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09 octobre 2020

Des excuses systémiques

 



Des excuses systémiques Ha!


J’ai beaucoup de souvenirs de la Crise d’octobre 70 qui fut déterminante pour la génération qui est la mienne, je pense tout au moins à ma tribu de laquelle plusieurs de ses sorciers sont toujours là, amis de feu, chacun un cadeau précieux de la vie, tribu forgée au fil des études secondaires et qui entrera au Cégep de plain-pieds en 1971. Avec les filles!


Le coup, l’effet d’octobre? C’est pour ainsi dire dans l’après-coup que ça se passe, caractérisé par un bouillonnement de tous les diables, aurait pu dire notre professeur José A. Prades, au cœur le plus tendre de notre jeunesse en ma tribu fougueuse. En effet, les jeunots cégépiens verront arriver en classe pour le cours d’introduction à la sociologie M. Prades, docteur en sociologie, spécialiste de Max Weber et d’Émile Durkheim (cf. http://www.religiologiques.uqam.ca/no9/prade.pdf ) avec sous le bras la revue Socialisme québécois, coiffée du titre « Québec 70 la réaction tranquille », nos 21-22, avril 1971.  À propos, avec le recul il est fascinant de lire la reconstruction de ce courant de la gauche québécoise, sévèrement critiquée Ici dans cet article de Globe qu’on trouve via Érudit : Angelot, M. & Gagné Tremblay, T., (2011). De Socialisme 64 à Socialisme québécois ou l’invention du marxisme au Québec. Globe, 14 (1), 139-157. https://www.erudit.org/fr/revues/globe/2011-v14-n1-globe1819725/1005990ar.pdf



Ce cours nous transforma pour la vie. Mais pour l’heure, je suis jusqu’en 1973 un jeune militant du PQ émergeant d’alors (fondé en 1968; les nouvelles parleront demain du PQ actuel, marginalisé, et de son nouveau chef). Je participe à deux congrès nationaux à titre de délégué élu de la circonscription de Shefford, aujourd’hui Granby et une partie, dont ma cambrousse, de l’actuel comté de Johnson.


De cette ancienne vie de garçon, j’en viens aux EXCUSES :je trouve dans mes archives une copie d’une « Résolution spéciale »  du Conseil Exécutif du PQ soumise lors du troisième congrès national du parti en février 1971 (qui avait brassé pas mal avec, entre autres, l’élection de Pierre Bourgault à l’Exécutif, précédé d’un discours célèbre qui exaspéra René Lévesque - https://youtu.be/JF4vUJ1sB-w). Le texte exige du gouvernement québécois que soient indemnisées « les victimes innocentes des arrestations et perquisitions abusives... ». En ses Attendu, le préambule très précis souligne avec force  les entorses aux droits fondamentaux, la répression politique des forces progressistes au Québec par les gouvernements Trudeau-Bourassa, l’utilisation du pouvoir judiciaire à des fins partisanes. 



L’après octobre 70 déboule. Nous lirons les manifestes publiés coup sur coup par les grandes centrales syndicales : L’État rouage de notre exploitation (FTQ, https://m-editeur.info/letat-rouage-de-notre-exploitation/ ), Ne comptons que sur nos propres moyens (CSN, http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/Ne_comptons_que_sur_nos_propres_moyens/ne_comptons.html), L’école au service de la classe dirigeante de la CEQ. (https://www.ababord.org/Trois-manifestes-syndicaux-CSN-FTQ ). Le prof de philo Laurent Valiquette nous fait lire le Manifeste du Parti communiste et des articles du Club de Rome.  Émile Roberge, prof. et écrivain, présente dans son cours de poésie le film sur la Nuit de la poésie au Gesù en 70 (https://www.onf.ca/film/nuit_de_la_poesie_27_mars_1970/ ). Madeleine Monette, qui deviendra romancière et poète, nous introduit à De Saussure, nous fait lire La reproduction de Bourdieu (http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Reproduction-1952-1-1-0-1.html), Langage et société d’Henri Lefebvre. Paul-André Fortier qui abandonnera l’enseignement pour devenir danseur étoile, monte des spectacles avec les étudiants dans son cours de théâtre. Nous sommes dans un petit campus de 400 étudiants! Tellement chanceux d’avoir eu ces professeurs!  


Au printemps 1973 éclatera la grève du front commun intersyndical, l’emprisonnement des Chefs syndicaux, le goût de tomber en amour et de sacrer son camp.



