Je suis incapable de visionner la vidéo ci-jointe sans être remué par l’harangue émouvante, fébrile de Jeremy Orstein, un jeune étudiant de 18 ans qui apostrophe les dirigeants du parti Démocrate et leur somme de lutter NOW contre le racisme et la hargne d’une société où la violence est extrême, les tueries presque quotidiennes, contre la corruption, la crise climatique, le repli identitaire, les monstres de l’Empire faisant twitter leur maître de cérémonie. Ou bien, partez, crisser le camp, comme on dit chez nous, si vous avez trop la chienne, si vos intérêts de classe trempent jusqu’au coup dans la « civilisation » des pétrodollars!
Heureusement, toujours, il y a les jeunes, quelques-uns à gauche!
Obama est en ville. Il prononcera ce soir un discours au Plais des Congrès qui affiche complet. Les coûts des billets étaient entre 57 $ et +- 360 $. Mais j'ai vu passer des annonces de revendeurs offrant des places à 1200 $! Un Monsieur le Président ne se déplace pas pour des pinottes.
Pas obligé d'être un fan, me semble-t-il, en tout cas je ne le suis pas, pour écouter ce que cet homme a à nous dire à présent qu'il n'est plus Chef des armées ( et des armes ), responsable de la " sécurité " de l'Empire. Cet orateur hors du commun parlera sans doute un peu de son pays passé aux mains du moi moi moi Donald!
J'ai vu au festival Bobines et Bottines à la Maison de la culture Ahuntsic le très beau film du Français Jean-Pierre Bruneau, Dedans le Sud de la Louisiane, tourné en une semaine en 1972. Cela a fait blues accordéon dans mon âme parce que je séjournerai en Louisiane en ces mêmes années, soit en 1974-75. C'est un document unique qui porte la musique, cadre de près les joueurs. On les voit penser, on sent battre leur coeur. Méconnus à l'époque ailleurs qu'en Louisiane - certains musiciens n'avaient jamais été filmés auparavant - , ils sont devenus des légendes. Le réalisateur était présent à la séance. En présentant son film à divers endroits dans les pays francophones, il m'a dit qu'il rencontre immanquablement parmi les spectateurs d'anciens French teachers ayant enseigné en Louisiane, et tous répètent, comme moi, que ce fut une expérience marquante.
Note : ma vieillerie d'ordi s'appuyant sur la canne jugée obsolète de mes fureteurs ne me permet pas d'accéder au partage de la version du documentaire qu'on trouve sur Vimeo. L'adresse suivante mène cependant au document. https://vimeo.com/85036028?ref=fb-share&1
En fin d'après-midi, je me trouvais par affaire dans une boutique informatique du quartier. Un client est entré pour un bidule, se livrant toutes voiles dehors, disant rapido presto qu'il avait une compagnie de location (de systèmes quelconques), que ça roulait bien, mais que si c'était à refaire, ah oui, il déménagerait certainement aux États parce que là, il y a du fric à faire... Puis, en deux temps trois mouvements, voilà que l'homme frisant la soixantaine s'est plu à vanter au commis le Président Trump. C'était gros comme dans grossier. Le commis approuvait!
Je me suis bien gardé d'intervenir. J'aurais pu dire : Hum! Vraiment?
Ça n'en valait pas la peine.
C'est le genre de situation — choc des opinions et du réel — qui nous fait réaliser le cloisonnement dans lequel petit à petit nous entraîne les algorithmes des médias sociaux, la grande industrie de l'heure basée sur les cercles « d'amis » et les « j'aime », ces mille et une relation des profils amicaux qui vous revoient à vos propres valeurs et que l'on vend au marché pour faire tinter des recettes astronomiques. (Facebook s'est inscrit en bourse non pas pour capitaliser son développement, il avait déjà des milliards à sa disposition, mais entre autres pour permettre à ses employés de détenir des actions; ainsi, les capitaux recueillis en sus des ventes publicitaires sont réinvestis en produits financiers et autres avenues diversifiées...).
Bref, au dire de ce monsieur coup de vent, à des années lumières de ce que l'on croit raisonnablement partagé autour de soi, il est sûr que ce Président va faire des miracles pour son pays.
Des miracles? Les luttes sociales, bien qu'elles soient portées par le rêve d'un monde sans aliénation, ne sont jamais de l'ordre d'un vent céleste.
De retour à la maison, il s'est adonné que je repère — via mon cercle Facebook — un texte du sociologue Gérard Bouchard paru dans La Presse+ du 31 mars. Voici l'état des lieux de géant voisin, sans même qu'il soit question de l'ombre présidentielle : Une nation très mal en point, écrit Bouchard.
N'en rajoutez plus, la cour est pleine. Mais la semaine n'est pas terminée! Encore 1445 jours à venir! Elioy Hannon, Today was the Worst Day yet, Slate, 25 janvier 2017. Aussi, malgré l'écoeurantite aiguë, Francine Pelletier dans son billet au Devoir a raison d'affirmer qu'il nous faut suivre la « joute », le « bras de fer », la régression, l'ostie de mur!
« Plus capables, je sais. J’en connais même qui veulent se désabonner de Facebook simplement pour ne plus être bombardés par les mimiques grotesques du nouveau président. D’autres n’ont jamais compris pourquoi nous, les médias, nous nous épanchons sur le phénomène avec autant de minutie. Ce n’est pas le même pays, après tout.
