10 septembre 2018

Joséphine Bacon, poète innue, lance Uiesh

Le Devoir, mais pour mieux dire, par les bons soins sensibles de Dominic Tardif, a rencontré Joséphine Bacon, frôlant lumières nomades en narquoisie d'oiseaux et de bêtes lointaines de la toundra, " poésie partout " faisant aussi son nid aller-retour et autour des bancs publics de la belle Montréal avec des mots qui n'existent pas encore... J'aime particulièrement cette évocation du temps présent où mon propre regard en étoile n'est rien à la pensée de tous les départs : "Juste avant la brunante, en novembre, c'est comme si la lumière t'offrait le souvenir de sa luminosité."
- Le D Magazine, 8-9 septembre 2018, p. 29.
La lumière de Joséphine Bacon

18 août 2018

Garland, pêcheur de la Basse Côte-Nord

Garland, pêcheur de la BasseCôte-Nord vu par Monique Durand

"La continuité différenciée" : l'humaine compagne de l'humain

La continuité différenciée est un sous-titre de chapitre utilisé par Jean-François Malherbe (1950-2015) dans un essai; en fait il s'agit d'un concept souventes fois utilisé par l'auteur qui confie d'emblée s'être inspiré par la version yahvviste de la création du monde. Le philosophe et théologien belge qui a beaucoup donné lors de son passage de quelques années à l'Université de Sherbrooke au Québec, poursuit :
" Selon les perspectives dégagées de ce récit, tous les vivants sont issus du sol : les végétaux, les animaux et l'humain lui-même. Il n'y aurait que l' "humaine" (Isha) qui aurait reçu une extraction plus noble puisqu'elle est issue de l'humain (Ish) et non directement du sol. Cette continuité est toutefois marquée, précise l'auteur, de quelques différences : le sol n'est pas autrement nommé que par sa composition (poussière) et son orientation par rapport au fleuve primordial; il n'est pas nommé par lui-même. Les végétaux donnent des fruits qui sont nommés par genres : les graines, les fruits à pépins, les fruits à noyaux, mais ne reçoivent pas de nom précis. Par contre, Dieu invite l'humain à nommer les animaux et reste curieux des noms qui leur seront attribués. Enfin, [...] la femme est nommée "compagne de l'homme", mais il serait plus juste de traduire que "l'humaine est la compagne de l'humain", son "alter ego", sa partenaire. "
- Jean-François Malherbe, Déjouer l'interdit de penser, Liber, 2001, p. 106-107.

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28 juillet 2018

De Fermont à Kawawachikamach

Calvaire de Christ, c'est compliqué! Figure au répertoire de Wajdi Mouawad la pièce intitulée Temps présentée à Montréal au Théâtre d'Aujourd'hui en 2011. Les actes enclos se déroulent à Fermont, ville minière du Nord. La présence évoquée sur scène du fameux mur de la ville est hurlante; l'érection protectrice criblée de fortes lumières fait retentir contre le métal théâtralisé rafales et vents qui hypnotisent, nous figent d'effroi avec les personnages qui n'ont pas d'affaires là, pris dans le sauvage et le cru, le mur moi du dramaturge qui tourne le fer dans ses plaies. On peut sortir dehors au fret, pure folie, par une nuit définitive, se perdre dans la nature, mourir gelé dur comme une bête, causer pareil un héritage... C'est par mottons que l'ambiance de la pièce désabrillée, inexorablement dramatique, m'est remontée en mémoire en lisant Monique Durand. Son beau texte décreuse mon ignorance de la ville réelle et des âmes qui l'habitent, tout en me faisant apprécier encore davantage le théâtre radical de Mouawad qui transgresse les lieux, extrait l'extractivisme culturel (ben non!), emprunte ici à La Peste, rejoue plutôt l'étrangeté des anges et plante les rôles de la chicane parmi les rats. Pour paraphraser une craque de Desjardins qui s'y connaît en bétail, on pourrait dire que Fermont est situé pas loin de l'ancienne U.R.S.S., sauf que les mille Naskapis, bénéficiaires du traité de la Baie-James nettement moins avantagés que les autres conventionnés, y vivent aux alentours à Kawawachikamach.
https://www.ledevoir.com/societe/533361/fermont-et-son-mythique-mur