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16 mai 2014

Carnets pelés 40 - Ralentir Saint Ciboire!


Photo J. Desmarais, Lune à travers branches dans la nuit à Montréal, 15/05/2014

15 mai 2014

Carnet (1977). Cette chanson de Bertin.  Nous sommes quelques-uns à tenir la lampe allumée.




16 mai 2014

Il y a une touche de la ruche Rousseau pour âmes dévotes lue chez François Péan de la Crouillardière : « C'est une maxime très-affurée dedans la vie spirituelle, que perfonne ne devient tout à coup méchant. »


... Il y a 20 heures

Hoyo Negro, Yucatàn.  Des plongeurs trouvent en 2011 dans une grotte marine de 30 mètres de profondeur les restes de Naia, qui signifie, je poétise, îlot désir. Ils dépistent aussi des restes de tigres à dents de sabre. Retrouvera-t-on un jour une trace de cornaline au creux d'une main d'un bras d'un vieux fleuve enfui sous la mémoire de l'Euphrate? D'Ève, il n'y a plus de traces, personne ne nous en parle, mais le Père Adam? Peut-être trouverons-nous un de ces quatre une dent d'Adam. Celle qui a osé mordre? Assurément une très très vieille dent puisqu'il a vécu en tout 912 ans, quasiment deux fois la vie d'un caroubier! 
Photo Paul Nicklen, National Geographic. Les restes de Naia. 














... 1972

Victor Lévy Beaulieu lâche de sa haute-cour Jack Kerouac, Essai-Poulet. J'ignore pourquoi mon virulent ami, feu Michael Thomas Gurrie, c'est lui qui me fit lire On the road en 1976, fut si déçu de ce livre, mais encore plus d'une rencontre sur la brosse qu'il eût avec VLB.  Mais allons à l'essentielle littérature. La blessure, on la touche encore du doigt entre l'arbre et l'écorce lorsque Kerouac déclare : « Je suis stupide, et même crétin, peut-être simplement canadien-français ». (Michel Lapierre, Le ciel de Kerouac, la terre de VLB, Le Devoir, 21/02/2004) 
Photo J. Desmarais



Photo J.Desmarais.


29 avril 2012

Le Printemps érable est dans les parages du Quartier Latin. Le libraire Bruno Lalonde partage librement sa lecture de VLB, passe par des extraits du Docteur Sax : « Il y avait un je ne sais quoi de pourpre et de mystérieux [...] ». 

 



15 mai 2014


Relecture. 

Le 25 août 2006, je bouquine à la Librairie marché du livre sur De Maisonneuve et je trouve Le Soupçon Le Désert d'Edmond Jabès (Gallimard 1978).  C'est ce bouquin que je lirai en avion lors de mon voyage en France de juin 2009.  S'y trouve insérée une découpure du journal Le Devoir qui date du 3 janvier 1991 signalant la disparition de Jabès à l'âge de 78 ans.  C'est étourdissant les pierres blanches marquant tel ou tel jour au seuil du passage!  

Photo J.Desmarais


Passage. La porte. L'intériorité vue par un autre oeil qui ne s'égare pas au-delà du corps. Jabès est toujours cet accordeur de voix en lui-même.  

Le citer obligerait à doubler les guillemets et certainement à ralentir, à figer s'il vous plaît :
« [...] "La pensée du dehors et la pensée du dedans communiquent entre elles à travers une porte verrouillée.  Elles se reconnaissent à leur voix.  La mort abattra cette porte ", disait-il. 
" La mort est bien la porte, car comment expliquer qu'une pensée soit dehors ou dedans sinon par le fait qu'une frontière sépare la vie de la vie et que celle-ci ne peut être tracée que par la mort? " - lui fut-il répondu. » (pp. 51-52). 



22 février 2005

Courriel à ma collègue Ginette Lavallée.

Chère Ginette,

Repensant à ce que tu m'as dit lors de notre rencontre de ce midi, il me revient cette pensée de Rilke : «Qu'est-ce que le dedans? Sinon un ciel plus intense traversé d'oiseaux et profond de tous les vents du retour.»

La question posée est directe — qu'est-ce que le dedans? — et plus qu'on ne le croit, c'est une question radicalement moderne puisque les Anciens n'avaient aucun concept démarquant le dedans et le dehors chez l'être humain.