Mis à part la fascination avec le vaudeville qu’est Donald Trump, il est impossible, quand même, de se désintéresser de lui. C’est immense ce qui se passe actuellement aux États-Unis. On a beau se dire qu’on ne verrait jamais un vulgaire gérant d’estrade accéder au pouvoir ici, le phénomène Donald Trump, ce qu’il représente en dehors de ses travers à lui, nous concerne tous. La grogne de l’homme blanc vieillissant devant l’establishment (bonjour, Rambo Gauthier), le ressentiment devant les « étranges », le sentiment d’être désemparé devant un monde trop vaste, trop virtuel, trop changeant… est l’affaire de tout le monde. Trump nous force à reconsidérer ce qui paraissait à ce jour marginal, ou alors l’affaire des Européens — le populisme de droite.
Je crois, en fait, que Trump pourrait s’avérer un cadeau inespéré pour la gauche, une autre raison pour s’y intéresser. Mieux encore que Bernie Sanders, l’homme à l’incomparable toupet est un formidable antidote au manque d’inspiration et de direction qui gruge les forces progressistes depuis 30 ans. Nous en avons eu un aperçu le week-end dernier, lorsque près de trois millions de personnes ont pris la rue partout sur la planète. Aucune manifestation jusqu’ici ne pouvait se vanter d’une telle étendue, d’une telle diversité. Un phénomène de mondialisation qui, pour une fois, était au service de l’homme et de la femme de la rue.
Mais, bon, ne nous emballons pas trop vite. Encore faut-il que ce ras-le-bol («Take your tiny hands off my rights») reliant la lutte des femmes à celle des Noirs, à celle pour l’environnement et la liberté de presse, cette « intersectionnalité » sur six continents, donne quelque chose qui dure. Tout comme pour le mouvement Occupy, Black Lives Matter et le soulèvement étudiant de 2012, la démonstration n’a pas encore été faite que ce genre de protestations peut changer la donne.
Pendant ce temps, Trump poursuit (pour reprendre son expression) son «carnage».On renégocie les traités de libre-échange, on sabre les fonds destinés à l’avortement à l’étranger, on revient en arrière. Mais au-delà des applications spécifiques du nouveau credo américain, America First, il y a un nouveau monde qui se dessine à l’horizon, la meilleure raison, à mon avis, pour s’intéresser à Donald Trump.
Le nationalisme frileux du 45e président représente aussi la rupture avec l’ordre international en place depuis la Deuxième Guerre mondiale. Comme le dit le dernier rapport du National Intelligence Council, il faut se préparer «non seulement à la fin des États-Unis comme maître du monde, mais aussi à la fin des fondements de beaucoup de son pouvoir: une économie internationale ouverte, des alliances américaines en Europe et en Asie, des règles protégeant les droits de la personne et des institutions comme l’Organisation mondiale du commerce qui influencent la façon dont les nations se comportent et résolvent leurs conflits».
Il ne s’agit pas seulement d’un mauvais moment à passer, d’un divertissement de bas étage, en d’autres mots. Trump signifie aussi une remise en question de ce qui nous a permis de tourner la page sur près d’un demi-siècle de véritables carnages, de réelles atrocités. L’idée que nous devions non seulement rebâtir ce qui avait été détruit, mais nous donner collectivement la main, protéger ce qui dorénavant serait universellement reconnu comme les « droits humains », constitue un grand moment dans l’histoire de l’humanité. Ce parcours n’a pas été sans embûches ni sans graves omissions, de la part des États-Unis notamment, mais il s’agit néanmoins d’une plage de lumière qui jure aujourd’hui avec la noirceur qui nous hante.
Privé de l’attitude bienveillante des années d’après-guerre, de quoi le monde aurait-il l’air en 2020?, se demandent les auteurs du rapport cité plus haut. Nous serons de plus en plus morcelés, de plus en plus aux prises avec des conflits régionaux, des sociétés civiles perturbées toujours davantage par le racisme, le terrorisme et les attaques informatiques. Nous nous dirigeons, en d’autres mots, vers une période de chaos — ce que Donald Trump, en rupture non seulement avec l’ordre international, mais avec la moitié de son électorat et avec son propre parti, incarne mieux que quiconque.
Le garder à l’oeil est le moins qu’on puisse faire. »
Analyse du gouvernement des États-Unis désormais entre le mains d'une équipe à gogo qui improvise.
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Élisabeth Vallet, La tour de Babel, Le Devoir, 21 janvier 2017,
« Marqué par une entrée en fonction désorganisée, le nouveau gouvernement devra in prononcés par Barack Obama étaient soupesés : « La tâche [qui attend le président] est d’une telle ampleur qu’il ne peut l’accomplir seul. » Devant la complexité des enjeux, ajoutait-il, nul doute que le nouveau président devra se reposer sur son équipe.
Car c’est dans l’aile Ouest que les décisions vont se prendre. Avec Trump, bien sûr. Et surtout ses conseillers.
Vendredi, l’Amérique a tourné la page sur un président cérébral qui faisait appel à une pluralité de conseillers, les laissant débattre ; il tranchait en ayant pris la mesure de la complexité des enjeux, au terme d’un processus parfois long — trop long —, en renonçant à se jeter dans la mêlée en politique intérieure et à marchander avec le Congrès.
