31 octobre 2012

When the body juggle over the tic tac

When the body juggle over the tic tac

Whou-ou-ou-ou!
On va  distribuer de faux cadavres
et des textes de crottes de nez
dans le quartier des spectacles
de Los Bolsas des Zombipiladas ! 

Tout est déjà rodé, croquant
cadré, cardé, lamé, ciré
sauvé par la mèche d’or de Morhange
et le cinéma récalcitrant des méchants

1989, 1920, 1900…

Mais comment se fait-il 
qu’il y eût seulement
des guêpes
entre les os saccagés
à South Braintree
comme dans Sacco
et Vanzetti?

Est-ce qu'il y en a
qui vont se déguiser en Patriotes?

Pas loin
du garde-fou
de l’échafaud
au Pied-du-Courant,
il est des âmes
de rachat malabare
issues de la jungle
empilée, mouillassée
quelle balade!

au pied de la muraille de Chine, madame,

souillée du pipi des pendus

la crisis se instalo en la Costa

Debout !
Debout les morts et les mordus!

il est cinquante heures, damné!
il est cinq cent mille heures perdues
dans le décor poutronné tordu

il est des corps verraines
comme des poches de patates
sur le seuil de la banque ivre

comme des pingouins ransaqués, 
rembourrés de plumes réclinantes,
restitués par les rongeurs,
les sangsues
du temps sombre

danse décharnée  
christ de sort

1929, 2008, 1953

je meure
nous mourûmes

que je mousse
dans les flaques
des faux sangliers
et la vidange d'huile
des langues impostées

verum tempora de Pépinot
mi corazon

Au fait
la drogue de zombi
est en vente libre
sur Internet

manipola l'orologio 
t'as pas de tendresse, viarge!

hay momento
en quoi
en que c’est
que l’horloge
est manipulée?

período de tempo
fuite entre les os
sacos empilhados
o tic-tac-toc 
suspensos
entre mar et terra 
de Los Pueros

entièrement consacré
dans le noir intérieur
de South Durham

Zambi Bandito : à qui profite le cuivre?

Length of time
between the stacked bags at …
of the wall,

Les fugitifs rouges 
tintamarrent sur le trottoir

Mais voyons donc!
c’est la patinoire du bonheur!

Pourquoi cette douleur à la triste dent
est-elle si foncièrement supérieure
sur Microsaffe, Applepompe, la Gogoune,
chez Monsieur le Baron de Face de Plouc?

There are times, oh my gosses!  
when the body juggle over the tic tac…

Il est tombé le mur de Berlin?

Au suivant!


- Ce texte a été également pubié dans Poème sale

28 octobre 2012

Entre Pacifique et maison de Neruda

« Puedo escribir los versos mas tristes esta noche. 
Pensar que no la tengo. Sentir que la he perdido. » 
                                  Je ne peux pas écrire cette nuit


Il y a des lunes, l'ami Jean-Paul Damaggio, écrivain, me faisait suivre par la poste ce qui est, sauf erreur, le premier recueil publié par le jeune Pablo Neruda  qui a alors tout juste 20 ans, soit ses Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (traduction en français, Les Éditeurs Français réunis, 1970). Ce recueil est devenu un best-seller de la poésie contemporaine. Et Neruda, un géant universel. 

Comme pour remettre à jour de première main la persistante, la fabuleuse filière de la continuité, du voyage, de l'enracinement de la poésie et du combat dans l'amitié, voici que Jean-Paul et Marie-France nous donnent à lire cet extrait de récit d'un voyage tout frais au pays d'Allende les ayant menés de Valparaiso jusqu'à Isla Negra où la mer trace des vers infinis devant la maison-musée du poète.


 Un beau récit qui démarre en autobus.  C'est comme si on y était.



Photo Jacques Desmarais













20 octobre, toute la journée

Nous quittons Valparaison à 9h 45 ce qui nous a laissé le temps de passer d’abord au marché tout proche du terminal de bus, pour acheter de quoi manger à Isla Negra. Un marché superbe avec des tonnes de légumes : montagnes d’artichauts, d’oignons… Seul le pain manque à l’appel car il arrive rarement avant 9 heures. Sur la route, le bus se remplit, en ce jour de congé. Une famille avec trois enfants monte, le plus grand devait attendre cette journée de villégiature avec impatience car il fit le signe de la croix à l’arrivée du bus. Peu après, un type de voyageur nouveau monte à son tour : un contrôleur. Il constate que la famille n’a pas payé le prix. Négligence ou complicité du chauffeur ? L’homme se savait en faute car dès l’apparition du contrôleur il a préparé un billet de 5000 pesos qu’il a demandé à sa femme. Nous ne sommes plus dans le désert : toute l’agriculture défile sous nos yeux avec des prairies, des vignes etc.

