26 octobre 2016

La gauche et la droite au Québec : que c'est ça?



Gauche, droite, centre, cha-cha-cha... Ce texte personnel de Monique Larue (Le Devoir, 6 septembre 2016, extrait d'un essai paru dans l'Inconvénient, numéro 65, été 2016) donne à penser sur fond de convergence indigeste et de spectaculaires manipulations budgétaires qui vont nous mener, toutes sensibilités confondues, jusqu'aux élections de 2018. Nos acteurs politiques chevronnés et presque tous leurs amis d'en face, surtout ceux au centre droit criant au courage de baisser les impôts, vont alors à nouveau se préoccuper de la petite travailleuse des Îles-de-la-Madeleine et de tous ces pots cassés. Mais, c'est plus fort que nous : il y aura un printemps québécois qui d'emblée semblera très austère pour les privilégiés!

***

DES IDÉES EN REVUES

La proximité des pôles

Dans le contexte québécois, «la gauche et la droite», qui virevoltent avec prestesse dans la tête de l’intellectuel parisien, ne sont pas des notions claires


 Monique LaRue - Écrivaine, Le Devoir, 6 septembre 2016

Dans le monde dans lequel je vis, il est clairement « mieux » d’être politiquement de gauche que de droite. Dans celui dans lequel j’ai été élevée, issu de ce qu’on a appelé, significativement, « la grande noirceur », c’était le contraire. Communisme, socialisme, syndicalisme, justice sociale, droits de l’homme : ces termes marquent l’irruption de la gauche dans mon existence et, grosso modo, dans celle de la population québécoise.

Je ne connaissais rien de ces réalités avant de rencontrer les filles de Michel Chartrand, qui habitaient non loin de chez moi. Grâce à cette camaraderie de jeunesse, j’ai découvert, en même temps que la pensée progressiste, les gauloises sans filtre, le café noir, le pain et les fromages dits « français », Léo Ferré, Gilles Vigneault, la conversation, la discussion libre. Ces éléments, que Bourdieu appelle des « habitus », me fascinaient autant que les idées de Michel Chartrand et de ses amis. Les deux allaient de pair, et je n’y voyais aucune contradiction.

Un autre monde

À partir de ce tropisme, qui semblait alors naturel, entre la gauche et la jeunesse, je n’ai fréquenté longtemps que des gens de même sensibilité, jusqu’à ce que la loi de la probabilité me conduise vers des personnes qui — pour des raisons historiques et politiques extérieures au Québec, ou parce qu’elles étaient nées ici « pour un petit pain » — ont été éduquées ou se sont éduquées à défendre le système capitaliste, la réussite matérielle, apprécient la sécurité, le statu quo politique, n’éprouvent aucun sentiment de culpabilité, mais plutôt de la fierté, à avoir hérité, ou à gagner beaucoup d’argent, et trouvent naturel de défendre des privilèges acquis par les humains qui les ont génétiquement précédés, ou par leurs propres forces.

Ces personnes sont (presque) aussi humanistes que vous et moi, mais au lieu de discuter de progrès social, elles s’occupent de fondations et de philanthro-capitalisme. Leurs soucis d’impôts, de placements, d’investissements me sont étrangers, mais ce qui m’influence est leur indifférence à la peur, à la honte de ne pas être « à gauche ». J’ai ainsi peu à peu compris que la gauche occupait dans ma conscience la place du Bien. J’ai aussi évolué et admis que la passion égalitaire, dans ses réalisations historiques en Europe ou en Asie au XXe siècle, n’incarne pas du tout le Bien, non plus nécessairement que la « gauche caviar », dont je fais probablement partie, même si je ne suis pas vraiment « caviar ». J’ai craint de m’être déplacée dans l’éventail politique, d’être attirée vers le centre, vers « l’autre pôle ». Allais-je, comme certaines personnalités connues dont les positions politiques ont évolué à 180 degrés depuis leur jeunesse, cesser de « tenir ma gauche » ? […]

Un spectre partagé autrement

Dans le contexte québécois, « la gauche et la droite », qui virevoltent avec prestesse dans la tête de l’intellectuel parisien, ne sont pas des notions claires. Postérieur de quelques années à l’avènement de la domination britannique, né de la révolution qui a coupé le cou au roi de France et horrifié une bonne partie des habitants de la Nouvelle-France quand ils en ont enfin été informés, le balancier gauche-droite reste décalé, importé.

