07 décembre 2016

Le goût du pays de Francis Legault


C'est pas mêlant, c'est un chef-d'œuvre, un chef-lieu, un moi tout craché, un sirop de calmant de bon film politique. Il est vrai que je suis vendu depuis toujours aux boquettes, chalumeaux, transsubstantiation... 

Jamais printemps québécois ne fut aussi magnifiquement mis en images et avec autant de résonances. Ça fait pleurer Madeleine et le Coco de sucre surtout a coulé abondamment. Excusez-là. 

Merci Francis Legault! C'est ce qui s'appelle avoir fait une grande tournée. Magnifique!

Legault : « J'ai voulu faire un portrait de société à travers un rituel. J'espère pouvoir le présenter à l'étranger, car c'est un beau portrait de nous. »


Un portrait au sirop d'érable

05 décembre 2016

La roze en l'air

(Photo JD., Béthanie, 4 décembre 2016).


point de fuite qui dodeline
en cerf-volant
oiseau bleu et blanc
sur la tête fine
des cèdres
des baumiers
et penche un peu en rêve
se pique le rétif

rase quasiment
vers les grands pins

la roze en l'air
des chevreuils peureux
bardés de secrets
telluriques





Contre les mauvais dire

Voici mon premier mausolée pour le fond de la nuit, disait l'auditeur satrape à son maître. 
— C'est un peu charivari tout autour! 
Non, maître, c'est la vieille sucrerie un peu en démanche, certes, c'est le chagrin, c'est comme ça, ce sont les valses, puis la solitude, les saisons manquées, les mauvais dire, les vents, la grêle, les bêtes, l'oubli. Pourquoi s'en faire s'il s'agit ici de gésir sans plus jamais révérence? Mon maître, ne voyez-vous pas le lutin au sapin de lumière?


03 décembre 2016

Tu mimes-tu?


Photo Pascale Coupal.

Lignes cruelles

lignes 
de coeur 
de vie 
qui se jettent 
tête première
dans le grand M
« il y a beau temps
il y a bel âge »
les étoiles de neige
les étoiles de mer
de grâce de ma main

les étoiles inaccessibles ℑ
dans les cheveux des filles
que l'on a aimées



Jacques Desmarais, Gaspésie, septembre 2015.

La watchlist des éléphants américains


"Je suis un professeur dangereux ", aurait-on pu suggérer à Platon pour qu'il le fasse dire à Socrate. C'est un professeur de philosophie bien vivant qui a titré ainsi son texte d'opinion paru dans le NYTIMES.COM du 30 novembre, George Yancy, un professeur des États-Unis; son nom s'est retrouvé sur une watchlist gérée par des jeunes gardiens de la droite républicaine! 

On ne veut pas s'adapter, on ne veut pas ajuster la pratique de la philosophie au chaos des brutes.
Merci à Catherine Mavrikakis d'avoir signalé ce témoignage troublant.

Crédit Leigh Wells

I Am a Dangerous Professor

02 décembre 2016

Fable de la convergence


Petite fable bête et très méchante. Il était une fois à travers branches un pays de loups aux prises avec un temps réfractaire qui perdurait à cause de la séparation. C'était une prétention. Falaises, collines, oiseaux, les sexes étaient cois. Dans les chaumières, on broyait du noir, on désespérait de ne plus croire ni au Soleil, ni au jus d'orange. Terrible terrible. C'était écrit dans le Ciel : une grande claque devait venir lever le voile, séparer l'ivraie du bon grain. Et en effet, les Augures eurent la bonne idée d'inviter à la grande Tour le roi de l'Astuce et des pirouettes. L'occasion était belle, il faisait encore doux, il y avait des frôlements dans l'air, c'était à la grande promenade dominicale où les dames font comme ceci, et les messieurs font ce qu'ils peuvent comme Roger Bontrain. Mais ce n'est pas tout : comme chacune et chacun le sait, la flèche du temps crève parfois l'écran, traversent les coeurs et vient y défossiliser les vieilles rancoeurs dans la saumure, l'orgueil irrité, l'ingratitude, l'angry des trolls en chipote. Or, sachez bonnes gens qu'on jumela le roi avec une Manon des sources d'Hochelaga plus vraie que bitume, bonne comme du bon pain, une pauvresse qui jamais auparavant n'eut le privilège d'être portée aux nues à la grande messe. Fin comme un limier, le coeur sur la main, compatissant, le roi brillant, gentil, le combattant des tricheurs, le gant doré contre la droite se fit chevalier, enleva humblement ses souliers de Verdun, mouchoir à la main au cas où. Trois fois! Trois fois, comme un paon décoloré il frappa à la porte de la loge de l'orpheline. « N'aie crainte, amie. Nous marcherons ensemble sur les épines. C'est la première fois, n'est-ce pas? Moi, on m'invite régulièrement. Hum. J'ai l'habitude. Hum hum. Tu verras. C'est la première fois, n'est-ce pas? Je me ferai si petit à tes côtés, à peine, si tu me le concèdes, un reflet du nous nous enrobé dans mes chapeaux de feutre. C'est vraiment la première fois pour toi? On ne verra que toi [...] ».

Retourner à Uzeste en 2016

Je n'ai pas encore lu ce texte d'une cinquantaine de pages de Jean Paul Damaggio, Revenir d'Uzeste en 1986, qu'il offre à lire en accès libre sur le blogue des Éditions de la Brochure. Mais je le ferai, c'est garanti, afin de suivre les deux personnages, Testa Cassé et le lecteur que tu es, parce que l'auteur que j'aime depuis plus de quarante ans avec force échos de nos tribulations louisianaises, il dit que c'est par l'écriture de ce récit de 1986 qu'il a trouvé sa voix et celles, prolifiques, qu'il a voulu répercuter depuis et jusqu'à aujourd'hui avec courage et fraternité. Ça résonne du métier d'instituteur, mais avant, l'enfant, tous les enfants « et leurs souffrances », écrit-il, puis l'ordinaire familial, familier, local, l'ordinaire militant, les signaux emblématiques de vie dans les recettes de soupe maison, et ça regarde loin, ça mijote moûts itinéraires avec radar persistant sur au moins trois continents. Sans jamais oublier de retourner parfois en Italie, peut-être plus souvent en Espagne, passant par la Côte Vermeille, Collioure et vive la vie!

Note


Testa Casé. Me fait tout de suite rappeler le nom de Questa dans Le Nez qui vogue, roman de grand air à la Villon de Ducharme. Il faudrait que je vérifie l'orthographe. Et mes intuitions. Peu importe, je vole-colle drette là, ça résume tellement bien l'ambiance du pauvre gars tout seul dans son coin avec son chien qui est mort : Questa Cassé. Ciboire!