Nous approchons d’Algarobo, cette station balnéaire qui plaisait tant à Salvador Allende. En 1958, on l’accusa d’y posséder un yacht de luxe, aussi il fit transporter sa modeste barque dans un bassin de Santiago au cours de son dernier meeting, pour que chacun puisse juger. Allende aimait le sport, tous les sports et aussi celui de la navigation… mais pas le luxe.
Isla Negra c’est un peu après Algarrobo. Le chauffeur nous annonce l’arrêt et en descendant, comme toujours on demande les conditions du retour : « attendre un bus un peu plus loin, là où il y a écrit Pulman ».

En marchant, nous passons devant une boulangerie ce qui va compléter parfaitement notre pique-nique. Nous constatons l’absence de tout car et de toute voiture sur le parking, ce qui nous conforte dans notre idée d’arriver à l’ouverture, pour éviter la foule, mais en descendant la rue, vers la maison de Neruda, surprise : par un autre chemin c’est tout un car de jeunes qui défile, et peut-être même deux, et en fait la foule est déjà au rendez-vous !
Nous entrons et la billetterie est vide pour une simple et bonne raison : il n’y a plus la moindre place à vendre ! Nous affichons notre déception à l’employée. Une Chilienne est dans notre cas, mais les règles sont simples : les pièces de la maison sont petites donc pas plus de neuf personnes par groupe et quand un bus arrive avec 70 personnes, les entrées sont vite pleines ! Pour tout dire, l’employée nous précise que les réservations font que toutes les visites sont vendues pour les deux mois qui viennent !

Devant notre déception, elle propose une visite des extérieurs et se dirige alors vers un des bureaux. Nous la suivons et là une directrice nous confirme qu’elle peut, avec un petit groupe de six personnes, nous faire visiter les extérieurs dans les minutes qui suivent, en guise de consolation. Nous aurons donc une vue de l’ensemble, une vue de la tombe et de ce qui ressemble à une locomotive. Par une fenêtre nous découvrons la collection de bouteilles, et ces poutres où Pablo inscrivait le nom de ses amis poètes qui mourraient (le dernier nom c’est Elsa Triolet). La directrice est très sympathique et ma foi, faute de grives on aura des merles ! D’ailleurs, comme on est Français, elle nous prend en amitié et nous propose d’assister dans quelques instants à une rencontre avec le maçon de Neruda, qu’un chercheur se propose d’interroger dans son bureau.
Pour attendre ce moment nous profitons du film qui montre Neruda dans sa maison. Une autre compensation à nos déboires. Le temps passe ; nous décidons d’acheter quelques souvenirs avant d’aller pique-niquer sur la plage, face à la maison. Dans la boutique, Marie-France repère quelques cartes postales et Jean-Paul un livre sur l’enterrement de Neruda. Là, l’employée de la caisse vient nous informer qu’un groupe s’est désisté et que si nous voulons passer, nous pouvons acheter deux billets ! Magnifique renversement de situation ! Nous croisons à nouveau la directrice, nous lui montrons nos billets, elle en est heureuse et nous rappelle qu’elle nous attend après la visite dans son bureau.

Cette maison de Neruda nous replonge dans l’ambiance des deux autres maisons avec en plus le point de vue sur la mer. Rien de spacieux, rien de luxueux, mais tout un univers d’objets, de passages minuscules, de références à l’enfance, de collections diverses… et surtout la vue sur le Pacifique qu’on soit dans la salle à manger, dans le bureau, dans la chambre ou ailleurs. C’est en arrivant dans la chambre avec le lit disposé face aux vagues que l’émotion est la plus intense car on y débouche par un petit escalier, un petit escalier qu’un colonel emprunta un peu après le 11 septembre 1973. Il était arrivé dans la maison avec une brigade en quête d’armes car une œuvre d’intoxication avait fait croire que les communistes avaient rassemblé des tonnes d’armes et cachaient même des centaines de soldats cubains. Il a été facile de vérifier que la maison ne contenait rien de répréhensible mais le colonel ne savait où était le poète qui était alité. Il entra enfin dans la chambre, le vit allongé car malade, le vit totalement inoffensif… et s’excusa du dérangement. Il repartit aussitôt et la maison, protégée par un marin, n’eut à subir aucune des dégradations imposées aux deux autres maisons de Neruda.