Entre temps, je suis de près le Procès des Cinq, je lis Point de mire dirigé par Bourgault, et religieusement Québec-Presse les dimanches; j’assiste à Sherbrooke au spectacle bénéfice pour les prisonniers politiques de Poèmes et Chants de la Résistance; je découvre avidement Pierre Vadeboncoeur : j’avale en une nuit son Indépendance(s). J’ajoute enfin cette autre lecture importante qui donna sens au Québec meurtri de ma jeunesse : La vigile du Québec de Fernand Dumont. https://www.erudit.org/fr/revues/rs/1972-v13-n1-rs1530/055564ar.pdf




05 juin 2019

La lettre d’amour de Ruba Ghazal

 « T’en souviens-tu...Godin?
Astheure que t’es député ». 

Mais quelle belle lettre d’amour et de délicatesse, dirait Pauline Julien!  Avec un sens précis de la généalogie du cœur, pour la suite du monde.

La lettre d’amour de la députée Ruba Ghazal

29 janvier 2019

Tshiuetin, le train «Le vent du nord »

Le train Tshiuetin entre Schefferville et Sept-Îles, propriété conjointe des Innus et des Naskapis. Magnifique!

Un jour, j’irai.

https://www.facebook.com/espacesautochtones/videos/595864627524257/

Note : il y a une petite coquille dans le nom du train qui doit se lire Tshiuetin.
https://www.tshiuetin.net/index_fr.html

Voir aussi pour le trajet filant vers « les entrailles du nord » le beau texte de Monique Durand paru dans Le Devoir du 14 juillet 2018.

17 décembre 2018

Iglou

Court documentaire de l’ONF produit il a quelques dizaines d’années, je ne connais pas la date précise, sur la construction d’un iglou à la manière des Esquimaux, comme on disait alors pour les Inuits. Fabuleux le génie nordique.

31 octobre 2018

23 octobre 2018

Gilles Vigneault, comme un chêne

Le grand Gilles Vigneault est entré dans son octave d’anniversaire à l’approche de ses 90 automnes le 27 octobre prochain. Radio-Canada (Ici Première) rediffuse en ce moment les épisodes de l’excellente et très émouvante série documentaire de Francis Legault, « Pendant que...», narrée par Geneviève Bujold. Mais aussi, ce matin, en première page du Devoir, photo à l’appui de Jacques Nadeau, on trouve l’entrevue avec le chantre, « le plus philosophe des juke-box », qu’a faite Dominic Tardif. C’est juste et « profond comme au large de l’Île ».

https://www.ledevoir.com/lire/539624/l-inebranlable-foi-en-l-autre-de-gilles-vigneault

Pendant que... Gilles Vigneault, documentaire radio


28 juillet 2018

De Fermont à Kawawachikamach

Calvaire de Christ, c'est compliqué! Figure au répertoire de Wajdi Mouawad la pièce intitulée Temps présentée à Montréal au Théâtre d'Aujourd'hui en 2011. Les actes enclos se déroulent à Fermont, ville minière du Nord. La présence évoquée sur scène du fameux mur de la ville est hurlante; l'érection protectrice criblée de fortes lumières fait retentir contre le métal théâtralisé rafales et vents qui hypnotisent, nous figent d'effroi avec les personnages qui n'ont pas d'affaires là, pris dans le sauvage et le cru, le mur moi du dramaturge qui tourne le fer dans ses plaies. On peut sortir dehors au fret, pure folie, par une nuit définitive, se perdre dans la nature, mourir gelé dur comme une bête, causer pareil un héritage... C'est par mottons que l'ambiance de la pièce désabrillée, inexorablement dramatique, m'est remontée en mémoire en lisant Monique Durand. Son beau texte décreuse mon ignorance de la ville réelle et des âmes qui l'habitent, tout en me faisant apprécier encore davantage le théâtre radical de Mouawad qui transgresse les lieux, extrait l'extractivisme culturel (ben non!), emprunte ici à La Peste, rejoue plutôt l'étrangeté des anges et plante les rôles de la chicane parmi les rats. Pour paraphraser une craque de Desjardins qui s'y connaît en bétail, on pourrait dire que Fermont est situé pas loin de l'ancienne U.R.S.S., sauf que les mille Naskapis, bénéficiaires du traité de la Baie-James nettement moins avantagés que les autres conventionnés, y vivent aux alentours à Kawawachikamach.
https://www.ledevoir.com/societe/533361/fermont-et-son-mythique-mur

