30 octobre 2013

Allons à Lafayette!


Parfois l'humble « french teacher » que je fus pour le CODOFIL en la belle Louisiane, il y a de cela bien des lunes sur le bayou Teche, aime bien faire un petit suivi... Allons à Lafayette, on va t'appeler Madame Canaille...


Le long du Bayou Teche, c'est un p'tit brin différent.  Mais je suis capable chanter, danser beaucoup bien!

29 octobre 2013

Roger Des Roches reçoit le prix Athanase-David 2013


Félicitations à  Roger Des Roches, rolling stones de la poésie québécoise, lauréat du prestigieux prix Athanase-David 2013 pour l'ensemble de son oeuvre.
© Photo Jacques Desmarais 

 « Non seulement Roger Des Roches a réussi à écrire une œuvre qu’on peut toujours lire et relire, écrit avec à-propos le libraire Maxime Nadeau, mais la sortie d’un de ses nouveaux livres demeure toujours un événement attendu, de sorte qu’il est pour moi un poète autant des années 2000 et 2010 que des années 70, tant sa voix est forte et singulière.».


Site de l'auteur


«La poésie, c'est depuis 1965, après la découverte du premier recueil du poète Denis Vanier, que je m'y consacre presque exclusivement. C'est en poésie que j'ai fait mes premières armes et que j'ai appris... à écrire! Beaucoup de plaisir, beaucoup de frustrations (au Québec comme ailleurs, la poésie est le «parent pauvre» en littérature), mais je ne serais pas où je suis, aujourd'hui, en littérature jeunesse, sans ces 40 ans d'écriture » poétique!»

27 octobre 2013

26 octobre 2013

Mon hallucinante trompette de la mort

Photo Jacques Desmarais

Elle offre tout à coup de grandes fleurs inespérées en octobre et embaume l'appartement. Jouissance radicale. Cette année plus que jamais l'orgie : sept huit beaux calices blancs. Vrai que la plante a souvent soif. Je n'ai jamais fumé ses fleurs immaculées! Paraît qu'on y ressent la mort imminente, puis qu'on se sent comme un aigle avec le vif désir de voler. Bien trop le vertige pour ça! L'imagerie de la sorcière fendant le ciel sur un balai viendrait de cette véreuse qui est mon amie. J’avais reçu deux plants mesurant à peine six pouces il y a une dizaine d'années. Un seul a survécu. Manqué de perdre l'autre à cause d'un gel hâtif l'année ou je l’avais transplanté dans mon jardin en cambrousse. Sensible au vent, je lui permets seulement à présent de passer l'été sur le balcon, mais je la surveille d'un oeil. En août dernier, qu'a-t-elle donc pensé d’accoucher prématurément d'une petite souris? Sinon, ses coups de trompettes elle les claironne quand c'est gris dehors comme en ce moment. 

Tout l'hiver, je la laisse tranquillement refaire silence devant une grande fenêtre.

Photo Jacques Desmarais

Trompette de la mort

David Marin rides again!

David Marin. Quelque part de Drummond. J'avais été plus qu'entousiaste lors de son premier album À côté d'la track paru en 2008. Assez que, têteux ou pas, sachant qu'il serait présent à une soirée de poésie à laquelle je participais au In Vivo, je lui ai fait signer l'album! 
Vlà cet automne Le choix de l'embarras. Puis il tourne en ce moment à Belle et Bum. Yes! 



Sylvain Cormier, David Marin se donne le choix de l'embarras, Le Devoir, 26/10/2013  

25 octobre 2013

L'inséparable, mais libre oiseau sur la branche


    
                   


Like a bird on the wire, 
Like a drunk in a midnight choir 
I have tried in my way to be free. 
Like a worm on a hook, 
Like a knight from some old fashioned book 
I have saved all my ribbons for thee. 
If I, if I have been unkind, 
I hope that you can just let it go by. 
If I, if I have been untrue 
I hope you know it was never to you. 