Notre Assemblée nationale n’est pas disposée en hémicycle mais en face-à-face, à la britannique. Nous n’utilisons pas les termes anglais tory et whig qui pourraient correspondre à l’opposition droite et gauche. Le spectre politique est partagé autrement, entre nationalisme et indépendantisme d’un côté, et fédéralisme canadien de l’autre. Parce que nous pensons en français et que nos élites participent de l’espace intellectuel français, une circulation se produit entre ce cadrage gauche-droite et la vie politique québécoise. Cette dialectique est complexe, instable.

Un débat tenu le 24 février 2016 à Québec par Le Devoir s’intitulait par exemple : « QS, PQ, NPD : la gauche est-elle condamnée à l’opposition ? » et posait le Parti québécois à gauche. Pour la plupart des gens « de gauche », cependant, son ex-chef, Pierre Karl Péladeau, ne saurait être ainsi défini, en raison de ses positions et de ses actions par rapport au syndicalisme et au capitalisme. Dès la naissance du Parti québécois, après la dissolution du RIN, il s’est trouvé des voix pour dire que ce parti représentait les intérêts de la bourgeoisie et ne pourrait jamais être « de gauche ». « Socialisme et indépendance » allaient de pair, un mouvement de libération se réclamant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était « de gauche ».

L’amalgame de Marine Le Pen

Mais d’autres sèmes, d’autres références rattachaient au même moment l’antinationalisme à la gauche « internationaliste » et le nationalisme à la droite, imputant aux nationalismes européens une grande part des maux liés à la Seconde Guerre mondiale. Il est très ironique de voir Marine Le Pen, en visite récemment au Québec, ne faire qu’une bouchée de ces deux dimensions à la faveur du Zeitgeist, les « amalgamer » pour mieux faire rouler les pôles : « La vraie différence aujourd’hui, c’est celle entre les nationaux et les mondialistes. C’est-à-dire ceux qui pensent que les nations sont des concepts dépassés, qu’il faut supprimer les frontières, faire fi des identités et faire surgir l’homo economicus interchangeable ; et ceux qui pensent que la nation demeure la structure la plus performante pour assurer la sécurité et la prospérité, et défendre l’identité des peuples. » Où l’on observe in vivo la manière politique de se servir du langage. […]


24 octobre 2016

Bravo les Wallons!

J'ai visionné la vidéo ci-jointe où Paul Magnette, président de la Wallonie, explique pourquoi il faut renégocier le CETA. 

Il y a un bout que je n'avais pas entendu une pensée politique aussi inspirante, clairement en faveur du bien commun, du respect des citoyens, agriculteurs, PME, artisans de la culture, et de la confiance qu'il faut inscrire dans les relations de commerce. De ce côté-ci de l'Atlantique, Emmanuel Kant ne risque pas d'étoiler la pensée et les principes de nos politiciens en place, mais nous aurons droit, je le présume, à la déception d'un Jean Charest, à l'indignation fatiguée d'un Pierre Pettigrew, au silence feutré et habituel d'un Pierre-Marc Johnson et aux remontrances d'un Justin Trudeau qui, dans ce dossier du CETA, a maintenu en toute continuité le «package deal» tricoté loin du débat public par le gouvernement conservateur. Heureusement qu'il y a eu l'effet burlesque de Bové et quelques voix sur la place publique, dont Amir Khadir, pour nous rappeler les inquiétudes soulevées par le passé, dès les premiers échos, par plusieurs acteurs économiques canadiens et québécois. On a alors parlé de compensation... Et vive les fromages libres! Mais ce n'est pas très clair. Les Wallons ne sont pas seuls, en effet!



En accompagnement :
- les dessous du CETA selon José Bové (Voir, 15 octobre 2016);
- interview d'Amir Khadir à La vie Agricole (Belgique);
- L'analyse de Gérald Filion, La Walonnie contre le mépris, Radio-Canada, 24 octobre 2016.

20 octobre 2016

Bob Dylan dans la hurlance du temps


Je ne sais pas pour la comparaison, mais il y a dans ce billet ci-inclus de Cass R. Suntein paru dans Bloomberg View plusieurs grands textes de Dylan qui sont cités et qui brillent dans la hurlance du temps.

De mémoire, pour accompagner : " Quel est donc ce langage / qui fait que je t'entends / qui fait que je t'attends / comme animal en cage/ dans la prison des mots / qui nous désappareillent [...]" - Gilles Vigneault, Chanson pour Bob Dylan.