Dans le même temps, le processus de transition qui s’est achevé vendredi avec la passation des pouvoirs a confirmé une intuition entêtante : Trump n’avait pas plus prévu d’occuper la Maison-Blanche que W. avait pensé l’occupation de l’Irak. Or, on ne passe pas, en 24 heures, d’un plan visant à mettre en place une chaîne de nouvelles câblée au bureau ovale.
L’improvisation
Dès lors, l’équipe Trump a dû improviser et n’a pu déployer que des têtes de pont dans les différents ministères (536 personnes), à défaut de pouvoir remplacer les 4000 agents qui relèvent du politique. Elle a même dû se résoudre, dans des domaines cruciaux comme la sécurité nationale, à maintenir en poste plus de 50 personnes clés du gouvernement Obama, tels le secrétaire adjoint à la défense, Robert Work, ou encore le directeur du Centre national de contre-terrorisme, Nicholas Rasmussen.
Le sentiment d’improvisation est similaire avec les auditions des membres du cabinet devant le Sénat, qui ont trahi les incohérences du gouvernement. C’est ainsi que Betsy DeVos a pu justifier la présence des armes dans les écoles du Wyoming en raison des grizzlis, et ignore tout du programme pour les enfants présentant des difficultés d’apprentissage dans les écoles publiques ; ou encore que Rex Tillerson n’a pu répondre aux questions du sénateur Rubio sur la situation aux Philippines ou le nucléaire iranien.
Les auditions ont également fait état de profondes divergences idéologiques entre les membres du cabinet et des dissonances entre la nouvelle équipe présidentielle et le Parti républicain. Mais il y a aussi des discordances importantes entre les « ministres » et les conseillers dans l’aile Ouest.
Ainsi, certains sièges non pourvus au Pentagone seraient liés au désaccord entre Mattis, confirmé par le Sénat il y a quelques jours, et l’équipe de conseillers — avec Steve Bannon et Jared Kushner. Il est difficile d’imaginer que l’économiste Peter Navarro, qui prend la tête du National Trade Council, ne va pas heurter le club des milliardaires, même si ces derniers n’ont guère plus d’expérience de gouvernement que le président qu’ils entourent.
« Tout ira bien »
« Tout ira bien », a dit Barack Obama mercredi dernier… Mais, au fil des crises, le gouvernement pourrait s’abîmer dans un climat délétère. Car la politique américaine est par définition imprévisible. Les ennemis se succèdent et ne se ressemblent pas, la distinction entre politique externe et interne est parfois floue, les enjeux sont parfois plus volatils.
Un président qui aura su s’entourer de conseillers d’expérience, et qui aura mis en place un véritable processus décisionnel visant à trier les différentes options, va pouvoir réagir à un imprévu en se fiant à l’intuition, aux expériences de ses conseillers.
On se souviendra qu’en 1962, Kennedy avait privilégié les canaux officieux de Khrouchtchev plutôt que le canal officiel lors de la crise des missiles de Cuba, évitant de justesse une confrontation nucléaire. Dans ce sens, la recherche scientifique montre combien la personnalité du président et son mode de gestion sont déterminants…
Deux conséquences
Il y a deux conséquences à cette cacophonie institutionnelle. Le risque est que les politiques, notamment en période de crise, soient totalement improvisées, que, face à un président narcissique et centralisateur, les conseillers s’affrontent. Que certains claquent la porte, tandis que d’autres deviennent omnipotents.
La seconde tient au fait qu’à défaut de pouvoir faire percoler leurs points de vue au sommet, de pouvoir présenter la complexité des enjeux au cabinet, la tour de Babel bureaucratique va se trouver d’autres exutoires : The Washington Post, en réorganisant son équipe, et TheNew York Times, en consacrant une page de son site Web aux moyens de communication sécurisés avec ses reporters, ont saisi la balle au bond.
Mis à l’index par un président provocateur, alors qu’ils enquêtent encore sur son élection, le FBI et la CIA n’auront ni allégeance ni fidélité, rappelant les années Nixon. Au gouvernement par tweets répondront les fuites d’un gouvernement indiscipliné. »
Je crois bien que j'étais sur le carreau le 10 décembre dernier, où en phase maniaco, ou encore, au mieux, seul dans ma cambrousse là où je n'ai que les étoiles pour me connecter; en tout cas, sorry Robert Bob, j'avais manqué ceci. Entendre cette chanson aujourd'hui le 20 janvier 2017 entre les échauffourées de Washington, c'est désirer encore plus fort, avec un fond de larmes, que le chant des poètes ne meure jamais!
"Je suis un professeur dangereux ", aurait-on pu suggérer à Platon pour qu'il le fasse dire à Socrate. C'est un professeur de philosophie bien vivant qui a titré ainsi son texte d'opinion paru dans le NYTIMES.COM du 30 novembre, George Yancy, un professeur des États-Unis; son nom s'est retrouvé sur une watchlist gérée par des jeunes gardiens de la droite républicaine! On ne veut pas s'adapter, on ne veut pas ajuster la pratique de la philosophie au chaos des brutes.
