21 février 2012

Mouvement étudiant québécois : rouge au carré


Sous-jacent :

1972 : mouvement national contre le Nouveau régime pédagogique.

1977, sur l'heure du midi, Faculté de médecine, Université de Sherbrooke, Michel Chartrand  s'adresse aux étudiants.  Bien sûr, surtout, les accidentés de travail, l'amiantose, et autres causes mortelles qui ne sont pas très documentées (à l'époque ?) dans les cours dispensés aux futurs médecins.  Le discours-dialogue-fantaisiste-humaniste des plus amicaux déborde l'heure du midi. Un homme se tient debout.  La plupart des étudiants restent rivés là.  Tant pis pour l'horaire.  Intenses moments.  Puis, ceci de plus général, une lutte à engager : « Pourquoi vous n'exigez pas la gratuité scolaire ?  Les jeunes militaires, on les habille, on paye leurs études...»

1978 ?

2005 ?

2007 : Coût de la gratuité des études postsecondaires au Québec selon  l'Institut de recherche et d'informations socio-économique (IRIS) : 550M$, ce qui représentait  un peu moins de 1% du budget du gouvernement.

2011 : « Pourtant, il reste des gens – médecins, politologues, sociologues, artistes, anthropologues ou autres – qui persistent encore à croire qu’un meilleur vivre ensemble est toujours possible. »
Cf. Hugo Latulippe, République, un abécédaire populaire 

2012 : La nécessaire sédition qui pousse comme du chiendent dans la bouche des poètes...
« [...]Dites à ces moitiés de citoyens que "la magique étude du Bonheur, que nul n'élude", comme le chantait ce maudit écolier modèle d'Arthur Rimbaud, eh bien ce Bonheur se défend à coups de barricades, de bravades et d'audaces, et que ce monde policé à la moelle, où l'on jette en prison les statues qui font le doigt d'honneur aux passants pressés d'aller rejoindre leur bonheur minuté, ce monde nous écœure et nous dégoûte. »
- Maxime Catellier, Le doigt de grève, Mes biscuits préférés

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Revenons à nos jalons (texte et photo d'après Radio-Can) :

mars 1958
Revendications
Abolir les droits de scolarité et favoriser l'accès aux études supérieures
Déroulement
Une grève d'un jour est tenue par 21 000 étudiants des universités de Montréal, Laval, McGill, Bishop's et Sir George-Williams (devenue Concordia). Les étudiants de l'Université de Sherbrooke refusent de se joindre au mouvement.
Le 7 mars, trois étudiants, Francine Laurendeau, Jean-Pierre Goyer et Bruno Meloche, se rendent à Québec et demandent à rencontrer le premier ministre Duplessis, qui refuse de les recevoir. La scène se répétera pendant 37 jours.
[...]
Lire aussi : Les problèmes de l'éducation en 1958 (page des archives)

1968
Revendications
La création immédiate d'une deuxième université de langue française à Montréal, une révision du régime des prêts et bourses, l'abolition de la politique des présences obligatoires au cégep.
Déroulement
Le 12 octobre, 10 cégeps sont en grève, et quelques facultés et départements universitaires (sciences humaines) sont touchés. Le 15, c'est 15 cégeps (sur 23) qui sont en grève. Ce sera le sommet de la mobilisation.
Le lendemain, certaines occupations sont terminées, devant la menace d'annuler la session.
Le 18, il ne reste que 5 cégeps en grève (Édouard-Montpetit, Lionel-Groulx, Chicoutimi, Maisonneuve et Vieux-Montréal).
Une manifestation réunit 10 000 étudiants le 21 octobre à Montréal. Une deuxième vague de grèves et d'occupations a lieu en novembre. Des lock-out sont décrétés aux cégeps Édouard-Montpetit, et ceux de Chicoutimi et de Jonquière. Le Cégep Lionel-Groulx, qui avait déclenché la mobilisation, ne reprend ses activités normales que le 9 décembre, soit près de deux mois après le début de la grève.
Leaders étudiants:
- UGEQ : Paul Bourbeau (président jusqu'en novembre 1968), Louis Falardeau (secrétaire général), Louise Harel (vice-présidente aux affaires externes); Claude Charron (vice-président aux affaires internationales); Louis Gendreau (vice-président aux affaires publiques); André Primeau (vice-président aux affaires sociales); Jean Sicotte (vice-président aux finances) et Gilles Duceppe (vice-président à l'éducation).
Note : Bernard Landry, cofondateur de l'UGEQ, était alors fonctionnaire et principal conseiller du ministre Cardinal en matière étudiante.