How Bob Dylan Surpassed Whitman as the American Poet

Bob Dylan has surpassed Walt Whitman as the defining American artist, celebrating the capacity for self-invention as the highest form of freedom.
“He not busy being born is busy dying,” Dylan sang, in “It’s All Right, Ma (I’m Only Bleeding).” Reinventer of folk music, voice of the 1960s, blues singer, rock star, born-again Christian, champion of gospel, country singer, old-style crooner, and now winner of the Nobel Prize for Literature, Dylan has found a million different ways to say the same thing. (He was born Robert Allen Zimmerman, and he sang, “You may call me Zimmy.”)
I have been to just one Bob Dylan concert, about a decade ago. He concluded with his 1965 masterpiece, “Like A Rolling Stone,” whose brutal lyrics seem to exult in the suffering of someone brought low. The song starts with a sneer: “Once upon a time you dressed so fine/You threw the bums a dime in your prime/didn’t you?” The first stanza ends: “Now you don’t talk so loud/Now you don’t seem so proud/About having to be scrounging for your next meal.”
Dylan said in an interview that the song originated in a “long piece of vomit,” beginning with “steady hatred directed at some place that was honest” and ending with a kind of revenge, captured in the famous chorus: “How does it feel/To be on your own/With no direction home/Like a complete unknown/Like a rolling stone?”
In concert, however, the song was turned upside down. As people sang the chorus along with Dylan, they were exhilarated, jubilant, exultant. Far from laid low, they were unchained. As Dylan sang it, “Like A Rolling Stone” had become a declaration of independence.
But of course, that declaration was there all along. Even in 1965, the chorus was a cry of defiance. “When you ain’t got nothing, you got nothing to lose” -- and that’s not all bad.
If “Like A Rolling Stone” is Dylan’s “Hamlet,” “Desolation Row” is his “King Lear.” It’s a fever dream, or a love letter, about an unruly procession of humanity -- Cinderella, Ophelia, Einstein, the good Samaritan, the tightrope walker, a jealous monk, the blind commissioner, insurance men, Dr. Filth and his nurse (who “keeps the cards that read ‘Have Mercy on His Soul’”). 
But in the last stanza, there’s a radical change; the dream is over. Dylan shifts from the procession to the mundane: “Yes, I received your letter yesterday/About the time the door knob broke/When you asked me how I was doing/Or was that some kind of joke?” He seems to be describing a note from a family member, perhaps his mother -- mundane, chatty. He concludes:
All these people that you mention
Yes, I know them, they’re quite lame
I had to rearrange their faces
And give them all another name
Right now I can’t read too good
Don’t send me no more letters no
Not unless you mail them
From Desolation Row.
That’s not exactly nice. But it captures what Dylan cherishes in Jack Kerouac, who understood freedom in much the same way, and who wrote, “The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing.”
Though sometimes cruel, Dylan is also capable of great tenderness. “Lay Lady Lay,” his most celebrated romantic song, is uncharacteristically mawkish. Much better and more real, and in its own way a celebration of freedom, is “Buckets of Rain”: “I like your smile/And your fingertips/I like the way that you move your hips/I like the cool way you look at me/Everything about you is bringing me/Misery.”
Or consider the surpassing sweetness of “Forever Young,” written for his son: “May your hands always be busy/May your feet always be swift/May you have a strong foundation/When the winds of changes shift/May your heart always be joyful/And may your song always be sung/May you stay forever young.”
Dylan is often categorized as a folk singer, but he doesn’t like that: “Folk music is a bunch of fat people,” he said in an interview in 1966. He hates being described as the “voice of his generation.” Asked by an interviewer in 1965 how he thinks of himself, he said “as a song and dance man.” Booed in the 1960s for turning away from protest songs, he said, with sarcasm and contempt (and a kind of truth too), “All my songs are protest songs. That’s all I do is protest.”
In his sort-of autobiography, “Chronicles: Volume 1,” Dylan wrote that “songs, to me, were more important than just light entertainment”; they were a “different republic, some liberated republic.” He didn’t plan to stir things up, but “thought of mainstream culture as lame as hell and a big trick. It was like the unbroken sea of frost that lay outside the window and you had to have awkward footgear to walk with.”
America’s poet of rootlessness lit a flame, and it burns right through that frost.

18 octobre 2016

Pierre Richard, l'architecte humanitaire, nous a quittés


C'est avec tristesse que nous apprenions ce matin le décès de Pierre Richard survenu à Montréal le 8 octobre 2016. Il était âgé de 62 ans.