Obscénité du champion Trump et ambiance de terreur en ce moment à New York ressentie par le dramaturge Robert Lepage.
Afin de permettre aux lectrices et lecteurs de ce blogue de l’extérieur du Québec d’avoir accès à l'interview publié aujourd'hui dans Le Devoir, je copie la page au complet. Je vous invite à la lire.
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RENCONTRE
Défendre la démocratie en valorisant l’intelligence
Après l’élection présidentielle, New York vit dans la terreur, observe Robert Lepage
Robert Lepage : « Il y a, depuis mardi, une atmosphère empoisonnée à New York. »
Il pensait se déplacer dans l’espace, mais il a plutôt été projeté dans le temps. En atterrissant à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau jeudi dernier, dans un vol provenant directement de New York où il parachève l’assemblage de l’oeuvre de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho L’amour de loin au Metropolitan Opera, le dramaturge Robert Lepage a senti ses nerfs se relâcher d’un coup. Et, la sensation, raconte-t-il, pour l’avoir déjà vécue ailleurs, l’a beaucoup troublé.
«Je ne pensais pas que cela allait m’arriver un jour en rentrant des États-Unis», dit l’homme de théâtre rencontré vendredi à Montréal en marge du lancement de la version illustrée du texte de sa pièce 887 chez Québec Amérique. «Cette sensation, je la vivais dans les années 80, lorsque je mepromenais à Berlin entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest [c’était avant la chute du Mur de la honte en 1989],lorsque je quittais le stress et la terreur d’un côté pour retrouver l’air frais et vivifiant de la liberté de l’autre.» C’était dans les derniers jours de la guerre froide, de ses tensions, de ses replis, de ses discours de haine et d’intimidation. Mais depuis la semaine dernière, et l’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relents de cette histoire passée empestent désormais le présent.
«Il y a, depuis mardi, une atmosphère empoisonnée à New York, poursuit Robert Lepage, installé dans le calme et la zénitude du coin d’un feu de cheminée d’un hôtel de la métropole. Comme bien d’autres personnes, je suis angoissé par le résultat. Ce que l’on sent dans la ville, ce n’est pas de l’amertume, pas de la rage, mais surtout de la terreur.»
Le 8 novembre dernier, l’ignorance et la médiocrité ont voté, dit-il, jetant l’effroi sur une démocratie et forçant l’univers médiatique et politique en général, mais aussi le milieu des arts en particulier, à en assumer la responsabilité et à agir rapidement pour contrer la dérive. «Les Américains sont victimes de ce que leur télévision véhicule depuis 20 ou 30ans, dit Robert Lepage. Celui qui a été élu, ce n’est pas seulement la vedette d’une téléréalité. C’est quelqu’un qui en véhicule aussi les valeurs. Vous vous rendez compte? Pour la première fois, la première dame des États-Unis va être une ancienne playmate et le président, un homme qui valorise le manque d’éducation, qui incarne cette culture insignifiante que l’on valorise sur les ondes de MTV, de Fox News et de ces autres médias qui portent la voix de la droite.»
Unis contre la médiocrité
Désormais, le leader du monde libre, comme on nommait les États-Unis aux temps sombres des totalitarismes et des divisions idéologiques, exprime des valeurs contraires, selon lui. «En arrivant à la Maison-Blanche, Trump vient de dire aux Américains qu’il est possible de mentir, de mépriser, d’abuser, de stigmatiser, d’intimider et, malgré tout ça, de finir par devenir président.» Et cette nouvelle configuration du pouvoir mérite, dit-il, d’être condamnée et combattue.
«Pour défendre la démocratie, pour continuer à conserver nos libertés civiles, il faut éduquer les gens et surtout travailler pour rendre l’intelligence sexy», martèle Robert Lepage en précisant que, comme le designer d’objets Philippe Starck a réussi à faire pour un presse-agrumes, en le rendant séduisant, un designer d’idéologie doit désormais émerger et s’atteler à le faire pour le savoir, la perspective, la mémoire, la réflexion… «Il faut dire à nos jeunes que c’est cool d’avoir des idées, de la profondeur, de la densité, que c’est cool de douter, de se souvenir, de se poser des questions, d’accumuler, d’apprivoiser, de maîtriser de la connaissance…, poursuit-il. Il faut aussi que les artistes adoptent une position claire et ferme face à la médiocrité. Ils ne peuvent plus feindre la neutralité pour ne pas s’aliéner une part du public et doivent opposer à ce présent des oeuvres qui partout font l’éloge de l’intelligence.»
«Depuis quelques mois, je suis affligé par le peu de référence des chroniqueurs politiques américains», dit-il, dont très peu, selon lui, ont souligné la concordance entre le slogan de Trump (Make America Great Again) et celui d’Hitler qui dans sonMein Kampf, ouvrage référence des sombres desseins du Führer, appelait à redonner à l’Allemagne sa grandeur d’antan. «Les gens ne se souviennent plus, dit-il. La mémoire ne s’enseigne plus. On n’y réfère plus» et, au bout du compte, on fait se répéter l’histoire et on s’enlise.
Pour Robert Lepage, les États-Unis viennent de faire leur entrée dans cette nébuleuse de l’obscurantisme dans laquelle le Canada a passé 10 ans sous Stephen Harper, dit-il, avec toutefois des responsabilités mondiales que le Canada n’avait pas et qui donnent ce caractère encore plus inquiétant aux résultats du vote. Inquiétant, particulièrement, chez ceux qui, comme lui, ont vu, ont senti, ont perçu, et surtout se souviennent.