Que retenir de cet univers si particulier ? Nous faisons la visite avec les audio-guides qui laissent peu de temps à la respiration de chacun. C’est en français et ça aide bien mais le contenu du musée défile sans pause si bien qu’à la fin on se demande que retenir. Jean-Paul a noté la forte présence de la France en voyant quelques numéros des Lettres Françaises. Dans la maison précédente, la bibliothèque contenait la collection d’une revue qui éclaira le début de sa jeunesse : Historia. Neruda avait une collection jusqu’à 1972. La France c’est aussi Baudelaire et Rimbaud. L’audio-guide ne mentionne pas Victor Hugo dont pourtant nous voyons un portrait. Collections de papillons, de figures de proue, de légendes, de contes, de masques… Immense mappe monde et ce cheval en carton qui a Temuco avait tant plu au jeune Pablo qu’il décida d’aller l’acheter le jour où il apprit que le magasin dont le cheval servait d’outil publicitaire avait brûlé. Il aimait recevoir des amis mais combien pouvait-il en accueillir en des maisons aux pièces si minuscules.
La maison est une maison-musée et elle est donc aseptisée pour les besoins de sa nouvelle fonction. Il n’en demeure pas moins vrai que l’on a la sensation d’y embarquer dans un monde lyrique.
A la sortie nous retrouvons notre chère directrice qui va nous faire vivre un autre aspect de la maison. Dans son bureau, elle attend le maçon de Neruda car avec un ami elle veut qu’on récolte aussi la mémoire des habitants d’Isla Negra qui ont connu le poète. Sur les murs, une très belle photo de Mathilde, la dernière épouse de Pablo. C’est le centième anniversaire de sa naissance. La directrice indique seulement : « Ce fut une folkloriste mais on ne connaît aucune chanson d’elle… ».
Il y a des lithographies du poète Rafael Alberti qui est passé par Isla Negra. Elle se lance alors dans la consultation des registres qui contiennent des photos des célébrités ayant honoré les lieux de leur présence, en quête du passage d’Alberti. Nous découvrons Chavez et Jack Lang, Danielle Mitterrand et Felipe Gonzalez, des rois aussi d’Espagne et de Suède. Jean Paul pose alors la question qui lui brûle les lèvres : « Et Vazquez Montalban est-il passé à Isla Negra ? » La dame qui parle un bon français pour avoir vécu en Belgique, réfléchit un peu et se souvient que l’écrivain catalan est venu sur la tombe du poète avec José Donoso, mais sans visiter la maison.

Finalement, après une attente au café le Rincon des poètes face à la mer, le maçon ne sera pas au rendez-vous (il a oublié) et nous pouvons alors nous diriger vers la plage pour le pique-nique historique. Nous en avons plusieurs à notre actif, de Chichen Hitza à Tulum, mais celui-ci, vu les péripéties de notre visite sera plus inoubliable que les précédents. Du jambon, l’inévitable avocat, de l’eau, une tomate pour Marie-France, la frugalité totale mais entre Pacifique et maison de Neruda ! Ensuite nous décidons de longer la plage chargée en algues immenses. Des fleurs de printemps rendent le site magnifique. Marie-France n’hésite pas à gravir quelques rochers, Jean-Paul suit avec quelques craintes, le chemin débouche sur une petite plage plus grande et plus belle que celle devant Isla Negra mais si la maison avait été là, elle aurait été plus éloignée de la mer. Le temps d’une pause. Des jeunes se prélassent. Difficile de se baigner mais le plaisir n’en est pas moins grand d’être là au milieu des oiseaux et des bruits de l’océan.

Il faut penser au retour, à la remontée vers les hauteurs de la colline et ça sera chose faite assez rapidement d’autant que finalement en retrouvant la route nous ne sommes pas loin de l’arrêt du bus. Par contre le bus qui doit nous ramener est sans doute encore loin car il faudra attendre une heure. Nous en profitons pour bavarder avec une autre personne qui attend, une jeune brésilienne qui nous encourage à visiter son pays nous démontrant qu’entre l’espagnol et le portugais la différence est mince.