Like a baby, stillborn, 
Like a beast with his horn 
I have torn everyone who reached out for me. 
But I swear by this song 
And by all that I have done wrong 
I will make it all up to thee. 
I saw a beggar leaning on his wooden crutch, 
He said to me, "You must not ask for so much." 
And a pretty woman leaning in her darkened door, 
She cried to me, "Hey, why not ask for more?" 

Oh like a bird on the wire, 
Like a drunk in a midnight choir 
I have tried in my way to be free.
- Leonard Cohen

23 octobre 2013

L'indépendance populaire du Québec (2) : le droit à l'autodétermination


Ci-après, l'intervention de Françoise David à l'Assemblée nationale du Québec en ce 23 octobre 2013 en faveur de la motion de blâme adoptée unanimement à l'endroit du gouvernement fédéral qui s'est senti « obligé » de soutenir en catimini, en sourdine au discours du Trône de la rentrée politique de la semaine dernière à Ottawa, la contestation en cour de la loi 99.

À travers le lyrisme de bon aloi et la hauteur de vue morale en pareille circonstance, on peut également entendre chez madame David cette idée précise d'un peuple québécois certes pluraliste et traversé de courants divers, mais qui est néanmoins aiguillonné par une orientation de fond, soit le désir, voire le devoir d'assumer démocratiquement ses choix politiques. 

Ce cas de figure étant posé, il me semble qu'on peut également y voir le lien obligé entre ce « sentiment » partagé et la conviction politique de l'indépendance du Québec qui ne peut pas être autrement que populaire, soutenue et coconstruite par ce peuple particulier dans sa patiente marche vers sa réalisation concrète.  

Nous sommes loin ici, heureusement, du nationalisme traditionnel « bon teint » et du « Nous nous ». 




 Texte de la motion :

 « Que l'Assemblée nationale réaffirme que seule l'Assemblée nationale du Québec a le pouvoir et la capacité de fixer les conditions et modalités entourant la tenue d'un référendum conformément à la loi sur les consultations populaires, y compris le libellé de la question référendaire. Que l'Assemblée nationale réaffirme qu'aucun parlement ou gouvernement ne peut réduire les pouvoirs, l'autorité et la légitimité de l'Assemblée nationale ni contraindre la volonté démocratique du peuple québécois à disposer de son avenir ».

15 octobre 2013

Joël Savoy & Caleb Klauder Country band!


Pièce bien épicée. Du Cajun!  Bon en titi!


Ouvre la porte
Adam Hebert

www.cajunlyrics.com
Ouvre-donc c'te porte, et rentre ici
Moi j'veux t'agoniser
J'vous ai pris, hier au soir après s'caresser
En arrière d'la porte, j'entends à toi et cousin Élisé
Ouvre c'te porte, et rentre ici
Moi j'veux t'empoisonner
www.cajunlyrics.com
À Grand Mamou, à Ti-Mamou
Le bal à l'Anse Chaoui
Toi et cousin Élisé, croyais pas j'vous aurais pris
www.cajunlyrics.com
À Grand Abbeville, à Grand Basile
Jusqu'à la Grand Prairie
Toi t'es tout l'temps après faire la chasse
Là-bas, z'à l'Anse-Aux-Pailles
www.cajunlyrics.com
Ouvre-donc c'te porte, et rentre ici
Moi j'veux t'agoniser
J'vous ai pris, hier au soir après s'caresser
En arrière d'la porte, j'entends à toi et cousin Élisé
Ouvre c'te porte, et rentre ici
Moi j'veux t'empoisonner

www.cajunlyrics.com

14 octobre 2013

L'ami Brunelle de Lowell avec Jack et ses fantômes

L'ami Roger Brunelle de Lowell (qu'on prononce comme Noël) : On the read again parmi les racines de Jack ! Puis, il s'est fait pousser la barde!  Dans le Lowell Sun du 14 octobre 2013.