Je reprends. Une correspondante me parle de « célébration du réel au-dessus des affres ». Je vote pour ça. Mais, les affres! Il y a longtemps que je n'avais pas lu ce mot soutenu qui viendrait de la langue d'oc, mais c'est touffu et chassé-croisé jusqu'aux racines wisigothes. En tout cas, ça sonne et ça goûte, me semble-t-il, bien plus noir que ses dérivés : affreux, affreusement. Âcre, amer, horrible; transe d'épouvante; effroi, angoisse, dénuement, punition, rejet, cachot; regard interdit, espèce de sans dessin, qui te momifie en statue de sel comme la femme de Loth dont on ne sait pas le nom et qui a sans doute beaucoup pleuré. Sauf quelques exceptions en poésie, le mot ne s'utilise plus guère qu’au pluriel depuis le 17e siècle. Un malheur n’arrive jamais seul. Les affres de la maladie, de la faim, du doute, du désespoir. Les affres du monde. Les affres de l'amour. En tout cas.
Voilà qu'en douce France, Marine Le Pen ne perd pas une seconde. Suivant mot à mot son champion démagogue étatsunien, elle vient de déclarer dans une assemblée que l'objectif de son parti est de redonner à la France sa grandeur!
Je ne sais pas pour la comparaison, mais il y a dans ce billet ci-inclus de Cass R. Suntein paru dans Bloomberg View plusieurs grands textes de Dylan qui sont cités et qui brillent dans la hurlance du temps.
De mémoire, pour accompagner : " Quel est donc ce langage / qui fait que je t'entends / qui fait que je t'attends / comme animal en cage/ dans la prison des mots / qui nous désappareillent [...]" - Gilles Vigneault, Chanson pour Bob Dylan.
How Bob Dylan Surpassed Whitman as the American Poet
Bob Dylan has surpassed Walt Whitman as the defining American artist, celebrating the capacity for self-invention as the highest form of freedom.
“He not busy being born is busy dying,” Dylan sang, in “It’s All Right, Ma (I’m Only Bleeding).” Reinventer of folk music, voice of the 1960s, blues singer, rock star, born-again Christian, champion of gospel, country singer, old-style crooner, and now winner of the Nobel Prize for Literature, Dylan has found a million different ways to say the same thing. (He was born Robert Allen Zimmerman, and he sang, “You may call me Zimmy.”)
I have been to just one Bob Dylan concert, about a decade ago. He concluded with his 1965 masterpiece, “Like A Rolling Stone,” whose brutal lyrics seem to exult in the suffering of someone brought low. The song starts with a sneer: “Once upon a time you dressed so fine/You threw the bums a dime in your prime/didn’t you?” The first stanza ends: “Now you don’t talk so loud/Now you don’t seem so proud/About having to be scrounging for your next meal.”
Dylan said in an interview that the song originated in a “long piece of vomit,” beginning with “steady hatred directed at some place that was honest” and ending with a kind of revenge, captured in the famous chorus: “How does it feel/To be on your own/With no direction home/Like a complete unknown/Like a rolling stone?”
In concert, however, the song was turned upside down. As people sang the chorus along with Dylan, they were exhilarated, jubilant, exultant. Far from laid low, they were unchained. As Dylan sang it, “Like A Rolling Stone” had become a declaration of independence.
But of course, that declaration was there all along. Even in 1965, the chorus was a cry of defiance. “When you ain’t got nothing, you got nothing to lose” -- and that’s not all bad.
If “Like A Rolling Stone” is Dylan’s “Hamlet,” “Desolation Row” is his “King Lear.” It’s a fever dream, or a love letter, about an unruly procession of humanity -- Cinderella, Ophelia, Einstein, the good Samaritan, the tightrope walker, a jealous monk, the blind commissioner, insurance men, Dr. Filth and his nurse (who “keeps the cards that read ‘Have Mercy on His Soul’”).
But in the last stanza, there’s a radical change; the dream is over. Dylan shifts from the procession to the mundane: “Yes, I received your letter yesterday/About the time the door knob broke/When you asked me how I was doing/Or was that some kind of joke?” He seems to be describing a note from a family member, perhaps his mother -- mundane, chatty. He concludes:
All these people that you mention
Yes, I know them, they’re quite lame
I had to rearrange their faces
And give them all another name
Right now I can’t read too good
Don’t send me no more letters no
Not unless you mail them
From Desolation Row.
That’s not exactly nice. But it captures what Dylan cherishes in Jack Kerouac, who understood freedom in much the same way, and who wrote, “The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing.”
Though sometimes cruel, Dylan is also capable of great tenderness. “Lay Lady Lay,” his most celebrated romantic song, is uncharacteristically mawkish. Much better and more real, and in its own way a celebration of freedom, is “Buckets of Rain”: “I like your smile/And your fingertips/I like the way that you move your hips/I like the cool way you look at me/Everything about you is bringing me/Misery.”
Or consider the surpassing sweetness of “Forever Young,” written for his son: “May your hands always be busy/May your feet always be swift/May you have a strong foundation/When the winds of changes shift/May your heart always be joyful/And may your song always be sung/May you stay forever young.”
