10 mars 2015

« ma pauure maiſon »

Dans la cave des vieilles bouteilles françaises, poème en réverve pour un grand jour : 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.


- Regrets, Joachin du Bellay (1522-1560)

09 mars 2015

Louis-Pierre Bougie, peintre, graveur dans la morsure des mots

Le poète et philosophe Michaël La Chance signalait récemment sur sa page FB une entrée sur Wikipédia autour de Louis-Pierre Bougie, graveur, peintre.... Une vidéo de La Fabrique culturelle (Télé-Québec, mars 2014) est une brève, mais saprée belle rencontre lors d'une exposition rassemblant les livres d'artiste, des poètes essentiellement, créés à ce jour par Bougie. Chemins croisés pas si fréquentés de la poésie et des arts visuels : « [...] moi quand j'aime la poésie, c'est parce qu'à crie [...] », dit l’artiste originaire des Trois-Rivières.

Bon! On n'est pas sortis du bois!

Richard Desjardins, La faute à Napoléon, Le rapport Coulombe 10 ans plus tard, Journal de Montréal, 8 mars 2015

Espions Fontaine

Espions Fontaine
Calvaire de houle de fond de cale
sur un bateau drambuie à Sept-Îles,
vire et lente et ciboire de brosse
à lancer par-dessus bord
tous nos signes vitaux
et le vitrail de nos secrets
tournaillés en coups d’épée
tant et tant de prénoms
lichés par les chiens!
Camarade sans gouvernail,
il aurait fallu fendre
leur crousse de bagne
pendant que nous étions encore chauds,
baveux, écervelés, tout croches,
saouls morts sans orgueil!
pendant que nos mères insomniaques,
buveuses anonymes de thé,
traversèrent les nuits généalogiques de la frousse
sans jamais jamais jamais
rincer leur tasse d'exacte solitude.

C'est pas les gros chars ici dedans!


Jean-François Nadeau, toujours alerte et bien capable d'entendre siffler, relève ce matin dans son billet du lundi au Devoir une belle contradiction : les Québécois via leur bas de laine collectif viennent de se payer 40 % de la propriété de l'Eurostar, mais le transport par train dans notre beau patelin, c'est une autre paire de manches!  Ne restera-t-il donc que le Train de nuit imaginaire en ce pays qui n'est pas un pays?

02 mars 2015

Chroniques costaricaines 1 — Coup d'oeil, coup de foudre


Je le confesse, mis à part quelques noms de joueurs de baseball ou de soccer, je ne connaissais pas grand-chose de la « Côte riche » et je confondais plus ou moins « Costa Rica » avec « Porto Rico », assimilé sans nuances aux puissants intérêts économiques et militaires (entre autres d'United Fruit à Chiquita Brands)

Photo JD.  Le drapeau du Costa Rica dans le jardin du Bleu Azul.
 Tout comme c'est le cas pour le Canada, les É.-U. sont le principal partenaire économique du Costa Rica). Le « pied-à-terre » stratégique de l'Empire voisin a fait l'objet de remises en question politiques en 2010 dans le petit pays de près de 5 millions d'habitants.

Les présentes chroniques n'ont pas d'autres prétentions que de partager quelques impressions à la suite d'un récent séjour. Aussi, c'est ce que je souhaite, au-delà des informations de base et atomisées d'un Lonely Planet qu'on place dans son sac à dos du touriste, ce sera l'occasion pour moi d'approfondir et de cerner d'un peu plus près la réalité de ce luxuriant petit pays que j'aime maintenant d'amour.

***

Photo JD. Le Bleu Azul vu de la plage.
De fil en aiguille pour ne pas dire de bouche à oreille, c'est par l'entremise de connaissances croisées de ma compagne, dont le garagiste de son village, que nous avons choisi la destination du Bleu Azul chez Christine Michelin à Esterillos Este, au sud du pays dans la province de Puntenaras. Cette Québécoise établie au pays depuis six ans partage avec affection une grande casa au bord de la plage qui offre en location quatre studios à l'étage. La plupart des voyageurs qui y séjournent sont aussi des Québécois. 

Ce n'est pas un superlatif aguicheur d'affirmer que nous avons été enchantés d'atterrir dans ce coin de paradis, bercés jour et nuit par la patiente musique des vagues chaudes du Pacifique. Repos et décrochage!

Photo JD.  Playa Esterillos Este.

