25 septembre 2016

Xavier Dolan : l'eau chaude, l'eau frette

Le plus récent film de Dolan, Juste la Fin du Monde, gagne les écrans québécois en même temps que ceux de la France.  Je ne l'ai pas encore vu. C'est certain que j'irai.

Libération persiste et signe : le film est descendu au coton. À Cannes au printemps dernier, les critiques des É.-U. (The Wrap, The Holllywood Reporter...) l'avaient aussi sifflé avec moult crachats, si bien que son inscription aux Oscars (il va représenter le Canada sous la rubrique « Film étranger ») ne passera sans doute comme lettre à la poste. 

Ici, Le Devoir sous la plume de François Lévesque, parle d'un « triomphe d'audace et de rigueur ».

Bref, j'ai hâte de le voir. 

21 septembre 2016

Snowden et les dommages collatéraux du Washington Post


La belle cochonnerie! Le coq vient de chanter trois fois. L'éditorial du Washington Post qui a largué Edward Snowden dans la poche des traîtres à la nation provoque chez ses lecteurs un fort courant de désapprobation.  Tel est du moins ce qui se dégage lorsqu'on lit en filigrane les 484 commentaires publiés à ce jour dans le journal à la suite du titre No pardon for Edward Snowden.

La caricature dans Le Devoir de ce jour est des plus croustillante : le « Watergate était légitime [...] », et alors, le siffleux de l'époque « était un traître ». De plus, en éditorial Brian Myles fait sienne la charge de Gleen Greenwald et renchérit en écrivant que « L'éditorial du Post est une trahison du rôle historique joué par les médias privilégiant le journalisme de qualité. Ils ont toujours protégé leurs sources et leur matériel contre les intrusions de l'État, même lorsque la sécurité nationale était en cause. » 
Alors qu'une campagne populaire sans précédent réclame un pardon du Président Obama et que le film d'Oliver Stone sur la vie de Snowden circule largement, le point de vue du Washington Post réclame pour sa part des poursuites judiciaires faisant sienne la posture du gouvernement américain. Reniement des plus dommageables, le Post ayant lui-même publié une série d'articles d'enquête sur l'espionnage massif de la NSA, ce qui lui a valu un prix Pulitzer. Il se place ainsi, conclut Myles, « [...] en rupture marquée avec les idéaux de défense des libertés civiles dont les médias traditionnels sont habituellement les gardiens. »

Caricature de Pascal, Le Devoir, 21 septembre 2016.








19 septembre 2016

Fin de noce! Vive la maurelle!

Tiens, au sens de quin toé, l'été aux mâts qui raccourcissent! Nos oreilles, nos antennes ne sont pas encore coupées! Mes grands Rois mages de fleurs soleil aux chants mellifères tiennent le fort, la face fixée à l'est avec des frappes de lumière et des akènes indéhiscents à tout venant pour étals d'abeilles sucrées un peu chaudasses, elles ont tellement essaimé toutes voiles dehors! Merci pareil! Passager!

Photos Jacques Desmarais, Béthanie, 17 septembre 2016.




13 septembre 2016

Gaston Miron dans la talle des poètes français


Miron sur le plateau de l'émission Apostrophes, le premier mai 1981. Il a notamment lu un extrait de sa « phrase innombrable » où il clame : « Je demande pardon aux poètes que j'ai pillés ».


Merci à Joanne Lilas Marcotte de m'avoir signalé cette reprise à Canal Savoir. Le Gaston Miron de grand talent, talons ferrés parmi les « laveurs de mots », Sabatier, Cabral, Bancquart, Pleynet, le jeune Alain Breton, Ray... C'était bon en batèche!



09 septembre 2016

En cette étable, le temps...

Lumière du matin qui coule en septembre, l'œuvre du temps malgré tout.


Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 4 septembre 2016, 7 h 16.