Originaire de la région de Québec, Pierre a oeuvré quelques années comme Gestionnaire immobilier au bureau de TPSGC à Montréal. Je l'ai donc un tout petit peu connu à titre de collègue et de « client » interne. Nous avons entre autres travaillé ensemble pour résoudre un contrat épineux concernant des travaux à l'Hôpital des Anciens Combattants de Sainte-Anne-de-Bellevue.

À compter de 2007, Pierre l'architecte s'est lancé corps et âme dans des projets humanitaires sur la scène internationale, pour la Croix-Rouge notamment. Inspiré par une amie britannique, il a eu l'idée, le génie pour dire mieux, de tenir des blogues a chacune de ses étapes afin de communiquer tribulations et aventures lointaines. Ce sont des écrits, des photos magnifiques, beaucoup de visages d’enfants, des suggestions de lecture, de musique locale et de films, des liens internet, un souci d'illustrer les richesses artistiques, des notes géographiques bien entendu, quelques informations politiques, des traces de rencontres au fil des jours, mais aussi des moments fabuleux de vacances en des contrées voisines... C'est plein de toutes ces vies auxquelles on ne songe pas souvent de ce côté-ci.

J'ai eu un réel plaisir à suivre de loin les activités de Pierre au Congo, au Sri Lanka et en Haïti. J'ai découvert un être généreux, sensible, un humaniste cultivé qui n'a pas craint de mettre son talent au service du monde.

Au coeur de nos mémoires désormais, voici les liens des blogues si riches de ce voyageur en-allé :





Mes condoléances à sa famille et à tous ses proches.





16 octobre 2016

Dialogue sur le féminisme : Diane Lamoureux et Aurélie Lanctôt


La série Face à face au Canal Savoir est digne de mention pour la qualité des échanges qu'on y entend et les points de vue critiques qui s'y expriment. L'épisode diffusé hier aborde le féminisme actuel trop souvent cantonné dans des « sujets de femmes », avortement, violence sexuelle, alors que la vie des femmes est partout dans la cité (transports, aménagement urbain, relations de travail...), la diversité et les tenions normales du mouvement, les limites de l'institutionnalisation, son instrumentation politico-juridique qui sert parfois à contourner l'inégalité de fait encore présente partout entre les hommes et les femmes dans nos sociétés capitalistes basées sur l'accumulation inégalitaire... 

L’avenir du  monde avec des femmes et des hommes libres...  

La fiche de l'émission qu'on peut revoir sur le site du diffuseur se donne à lire comme suit :

Quel féminisme pour le 21e siècle?

Pour Diane Lamoureux (Les possibles du féminisme, éditions Remue-Ménage, 2015) et Aurélie Lanctôt (Les libéraux n’aiment pas les femmes, Lux éditeur, 2015), les groupes féministes ne doivent pas se contenter des gains réalisés depuis un siècle de féminisme. Qu'il s'agisse du conservatisme identitaire ou les politiques d'austérité, des courants politiques persistent dans le monde d'aujourd'hui et font reculer les acquis de l'égalité des sexes. Rencontre entre deux générations de femmes pour la suite du féminisme.

12 octobre 2016

09 octobre 2016

Rencontre surprenante sur la roche plate


Je suis un peu perdu dans mes bêtes. Sur le « wall » de roches gagnant la vieille sucrerie se trouve ma grosse roche plate. J'aime ça y aller des fois méditer sur l'om grégorien des chants d'échardes de corneille. Vendredi dernier, en fin d'après-midi, le restant de soleil était encore délicieux, corneilles aux quatre coins de l'horizon, je me suis rendu d'un coeur de petit gars à la roche plate, finalement j'ai fait une sieste de vieux. À mon réveil, en m'écarquillant les yeux, woups, j'ai aperçu juste là une tête brunette de petite bête se pointer, s'enfuir aussi vite entre les pierres, puis se remontrer la fraise, bondir d'un point à l'autre avec tout son petit corps, m'observer rapido, se faufiler à nouveau par les interstices. Tout ça à la vitesse flash flash. Sur une fraction de seconde qui n'a pas duré, tabarnouche, pensai-je, j'aurais pu me faire grignoter en dormant. Vraiment une belle petite bête au pelage café au lait sur le dos, blanc crème sur le ventre. Nous nous sommes rencontrés. C'est nono, mais je n'arrivais pas à mettre le nom sur la locataire des pierres assez blet merci. Après ma petite enquête Jos Bidon, sérieusement, j'en arrive à dire qu'il ne s'agit pas d'une belette à cause du petit pinceau noir en bout de queue *. Vlimeux de vlimeux, incroyable, incroyable, incroyable comme dirait Jean-François Lisée. Ce serait l'hermine! Ein super belle. Carnivore, 34 dents.