Mais nous avons bougé aussi! Nous avons essaimé la côte en autobus (efficace et peu coûteux) jusqu'à Porto Quepos, visité le parc national Manuel-Antonio, pris le traversier de Puntarenas à Paquera avec Jocelyn Villeneuve et Caro — des voisins de studio vraiment aimables avec qui nous nous sommes liés d'amitié et partagé les frais de location (astronomiques ici à cause des assurances!) d'un véhicule utilitaire —. C'est en leur compagnie que nous avons été littéralement barouettés sur les routes défoncées de la péninsule de Nicoya, de Montezuma jusqu'à Mal Païs. Nous avons notamment été émerveillés par la beauté de Playa Carmen et Santa Teresa, haut lieu des jeunes surfeurs.  J'y reviendrai.

Pour s'approvisionner en fruits et légumes frais (succulents!), nous avons fréquenté avec joie le petit

marché public de Jaco très tôt les vendredis matin, car plus la matinée avance, plus la chaleur devient trop accablante loin de la fraîcheur de la plage. De toute façon, dépassé midi, les étals se fanent et se vident faute de clients. Nous avons également fréquenté les épiceries de Parrita, une belle petite ville située à 20 kilomètres de chez Christine.

Photo Jd. Marché public de Jaco avec M. Ara Macao rouge.

Le visage le plus quotidien du Costa Rica rural et touristique qui défile sous nos yeux avec ses petites maisons aux toits de taule, les chevaux d'équitation dans des pacages à n'en plus finir, les troupeaux de vaches blanches aux oreilles pendantes qui paissent en solitaire sur le bord des clôtures ou bien s'agglutinent à l'ombre avec parfois parmi elles des aigrettes statufiées à l'affût du grain perdu (ou composté dans le fumier!), parfois un âne, puis, çà et là, poules et coqs bindy en liberté, les chiens placides qui rôdent sur les chemins, ce paysage selon Jocelyn, un familier du Mexique, fait beaucoup penser au grand frère mexicain qui a lui un pied bizarre en Amérique du Nord.

Alors que le mercure creusait des vaques de froid tenace de -30, voire de -40 au Québec fin janvier et tout février, il faisait 30 vendredi matin le 20 février, jour de notre départ. Chaleur de punaises frites pour dire adieu à Christine et à nos amis de la casa, à la mer veilleuse, aux papillons jaunes... 

Photo JD. En taxi, mais lors de notre arrivée le 16 janvier 2015. 
Nous avions demandé au chauffeur de taxi qui nous ramenait d'Esterillos Este à l'aéroport de San José (situé en fait à Alajuela) de faire un bref arrêt sur la route bordant Jaco dans un magasin d'artisanat local que nous avions visité précédemment. Ma compagne regrettait de ne pas y avoir acheté quelques artefacts qui lui tenaient à coeur, notamment un masque sculpté sur bois. Le repérage de l'endroit s'est toutefois avéré un peu compliqué, notre chauffeur ayant mal saisit nos informations télégraphiées en espagnol-français-anglais... Il s'est obstiné à entrer au centre-ville alors qu'il ne fallait pas... Pour se dépatouiller, nous l'avons vu s'adresser à trois ou quatre personnes, un policier sur la rue, un collègue chauffeur de taxi, une vendeuse dans un autre comptoir de souvenirs « typiques » comme il en pleut ici, mais personne ne connaissait l'endroit. Avant de décliner le nom du magasin, le chauffeur disait immanquablement en guise de bonjour : « Pura vida! »  Preuve supplémentaire qui nous fait dire que tout un chacun ici est animé d'une familiarité amicale, bon-enfant, spontanément fraternelle. Là-dessus, je retiens ce mot de Christine au sujet des Ticos : c’est un peuple humble et fier qui ressemble par bien des aspects aux Québécois. L’hiver en moins! 

À suivre. Et moult photos en prime.

***



Revue Europe mars 2015 : Miron


Noticias

Europe
 n° 1031, mars 2015

"Antoine Emaz, Gaston Miron"
 




Extraits du sommmaire : 
Gaston Miron (1928-1996) est à la fois l'une des voix majeures de la poésie du XXe siècle et une figure centrale de la période de foisonnement littéraire qui accompagna la transformation du Québec pendant la Révolution tranquille. 

Jonathan Livernois et Delphine Rumeau, Miron aujourd'hui
Pierre Nepveu, Désir d'être
Xavier Garnier, Pour une écologie du poète Miron
Dominique Combe, Gaston Miron à Paris, la question coloniale
Yvan Lamonde, Une poétique de la décolonisation
Martin Jalbert, La passion politique de L'Homme rapaillé
Delphine Rumeau, Tombeaux de Gaston Miron
Jonathan Livernois, Retour à ce qui commence
Serge Pey, Lettre à Gaston Miron.

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Europe sur Wikipédia

Autour de Livernois

En rappel :
- mon article Gaston Miron, le grand carillonneur in Esprits nomades (2007)
- Le Miron de Pierre Nepveu..., Train de nuit, 7/09/2011