Ici, ce sont « les vents du retour » qui sculptent ou peignent l'invisible ciel « plus intense » que celui du dehors.   Cette strophe est digne des grands mathématiciens.   L'image des vents qui s'animent et s'allument sur les battements d'ailes des oiseaux est en tout cas une formule savante d'une grande beauté qui verse d'un coup sec et immensément tout l'écho passé et à venir de nos pas. Ceux que l'on se doit à soi-même.

En creux, nous tenons là, en très peu de mots, l'ambition littéraire de notre culture depuis 200 ans : valoriser et exprimer l'unicité de l'expérience intérieure.  Ô romantisme aimanté!   

Mais je me méfie toujours un peu de l'intériorité à gogo que l'on a par ailleurs psychologisée, montée sur pilotis dans les méandres d'un moi tout seul sur son île, aussi profond que souverain, que l'on atteint par introspection, surtout à coup de pic publicitaire, là où règne une superficie sans fond entre deux frontières incertaines, source d'intuitions où trempe l'âme, le cœur, parfois même le « mind», l'esprit frayant « entre la mer et l'eau douce »...

Nous avons aujourd'hui, justement, l'expérience de la porosité et la friabilité des frontières, comme le dit avec tant de lucidité Madeleine Monette. C'est la vieille question de Socrate dans le « Connais-toi toi-même » : comment le « pauvre petit moi » serait-il au-dessus de la mêlée, tel un arc-en-ciel faisant un clin d'œil à Dieu? Se prenant pour Dieu?

Qu'en serait-il, par ailleurs, de la nuit par rapport au jour?  Des émotions en regard du jugement, ces incontrôlables éclisses d'étoiles du dedans qui transgressent la raison et font rougir, bafouiller, suer, rire ou pleurer?  Et puis s'en vont.  Nulle part.  Collées au détour de notre tempérament. De la température qu'il fait dehors...

Est-ce que tout se joue vraiment sur la scène d'un théâtre personnel, masqué en partie à soi-même, car tout se joue, n'est-ce pas, avant cinq ans?   À quoi sert alors l'écheveau de nos relations sociales? La toile de la culture? La carapace de nos institutions? L'émotion serait-elle, au contraire, pleinement collective comme l'est le langage, demande le philosophe québécois Paul Dumouchel?

Il y a un autre poème, un court extrait que j'adore et qui évoque une nuit, un voyage qui n'est pas un naufrage, un iceberg d'émotions qui ne nous fige pas. Il s'agit d'abord d'un regard que l'on appelle au loin.  Tu as bien parlé, ce midi encore, de ton regard perçant que je reconnais parfois, posé sur moi, simplement.  

« Ralentir Travaux ». J'aime à penser que cela renvoie à une exigence plus fine, car plus heureuse, plus vivante.   « Ralentir Travaux » sonne l'urgence d'aiguiser nos patins. Mais quelle drôle de productivité, ma chère amie, au cœur de l'indéchiffrable nuit! 

Voilà ce que je voulais ajouter, pêle-mêle, à nos propos. 

« Le regard qui jettera sur mes
épaules Le filet
indéchiffrable de la nuit Sera
comme une pluie d'éclipse
Il descendra lentement de son
cadre solaire Mes bras
autour de son cou »
René Char - André Breton / Extrait de Ralentir Travaux

23 octobre 2006

Nuit blanche indéterminée. Cela n'est qu'une étape.

Il y a bien sûr le micro et le macro, la spirale de la galaxie, l'ADN, l'oeil, le mouvement, l'énergie, le champ vibratoire, Akasha, Nada Brahma, la musique des sphères, le plaisir d'être en mouvement et la tentative de comprendre ceci de Jean-François Malherbe alors que nous nous acheminons vers les derniers moments de son cours Religion, éthique, spiritualité à la Chaire d'éthique appliquée de l'université de Sherbrooke. Il nous invite à nous tourner vers le Soleil, à matérialiser l'esprit, à spiritualiser la matière. Il parle de la transfiguration, voire de la « translucidation » de la matière.