21 juillet 2018

Schefferville par un 23 décembre

Est-ce que ce sont mes deux coupes du rosada Villa d'Orta prises au soleil cuisant sur la terrasse de l'appart ? Est-ce parce que je suis un fan de l'écriture voyageuse de Monique Durand que l'on peut suivre l'été dans les pages du Devoir? Ou encore l'amitié inconditionnelle que je ressens pour les peuples autochtones de mon grand Québec solitaire ? En tout cas, j'ai terminé la lecture de ce Schefferville sur le bord de.
https://www.ledevoir.com/societe/532887/innus-naskapis-blancs-visiteurs-de-passage-tous-se-rencontrent-au-bla-bla-de-shefferville

24 mars 2018

Dans le sillage du Peuple rieur

Il faut visionner ce magnifique et trop bref topo avec l'inestimable Serge Bouchard, anthropologue, homme de radio, " conteur ",  qui vient de publier avec sa compagne le livre intitulé Le peuple rieur qui décrit l'expérience anthropologique de ses jeunes années en territoire innu et les liens d'amitié ininterrompus depuis des décennies. Il revient ici sur son parcours, insiste sur la nécessité de comprendre en profondeur la blessure infligée aux peuples nomades et promeut avec beaucoup d'espoir le caractère précieux de la diversité culturelle du Québec.

Serge Bouchard à La Fabrique culturelle, Télé-Québec

10 janvier 2018

Nunavik : le Nord du Nord vu par Émilie Dubreuil

Magnifique Émilie Dubreuil hantée, chargée des silences escarpés du Nord. Elle me précède dans mon rêve d'aller au Nunavik, cette belle et vaste tête haute du Québec septentrional qui regarde de profil... 500 000 km2, 36 % du territoire québécois. Dans mon ancienne vie de négociateur de contrats d'approvisionnement, j'ai souventes fois eu l'occasion de communiquer d'un lointain bureau de Montréal avec Kativik et Makivik, notamment pour la construction de l'aéroport de Kuujjuaq. J'adorais ça! Passé proche de me rendre sur place à l'inauguration, mais cela ne s'est pas matérialisé pour des raisons techniques. Mon rêve n'en est que plus personnel depuis lors. Merci Émilie Dubreuil!

Le grand silence du Nord
La carte du Nunavik ( source Makivik)


25 novembre 2017

Cap sur la Québékoisie

Comme les fleurs d'ici, les mots qui ont poussé au Québec sont beaux et indépendants. Camots de verbures pour l'intense canotée. Hier, relevé dans un dictionnaire abénakis le mot wazoli qui veut dire neige; wazessa pour le nid. Ce matin, dans Le Devoir, Dominic Tardif partage une entrevue avec Serge Bouchard à propos de son récent ouvrage, Le peuple rieur, Hommage à mes amis innus (Lux éditeur), écrit avec sa compagne Marie-Christine Lévesque. En complément, Tardif (je suppose) a demandé à Natasha Kanapé Fontaine d'écrire une lettre à l'anthropologue et ami. Natasha parle de la difficulté " de nous faire comprendre ", de rire post-colonial. Elle parle d'amour surtout : " N'est-ce pas l'amour qui finalement réunit les différents individus? [...] Que manque-t-il à notre relation, Premières Nations et Québécois? " De son côté, le médecin, poète et humaniste Jean Désy que j'aime beaucoup se demande dans La route sacrée (écrit avec Isabelle Duval, XYZ, 2017) : " Habiterons-nous un jour la Québékoisie [...]? En tant que descendants de Canayens, en tant que Canadiens français ou Québécois, nous possédons des liens multiples, ancestraux et essentiels avec l'autochtonie. [...] Ce pays de l'Antre de marbre qui nous attire n'est pas à nous. Nous ne le possédons pas. Sur un mode de pensée autochtonien, nous considérons que le pays, c'est nous. Nous en faisons partie de façon intrinsèque. [...] Le territoire est en nous. Il représente nos membres, notre langue et nos yeux. [...] Ensemble, Autochtones et non-Autochtones, nous avons comme tâche d'évoquer les particularités d'un espace nommé Kébec. Nous croyons que la métisserie [...] représente notre avenir le plus dynamique. " Sud " et " Nord " doivent accepter d'amalgamer leurs forces, leurs richesses comme leurs manières de voir le monde. " (p. 67-71).
De mémoire : "C'est ce pont que je construis De ma nuit jusqu'à ta nuit Pour traverser la rivière Froide obscure de l'ennui Voilà le pays à faire " - Gilles Vigneault, Il me reste un pays.
Langue anicinade toujours vivante
Serge Bouchard sur le long chemin de la résilience innée
Les mots pour le dire