Photos Jacques Desmarais, Béthanie, 7 octobre 2016, 17 h 55.

HERMINE
*Comme disait un professeur d'université (que je n'ai malheureusement pas connu), je ne voudrais surtout pas vous enduire en erreur. En poussant plus loin ma petite recherche, je vois que la Belette à longue queue est très proche parente et arbore elle aussi un petit pommeau noir, la différence étant la longueur et la taille de l'animal. Ma rencontre surprenante a été trop subreptice pour trancher la main dans le feu en suivant la méthode du bon vieux Aristote (horos, horismos, une définition pose un prédicat spécifique à X, soit la différence spécifique en regard du genre), mais je préfère penser, question de poésie, que j'ai vu l'Hermine.

07 octobre 2016

Humoir d'un temps si doux pour l'affranchie

Bon, gaz entre le jazz et la jajaja, je n'ai pas la garde-robe du vieux Shah d'Iran, mais, par exemple, l'habit de noce prêté par Réjean pour un costume de théâtre (monsieur « Chauchier » dans Bain public), y est cintré haut et court dans son coin, bien enveloppé, jolie chemise et cravate incluse! Réjean n'entre plus dedans dirait-on depuis peut-être belle lurette, moi si, serré, mais j'avions l'air d'un jeune coq alors que le personnage et sa vieille sont centenaires, pis y viennent de passer au feu, se font exploiter à l'os... Non, non, ce que je veux dire, c'est que ç’a n’a pas de maudit bon sens que le temps si délicieux nous sacre là tout d'un coup pour la simple et unique raison que mes chemises ordinaires à manches courtes ainsi que mon tiroir de gigotant t-shirts pas trop pires n'ont pas tous eu la chance à ce jour d'aller prendre l'air, d'être portés au-devant du coeur de la vie qui bat, comme dirait Provost, saisi de nature, accroupi à la source... Memory. C'est mon gros défi! L’usure égale pour toutes et tous. Vu que Madame X n'existe plus, je vais m'en ouvrir au courrier du coeur de Coeur de Pirate à la radio du Canada. Je suis pas mal sûr qu'elle va gentiment m'envoyer paître et c'est bête, mais c'est précisément ce que je souhaite le plus au monde! Faut bien sûr se dépêcher! Je ne quitterai toutefois pas le pacage en ces temps de récoltes et de coccinelles asiatiques sans vous dire que l’article de Wikipédia intitulé Révolution iranienne qui couvre le Shah d’Iran jusqu’au Guide Suprême est hallucinant. Ça vous déboule l’histoire comme cordée de bois mort et jette en filigrane un filet de violence inouïe sur l’infernal Homeland que vient de subir la professeure et auteure Homa Hoodfar. Geôliers, geôlières jusqu’à la teinture... Qu'elle est loin la belle avoine de Foucault décrivant dès 1978 l'ivresse de la révolte la plus folle, « l'insurrection d'hommes aux mains nues ». En sorte, que, au final, peu importe ma dernière chemise et farce vraiment à part, je souhaite que l'or d'octobre s’étire au soleil longuement encore pour faire une fleur à Madame Hoodfar.


***

Marie-Michèle Sioui, Homa Hoodfar, le pion, la prisonnière et l'affranchie, Le Devoir, 7 octobre 2016.

04 octobre 2016

La bataille contre le projet Énergie-Est

Je suis en rattrapage de la montagne de courriels accumulés au cours de l'été... Je trouve parmi eux ce tour d'horizon très bien fait de groupe Équiterre sur le projet de pipeline que souhaiterait tant nous faire avaler Énergie-Est.

Quelques jours après la publication d'Équiterre, il y a eu en septembre la signature d'un traité symbolique, néanmoins très dérangeant pour l'industrie, de 50 Premières Nations du Canada et des États-Unis qui s'opposent avec virulence à l'exploitation du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta.

Je copie-colle.


OÙ EN SOMMES-NOUS AVEC ÉNERGIE EST?



Le projet de pipeline Énergie Est de la compagnie TransCanada a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Pour vous aider à mieux comprendre ce dossier complexe, nous vous proposons un petit tour d’horizon des principales actions d’Équiterre pour freiner ce projet controversé.

QU’EST-CE QUE LE PROJET ÉNERGIE EST?