Dylan is often categorized as a folk singer, but he doesn’t like that: “Folk music is a bunch of fat people,” he said in an interview in 1966. He hates being described as the “voice of his generation.” Asked by an interviewer in 1965 how he thinks of himself, he said “as a song and dance man.” Booed in the 1960s for turning away from protest songs, he said, with sarcasm and contempt (and a kind of truth too), “All my songs are protest songs. That’s all I do is protest.”
In his sort-of autobiography, “Chronicles: Volume 1,” Dylan wrote that “songs, to me, were more important than just light entertainment”; they were a “different republic, some liberated republic.” He didn’t plan to stir things up, but “thought of mainstream culture as lame as hell and a big trick. It was like the unbroken sea of frost that lay outside the window and you had to have awkward footgear to walk with.”
America’s poet of rootlessness lit a flame, and it burns right through that frost.
La belle cochonnerie! Le coq vient de chanter trois fois. L'éditorial du Washington Post qui a largué Edward Snowden dans la poche des traîtres à la nation provoque chez ses lecteurs un fort courant de désapprobation. Tel est du moins ce qui se dégage lorsqu'on lit en filigrane les 484 commentaires publiés à ce jour dans le journal à la suite du titre No pardon for Edward Snowden.
La caricature dans Le Devoir de ce jourest des plus croustillante : le « Watergate était légitime [...] », et alors, le siffleux de l'époque « était un traître ». De plus, en éditorial Brian Myles fait sienne la charge de Gleen Greenwald et renchérit en écrivant que « L'éditorial du Post est une trahison du rôle historique joué par les médias privilégiant le journalisme de qualité. Ils ont toujours protégé leurs sources et leur matériel contre les intrusions de l'État, même lorsque la sécurité nationale était en cause. »
Alors qu'une campagne populaire sans précédent réclame un pardon du Président Obama et que le film d'Oliver Stone sur la vie de Snowden circule largement, le point de vue du Washington Post réclame pour sa part des poursuites judiciaires faisant sienne la posture du gouvernement américain. Reniement des plus dommageables, le Post ayant lui-même publié une série d'articles d'enquête sur l'espionnage massif de la NSA, ce qui lui a valu un prix Pulitzer. Il se place ainsi, conclut Myles, « [...] en rupture marquée avec les idéaux de défense des libertés civiles dont les médias traditionnels sont habituellement les gardiens. »
Caricature de Pascal, Le Devoir, 21 septembre 2016.
Abel Meeropol (1903-1986) a écrit le poème Srange Fruit en 1937 après avoir vu, horrifié, une photographie qui a beaucoup circulé à l'époque de L.H. Beither montrant au milieu d'une foule vociférante et réjouie le lynchage survenu le 7 août 1930 de deux adolescents noirs, Thomas Shipp et Abram Smith, à Marion, Indiana. Au lendemain d'un vol, sans autres formalités, les deux jeunes suspectés aussi de viol et de meurtre ont été battus et pendus à un arbre. Aucune accusation ne s’en est suivie.
L'auteur a plus tard mis en musique ce court et poignant poème qui évoque tant de cruauté, d'injustice et de racisme. Scène pastorale du brave Sud, écrit-il. « Drôle » de culture. Du sang sur les feuilles de peuplier, du sang mêlé aux racines, odeurs de mort brutale, imposée, parmi les fleurs de magnolia. Fruits torturés, calcinés offerts pour l'éternité aux corbeaux ignorants.
La compagne de Meeropol a d'abord interprété cette pièce lors d'une réunion syndicale de professeurs. La grande Billie Holliday a repris sur scène l'oeuvre en 1939. Puis, jusqu'à nous, une kyrielle d'interprètes dont Nina Simone, Diana Ross, Annie Lennox, Cassandra Wilson, Jeff Bucley... Strange Fruit appartient désormais aux cris et aux écrits de la mémoire blessée portant les luttes de libération du peuple afro-américain.
Alors que le Président Obama paraphe de sa main les derniers traits de son règne entre les craques de l'Histoire américaine, les temps changent, bien sûr, comme dit le poète, mais la gâchette policière, si emblématique d'une société travaillée par le chaos, dérape encore et encore bien étrangement.
Stange Fruit
Southern trees bear a strange fruit,
Blood on the leaves and blood at the root,
Black body swinging in the Southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene Of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
And the sudden smell of burning flesh!
Here is a fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for a tree to drop,
Here is a strange and bitter crop.
Tout d'abord, je n'ai pas de meilleur titre, mais écrire « jazz américain » est redondant si tant est que le jazz soit par essence américain, ou « états-unien », si l'on préfère la nuance géographique, hégémonie en moins. Avec peut-être une petite lorgnette de ce qu'est la culture, celle qui s'inscrit dans la toponymie et la gastronomie pour ne mentionner que ces cristallisations profondes, Marguerite Yourcenar avec son oeil européen a quand même fait valoir que le jazz, de sa source louisianaise jusqu'à son embouchure dans les coeurs de bien du monde constituait une des rares « inventions » culturelles originales du continent américain.
