01 mai 2018

Leclerc : J'inviterai l'enfance

" J'inviterai l'enfance à s'attarder le temps qu'il faut
Qu'elle empoche des images pour les soirées d'hiver
Pour les longues, longues heures de l'adulte
Qui n'en finit pas de pousser sur l'ennui
Deux clairons dans tes bagages, un air de flûte
Une botte de légumes, du vin, le sourire de quelqu'un mort
Une trace qui mène à l'île perdue
Un anneau d'or
Un masque drôle

Quand absent est l'amour et que t'es frères sont morts
Quand présent est le vide et que la nuit demeure
Les rêves sont bien nécessaires
Et les enfants nouveaux poseront dans la main de l'homme seul
Les leurs ouvertes
Chaudes et nues "
- Félix Leclerc, J'inviterai l'enfance

https://youtu.be/hrxsv4W8q0g

28 avril 2018

Morgan de Frank

Vu entendu
un ange
il y a des lunes
à la Place des Arts
il sortait de prison
il souriait
il m'a convaincu
You must Beleive in Spring !
https://youtu.be/cAf3tzG4_Z4

#NaPoMo

Un appel du Lac

Un appel longue distance
se pose au coeur de la nuit
ce n'est pas dramatique
m'a confié un jour
feu Jean Custeau
à propos de son arc-en-ciel ami
en vol imaginaire
débarquant de l'avion rose
avec l'urgence et l'alambic
les blessures les couvertures
les fleurs sauvages
le vin des anges

" Ma carlingue recèle un trésor
ne suis yogi ni nicaise
ne serai non plus obtus
serviteur

je déteste la normalité
sous toutes ses latitudes

de long en large mes épaules
se kâlissent du karma

la sainteté mercantile
mérite ses pirates "
- Gilbert Langevin, L'avion rose, écrits de zéro legel, Les éditions La Presse, 1976, p. 77.

Photo JD.


#NaPoMo



26 avril 2018

Mot à, de Michel Garneau

Michel,

Je ne suis pas très dégourdi en maths,
nez en moins et cela n'est pas moins que rien
il me plaît à répéter ce matin que le nombre 79
est dans la lignée des nombres premiers heureux
pas juste moi qui le dit
https://oeis.org/A035497

Et comme le dit itou Armand Vaillancourt, any way,
on n'a pas de printemps à perdre!

Ce qui mine de rien nous renvoie au poème
au travail du poème

travaillez travaillez, disait Lulu!

À part ça, l'autre semaine,
j'ai vu avec un immense plaisir
et beaucoup d'émotions
le Bori/Garneau au Théâtre Outremont.
Oui! Il est magnifique Edgar Bori avec les mots amoureux
de Garneau. Drôle. Précis. Agile. Dans son jeu.
Du grand théâtre ciselé poésie.

Jo qui m'accompagnait a dit en revenant à l'appart :
on est encore habité par ce spectacle.

Ce qui minou de tout nous renvoie
au terrain de jeu gravelé de l'enfance

Que cela soit dit en passant par pur orgueil,
celui d'une amitié à laquelle on tient
comme la prunelle... comme un phare
essentiel

Connaissez-vous un seul être humain
qui ne soit pas blessé?

" [...] regardez l'enfance il y a dans la petite enfance
tout ce que l'adulte sera
et il n'y a pas dans la petite enfance
d'enfant qui soit paresseux

l'enfant travaille au jeu de son éveil à son sommeil
et le travail du jeu c'est une métaphore
où l'on apprend le travail de vivre

le travail du jeu de l'enfant est semblable
au travail du poème en fait
il est le même

il ne cesse de l'éveil au sommeil
et encore en rêve nous jouons
encore toujours toute notre vie "

- Michel Garneau, Discrète parade d'éléphants, Lanctôt Éditeur, 2004, p.138-139.

En ce 25 avril, belle et grande journée d'anniversaire à toi, cher Michel!

#NaPoMo

21 avril 2018

Faire vieux os du monde

Je crois bien que je vais forcer
la note celle du jadis de Quignard
pour les traces matinales du chasseur
dans les lignes de la main
et l'icelle de Perrault
pour la vérité du cinéma
qui dégouline de jeunesse
à Venise-en-Québec;
les ambiances de bon pain
à la Randy Weston sur le piano
Self Portraits, the last day
pluie averse, soleil brûlant,
ténacité, très très lentement
comme une rigole qui reste
souveraine joyeuse lumineuse
au creux de la caverne
pour murmurer le monde,
ses bêtes et ses " monstres "
pour dire comme mon petit-fils.

" Depuis toujours, semble-t-il, nous revenons de la forêt avec des récits où nous détaillons les trajets et les bonnes prises, et aussi les difficultés surmontées, puisque nous sommes là pour raconter. Depuis toujours l'ours, le caribou et autres gibiers, ramenés au campement, laissent un sillage de récits qui les rattachent à la contrée sauvage. Dans les premiers temps, nous avons dessiné ces récits sur la surface d'une omoplate à l'aide d'une branche calcinée, mais bientôt nous attendons que les récits jaillissent de la surface. Nous portons l'os plat à la braise du poêle, pour y faire apparaître des traits, avant même de partir en forêt. Pak ! Pak ! l'os craque. Telle est la poésie dans l'aplat du langage, elle s'efforce de faire surgir la carte brûlée de l'événement du monde. "
- Michaël La Chance, Mashteuiatsh, [mytism] Terre ne se meurt pas, Triptyque, 2009, p. 128.
#napomo #monapo

Avril, mois de la poésie

Depuis 1996, initié d'abord, sauf erreur,  par des poètes américains, au mois d'avril on célèbre la poésie un peu partout dans le monde au cours duquel, entre autres activités, tout un chacun est invité à tenter le défi de partager sur le net un poème par jour, d'où les divers renvois (#) au bas des textes à NaPoMo (National Poetry Month), ou à sa variante francophone MoNaPo... Rien de contraignant, mais c'est amusant, stimulant de lire les braves qui s'y frottent et d'y puiser chemin faisant parfois quelques éclats. Perso, j'en profite pour revisiter ma bibliothèque, lire ou relire les recueils qui réchauffent la place, refaire en soi ces battements d'exil pour le dire comme Jacques Brault dans La poussière du chemin (Boréal, 1989) que j'affectionne particulièrement.

https://www.poets.org/national-poetry-month/home
#NaPoMo