1974
Revendications
Les prêts et bourses.
Déroulement
Un premier mouvement de grève est déclenché le 9 octobre aux cégeps de Rosemont, de Joliette, de Rouyn-Noranda, de Saint-Hyacinthe et de Saint-Jean pour réclamer le retrait des Tests d'aptitude aux études universitaires (TAEU).
Le 1er novembre, avant que le mouvement ait le temps de s'étendre, le ministre Cloutier (libéral) annonce la suspension des TAEU. C'est donc sur la question des prêts et bourses que la deuxième grève générale est déclenchée, tout d'abord au Cégep de Rimouski, à partir du 19 novembre.
Le 25 novembre, 27 cégeps s'ajoutent aux 6 déjà en grève.
Le 29 novembre, des écoles secondaires et des départements universitaires se joignent au mouvement. On évalue alors à 100 000 le nombre d'étudiants en grève. Des manifestations de 1000 personnes à Québec et de 3000 à Montréal vont ponctuer cette grève, la plus complètement « générale » de l'histoire du mouvement étudiant québécois. Le 2 décembre, la mobilisation a atteint son sommet avec 40 établissements en grève complète ou partielle (pour les universités).
Dans la semaine du 9 au 14 décembre, l'anti-émeute intervient pour vider plusieurs cégeps, à l'appel des administrations locales voulant interrompre la grève par des lock-out, comme en 1968.
Le 16 décembre, le Congrès étudiant vote une trêve des moyens de pression à la suite de concessions importantes du gouvernement sur le régime de prêts et bourses.
[...]
Voir aussi la page des archives

1978
Revendications
Les frais de scolarité et les prêts et bourses. Le gouvernement péquiste avait mis en veilleuse ses promesses électorales sur la gratuité scolaire à tous les niveaux et un programme de présalaires, correspondant aux revendications étudiantes sur les prêts et bourses.
Déroulement
Le 7 novembre, l'assemblée générale des étudiants du Cégep de Rimouski vote la grève générale illimitée.
Le 9 novembre, Chicoutimi et La Pocatière se joignent au mouvement, suivis le 14 par Limoilou, Alma, Hull et Rouyn.
Le 16, c'est au tour de Jonquière, de Rivière-du-loup et de Drummondville d'emboîter le pas.
À l'opposé de 1974, le mouvement met du temps à s'étendre. Après 10 jours, il n'y a que 9 associations en grève sur 40 cégeps.
Le 20 novembre, 14 cégeps sont en grève, pour un total d'environ 35 000 étudiants.
Le 23, ils sont 30. Une manifestation de 1500 personnes, qui se tient devant les bureaux du ministère de l'Éducation à Montréal, se transforme en occupation improvisée.
Le 28, le nombre de cégeps en grève commence à décliner mais le 30 novembre, l'UQAM se joint à la grève pour une semaine. C'est la première fois qu'une université est fermée en entier pour participer à une grève générale étudiante. Des départements de sciences humaines des universités de Montréal et de Laval font de même.
Le 11 décembre, il ne reste que 14 cégeps en grève. La fin de la session force une interruption de la mobilisation, sauf aux cégeps d'Alma et de Jonquière, où la grève sera poursuivie jusqu'en janvier.
[..]

1986
Revendications
Le maintien du gel des frais de scolarité jusqu'à la fin du mandat du gouvernement Bourassa, le retrait des frais afférents à l'université, une réforme du régime d'aide financière.
Déroulement
Le 7 octobre 1986, les étudiants du Vieux-Montréal amorcent le mouvement de grève qui regroupera, à son sommet, environ 25 associations dont une seule universitaire (l'AGEUQAM). Plusieurs départements de l'Université de Sherbrooke votent pour la grève, mais la mobilisation ne rejoint pas la majorité absolue des composantes, nécessaire pour déclencher le débrayage.
Le 22 octobre 1986, l'engagement du gouvernement à maintenir le gel des frais jusqu'en 1989 amène l'ANEEQ à décréter une trêve. Les étudiants de l'UQAM rentrent en classe le 2 novembre, bientôt suivis par ceux des cégeps.
[...]