À la séance précédente du 6 octobre, il disait encore avec du Spinoza dans l'idée : nous sommes dans nos concrétions éphémères (réalisations concrètes) au travers lesquelles l'univers prend conscience de lui-même. « Savoir que je suis éternel, mais dans l'univers, sans que j'en aie conscience, accepter cela, c'est atteindre à la sagesse, à la béatitude. »

Avec en toile de fond une référence à Wittgenstein et le recours subtil au travail sur le masque (au sens des Grecs au théâtre, symbolisation, « mascarade » qu'il ne faut pas mépriser qui cache, mais révèle...), travail qui se répercute dans les figures du langage, dans nos postures sociales et culturelles. Le travail sur le masque est indispensable, soutient Malherbe : la spiritualité est au fond une mise en scène. Le masque est le point d'entrée dans la communication. Il permet de rendre audible mon message, identifie le rôle que je joue, par exemple : le masque du conjoint, tour à tour et en même temps moi, l'amant, le père des enfants... 

Le masque permet aussi de cacher l'acteur... pour qu’il puisse se révéler. Ce jeu paradoxal est si humain, si complexe! La pure transparence à l’autre est un leurre. Les figures du langage sont des masques. La lumière qui jaillit sur les planches : Diderot ne disait-il pas que l’acteur qui meurt devant nous sur la scène et nous le fait croire, nous arrache des larmes, le plus il ment, le plus il joue vrai! Une fois le rideau fermé, l’acteur rentre chez lui. Il est bien vivant. Quel diable de magicien!

Tant de masques sont mâchés d’avance par la culture quand nous arrivons au monde. Le travail sur le masque, c’est être capable d'identifier son masque du moment. On aborde alors la liberté, ajoute l'habile théologien.

Figure du masque au sens d'une déprise. Car on reste en philosophie! L'éthique, savoir ésotérique au sens ancien du mot, ne peut s’appliquer que dans la transformation du sujet, de soi. Or ce que pointe Malherbe, si je ne le trahis pas trop, c'est précisément notre être mis à contribution avec ses limites et ses blessures. Connaissez-vous un seul être qui ne soit pas blessé, lance-t-il? 

Quelqu'un glisse son doigt, ses mots dans l'interstice du masque : « Tu es comme ça toi? » Ouf! « Mais je t'aime tout de même ». 

Le véritable rapport qu'on peut nouer avec quelqu'un d'autre, c'est épouser sa liberté. Devenir témoin, bienveillant.

L'éthique : l'art de devenir sujet ensemble.

Alors, une relation peut s'amarrer, puis on peut se comprendre sans se parler, on peut s'aimer à distance. Aimer ses enfants, ses amis sans condition. Blanchot parle ainsi de l'amitié et bouleverse les clichés sur la proximité et la ressemblance.    

Quand on est capable d'identifier le masque que l'on porte, on entre dans la liberté de la relation.

Or,  nous n'existerions pas sans les jeux de langage qui nous relient les uns aux autres. Nous n'existons pas en soi. L'animal politique et social d'Aristote : on existe en rapport  
avec les autres. 

On est soi-même comme un autre. Je, tu...

C'est parce que les autres nous parlent qu'on prend conscience de soi. Cela est radical!

Wittgenstein nous enseigne l'harmonie, le dialogue, ce mot si précieux en éthique. Nous ne sommes pas obligés de nous arracher les cheveux en nous apercevant qu'il y a plusieurs masques, plusieurs mises en scène possibles. Mais tout ne se vaut pas! Privilégier une mise en scène, c'est affirmer que cela me fait vivre, que cela permet de vivre un geste d'auto fécondation, auto-poëtique.  Deviens ce que tu es...

On peut être tolérant, bienveillant, sans se dissoudre dans l'indifférence.  

Aimer quelqu'un, dira enfin Jean-François Malherbe, auteur du Nomade polyglotte, c'est épouser ses morts successives, soit la mort de mes idées ou de l'image que je me fais de cette personne, c'est-à-dire encore, aimer sa liberté, la très haute probabilité que l'autre ne soit plus la même personne.

Malherbe : « Ce qui m'intéresse, c'est l'humain. Il est artificiel de charcuter les savoirs. Vivre ensemble nécessite un concept de justice fondé sur le devenir soi. On entre ici dans la politique. La démocratie, c'est la prise en charge du devenir commun par l'intégralité de la communauté qui la porte. C'est donc le meilleur lieu possible pour favoriser le devenir soi. D'où le lien démocratie/spiritualité. » 

On entre dans la politique! Nous sommes dans une société malade qui crache dans son eau et se suicide. Nous sommes dans une société libérale capitaliste « avancée » hyper normée, braquée sur « l'individu libre, affairé, souverain! », en pure perte de la subjectivité. 