02 novembre 2017

Hommage de Gabriel Nadeau-Dubois à feu René Lévesque

Il y a trente ans, René Lévesque nous quittait. J'étais en larmes, endeuillé. Il s'adonne que ce jour-là, ma compagne et moi avions prévu une sortie au cinéma qui n'était pas banale, une gardienne venait pour la première fois garder les enfants, c'était la première sortie depuis la naissance de notre plus jeune née en juin. Le film à voir en cet automne de 1987 était Les ailes du désir de Wenders, en version originale sous-titrée... Rechaudes larmes devant une telle évocation des baisers de la vie.

Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, le jeune député Gabriel Nadeau-Dubois a rendu hommage à l'humaniste, au journaliste pédagogue ouvrant des fenêtres sur le monde que mon père suivait à Point de mire, au bâtisseur parmi les plus marquants de la Révolution tranquille avec notamment la nationalisation de l'électricité, enfin à l'indépendantiste cultivé, mais en effet, jamais loin du peuple.

https://mobile.twitter.com/QuebecSolidaire/status/926152852887793666/video/1

28 octobre 2017

Éric Martin : l'indépendantisme québécois réapprivoisé

En ce 27 octobre 2017, l'indépendance proclamée de la Catalogne était dans l'air. Dans un tout autre contexte, au Monument National à Montréal avait lieu le lancement de Un pays en commun (écosociété, 265 pages) d'Éric Martin, professeur de philosophie au cégep Édouard Montpetit. 

Je n'ai évidemment pas encore lu le livre, mais voici quelques notes glanées lors de la présentation. 

Photo J.Desmarais.
L'auteur insiste sur l'effort de synthèse dialectique qui l'anime, à savoir que la pensée indépendantiste est indissociable de son enracinement dans un " socialisme d'ici ", reprenant en cela une formule du regretté Fernand Dumont. L'ouvrage s'inspire, renoue et souhaite réactualiser (notamment en lien avec les menaces écologiques) l'énergie créatrice des débats politiques majeurs des années 60-70 qui se trouvent à mille lieues du conservatisme actuel ambiant sur la question du Québec et des jappements d'une certaine extrême droite dite décomplexée. La tradition critique est un " héritage à rapailler ", comme l'écrit Martin en tête de chapitre. Le coeur de l'ouvrage se présente donc comme une relecture de la pensée d'acteurs marquants : Hubert Aquin, Parti pris (indépendance, socialisme et laïcité), le Front de libération des femmes, Fernand Dumont, Marcel Rioux et Pierre Vadeboncoeur. (Les choix de l'auteur ne semblent pas avoir retenu le corpus de la revue Socialisme Québécois). Prenant appui sur cette vive tradition pour qui l'indépendance du Québec a toujours été liée à la question de la transformation et de l'émancipation sociale, le dernier chapitre propose dans un esprit de solidarité internationaliste une vaste discussion pour " constituer une république écosocialiste indépendante au Québec et réapprivoiser l'indépendance décolonisatrice ".

Photo J. Desmarais. L'auteur Éric Martin avec Gabriel Nadeau-Dubois et Amir Khadir, députés de Québec Solidaire

Photo J. Desmarais. Éric Martin. 



06 juin 2017

Gabriel Nadeau-Dubois : donner l'heure juste

GND fait aujourd'hui son entrée à l'Assemblée nationale, " le salon de la race ",  à titre de député de Québec solidaire récemment élu lors de l'élection partielle de Gouin avec 69 % des suffrages. À lire la masse des commentaires négatifs et ad hominem qui courent à son sujet, on comprend que ce jeune homme de 27 ans n'a pas fini de brasser l'échiquier politique québécois qui en a bien besoin!

Entrevue à Ricochet, 5 juin 2017.
-duboishttps://ricochet.media/fr/1853/lheure-juste-avec-gabriel-nadeau-Dubois