1988
Revendications
Améliorations du régime des prêts et bourses.
Déroulement
Le 26 octobre, plus de 100 000 cégépiens amorcent une grève de trois jours dans 23 des 44 établissements du Québec. Cinq autres se joignent bientôt au mouvement.
Le 29 octobre, l'ANEEQ se prononce en faveur du déclenchement d'une grève générale illimitée à condition qu'au moins 20 associations étudiantes locales y participent.
Le plancher est obtenu de justesse et le 7 novembre, un total de 20 cégeps et de 2 universités - UQAM (Arts et lettres et Sciences humaines), et UdeM (Anthropologie) se sont prononcés en faveur de la grève illimitée. Toutefois, 16 associations étudiantes de niveau collégial se sont opposées au débrayage. Celui-ci touche entre 40 000 et 50 000 étudiants. La grève s'essouffle avant que le gouvernement ne fasse de concessions publiques.
L'ANEEQ met fin à la grève le 13 novembre, et les cours reprennent dans les cégeps. La grève déclenchée le 2 novembre par les 12 000 étudiants des sciences humaines, arts et lettres de l'UQAM se poursuivra encore trois jours.
[...]
Grève étudiante en 2005
En 2005, à Québec

1990
Revendications
Contrer le dégel des frais de scolarité (les frais universitaires de 540 $ - gelés depuis 20 ans - doivent passer à 890 $ l'année suivante puis à 1240 $ l'année d'après).
Déroulement
Le 10 février, l'ANEEQ et la nouvelle FEEQ (qui changera son nom pour FEUQ) décident de déclencher une grève générale illimitée aussitôt que la majorité des institutions collégiales et universitaires auront un mandat (soit 6 universités et 23 cégeps).
Le 10 mars, une douzaine d'associations seulement ayant obtenu des mandats, il est décidé d'abandonner le plancher prévu. Premiers à débrayer, les étudiants de sciences humaines, arts et lettres de l'UQAM entreprennent une grève de trois jours le 13 mars. Ils sont suivis le lendemain par les étudiants du Cégep de Rimouski et de l'Université du Québec à Rimouski, ainsi que par ceux des cégeps de Saint-Laurent, de Joliette et de Rosemont. À son apogée, la grève ne touchera qu'une douzaine de cégeps et trois universités (l'UQAM - les 12 000 étudiants de sciences humaines, arts et lettres, les 3700 étudiants de sciences et les 4850 étudiants de la formation des maîtres - l'UQAR et l'Université de Montréal).
À l'Université de Montréal, la grève de trois jours, votée par 37 des 60 associations départementales (incluant les étudiants de médecine), débute le 19 mars.
Le 23, selon l'ANEEQ, environ 75 000 étudiants sont grève. Plusieurs manifestations, parfois accompagnées d'arrestations, marquent les journées de protestation.
Le mouvement de débrayage s'essouffle début avril, alors que seuls trois cégeps (Vieux-Montréal, Saint-Laurent et Rimouski), le tiers de l'UQAM et quelques départements de l'Université de Montréal demeurent en grève. Premiers à débrayer, les étudiants de sciences humaines, arts et lettres de l'UQAM seront les derniers à rentrer en classe, le 9 avril, après un mois de grève. Les étudiants évitent la perte de leur session mais n'ont pas réussi à faire fléchir le gouvernement.
[...]

1996
Revendications
Contrer une hausse des droits de scolarité à l'université et une hausse des frais afférents au cégep, annoncées par la ministre Marois, en pleines assises nationales des États généraux sur l'éducation; la cote R, ou cote de rendement au collégial ; les compressions en éducation.
Déroulement
Les étudiants du Cégep Maisonneuve déclenchent une grève générale le 23 octobre, bientôt suivis par ceux du Cégep du Vieux-Montréal et du Cégep Marie-Victorin. Le mouvement est lancé par le Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE), un groupe implanté dans trois collèges seulement, qui n'a pas de lien avec la FECQ. Le 31, les représentants de la FECQ et de la FEUQ claquent la porte du Sommet sur l'économie et l'emploi à Montréal. À partir de ce moment, le mouvement de grève s'étend à plusieurs cégeps, accompagné de nombreuses manifestations et occupations. Les étudiants des collèges privés Brébeuf et Notre-Dame-de-Foy, à Québec, de même que les étudiants en dessin industriel et en architecture à l'Université de Montréal, participent alors au mouvement de débrayage.
Au plus fort de la vague, le 8 novembre, 23 cégeps sont en grève, touchant plus de 60 000 étudiants sur un total de 165 000.
La ministre Marois annonce le 18 novembre le gel des frais de scolarité à l'université et le maintien du plafond des frais afférents au cégep, mais elle introduit une nouvelle mesure: une pénalité aux étudiants qui échoueront à plus d'un cours au niveau collégial. Il faut attendre le 20 novembre pour que les étudiants des universités emboîtent le pas aux cégépiens, jour d'une manifestation organisée par la Coalition étudiante Montréal métropolitain, visant à dénoncer les compressions de budget en éducation. Les étudiants de l'Université McGill et de l'Université de Montréal feront alors une grève d'un jour alors que ceux de Concordia et de quatre des six familles qui composent l'UQAM opteront pour un débrayage de deux jours.