Nous sommes toujours, rappelle Wittgenstein, en un lieu singulier en tension sur l'universel.
Ce qui pose ici ce que Jacques Bouveresse appelle les sortilèges du langage que j'interpréterais comme l'imposition d’un masque unique qui se dissimule.

La culture massive de la société actuelle imposée et contrôlée par une oligarchie restreinte, mais puissante, qui tire les ficelles par l'ensorcellement, c'est-à-dire par un dogmatisme puissant qui broie la culture et brouille le sujet, l’humain. Ici, dans l’histoire officielle, la mise en scène n'existe pas. Tout est conforme!   

Il s'agit donc de se défaire des fausses images, de se défaire d'une humanité aliénée, comme le voyait bien Marx à la suite de toute une famille de philosophes délinquants, avec dans son cas le souci de percer « le secret » et ses mains invisibles, l'omniprésent « marché ».  

S'il n'y a jamais la possibilité de n'en porter aucun, la liberté ce serait être capable de porter plusieurs masques.  Être soi-même, c'est « la surprenance » de porter tous les masques, de changer de costumes, d'en abandonner, d'en porter des  nouveaux. 

Cette simple pensée nous renvoie au slow motion chez Épicure : plus un être vit en harmonie avec lui-même, la nature en lui, avec les autres, le plus il reçoit la récompense, mais oui, la récompense du plaisir.

09 novembre 2013

Carnets pelés 39 - Des hommes, des femmes et des poèmes


— Effluve : fluide impondérable qui se dégage des corps organisés

27 août 2007, balcon arrière
Il y a un peu de clocherie dans l'air. C'est dimanche. Je feuillette Derrida, son ombre de la « différance », puisque c'est dimanche et parce que la cloche de l'église à Béthanie s'est fait voler. Calvaire! Michel Garneau me dira : ça prend-tu des trous de culs! Des traces aller-retour chez le compliqué mille-feuille Derrida qui crache ses lectures de feu sur des toits égarés, Bataille, Blanchot, Levinas, Foucault..., qui parle de positivité eschatologique venant soulever la finitude. Il y a du jaillissement dans le présent. Le présent? On peut donc s'en échapper au-delà de ce qu'on a pensé tout cuit, figé. La ruelle devant moi est bien grouillante de vie. 

13 février 2007, sous le porche du Théâtre Castro Alves
J'attends sous le porche du Théâtre Castro une senhorita  qui est à l'intérieur. C'est une jeune actrice aux longs cheveux bouclés très noirs. Elle a grain de beauté près de l'arcade sourcilière du côté droit.  Elle parle très bien français. Elle arbore des croyances religieuses que je ne comprends pas. Elle est venue à une réunion sur laquelle elle fonde beaucoup d'espoir. C'est très politique ici depuis un changement récent de régime à gauche dans la province de Bahia. Nous devons repartir ensemble et préparer le souper. Ce n'est pas que je l'aime. Elle n'est qu'une amie. Mais je fais comme si j'attendais la femme de ma vie. Je m'invente une fille de Salvador que j'aimerais d'un fol amour libre. Elle ne m'écrirait pas avec ses larmes des lettres de rupture. Suis dans la haute-ville, vraiment en attente sous le grand porche de béton orné d'espèces de planches de petites pierres qui forment des motifs en alternance de triangles isocèles gris-bleu, blanc cassé et brun rouge prague. J'attends Rita depuis une bonne demi-heure maintenant et il pleut à verse! Il pleut en tabarouette. 