18 h retour à Valparaiso pour une journée bien remplie. Le bus urbain nous ramène place Annibal Pinto et Jean-Paul propose de prendre un jus de fruit dans un des bistrots avant d’aller se reposer dans la chambre. Si autour de la Place Victoria il semblait y avoir foule, le reste de la ville, le samedi est vide. Nous sommes deux tables au bistrot où surprise, nous découvrons qu’il y a un panneau avec le poème du jour. En fait, dans le bistrot, il y a une statue de Neruda attablée avec Gabriela Mistral ! Neruda nous poursuivait mais au Chili il est partout et ça lui est facile de poursuivre chacun. Le « Chilien le plus universel » n’a pas raté sa triste sortie…
JP et MF

27 octobre 2012

Hamelin, Zambra, camarades à bout de bras



Sur la route des mots où l'on voyage à dos d'homme, rencontre de deux écrivains « à un jet de pierre du château de Vincennes », arrosée de beaucoup de vin, un Chilien, un Québécois admiratif, et nous voici repartis dans les soubresauts de l'Histoire. La vie a la couenne dure.





Les chameaux de Zambra

Louis Hamelin,Le Devoir,27 octobre 2012  Livres

À RETENIR

    Personnages secondaires
    Alejandro Zambra
    Éditions de l’Olivier
    Paris, 2012, 167 pages
Ce matin, en attaquant un ananas bien mûr avec un couteau, je pensais aux clichés de la littérature latino-américaine. Borges a fameusement dit que la preuve que le Coran était arabe, c’est qu’on n’y trouvait aucun chameau, mais lui-même aimait bien les gauchos et leurs rixes au couteau. Je venais de terminer Personnages secondaires d’Alejandro Zambra et je me rappelais que Zambra, rencontré il y a un mois à un jet de pierre du château de Vincennes, un peu plus soûl que moi et maîtrisant donc mieux son anglais que je massacrais mon espagnol, m’avait dit qu’il ne se sentait pas tenu, par les attentes traditionnelles d’un certain public, de mettre des jungles et des généraux dans ses livres. Ou même des ocelots, comme son compatriote Sepulveda. Je suis en train de lire ton livre, que je lui ai dit. Allons boire un verre, fut sa réponse.


