger. Je crois qu'elles se retrouvent plus près de chez nous, de nos foyers. »

Théâtre politique.