13 octobre 2013

Excavation


Entre les rêts de l'occupation 
sous la porte close 
des petites maisons 
la nuit océanne viendra
se glisser dans son moïse 
pour copuler
comme une lionne
qui danse
par le dedans
de ses rives
brûlantes

avec les plis de poussière
et les fils d'ombre
comme des cercles
de salive qui coulent
le long des murs
de la chambre
en disparition
par les fuseaux furtifs 
importés des montagnes 
et des rivières

La boulangère de jadis
aux mains de levure 
viendra sans chaperon
se pendre à la chemise
de l'origine
sous le ventre des lièvres
parmi les étoiles sauvages
les souris, les grenouilles
en fuite...

sur cette terre battue,
branlante
d'insomnie blues!

10 octobre 2013

Alice Monro vue par Robert Lévesque


Bravo Alice Monro!

Alice Munro: Ontariennes
Par Robert Lévesque, Le libraire16/12/2008




« [...] Alice Munro, c’est aussi fort et juste qu’Anne Hébert, Marie-Claire Blais et Jacques Poulin réunis. Le saviez-vous? Non? Vous n’aviez pas entendu l’injonction de la lire que lança Jonathan Franzen dans le New York Times en 2004 («Lisez Munro! Lisez Munro!»)? Tant pis pour vous, lecteurs, ou alors tant mieux, car vous êtes au bord d’une grande découverte! Lisez Fugitives, que Boréal vient de publier (la traduction de Runaway que Franzen salua si haut et fort), huit nouvelles inoubliables pour le prix d’un livre! Des récits aussi beaux que des sonates en sol mineur de Haydn, moderato, adagio, tout dans la finesse, la nuance et le brio du rendu. Munro, artiste accomplie dans la description de la vie émotionnelle des gens ordinaires, des filles et des femmes surtout, ontariennes, humaines plus qu’humaines, nous montre ce qui se terre dessous ou derrière les sentiments, elle peint «les choses cachées derrière les choses», comme le disait Le Vigan, jouant le peintre fou dans Quai des brumes...

Je suis allé voir dans The Oxford Companion to Canadian Literature, où l’on dit que la réalité qu’elle décrit est not real but true. C’est exactement ça. C’est Carla qui, dans la nouvelle éponyme, voyant passer une voisine de retour d’un voyage en Grèce, et comme encouragée par elle, décidera de partir. L’été est pluvieux, elle prend le bus pour Toronto, elle croit qu’elle part, qu’elle laisse son mari gardien de chevaux en pension, et puis elle revient, habitée, séduite par l’idée d’une tentation: «Il lui suffisait de lever les yeux, il lui suffisait de regarder dans une certaine direction, pour savoir où elle pourrait aller. Une promenade du soir, une fois ses corvées du jour accomplies. Jusqu’à la lisière des bois, et l’arbre mort où les vautours s’étaient naguère réunis.» Et la finale: «Les jours passaient et Carla ne s’aventurait pas jusque-là. Elle résistait à la tentation.»

Et c’est Johanna qui, dans la nouvelle éponyme du recueil Un peu, beaucoup... pas du tout, gouvernante célibataire et sans charme de M. McCauley, vendeur d’assurances à la retraite à qui elle a cuisiné un stew qui tiendra quatre jours, quitte son trou de province pour un autre où, à la suite d’une farce d’adolescentes qui lui ont inventé des lettres d’amour du gendre de McCauley, Ken Boudreau, qui l’attendrait, trouvera dans le malentendu total la possibilité du bonheur: «L’article nécrologique du journal informait que M. McCauley laissait derrière lui sa petite-fille Sabitha Boudreau et son gendre Ken Boudreau ainsi que l’épouse de Mr Boudreau, Johanna, et leur bébé, Omar, de Salmon Arm, Colombie-Britannique.»