Si la « génération du boom », de Roa Bastos à García Márquez et à Vargas Llosa, a pratiquement fait du roman de dictateur un genre en soi, on ne voit poindre nulle part, dans Personnages secondaires, la triste tronche à képi du général Pinochet, même si son ombre plane sur tout le bouquin. C’est un livre de l’ombre. J’ai continué de le lire dans l’avion, l’ai rangé à l’arrivée et ne l’ai ressorti qu’il y a deux jours, pour y souligner, de ci de là, des phrases comme celle-ci : « […] un livre est presque toujours le verso d’un autre livre immense et étrange. »
Ce me semble être une autre manière, pour Zambra, de situer son art : dans une histoire en marche qui, collabos ou résistants, les forçait à prendre position, les romanciers précités produisirent les œuvres immenses et étranges du réalisme magique, comme autant de chapitres apocryphes de l’épopée nationale. Mais que fait-on quand, comme Zambra, né deux ans après la chute d’Allende, on a grandi dans une classe moyenne éprise de normalité, pour ne pas dire de normalisation, dans une région du globe où les héros ont déjà perdu la bataille, leur sang versé blanchi par un État capable d’offrir à des parents ni riches ni pauvres, ni bons ni méchants, ce que désirent à peu près tous les parents du monde : la sécurité.
Pendant que le militant torturé agonise sous plusieurs couches de béton, un enfant, près de là, tape dans un ballon. Zambra s’est intéressé à cet enfant de sa génération, à cette époque de l’histoire où les parents avaient plus peur que les enfants.
« Pendant que les adultes tuaient et étaient tués, nous dessinions dans un coin. Pendant que le pays s’effondrait par morceaux, nous, nous apprenions à parler, à marcher, à plier les serviettes en forme de bateaux, d’avions. Pendant que le roman se déroulait, nous jouions à cache-cache, à pas vu pas pris, à disparaître. » « J’étais le seul à venir d’une famille sans morts et cette constatation m’avait rempli d’une étrange amertume… » Du grand-père communiste à ce paternel qui, après-coup, au nom de l’ordre, approuve Pinochet, le narrateur écrivain s’efforce de soupeser son appartenance aux salauds. « C’était difficile d’être comme ça : ni bon ni méchant. Il me semblait qu’au fond c’était ça, être méchant. » « J’éprouve, dit magnifiquement sa copine, l’absence de culpabilité comme de la culpabilité. »
Sartre disait qu’il ne suffit pas de le vouloir pour échapper à l’Histoire. L’écrivain de Personnages secondaires, d’autre part, sait très bien qu’« on finit toujours par raconter sa propre histoire ». Entre ces deux limites, le roman d’Alejandro Zambra se veut une douce et douloureuse quête du paradis perdu d’une enfance, de « ce lotissement aux noms de rue féeriques où nous avons vécu, familles nouvelles, sans histoire, du Chili de Pinochet ».
Distinguant, dans l’intitulé même des chapitres, entre La littérature des parents et La littérature des fils, le roman, qui se rattache bien entendu à cette dernière, semble ainsi mettre en scène, en plus d’une identification problématique à l’histoire, la question de la filiation littéraire. Le roman des pères, c’est peut-être celui, plein d’ananas et de bananiers, de jaguars et de généraux, des attentes stéréotypées dont me parlait Zambra à cette table de café d’un coin de rue de Vincennes. Et le roman des fils ? Si Personnages secondaires peut servir d’exemple, c’est d’abord le genre de livre écrit par un écrivain qui ne veut pas l’écrire. En voici l’intrigue, « réduite aux dimensions d’un résumé de film dans un programme télé […] : deux amis d’enfance se retrouvent par hasard après vingt ans et tombent amoureux. Mais nous ne sommes pas des amis. Et il n’y a pas d’amour entre nous ». En fait, comme le dit si bien l’inscription sur le t-shirt noir de Claudia la première fois qu’il la retrouve : Love sucks.
Ils boivent du vin, mangent un peu ou bien oublient, font l’amour. On est dans l’intimité, sur fond d’histoire impossible à congédier. Car l’auguste général ne se laissera pas tasser si facilement d’un livre sur les années de dictature et de démocratie au Chili. L’écrivain du livre n’entend pas seulement demander des comptes à la littérature des parents, mais aussi au père lui-même : « Je ne peux m’empêcher de demander à mon père s’il était, oui ou merde, pour Pinochet à l’époque. » Ce pourrait être un roman de la réconciliation et du mensonge, la première n’étant possible qu’au prix du second.
L’innocence perdue ? « Nous en sommes à un moment de notre vie où ce ne sont plus les films et les romans qui sont importants, mais bien le moment où nous les avons vus, où nous les avons lus : l’endroit où nous étions, ce que nous faisions, qui nous étions à l’époque. »
Ce qui est certain, c’est que là où la littérature des parents nous eût proposé, sur le même sujet, quelque vaste architecture romanesque à la Vargas Llosa, l’auteur de Bonsaï, « sans projet d’envergure, sans but précis », donnant l’impression de céder, ici et là, aux sirènes de l’autofiction, voire du roman-dans-le-roman de prof, mais écrivant résolument « au verso » du grand roman d’histoire politique hispano-américain, va laisser glisser, tout doucement, son livre vers la poésie : « se rappeler les images dans leur plénitude, sans composition du cadre, sans décors grandioses. Obtenir une musique véritable. Fini les romans, fini les excuses. »
Parlant d’excuses, je sais que mon espagnol était pourri ce soir-là, pero hombre, me gusta mucho tu novela : es un buen libro, muy bonito. Salud… Voilà. Ça sort un peu mieux quand on a eu trente jours pour y penser.

23 octobre 2012

Le sale homme qui rush die



Aussi humble que soit mon rapport au littéraire, aux paysages littéraires pour mieux dire comme Stéphane Lépine, il y a un mot, un sentiment qui m'anime par-dessus tout et qui ne me quitte pas lorsque je songe à ces voix d'écrivains de par le vaste monde qui atteignent au plus fondamental notre regard, nos coeurs, notre pensée : c'est le mot liberté. C'est ce qui m'est revenu en écoutant tantôt à la radio les commentaires (parmi les plus fiables ici) des philosophes Georges Leroux et Christian Nadeau autour de Saman Rushdie. Liberté. Liberté d'ex-pression.

