Je suis parfois si débraillé
que j'en ai mal au dentier
et n'ai plus rien à dire
ni derrière, ni devant
C'était au printemps de 1998
à la cabane à sucre des Pontbriand,
dans mon coin,
à Roxton Pond,
là ou la ligne
des Cantons-Hertel
passerait éventuellement
C'était au lendemain de la frise
du verglas et des cols roulant
Il y eut un symposium
sur l'art et la ruralité
à la cabane à sucre
ce qui n'a rien à voir avec le pétrin,
ni avec l'électricité au plus sacrant
mais tout avec
la contestation
qui respire
et les signaux dans le vent
car c'est en soi
l'électrisant qui tangue
Des gens de l'Abitibi
de Joliette, de partout
y étaient
C'était au printemps
Sur les terres culturelles
de mon pays
j'y ai rencontré pour la première fois Guy
Sioui-Durand
celui qui connait
les grands lacs époustouflants,
le radeau de la Méduse, les pitounes
les marques sur les jambes du temps...
«l'artiste fait voir,
donc transforme, et l'endroit et ses us...»
C'est de cette rencontre
que m'est restée dans la caboche à sucre
de mon sentiment intime
l'expression
qui vient comme une ligne qu'on tire
après une opération mathématique,
ou quand on observe des mains agissantes
dans un grand bol de vagir
des mains, vous dis-je,
comme une langue,
qui pétrirent tant et tant
une pâte si matérielle
qu'elle se transmuta à jamais
dans notre imaginaire
de sillons ruraux...
«Il se passe quelque chose, en effet»
À suivre...