Au fond, l'histoire des humains est surprenante et en effet, la rencontre inédite, inouïe de la musique savante européenne avec les racines africaines retentissantes et populaires, transplantées de force en Amérique, a passablement renouvelé le génie musical.
Serge Truffaut rappelle gravement ce matin dans une chronique au Devoir que le registre jazz aux États-Unis reste pour une part essentielle de son âme, hélas, un cri obligé d'indignation et de révolte.
L'Amérique raciste qui perdure, et pas seulement dans ses manifestations folles et criminelles, c'est offensant, c'est brutal, c'est inhumain, c'est incompréhensible et ça fait mal.
« Dans la soirée du 17 juin dernier, Dylann Storm Roof, jeune Blanc de 21 ans, a tué comme chacun sait neuf Noirs parce qu’il avait la haine du Noir chevillée, c’est le cas de le dire, au corps. Le lieu ? Celui de l’emblématique : la Emanuel African Methodist Episcopal Church, qui fut en pointe dans le combat pour la reconnaissance des droits des Noirs du deuxième quart du XIXe siècle à aujourd’hui.
Il est écrit dans le ciel qu’un musicien de jazz, voire deux, voire cent, vont consacrer à ce sommet de l’abject une composition. Parce qu’il en a toujours été ainsi : chaque fois que le Blanc du Klu Klux Klan ou du American Nazi Party ou autre atrabilaire habité par la suprématie blanche a saigné le Noir, le jazzman s’est manifesté.
Plus tôt cette année, le 13 mars, l’immense tromboniste Steve Turre a publié un nouvel album intitulé Spiritman sur étiquette Smoke. La pièce no 4 a pour titre Trayvon’s Blues, du nom de ce gamin de 17 ans tué par un vigile à Sanford, en Floride, le 26 février 2012. La date, ici, est d’importance, car elle permet de tracer la toile de fond inhérente à la conjugaison du jazz avec les méfaits du racisme.
Il se trouve en effet que dix-sept mois après — après ! —, ce drame, la Cour suprême des États-Unis d’Amérique a décrété que la loi garantissant aux Noirs l’égalité avec les Blancs pour toutes les facettes liées à la mécanique du droit de vote devait être renvoyée à la qualité d’épisode de l’histoire. L’argument des cinq juges conservateurs sur les neuf que compte ce tribunal ? Le contexte n’est plus le même. L’Amérique n’est plus raciste. Ce faisant, ces magistrats insultaient la mémoire de Martin Luther King, pour lequel cette loi fut LA raison d’être de son long et laborieux combat.
Évolution ?
L’Amérique a changé ? Ces jours-ci, le 7 juillet pour être précis, grâce à une étude effectuée par le Women Donors Network, on apprenait que 95 % des 2437 procureurs des comtés et des États où ces derniers doivent être élus sont… Blancs !
Quoi d’autre ? 80 % sont des hommes. Quoi d’autre (bis) ? Le 10 février dernier, le paravent posé sur le cadavre des atrocités était enfin levé : après cinq ans d’études, Bryan Stevenson, fondateur de Equal Justice Initiative de Montgomery, Alabama, révélait que le nombre de lynchages dans 12 États du Sud commis entre 1877 et les années 50 — années 50 ! — avoisinait les 4000, soit un inventaire plus élevé que celui évoqué, en termes très généraux, jusqu’alors.
On a tenu à rapporter des faits récents afin de mieux souligner ce qu’on sait beaucoup trop peu : les musiciens de jazz américains et noirs n’ont jamais cessé de décliner, musicalement s’entend, les horreurs dont leurs semblables ont été et restent les sujets. Pour cause de luttes pour les droits civiques, les pièces écrites dans les années 50 et 60 sont tout logiquement les plus connues. On pense…
On pense au Strange Fruit de Billie Holiday, dont le lynchage est le moteur, le We Insist!, de la suite Freedom Now, de Max Roach et Abbey Lincoln, à la Freedom Suitede Sonny Rollins, au Freedom Book de Booker Ervin, le plus sous-estimé des saxophonistes ténors. On pense bien évidemment à Alabama, composée par John Coltrane après l’attentat signé par quatre membres du Klu Klux Klan le 15 septembre 1963 et dans lequel quatre adolescentes ont péri. On pense aussi aux Fables of Faubusde Charles Mingus, du nom du gouverneur de l’Arkansas qui envoya la garde nationale afin d’interdire l’entrée d’un collège de Little Rock à neuf étudiants.
On en passe pour mieux rappeler que Mingus, Archie Shepp, Randy Weston, The Art Ensemble of Chicago, Mal Waldron, Ernest Dawkins, Craig Harris, Julius Hemphill, David Murray et autres figures de proue du jazz rythment la mise en lumière des carnages qui se… perpétuent !
À preuve, cette réalité socio-économique : le Noir américain vit moins bien aujourd’hui que le Noir sud-africain à l’époque de l’Apartheid.
Dit autrement, la situation s’est terriblement dégradée. Dit autrement, ceux qui usent de la béquille intellectuelle du politiquement correct, lorsqu’on rappelle ces vérités, sont les notaires de la pensée méprisable.