Le VALPARAÍSO de René Merle



À la belle écriture de René, j'ajoute moi aussi sur un air de Aufray dans la tête mes voeux de bon retour à Jean-Paul & Marie-France.

valparaiso

Mon ami Jean Paul et sa compagne terminent par un séjour à Valparaíso leur voyage au Chili. Et, en leur souhaitant un bon retour chargé d'impressions et de souvenirs, je repense à Valparaíso tel que je l'ai un peu connu il y a une dizaine d'années, en rentrant de la chilienne et polynésienne Rapa Nui (l'île de Paques). Je me trouvais avec quelques touristes français qui se souciaient comme d'une guigne que, quelque trente ans auparavant, les démocrates porteños avaient opposé pendant plusieurs jours une résistance acharnée aux troupes débarquées de l'infanterie de marine de Pinochet. Ces mêmes touristes qui pouvaient regarder l'Académie de Marine sans se soucier qu'elle fut le centre institutionnel de la torture...  Ils "faisaient" le Chili comme, disaient-ils, ils "faisaient" tant et tant de pays des cinq continents....Des touristes qui n'avaient pas envie de perdre leur temps pour aller visiter, là haut parmi les superbes demeures "coloniales", celle d'un inconnu nommé Pablo Neruda ? D'ailleurs, ont-ils aimé la populaire et portuaire Valparaíso, honteusement dégradée et polluée au bas de ses collines ("cerros") par l'anarchique "développement" pinochetistes, Valparaíso banalisée et boboisée certes en rattrapage, mais toujours populaire dans son avalanche de raides escaliers et de petites maisons multicolores  ? Ne lui ont-ils pas préféré sa voisine immédiate Viña del Mar, l'orgueilleuse station des classes moyennes et privilégiées, vitrine m'as-tu-vue de la réussite des Golden boys pinochétistes ? Sans doute... 
Je me souviens de ce chanteur de rues sur une place à l'arrivée haute d'un funiculaire. Il chantait entre autres des airs de Ángel Parra. J'ai acheté sa modeste cassette, et je la garde précieusement. Mais vous pouvez écouter facilement Parra sur internet. Par exemple en visionnant la superbe vidéo qui vous fera voir tant de facettes de la cité...

(Ángel Parra, communiste, fut emprisonné au tristement célèbre Estadio nacional de Santiago, puis dans le désert d'Atacama, avant de pouvoir quitter le Chili. Il vit en France et revient souvent dans son pays natal : il est né à Valparaíso et chante sa ville dans ceValparaíso en la noche que présente la vidéo.)

Valparaíso en la noche - Ángel Parra, 1965
Valparaíso en la noche,
siento tus pasos de baile,
van recorriendo mi cuerpo,
van despertando mi sangre,
Valparaíso en la noche,
eres más libre que el aire.

Tus calles como cuchillos
se van clavando en el cielo.
Tu rostro como ilusión,
tan pobre, sucio y tan bello.
Valparaíso en el alma,
verde y rojo en el recuerdo.

Valparaíso en la noche,
princesas y rey nos crecen.
Se casan y aman al rey
y enviudan cuando amanece,
Valparaíso en la noche.

Valparaíso, en la noche
he visto a Dios de la mano,
de la muerte en temporales,
el amor en el verano,
tengo tanto que contarte,
en la distancia he cambiado

Me retiré de tu mar
y de arena me hice tierra,
me acerqué al monte y miré
y tú quedaste en cubierta.
Me retiré de tu mar
y de arena me hice tierra.

Valparaíso, aquí estoy,
reconociendo tu puerta.
Vengo de lejos, cansado,
a convertirme en arena,
a dormir bajo tu brazo,
a dormir bajo tu tierra.

16 octobre 2012

Coeur de Catherine


Photo Jacques Desmarais


« Y a longtemps qu'on fait d' la politique
Vingt ans de guerre contre les moustiques »

Suis allé prendre un pot avec l'ami Johnny au  Brasseur de Montréal à Griffintown. J. et moi parlons sans fin de politique. Au retour, pris de grands bols d'air sur la Catherine d'ouest en est. Même après plus de trente ans de vie montréalaise, la Catherine, de préférence d'ouest en est, c'est tout un trip! En vrac et en très condensé : langues diverses au bec des fumeurs qui flânent; promeneurs et promeneuses du mardi soir détendus; impressionnant le plafond des Ailes de la mode où je suis arrêté tirer une pisse; zieuté par la vitrine le gala du 40e d'Aldo; les employés des commerces ferment leur shop, passent la vadrouille; dans le haut d'un studio de dance, des filles roulent des épaules; me suis fait offert des billets scalpés d'Alanis Morrissette; vu un couple, lui en chemise carreautée rouge, monter l'escalier de l'Hôtel l'Abri du Voyageur... C'est plus intime dépassé les Foufounes, la rue est tamisée, c'est plus théâtral; la murale du TNM inaugurée aujourd'hui est dans l'ombre, mais ô si bellement lettrée blanche... À 21 h, les fourmis de l'UQAM ont le pas décidé. Un gars dit à l'autre : « Des Américains en visite en fin de semaine... Y me demandent le nom de bons restaurants, où sortir... La fille me dit : You look like an artist? Aren't you? Haha! Non... J'aimerais ben trop ça... Une hostie d'carré rouge!!! ».