Photo Desmarais. Lac Canet, Roussillon, France (2009)
20 juin 2009, assis dans les herbes
Assis près d'un fossé, camouflé dans les herbes folles, il y a comme de l'avoine et de jolies fleurs mauves sur le bord du lac Canet.  Il VENTE! Je sais à présent ce qu'est la tramontane. Je suis à cinq pieds d'un petit chemin qui borde en parallèle la route menant à Saint-Cyprien. Je suis là seul, tranquille parmi l'avoine sauvage et les roseaux, à l'abri du vent, le dos chauffé par le soleil. À un jet de pierre se trouvent les anciennes cabanes de pêcheurs qui forment comme un petit hameau moyenâgeux. Je suis venu ici pour faire des photos. J'aurais roupillé si j'avais pu. J'aurais fait l'amour si j'avais pu! Je me contente de ce rien de musique et de lumière, le vent dans les herbes, les mouettes discrètes... C'est samedi et je suis bien. Tout à coup, derrière moi, la belle bête luisante et noire a eu peur en m'apercevant. J'ai sursauté en titi moi aussi! Hein! Une jolie cavalière à cheval se pointe, une vraie de vraie, cravache, casque et pantalons bouffants... L'inattendu passait par là.         

12 septembre 2008, à la plage
La playa à Varadero est vert émeraude. Tout à l'heure, j'ai ramassé un coquillage transparent qui me fascine. La bise et le scliche scliche incessant du bruit des vagues qui s'éparpillent en fragments de sel me donnent continuellement envie de dormir. Je ne lis pas plus de trois lignes. Je suis incapable d'en écrire davantage. Le soleil aime vous suspendre. Il faudrait six mois de ce régime, sans pour autant oublier le régime! Mais il y a plus encore. Avant, lorsque j'écrivassais à l'improviste, comme ça, je me sentais seul. À présent que je suis vraiment seul, mon écriture ne trouve pas un meilleur chemin pour se saisir de la vérité. Il me semble que rôdent toujours aux alentours des yeux inconnus au-dessus de mon épaule. Nous sommes au milieu de milliers d’yeux, disait Paul Éluard au siècle dernier. À présent, où se cacher pour imaginer ce qui nous appelle? Le partage du sens, plus simplement le partage du sentiment qui m'habite sue ici à grosses gouttes. Je repense soudain à Becket dont j'ai lu déjà sur cette plage les indulgents casse-têtes. Voilà un écrivain qui a suffisamment de couenne burinée pour rester planté au soleil.  

10 juillet 2010, dehors, Sainte-Anne-des-Lacs
Chérie m'a offert Les chevaux approximatifs (l'Hexagone), le dernier recueil de Michel Garneau qui se déclare officiellement mûr pour concrétiser enfin un vieux souhait : écrire un Hommage aux formes (tel est le sous-titre). 

« Écrire est un geste qui nous vient en héritage   
et malgré ce qu'en disent les “classes jasantes”
une génération n'annule pas l'autre
et ce n'est pas un concours
c'est un immense dialogue
et celui de la poésie
est le plus beau et le mieux nécessaire »
P. 13.

2 juillet 2011, en pause, Place Bonaventure
Un fantôme nommé Maxim respire sa voix au téléphone. Une obligation s'impose : ne pas se fier au silence de la mort. Détours, retours, tambour, don don don! Énorme bahut aux portes sifflantes... Mes grappes sauvages, aujourd'hui, ne mourront pas dans ta bouche.

8 février 2008, en simple conversation
C'est une fille de l'Est. Je l'aime. Une Anglaise. Il y a une simplicité dans ses yeux atlantiques. Une retenue, une précision dans le rire. De l'azur dans son coeur. Elle coule de source. Timide. C'est une fille saline de l'Est qui m'explique comment apprêter le homard et les pétoncles. Du beurre, du poivre, du sel.

12 décembre 2011, au bureau des soumissions
Nous avons affaire à une bande d'arsouilles qui tirent les vers du nez de l'Association des Criminels anonymes. Ils lancent à la volée des phrases optatives du genre : dormez bien, les enfants! 

12 mai 2007, librairie Zone libre, rue Sainte-Catherine
J'assiste en après-midi à la causerie de Jacques Bouveresse et Normand Baillargeon à propos de Karl Krauss — Au commencement, les médias étaient déjà pires. Le fascisme n'est pas descendu du ciel avec le Père Noël.     