La cinéaste Sarah Polley a transposé à l’écran, sous le titre Away from Her, cette magnifique et si touchante histoire d’amour d’un couple pas nécessairement fidèle mais solidement marié depuis cinquante ans qu’on trouve, sous le titre «L’ours traversa la montagne», à la fin du recueil Un peu, beaucoup... pas du tout, dont le titre anglais était, à la parution en 2001 chez Alfred Knopf à New York, Hateship, Friendship, Courtship, Loveship, Marriage. Cette nouvelle, maintenant publiée isolément dans une plaquette sous le titre Loin d’elle (initiative commerciale d’éditeur), est un chef-d’œuvre d’humanité, et je crois que Tchékhov n’aurait pas pu mieux l’écrire, et la signer, qu’Alice Munro, si les symptômes de cette maladie épouvantable, découverte et nommée par Alois Alzheimer après la mort du grand écrivain russe, lui avait été connus.

Fiona (interprétée par Julie Christie dans le film de Polley) est sombre dans cette maladie qui tue la mémoire avant le corps; Grant, son mari (incarné par Gordon Pinsent), doit la placer dans une institution: «Le matin du jour où il devait retourner au Pré du lac pour la première visite, Grant se réveilla tôt. Il était parcouru d’une vibration grave, comme autrefois le matin du premier rendez-vous avec une nouvelle conquête. Cette sensation n’était pas précisément sexuelle. (Par la suite, quand les rencontres étaient devenues routinières, c’est tout ce qu’elle était.) Il y avait l’attente d’une découverte, d’un épanouissement presque spirituel. Également de la timi­dité, de l’humilité, de l’effroi.»

Grant va réaliser que sa femme ne le reconnaît plus. Et puis, avec le temps, il va comprendre qu’elle semble aimer désespérément un homme, également atteint de dégénérescence, mais qui vient de quitter l’établissement. Quand il approche sa Fiona, il sent qu’il y a «quelque chose qui rend impossible qu’il la prenne dans ses bras». Dans un geste d’amour infini pour cette femme qu’il trompait à l’occasion, il va tenter de réunir ce couple de vieillards abîmés. Alice Munro touche là au sublime. Aucune nuance du cœur ne lui échappe. Comme l’écrivait Claire Devarrieux dansLibération, ses nouvelles «sont d’autant plus bouleversantes qu’une tranquille main de fer les tient».

Dans «Le pont flottant», trente-sept pages parfaitement troussées qu’on trouve dans Un peu, beaucoup... pas du tout, c’est Jinny, autre Ontarienne, atteinte d’un cancer, dont le mari a engagé une délinquante juvénile pour les travaux de la maison. Un jour, lui et elle vont chez les parents adoptifs de cette adolescente, mais Jinny, au lieu d’entrer dans la maison, reste dans le camion surchauffé par le soleil, puis sort, se perd un peu dans le champ de maïs, revient en entendant le chien aboyer, puis retourne dans le maïs pour uriner, décidée à ne pas rejoindre son mari chez ces paysans inconnus, lorsqu’un garçon arrive qui va l’emmener dans le bois, vers un marais et un pont flottant, et ce sont les joncs et les nénuphars qui vont lui rappeler une certaine notion du bonheur...

Fugitives, amicales, amoureuses, haineuses, courtisanes, mariées, célibataires, laides, désirables, faibles, sournoises, rêveuses, gorgées de désirs, vides de passion, usées ou attentives, les Ontariennes d’Alice Munro forment une galerie de destins banals et pérennes, humains, not real but true, peints par l’un des plus grands écrivains anglo-saxons. »


Bibliographie :
Fugitives ( Boréal)                                                                                                                                         Un peu, beaucoup… pas du tout  (Rivages Poche)
Loin d’elle (Rivages) 

07 octobre 2013

Deux Canadiens dans la trappe de l'Égypte

John Greyson et Tarek Loubani sont enfin sortis de prison depuis hier après 50 jours de détention arbitraire, torture et toute la fine cuisine d'un régime sanguinaire, sont maintenant à l'hôtel, mais interdits de vol jusqu'à nouvel ordre pour câlisser leur camp de cet enfer!

Je ne connaissais pas leur sort épouvantable avant de lire ce texte de Francine Pelletier paru dans Le Devoir du 2 octobre dernier. Calvaire!