Le cœur de cette ville bat fort. Fucke la mafia!

Baltimore Fire


It was on a silver falls by a narrow
That I heard the cry I ever will remember
The fire set and cast its burning ember
On another fated city of our land
Fire fire I heard the cry
From every breeze that passes by
All the world was one sad cry of pity
Strong men in anguish prayed
Calling out to the heavens for aid
While the fire in ruins was laid
Fair Baltimore the beautiful city
Amid an awful struggle and commotion
The wind blew a gale from the ocean
Brave firemen struggled with devotion
But their efforts all proved in vain
Fire fire I heard the cry
From every breeze that passes by
All the world was one sad cry of pity
Strong men in anguish prayed
Calling out to the heavens for aid
While the fire in ruins was laid
Fair Baltimore the beautiful city

Anna & Kate McGarrigles

15 octobre 2012

Feuille qui valse, qui ne veut pas mourir!


Chemin faisant dans un sentier presque secret à Sainte-Anne-des-Lacs, moment magique capté sur le vif. Vrai!

Vidéo : Jo.


11 octobre 2012

Les armes du doux Shawn Cotton


Photo Jacques Desmarais.
Malgré le brassage « de cannettes vides traînant au fond du coeur », c'est un doux joueur avec des empreintes de coccinelles encore proches de l'enfance, Shawn Cotton, qui lançait le 11 octobre au Port de tête Les armes à penser (l'Oie de Cravan, 59 pages, 2012).  Sur la route des mots glanés dans le métro au retour, ce qui est bien court et à brûle pour point, quand même allures de pelletées brutes de signaux pour les survoyants du casse-tête animal-désastre-naufrage qui rentre par les yeux comme charbon, mais conscience de l'infini, mais remise au jeu pour les plus que frères, passeurs de nuits blanches - « je bois avec mes amis depuis si longtemps ».  Puis, souventes fois sur la page revient le mot sein comme lumière intime de la belle primordiale, cymbale, strophe de vie. Vie d'ange avec plusieurs tours dans son havre sacre. 

Photo Jacques Desmarais. Mykalle Bielinski, Shawn.
Parmi nous.

C'est pour moi! Santé!


Photos Jacques Desmarais.

09 octobre 2012

L'automne crève les yeux de loin


Decà, delà,
le sevrage, dirait Verlaine,
dans les coulisses
des longs violons qui sanglottent
malgré le fouillis lumineux
jaune, orange, pourpre,

bien avant le croquefort
du grand fret,
fruits et insectes
sortent de scène

et mon merle
a perdu son bec

bye bye éperviers, épervières
cerfs-volants et virgule solaire

gélinottes marines d'automne,
parulines aux chants sucrés,

canards canards fouillés
canard en v
canard colvert,
bernache décolletée,
fuligule à collier,
canard branchu,
grand harle,
macreuse brune,
canard pilet,
canard cafard
harel de Kakawi,
petit garot

canards calvaire

grosse parade dans les nuages

tous ces voyageurs ailés
sont vont jonglant
au diable vauvert

ils auront soif dans leur sang

et puis quoi faire avec les crapauds leclerc
et les araignées mageures
cachées au fin fond des bois
du rossignolet?

parmi toute la vrillance des sauvagines,
dans les grands reflux des ciels couverts
au-dessus des épinettes noires
petite pensée claire
émigrante underground
de la grosseur d'une tête d'épingle
pour les sweltes et impognables
libellules vertes, rouges, brunes?

frèles friandises
aux prouesses interdites,
migratrices
aux ailes jointes
transparentes nervures
frites à l'air
passées à l'eau

demoiselles élégantes
aux reflets métalliques
qui flirtent
jusqu'à l'éclatement
des quenouilles
des marais

mais s'ennuient-elles les dimanches au soir?

elles partiront aussi
comme en nuées de martiennes
avant la fin du bail
à travers bouleaux jolis
et papa l'ours
et les feuilles nourricières
en vol fatal,

guidées par les étoiles
avant la tombée
de la neige

elles disperseront
lumières nouvelles
sur le train bleu
du vent

de Chicago
jusqu'à la belle Louisiane

jusque sous les pattes
des aigrettes blanches

en ces bayous
de mystères
impardonnables

elles s'en vont
ramasser l'avenir.