In memoriam
Rien n’illustre mieux l’inclination politique de Shepp, Mingus et consorts que leurs réactions à l’ordre donné à la garde nationale, le 13 septembre 1971, par le gouverneur de l’État de New York, Nelson Rockefeller, de lancer l’assaut de la prison d’Attica, où les prisonniers s’étaient rebellés. Résultat ? Près de 40 morts, dont la moitié étaient des Noirs parmi lesquels des partisans des Black Panthers. Dans la foulée de ce massacre, Mingus a enregistré en 1975 Remember Rockefeller at Attica et Free Cell Block F, ’Tis Nazi USA. Et Shepp ? En janvier 1972, il sortait l’album Attica Blues. En 2013, il a proposé une version live et enregistrée avec un grand orchestre baptisé… The Attica Blues Orchestra. Titre de l’album ? I Hear the Sound.
Parmi les textes qui accompagnent cet album poignant, on a retenu ces mots de Shepp qui expliquent la permanence de son combat : "Des hommes comme George Jackson[un des leaders des Blacks Panthers, mort dans la prison de San Quentin] ou comme tous ceux qui ont péri à Attica furent le symbole d’un grand courage devant l’injustice et l’adversité. Certains d’entre eux donnèrent leur vie en espérant changer le monde. Malheureusement, peu de choses ont changé, et même parfois, la situation semble s’aggraver. "
La situation ne semble pas… elle s’est aggravée. Point.
David Vermette publiait hier sur sa page FB le fleur de lysée québécois avec le commentaire suivant : « Today is la Fête Nationale du Québec. French-Canadians and Franco-Americans throughout North America also celebrate it as la St-Jean Baptiste. Bonne fête à tout le monde ! We’ve heard a lot about flags this week. I’m not a flag waver by inclination so why do I display this flag today? What does it mean to me? With malice toward none, with charity toward all, it means that I support the right of Québec and all North America’s Francophone and Franco-gene peoples to defend our language and mores against cultural hegemony. It means opposition to empires and their colonial wars. It is a bulwark against monoculture and the Wal-Martization of North America. It means that great empires do not get to declare arbitrarily which ethnic groups are “superior” to which and therefore which ones are to be assimilated deliberately to the dominant culture “for their own good” (cf. Durham Report, 1839). It means that there remains some corner of North America where people pronounce my name correctly, and understand my family’s history, and where the proper names found in our histories and geographies evoke more than a blank look. It means that all who struggled for all of these reasons above over a period of centuries did not struggle in vain. We honor what is honorable, correct what is correctable, and remember what is memorable. »
Attention, on pourrait nous écouter, aux fins de formalisation et pour un siècle à venir. Et pis après? Sommes-nous, populace, en mesure de comprendre ce qu'il se passe?
« Il se passe quelque chose en effet », comme le disait un artiste dont le nom m'échappe lors d'un colloque à Roxton Pond sur l'art rural.
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Une heure dite progressive à la radio : Gary Null (un personnage plutôt controversé pour ses critiques de la médecine ) s'entretient avec Andrew Harvey (ce dernier offre des sessions individuelles à 100 $ pour 50 minutes pour du conselling spirituel) et Criss Hedges.
J'ai synthonisé l'entretien, malgré tout intéressant et assez alarmant, surtout pour entendre Criss Hedges. J'ai récemment vu le film Obey du Britannique Temujin Doran, inspiré de l'essai de Criss Hedges intitulé Death of the liberal Class, et dont les images ont toutes été récupérées sur le Web.
Selon Hedges, cet auteur critique venu du journalisme, tout est en place dans la société américaine pour l'instauration d'un régime faciste. D'où l'urgence pour une masse de ciyoyens d'agir en complicité et en réseau.
Questions politiques de l'heure aux États-Unis alors que l'hypocrisie libérale à la Obama s'étale de tout son long en fuites compromettantes et laisse bien entrevoir la réalité des prisons pour les dissidents... La porte est-elle irrémédiablement fermée à la transformation politique vers plus de justice et de démocratie par le poids du pouvoir « qui est devant nous » : complexe militarotechnologique, cyniques du capital bancaire, médias contrôlés par les grandes corporations, culture facho des armes, la société du spectacle et de l'illusion, Opra, Hollywood, the Price is right...
Dépassé les forêts de chênes et de pins et les marécages salés, le désert ici se marie avec la mer. Le ciel cocufié sourit quand même, éparpille des franges de gris pour équilibrer ce qu'il reste du jour. Mais rien n'est simple. Le pluvier siffleur couve son instinct de voix dans les herbes salées de Corn Hill. Il arrive qu'un phoque suffoque dans les fortes vagues entre Nauset Light et Nauset Shuffle Beach. Plus rien au monde ne compte. L'amie pleurera. Heureuse- ment, il arrive qu'un voyageur de l'ancien monde enchausse vos pas dans le sable. Nous marchons alors un peu plus haut dans le temps. Il arrive que vie et mort ne fassent qu'un. C'est surprenant et triste et vif comme un œil rouge de lièvre, comme celui saisi un bref instant sur le bord du chemin qu'on nomme Resolution.
Couche-toi donc beau soleil de champagne! Laisse courir la chance dans les enjambées prévisibles du lendemain qui va crier mirages et merveilles, qui va cracher terre.
"...and the solitude was that of the ocean and the desert combined. A thousand men could not have seriously interrupted it, but would have been lost in the vastness of the scenery as their footsteps in the sand. "
- Henry David Thoreau, Cape Cod