Le projet de pipeline Énergie Est vise à désenclaver le pétrole sale issu des sables bitumineux afin de l’exporter vers d’autres pays. Il s’agirait du plus gros pipeline de l’Amérique du Nord : plus gros même que le fameux projet de Keystone XL bloqué par l’administration d’Obama. La vidéo d’animation conçue par Équiterre et le Conseil des Canadiens fait un excellent topo de ce qu’implique Énergie Est.
Depuis sa création il y a bientôt 25 ans, Équiterre travaille d’arrache-pied dans la lutte aux changements climatiques en proposant d'éliminer progressivement l'utilisation des combustibles fossiles et en s’opposant aux nouveaux projets d’exploitation et de transport des hydrocarbures. Nous avons, entre autres, empêché la réalisation du projet de pipeline « Trailbreaker » de la compagnie Enbridge de concert avec des citoyens de Dunham et, depuis le début du projet, nous luttons farouchement contre le pipeline Énergie Est. Nous avons mené des dizaines de rencontres citoyennes contre Énergie Est, particulièrement au Québec, mais aussi au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Certaines de ces rencontres ont permis l’émergence de groupes locaux s’opposant à Énergie Est, dont plusieurs aujourd’hui regroupés sous le Mouvement Stop Oléoduc.

UNE OPPOSITION GRANDISSANTE

L’immense vague d’opposition au projet risque de nuire aux plans de TransCanada. Depuis déjà trois ans, des groupes citoyens se mobilisent partout au Québec et dans d’autres provinces. De nombreuses municipalités et des groupes autochtones se sont aussi positionnés contre le projet en raison des risques majeurs de déversements qui mettent en péril l’eau potable. La Communauté métropolitaine de Montréal, qui représente plus de 3 millions de citoyens s’y est d’ailleurs opposée à l’automne 2015. Même l’armée s’inquiète de ce projet. La Fédération des travailleurs-euses du Québec (FTQ), qui représente 600 000 travailleurs, a aussi exprimé son opposition au projet tout en souhaitant le développement d’emplois qui s’inscrivent dans une logique de développement durable.
En 2014-2015, Équiterre a piloté la plus importante pétition contre Énergie Est au Canada où plus de 90 000 citoyens ont démontré leur opposition. Équiterre a aussi apporté une énorme contribution au succès d’importantes marches citoyennes d’opposition au projet Énergie Est dont celles de Québec et d’Ottawa en 2015 et même celle de New York en 2014. De nombreux outils et une section spéciale consacrés à ce dossier sont disponibles sur notre site internet. Consultez-les!

QUI PEUT AUTORISER SA CONSTRUCTION?

En théorie, c’est au gouvernement fédéral que revient le dernier mot. Toutefois, et pour paraphraser Justin Trudeau : « c’est le gouvernement qui donne les permis, mais c’est la population qui donne les permissions ».
Mais que font le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et l’Office national de l’énergie (ONÉ) dans tout cela?
En avril dernier, des consultations du BAPE ont débuté. Plusieurs, dont Équiterre, ont alors qualifié ce BAPE de tronqué puisque la compagnie TransCanada ne se soumettait pas à la Loi sur la qualité de l’environnement. Un recours en jugement déclaratoire a alors été déposé contre TransCanada par Équiterre et ses partenaires. TransCanada a ensuite fait volteface alors que le processus du BAPE avait cours. Ainsi, le ministre de l’Environnement a décidé de suspendre les consultations afin de procéder à des consultations complètes. Les présentations de plus de 300 participants, dont celle d’Équiterre, ont donc été suspendues. Nous sommes toujours dans l’attente que ces consultations recommencent.
L’ONÉ, quant à lui, est un organisme de règlementation dont le mandat a été modifié sous le gouvernement Harper. En plus de détenir des pouvoirs quasi judiciaires (ses décisions peuvent influencer sur des droits), il mène depuis 2012 des consultations environnementales sur les oléoducs (ce mandat était autrefois attribué à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale). Le gouvernement Trudeau a promis de réformer le mandat de l’ONÉ, mais le projet Énergie Est ne sera pas soumis à ces prochaines règles. L’évaluation environnementale de l’ONÉ a donc débuté en juin dernier, malgré d’importantes informations manquantes au dossier de TransCanada, dont la façon dont le pipeline traversera la rivière des Outaouais et le fleuve St-Laurent. Équiterre fait partie des intervenants à ces consultations, tout comme l’organisme l’avait été pour les projets de pipeline Ligne 9a et 9b de la compagnie Enbridge.