Poèmes canibales à Bruxelle

Dans la série « Les poèmes cannibales tout le tour de la terre », il fallait bien qu'un bon jour la réalité dépasse la fiction.  C'est à Bruxelle que c'est arrivé et c'est là qu'attendait, souriant, le lutin d'Amélie Poulin.  Inouï! Incroyable! Mais vrai!

Photo collection Geneviève Arcand.

07 octobre 2012

Trabalhada de la terra ou l'automne d'oïl à d'oc


 Extrait - René Merle 

(Je me suis permis de mettre le poème en sillons et de modifier la troisième strophe en français, soit « on se sait » par « on ne sait ».  Que l'A., s'il repasse par ici, ne m'en tienne pas rigueur).

radeu

Ce matin n’en finit pas d’arriver 

On le devine 

Cependant il va sans dire on ne sait 

Vers quelles confluences
La grande cavalerie des rêves s’est arrêtée
Les étoiles ont fermé la porte
Il s’éclaire là un ciel de craie
Sans s’aventurer les arbres 

Regardent 

Mais pourquoi de quel usage
Ni plus ni moins exacte que par ailleurs
Et conséquente roule l’orgue du temps 

On appelle cela l’automne 

Prunelle de bois éteinte 
Vieille statue peinte aux couleurs d’antan 

Bleu et rouge bleu surtout et rouge 
Voilà que des inconnus t’ont relevée des schistes
Non sans un frémissement 

Convenables tournent les vols d’oiseaux migrateurs
Que leur importe cette roche humide désormais 

Si vient la mer 
Ouverte à mille regards indifférents
Bactéricide et longue à refroidir la vieille mer
On appelle cela l’automne 

Au quai sont amarrés les espadons
La terre ne se languit plus 

La terre travaillée de pensées mal connues 
Qui veut savoir se penche au puits [...]
 
Aqueu matin ne’n finis pas d’arribar
Va devinam 

Coma que sabem pas vers qualei mescladissas 
La grand cavalariá dei sòmis s’es aplantada
L’estelam a barrat la pòrta 
S’esclaira per aicí un cèu de gip de gip 
Sensa s’aventurar les aubres 

Agachan 
Coma vai que per qunta usança 

Pas mai pas mens exacta qu’autra part
Consequenta l’orguena dau temps redola
Aquò li dison l’automna
Viston de fusta amoçat
Estatua vielha pinturada ai colors d’antan 
Blau e roge blau subretot e roge
D’inconeiguts t’enausson dei lauvissas
Non sens un frejolum 
Convenables viran leis aucèus de partença 

Se’n garçan d’aquela ròca umida desenant
Se vèn la mar 
Duberta a vòstra indiférénci 

Bactericida e longa a refregir la mar vièlha 
Aquò li dison l’automne
Au quèi son amarrats lei pèis espasas 
La terra se languís plus
Trabalhada la terra de pensaments mau coneguts
Cu vòu saber se clina au potz  [...]

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Cf. LO RADEU DE LA MEDUSA - LOU RADEU DE LA MEDUSO
Textes de Philippe GARDY, Maurice MERLE, René MERLE, Florian VERNET
S.E.H.T.D., 1989

05 octobre 2012

Martha : The Factory



The Factory

These are not my people, I should never have come here
The chick with a dick and the gift for the gab
I know a place, I've seen the face
And I'll take the coast from factory to factory
Ah

These night's that I've been on the road
Through my window the moonlight she shone
And on my walls the fire she danced
Playing out my very last chance to run, run, run, run
Don't look back, you're moving too fast
I know a place, I've seen the face
And I'll take the high road from factory to factory
Oh yeah
Oh yeah
Ah yeah
Ah yeah

There are millions and millions of people around
On my TV, walking my streets, making sounds
And I can walk with them I love them I need their love
There are others I have known as poor souls, sores exposed
To the run-of-the-mill, the destitute, and the cold
Sores exposed to the blisters and shards
Where any kind of kindness is as far as the sun, the sun
The sun, the sun, run, run, run, run
I know a place, I've seen a face
And I'll take the coast from factory to factory
Oh yeah
Oh yeah
Ah yeah
Ah yeah

Run, run
Mmmmmmm, mmmmmmm

These are not my people, I should never have come here
I know a place, I've seen the face
Take the coast from factory to factory
Oh yeah
Oh yeah
Ah yeah
Ah yeah
Oh yeah
Oh yeah
Ah yeah
Ah yeah...

- Marta Wainwright