Voyage au bout de la nuit


Le cinéaste John Greyson et le médecin Tarek Loubani sont aujourd’hui au 47e jour d’un emprisonnement insensé. Ils sont détenus dans une prison du Caire dans une cellule de 3 m x 5 m avec six autres prisonniers, une amélioration sur la cage de 3 m x 10 m qu’ils partageaient jusqu’à récemment avec 36 autres détenus. Ils ont un robinet d’où coule de l’eau brune, une toilette, pas de lit, pas d’objets personnels. Ils dorment « sur le béton et les coquerelles », ont-ils confié à leur avocat. Ils ont été battus, fouillés, interrogés, filmés avec un soi-disant « terroriste syrien », dépouillés de leurs vêtements et humiliés. On leur a rasé la tête pour bonne mesure et on les a frappés en criant « Canadian ! », comme s’il s’agissait d’une insulte. Probablement la meilleure indication que John et Tarek, malgré une pétition de 145 000 noms, l’appui de vedettes comme Ben Affleck et Naomi Klein et les pressions exercées par le ministre des Affaires étrangères John Baird et le premier ministre Harper lui-même, ne sortiront pas de cet enfer de sitôt. Les procureurs égyptiens ont justement annoncé que leur détention sera prolongée encore 45 jours, la deuxième fois qu’on annonce une telle prolongation.

Le cauchemar des deux hommes a commencé le 16 août, alors qu’ils se sont retrouvés en plein milieu d’une manifestation protestant le coup d’État militaire. Autant dire entourés de milliers de partisans des Frères musulmans, les ennemis jurés du régime actuel. John Greyson et Tarek Loubani étaient au Caire en attendant de se rendre dans la bande de Gaza, où Dr Loubani fait de la formation médicale. John Greyson, lui, devait filmer la mission.

Ça s’appelle « être au mauvais endroit au mauvais moment », pour citer une employée du consulat canadien au Caire. Mais l’erreur capitale des deux hommes est d’avoir simplement écouté leurs instincts. Devant les blessés qui appelaient à l’aide, le Dr Loubani s’est mis à administrer des soins d’urgence, et son compagnon cinéaste, qui traînait sa caméra, à filmer. « Les blessés et les morts arrivaient de partout,dit John Greyson. On a vu plus de 50 personnes mourir : étudiants, travailleurs, professeurs, de tous les âges et de toutes les formes, tous sans arme. »

Le bilan officiel cette journée-là : 102 morts. Il y a également eu 602 arrestations, dont neuf étrangers, incluant nos deux Canadiens, que les autorités égyptiennes ont depuis tenté de présenter comme des espions. En plus d’équipement vidéo, John et Tarek transportaient deux hélicoptères miniatures, la grosseur d’un jouet, devant servir à tester la transportation d’échantillons médicaux. De quoi attiser les esprits malveillants. D’ailleurs, la paranoïa du régime égyptien est telle que même les oiseaux migrateurs sont vus comme suspects. Le mois dernier, une cigogne affublée d’un GPS, servant à mesurer sa trajectoire, a été capturée et détenue, et finalement mangée.

Confirmant que l’heure est grave pour John et Tarek, le Toronto Star rapporte que les autorités égyptiennes examinent actuellement la possibilité de les accuser de meurtre. La liste des accusations va du macabre, « intention de tuer », au loufoque, « obstruction du transport public », un fourre-tout d’accusations qui pèseraient également contre plus d’une centaine de personnes arrêtées au même moment.

« Vu le ridicule de ces accusations et l’absence de preuves, dit Cecilia Greyson, soeur de John, nous avons toutes les raisons de croire que John et Tarek ne sont pas détenus pour ce qu’ils ont fait, mais bien pour ce qu’ils ont vu et documenté le 16 août. »

Si jamais on avait encore besoin d’être convaincus de la catastrophe que représente le coup militaire, en juillet dernier, la détention de John Greyson et Tarek Loubani est certainement une preuve supplémentaire. Je vois encore ce restaurateur, membre en vue de la communauté égyptienne de Montréal, interviewé par Anne-Marie Dussault au lendemain des événements, se réjouissant de cette « victoire ». « L’armée a agi au nom du peuple », disait-il. Eh bien, non. L’armée a agi au nom de ses propres intérêts et de ceux de l’ancien régime qu’elle n’a jamais cessé de défendre. D’ailleurs, pendant que John et Tarek croupissent en prison, Hosni Moubarak, lui, a été libéré.