UN PROCESSUS BIAISÉ

Alors que les audiences de l’ONÉ étaient entamées, les médias ont dévoilé qu'une rencontre secrète a eu lieu par le président de l’ONÉ et deux des trois commissaires chargés du projet Énergie Est avant le début des consultations. La problématique? Cette rencontre fut avec Jean Charest, ex-premier ministre du Québec, alors qu’il était lobbyiste pour le projet Énergie Est et que les discussions ont porté spécifiquement sur ce dossier. Plusieurs autres organisations, dont Équiterre, des groupes des Premières Nations ou des représentants municipaux ont aussi rencontré l’ONÉ dans le but de discuter de la sécurité des pipelines et de la protection de l’environnement. Ces rencontres n’ont pas été tenues secrètement et ont même fait l'objet d'unrapport mis en ligne par l'ONÉ en janvier 2016.
Des groupes ont donc demandé la récusation (la démission sur le dossier en cours) des deux commissaires impliqués. Équiterre a appuyé ces requêtes. En raison de ces demandes sérieuses et fondées, l’ONÉ a suspendu ses consultations afin d’évaluer la situation et les commissaires se sont finalement récusés. Le processus de l’ONÉ est donc complètement suspendu jusqu’à ce que de nouveaux commissaires soient nommés. Plus de 50 organisations, dont Équiterre, réclament une réforme en profondeur de l’ONÉ.
L’histoire reste à suivre puisque la lutte est loin d’être terminée!

03 octobre 2016

Un bon vent métissé de l'Ontario

J'adore!




La libération de Homa Hoodfar


On ne peut pas savoir tout ce qui s'échange, se trame, grouille et grenouille entre les pays, surtout lorsque les relations diplomatiques sont rompues comme c'est le cas entre l'Iran et le Canada. Il est néanmoins instructif de constater à la lecture de ce texte paru dans La Presse + que la pression du public et des médias sur le gouvernement canadien a joué un rôle de premier plan dans la campagne victorieuse en faveur de la libération de Homa Hoodfar.  


LA CAMPAGNE POUR LA LIBÉRATION DE HOMA HOODFAR
Caroline Rodgers, La Presse+

Le 6 juin 2016, l’anthropologue canado-iranienne Homa Hoodfar, professeure émérite à l’Université Concordia, était injustement emprisonnée par les autorités iraniennes. Grâce à un mouvement de solidarité internationale lancé par son entourage, elle était libérée le 26 septembre, près de quatre mois plus tard. Nous soulignons la victoire de ceux qui ont participé à cette campagne pour libérer Mme Hoodfar en les nommant personnalités de la semaine.