Le 25 novembre, les cégépiens rentrent en classe, certains après une vingtaine de jours de grève.
[...]


2005
Revendications
Récupérer 103 millions de bourses converties en prêts.
Déroulement
Plus de 30 000 collégiens et étudiants, provenant de six cégeps et d'une douzaine d'associations étudiantes universitaires, entament officiellement une grève générale illimitée le 24 février. Le 8 avril, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) annonce qu'elle accepte l'entente proposée par le ministre de l'Éducation, la totalité de ses membres ayant choisi de mettre fin à la grève. L'ensemble de ses 60 000 membres cesse la grève, même si le tiers d'entre eux ont signifié leur désaccord avec le contenu de la proposition de Jean-Marc Fournier, alors ministre de l'Éducation. Pour l'ensemble du réseau collégial, 80 000 étudiants ont opté pour un retour en classe, contre 16 000 qui demeurent en grève. Quelque 50 000 étudiants de l'UQAM, de l'Université de Montréal et de l'Université Laval sont toujours en grève.
Le 11 avril, sept semaines après son début, le conflit étudiant se termine avec bien des plaies à panser. Réunies en congrès téléphonique, les 19 associations membres de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont adopté aux deux tiers l'entente de principe conclue avec M. Fournier. Cette offre ne prévoit aucun réinvestissement cette année-là - la coupe de 103 millions dans les bourses demeure -, mais 70 millions seront versés l'année suivante et la totalité de la somme sera de retour deux ans plus tard. La Coalition des associations pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE) demande à ses membres de mettre fin à la grève mais ressent beaucoup d'amertume envers la FEUQ et la FECQ.
Il s'agit de la plus importante grève étudiante de l'histoire du Québec avec un nombre de grévistes record (175 000 au plus fort du mouvement) (Le Soleil, 15 juillet 2005).
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Autres liens :

20 février 2012

Catherine Major : « dépouillée d'armure » ?




Lorsqu'elle lance furtivement par dessus la scène un coup d'œil couleur pers noisette et soleil comme pour prendre le pouls du moment, où en est-il le cœur du public venu l'entendre ce soir au Théâtre Du Marais, le sait-elle Catherine Major que c'est comme des éclairs qui nous saisissent, des petits silences de voix humaine entre les mots ciselés de ses chants de blé?  Puis lorsqu'elle atterrit sur le banc avec ses inquiétudes de femme de trente ans, elle n'est point sage, comme une image à la Picasso on voit à la fois son dos et son corsage doré qui se reflète sur le devant de son piano-ivre, elle fomente « un baiser long comme une ronde », échappe des notes claires un peu mouillées à la Léveillée, elle nous « [...] embarque pour le bout du monde ».  

Photo Jacques Desmarais

Dans son insistance un peu triste et sa subtile humilité de grande musicienne, la chanteuse sait-elle qu'il y a bien plus que de la curiosité dans la salle? 





 À voir et entendre absolument : interprétation de Mon fils

13 février 2012

Chameaux d'or

Au sud de la province textile,
par-delà les chemins tordus que je croyais secrets,
le vent ébouriffait à l'envi les images de chameaux d'or
qui pétillent
dans la neige turlutante [...]

- Poèmes cannibales, Hôtel Cody, p.7.



12 février 2012

Cueillir, recueillir...

"Le mot partage ne s’apprend qu’avec une autre bouche. Il faut faire sienne une langue étrangère, fusionner avec l’autre, combler le vide entre les lèvres. J’aime les paysages faits de peu. Ils ouvrent sur le tout. Mon chemin se poursuit dans la course aux nuages. Ce qui sépare les mots, j’en ai fait mon chemin."

- Jean-Marc La Frenière, Les arbres à bruits