Tous ceux qui croyaient qu’il ne pouvait y avoir pire calamité pour l’Égypte qu’un gouvernement islamiste s’aperçoivent que l’arrogance et la brutalité du général al-Sissi dépassent de loin celles d’un Mohamed Morsi. Le cauchemar que vivent nos deux concitoyens nous donne une petite idée du terrible sentiment d’impuissance que vivent aujourd’hui 90 % des Égyptiens.

05 octobre 2013

Devos et Leclerc : deux géants légers comme l'air



Le bal

Cette nuit dans mon sommeil
Je t'ai enlevée de ta tour
J'avais dérobé l'soleil
Pour que jamais n'vienne le jour
Nous courions dans les prairies
Tes rubans volaient au vent
Nous avons bu dans nos mains

A la source du matin
A la porte d'un château
Nous sommes entrés sans frapper
Des lutins tambours au dos
Nous attendaient pour danser
Sous une lune d'opale
Nous avons ouvert le bal
Moi qui ai jamais su danser
J'ai dansé à perdre pied

Puis rendus à l´horizon
De beaux anges à cheveux longs
Ont avancé un nuage
Et nous ont poussé au large
On voyait d´en haut la terre
Toute noire, pleine de misère
Toi tu as dit: " C´est nos frères
Redonnons-leur la lumière! "

Donc nous sommes redescendus
Puisque le soleil je l´avais
A la foule je t´ai rendue
Et le matin s´est refait
J´ai la promesse des anges
Qu´après le jug´ment dernier
On r´prendra ce bal étrange
Et pour toute l´éternité


- Félix Leclerc

03 octobre 2013

ÉricVolant (1926-2013)


Triste d'apprendre le décès d'Éric Volant à Montréal le 9 septembre dernier, un professeur en éthique (Les morales et leurs sources, UQAM, 1985) que j'ai aimé. Celui qui jeune étudiant avait tout lu Nietzsche était au plus haut point soucieux de la responsabilité de celui qui parle dans la cité. Car la prise de parole est un pouvoir et toute énonciation comporte des jugements de valeur. (C'est bien sûr le cas au carré quand on énonce de l'implicite volontaire et populiste du genre Parce que nos valeurs, on y croit!)


« Un des grands défis contemporains, écrivait Éric Volant, c'est le perfectionnement de la communication pour parvenir à des décisions morales qui soient l'oeuvre commune de groupes opposés. » Par ceci, il rappelle avec à-propos que les préférences sur le terrain des valeurs sont de l'ordre de la négociation circonstancielle et toujours provisoire, du dialogue, le maître mot en éthique appliquée, dirait-on de nos jours. Pourquoi donc? Parce que le relativisme où tout se vaut au milieu de la marre de nos dilemmes est au fond une illusion assez pernicieuse, mais d'autre part, et cela me semble essentiel à discuter : « Nous ne pouvons imposer à autrui une valeur ou un comportement comme nécessaires ou évidents. Ce qui n'enlève pas pour autant la responsabilité morale [dans le lexique de M. Volant morale et éthique sont synonymes], de nos choix. » Des Morales, Crises et impératifs (Éd. Paulines, 1985). 



Éric Volant était un professeur rigoureux qui a animé jusqu'au printemps dernier le groupe FB Mort en Variations. Sa réflexion de longue haleine sur le suicide est profonde. Enfin, je dirais que cet amoureux des grands Maîtres en peinture était très doucement aiguillonné par la vie et l'aventure partagée de la sagesse, cette « discipline du coeur [...] qui permet l'accès à des façons de penser multiples et opposées » (Humain, trop humain I).