Comme anthropologue sociale, Homa Hoodfar s’est notamment intéressée, dans ses recherches, au rôle
des femmes dans la vie publique des pays musulmans, ainsi qu’au port du voile. Elle séjour-
nait en Iran pour visiter sa famille et effectuer des recherches lorsqu’elle a été arrêtée. L’intérêt 
qu’elle porte aux conditions de vie des femmes musulmanes semble avoir contrarié le gouver-
nement iranien, qui l’a arrêtée, incarcérée et mise en isolement à la prison d’Evin, à Téhéran. 
Ses proches craignaient de plus en plus pour sa santé, puisqu’elle souffre d’une maladie 
neurologique, la myasthénie grave, et a subi un AVC l’an dernier.
Des centaines de personnes ont contribué à la faire libérer en multipliant les initiatives afin 
que son histoire demeure présente dans les médias et que le public soit alerté, en particulier 
dans le cadre de la campagne #freehoma. Elles ont ainsi maintenu la pression sur le gouver-
nement canadien pour que des efforts diplomatiques soient entrepris en vue de sa libération.
Parmi cette coalition ad hoc, on pouvait compter l’avocate Amanda Ghahremani, nièce de
Homa Hoodfar, sa famille, ses collègues de l’Association des professeurs de l’Université
Concordia, ses amis, ses anciens étudiants, mais aussi de parfaits inconnus de partout
dans le monde ainsi que des organismes comme Amnistie internationale Canada.
Au départ, le noyau montréalais de la campagne, formé des proches de Homa Hoodfar, a
notamment mis sur pied le site et la page Facebook #freehoma, écrit des lettres aux
 journaux, organisé des manifestations et sollicité le soutien d’autres organisations. Une
pétition pour réclamer sa libération a récolté 50 000 signatures. Ces efforts ont été multipliés
 et portés par tous ceux qui se sentaient touchés par son histoire jusque sur la scène interna-
tionale. La Presse a rencontré Amanda Ghahremani ainsi que quatre collègues et amis
de Homa Hoodfar (notre photo), et contacté par téléphone une de ses anciennes étudiantes.
« Même s’ils ne la connaissaient pas personnellement, beaucoup ont relevé le défi de se
battre pour sa liberté et contre cette injustice. »
— Kimberley Manning, directrice de l’Institut Simone de Beauvoir et collègue de Homa
Hoodfar
« Il est très important de reconnaître que les efforts diplomatiques du gouvernement
canadien ont porté leurs fruits, dit Amanda Ghahremani, nièce de Homa Hoodfar et
directrice de l’Institut Philippe Kirsch. C’était un bon exemple du fait que le dialogue entre
pays est important et ne devrait jamais être tenu pour acquis. En même temps, il faut
réaliser qu’énormément de gens, à différents niveaux, ont contribué à sa libération. »
UN GRAND RAYONNEMENT INTELLECTUEL
Un point fait l’unanimité au sein du petit groupe de personnes rencontrées par La Presse:
le rayonnement intellectuel du travail de Homa Hoodfar, le respect qui lui est voué dans le
monde universitaire et sa personnalité généreuse ont joué un rôle important dans la vaste
mobilisation mise en branle pour la libérer.
« Ses travaux comme anthropologue sont pertinents et importants, dit Amanda Ghahremani.
Elle est connue dans le monde. Parmi les gens qui ont participé à la campagne, plusieurs ne
la connaissaient pas, mais connaissaient son travail, ses écrits. »
« Je n’ai rencontré Homa qu’à quelques reprises – c’est elle qui m’a accueillie à Concordia –,
mais en tant que féministe qui s’intéresse, comme elle, à la question du voile, j’utilise certains
de ses écrits dans mes cours, ajoute Geneviève Rail, professeure à l’Institut Simone de
Beauvoir. À cause de cela, je me suis sentie très interpellée par ce qui lui est arrivé. Quand j’ai
appris qu’elle était en prison, je me suis dit : non, pas elle ! Elle est trop gentille pour qu’une
chose pareille lui arrive. » 
« Le type de personne qu’elle est, sa bonté, sa générosité ont fait en sorte qu’on avait envie
de l’aider. Elle a touché des milliers d’étudiants et des dizaines aux cycles supérieurs,
qui enseignent, aujourd’hui, partout dans le monde. »
— Geneviève Rail, professeure à l'Institut Simone de Beauvoir
L’une de ses anciennes étudiantes, l’Américaine Mona Tajali, s’est exilée à Montréal pen-
dant sept ans pour pouvoir faire son doctorat sous la supervision de Homa Hoodfar.
Elle est aujourd’hui professeure à l’Agnes Scott College, à Atlanta, et elle a participé
activement à la campagne.
« Je peux dire que je dois tout ce que j’ai à Homa, dit-elle. Elle a joué un rôle-clé dans ma
vie. Elle a fait plus que superviser mon doctorat. Elle est devenue mon mentor, ma sour-
ce d’inspiration et presque ma deuxième mère. Quand j’ai appris ce qui lui était arrivé, j’é-
tais atterrée. Avec plusieurs de ses anciens étudiants, nous avons fait tout ce que nous pou-
vions pour qu’elle ne soit pas oubliée par les médias. Cela démontre à quel point, pour
nous, elle a été une professeure importante et inspirante. »

02 octobre 2016

Homa Hoodfar enfin libre!

En ma cambrousse, je n'ai ni télé, ni lien internet, ni journaux... J'y reviens et la nouvelle la plus réjouissante est sans conteste le retour chez elle à Montréal de madame Hoodfar le 29 septembre dernier! La professeure de l'université Concordia est enfin libérée après plusieurs mois de détention dans une des pires geôles d'Iran. Misère!


Hoodfar a été interrogée sur ses écrits féministes
La professeure est libérée par le régime iranien après plusieurs mois de captivité

Le Devoir, 27 septembre 2016 |Marco Fortier | 
La professeure Homa Hoodfar, libérée lundi après trois mois de détention en Iran, a été interrogée jusqu’à neuf heures par jour par les autorités iraniennes à cause de ses écrits sur la diversité sexuelle et le féminisme dans les pays musulmans. [...]

La suite ici.
***
Et comme le suggère sur sa page FB Béatrice Vaugrante, Directrice générale d'Amnistie internationale, Canada francophone, et si on l'a lisait maintenant :
Homa Hoodfar, Shadi Sard, tr. de Jacqueline Heinen , Iran : politiques islamiques et femmes en quête d'égalitéReligion et politique : les femmes prises au piège, L'Harmattan, 2012.