08 septembre 2016

Salman Rushdie, la force de l'innocence

J'ai aimé lire ce matin, à la une s'il vous plaît du journal Le Devoir, une entrevue de Salman Rushdie accordée à Christian Desmeules à propos de la parution de son plus récent opus, Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits (trad. Gérard Meudal, Actes Sud, 2016). Le besoin immémorial de raconter des histoires pour comprendre le monde, mais aussi pour le forger est le point d'orgue de tous les écrivains que Paul Auster, l'auteur de Mr Vertigo, a déjà assimilés à des extra-terrestres, peu importe leur âge, leur sexe, leur condition sociale... Ce ne sont toutefois pas tous les écrivains qui osent provoquer la lévitation... En ce sens, j'ai particulièrement apprécié ce passage où Rushdie refuse dans ce métier parmi les plus difficiles de l'écriture le no future ambiant et les farces plates prégnantes du temps présent qui pèsent encore plus, en réalité, sur l'aliénation et les blessures des humains en ces régimes économiques si injustes et désastreux pour la maison commune. Les bonnes histoires ne sont certes pas fleurs bleues, mais les fleurs de par le monde sont si belles!   

« Il me semble à plusieurs égards que nous vivons à une époque très cynique. Une époque dans laquelle nous refusons souvent de croire et de faire confiance à ce qui nous est appris. Or je crois que l’innocence est liée à la beauté. Il y a quelque chose à propos de la beauté, ou de la création de la beauté, qui exige une part d’innocence. J’irais même jusqu’à dire que le cynisme produit de mauvais livres. Or, l’acte d’écrire est lui-même une sorte d’optimisme. Vous créez quelque chose, tranquillement enfermé dans une pièce, en espérant que quelqu’un à l’extérieur s’y intéresse. En ce sens, je dirais qu’écrire requiert une sorte d’optimisme envers le monde dans lequel on vit. »

Des jinns et des hommes

02 septembre 2016

La poésie... de proche en loin


C'est nécessairement hors contexte puisque je glane la citation qui suit d'une correspondance entre André Major et Pierre Vadeboncoeur. Ces deux grands écrivains québécois échangeaient dans le sillage de la parution à venir de Indépendances (L'Hexagone/Parti Pris, 1972) de Vadeboncoeur, un essai que j'avais commandé au libraire à sa parution; j'étais alors étudiant au CEGEP, je ne sais trop quelles antennes brûlantes de mes 19 ans m'avaient attiré chez Vadeboncoeur, mais je me souviens avoir dévoré ce livre en une nuit! C'est un livre traversé par l'inquiétude d'un père à l'égard de ses enfants et de ces milliers de jeunes faisant partie de ma génération, mais je ne voyais rien de cela à l'époque. Je ressentais seulement une parole profonde, actuelle, en connivence qui éclairait ma propre contestation, et la soif virulente de s'exprimer par la poésie.  

J'aime en elle-même pour retrouver l'ambiance de ces années 1970 la perception entre les lignes de Major à propos justement du jeu de la poésie qu'il voit à l'oeuvre, pour sa part, dans les réserves argumentatives de Vadeboncoeur. Ayant sans doute eu accès au manuscrit, en décembre 1972, il écrit ceci à son ami : « J'ai hâte de voir Indépendances dans son habit de soirée. C'est, je le répète, une façon très neuve de faire éclater la pensée classique, logique et par conséquent étroite. Et seule la poésie détruit le cercle étouffant de tout systématisme, peut-être parce qu'elle est, en soi, une vision intégrale et inassimilable. »
— André Major, Pierre Vadeboncoeur, Nous retrouver à mi-chemin, correspondance (1972-2005) et autres textes, coll. Papiers collés, Boréal, 2016, p. 39.

Une analyse des essais de Vadeboncoeur par Daniel Tanguay en 2003 signale le trop-plein d'idéalisme à l'égard de la folle jeunesse d'hier. Peu importe, il n'y a pas seulement eu tapage et dérives — je pense entre mille exemples aux extraits documentés des interventions diverses de la « contre-culture » au Québec par les frères Jean et Serge Gagné, Une semaine dans la vie de camarades, production Cocagne (Les Productions 89), 2016.


Photo Jacques Desmarais


Et la satanée question ici, la vieille question de Platon demeure (posons comme a priori avec Normand Baillargeon comme il le disait à La Grande Nuit de la Poésie de Saint-Venant le 13 juillet dernier que Platon est plus intelligent que moi) : faut-il bannir de la République les poètes, car ils nous induisent comme les augures?

Photo Jacques Desmarais. Avec le recul du temps on mesure autrement 
le goût profond des déserteurs de mon époque. Reste le bouleversement.