Je me promets de lire son beau livre La maison de l'éthique (Liber 2003), dans lequel la maison est vue comme méthaphore de l'être-là, l'être de finitude qui habite la terre. La question fondamentale n'est pas qui suis-je? ou qui es-tu?, mais plutôt où suis-je? et où es-tu? D'où parles-tu? Où loges-tu? Où vas-tu? 

Site l'Encyclopédie de la mort

Conférence Comment habiter et cohabiter ce monde, Uqam, mai 2010

01 octobre 2013

Carolyn Cassady


La grande dame of the Beat Generation s'en est allée.

http://www.nytimes.com/2013/09/24/books/carolyn-cassady-beat-generation-writer-dies-at-90.html?smid=fb-share

Pauline Julien parmi nous


Il y a 15 ans nous quittait la grande et belle et rebelle Pauline Julien. Son sourire croisé un soir de fête célébrant Yves Thériault ne me quittera jamais.  L'Étranger, une de ses plus belles chansons, de sa main même.



L'Étranger

Quand j’étais petite fille
Dans une petite ville
Il y avait la famille, les amis, les voisins
Ceux qui étaient comme nous
Puis il y avait les autres
Les étrangers, l’étranger
C’était l’Italien, le Polonais
L’homme de la ville d’à côté
Les pauvres, les quêteux, les moins bien habillés
Et ma mère bonne comme du bon pain
Ouvrait sa porte
Rarement son coeur
C’est ainsi que j’apprenais la charité
Mais non pas la bonté
La crainte mais non pas le respect
Dépaysée, au bout du monde
Je pense à vous, je pense à vous
Demain ce sera votre tour
Que ferez-vous, que ferez-vous
Dépaysée au bout du monde
Je pense à vous, je pense à vous
Demain ce sera votre tour
Que ferez-vous, que ferez-vous
Aujourd’hui l’étranger
C’est moi et quelques autres
Comme l’Arabe, le Noir, l’homme d’ailleurs, l’homme de partout
C’est un peu comme chez nous
On me regarde en souriant
Ou on se méfie
On change de trottoir quand on me voit
On éloigne les enfants
Je suis rarement invitée à leur table
Il semble que j’aie des moeurs étranges
L’âme aussi noire que le charbon
Je viens sûrement du bout du monde
Je suis l’étrangère
On est toujours l’étranger de quelqu’un
Dépaysée, au bout du monde
Je pense à vous, je pense à vous
Demain ce sera votre tour
Que ferez-vous, que ferez-vous
Dépaysée au bout du monde
Je me prends à rêver, à rêver
A la chaleur, à l’amitié
Au pain à partager, à la tendresse
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes s’aiment entre eux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Où les hommes soient heureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde
Un monde amoureux
Croyez-vous qu’il soit possible d’inventer un monde 
Où il n’y aurait plus d’étranger
- Pauline Julien



Hamelin, géographe et linguiste de la nordicité


Nordicité
« Le mot dérive du français nordique et celui-ci, probablement du norvik scandinave. 
Avant les décennies 1950-60, ni nordique au sens de Nord du monde ni nordicité 
n'apparaissaient dans les grands dictionnaires du français. 
La nordicité est d'abord une quête de l'ité du Nord, à savoir un questionnement de sens, 
d'état, d'identité et d'objet au sujet de la zone froide de l'hémisphère boréal. Rien ne 
devrait échapper à ce regard étendu. Le néologisme de sens répond à l'amplitude du 
regard et l'approfondissement sémantique. Il s'intéresse à tout le Nord et au tout du Nord. 
En soi, le mot porte de la signifiance. »

Autochtonie 
« Pour de multiples raisons, ce thème s'impose étant donné que le territoire québécois est 
loin d'être culturellement homogène. En fait, il ne l'a jamais été, notamment quant au 
facteur majeur du peuplement. 
Le mot même d'autochtonie date de 1861. Sa notion moderne réfère notamment à des 
thèmes aussi importants que le statut légal du bien-fonds ainsi qu'un multi-usage des 
terres. »

- Louis-Edmond Hamelin, De l'application au Québec du concept de nordicité, Univ, Laval, juin 2012