28 novembre 2008, à la librairie Coop de l'UQAM
Je me procure au prix de 37,75 $ ce titre de Jacques Bouveresse : La connaissance de l'écrivain Sur la littérature, la vérité & la vie, coll. Banc d'essai, Agone, 2008.
Sur l'idée de « justice poétique » (Martha Nussbaum en lien avec Walt Whitman) qu'il nuance, on trouve ceci à la page 163 : « Selon Whitman, l'imagination puissante du poète “voit l'éternité dans les hommes et les femmes” et “ne voit pas les hommes et les femmes comme des songes ou des points [as dreams or dot]”. Or c'est précisément le genre de regard dont on a un besoin plus urgent que jamais dans une époque comme celle d'aujourd'hui, où nous éprouvons souvent des difficultés à nous regarder les uns les autres comme pleinement humains, comme quelque chose de plus que les rêves sans consistance ou des points sans épaisseur. »

3 novembre 2012, réécriture dans ma chambre
La nomadie, expérience chamanique : « L'instant est ivre parce qu'il s'enivre de l'expérience aïeule. Il perd la notion du temps au cours de l'hallucination de la bête lue dans ses traces.  Il s'enivre de l'excrément du temps que laisse le passage de la bête passée [...] » 
— Pascal Quignard, Sur le jadis, Grasset, 2002, p.87.

1er février 1987, dans mon lit
Apparition soudaine d'une avalanche de mots désordonnés, toutes sortes d'affaires qui ne se peuvent pas, une chaudière vide sur le bord du désir, trois zèbres en ruine, une étoile à genoux devant mon arrière-grand-mère amérindienne.

3 novembre 1993, à la radio, sur l'heure du midi
« La poésie montre que l'expérience sans le langage est une expérience pauvre. »

13 février 2006, à la cuisine
Moudre le grain! Ce matin, Irca — qui est pourtant chargée de cours à l'Université — marmonne, cille plutôt, comme si cela était une catastrophe : sa fille est obligée de lire Proust! Ha! La serrure. Lire Ducharme reste le meilleur des antidotes.        
    
15 juillet 1982, à la librairie Louky où je travaille et qui va fermer

Fils d'araignée en suspens. J'achète pour 4,20 $ Dérive à partir de Marx et Freud de J.F. Lyotard, Christian Bourgeois, coll. 10 18, 1973. 
« L'oeil est ce qui transgresse il voit derrière il voit ce qu'il ne voit pas [...] La course de l'oeil baigne dans la grâce du continu aux antipodes de la ratio tout devient possible la déformation sauvage femme arbre cailloux étoiles d'un sol renversé profil montagne jambes poissons volants Prière aux analystes de ne pas oublier que l'imaginaire même serait impossible si la continuité ne fournissait à la loi à laquelle ils portent toute leur attention la condition matérielle de la formation des images L'oeil = l'autre + le continu ». P. 33.

10 septembre 2002, salle de cours, université de Sherbrooke (Longueuil)
Formes de vie ou quand il s'agit du trouble « normal » d'apprentissage 101.
En cette deuxième leçon du cours ÉTA 700, Introduction à l'éthique, Georges-Auguste Legault se joint au collectif des professeurs. Il met l'accent sur les mots pour avoir des idées et parle d'entrée de jeu de la « pensée éprouvée » en citant Camus.  

Il dit aussi : les mots, on s'y soumet et en même temps, on les plie. C'est un aller-retour, car il faut bien se faire comprendre. Il faut retravailler les mots pour éclaircir les concepts. Le plus on rend nos énoncés clairs, le moins on manipule les autres. « En sciences humaines, notre seul laboratoire, ce sont les mots. La justesse des mots doit jouer comme un scalpel. Cette classe est un laboratoire de dialogue. Voilà le défi. Si l'on ne peut pas éprouver ensemble le dialogue, à quoi bon? »

Le professeur nous avertit donc que ses interventions pédagogiques vont venir jouer dans les têtes et les tripes. Aussi : un mot n'a jamais un sens absolu. Il est relatif aux usages qu'on en fait.  Georges : « Le mot dialogue est le mot le plus important dans mon lexique de l'éthique appliquée. »

Le dialogue vu d'abord comme une activité communicationnelle. 
Sa formule : E = C (L.F (R, P) : A

E. : Énonciation
C : Contexte
L : Locuteur
F : Force (perlocutoire : séduire, surprendre; locutoire, illocutoire : affirmation, avertissement...)    
R : Référent (énoncé)
P : Prédicat
A : Allocuteur

Mais au-delà du fait que nous sommes toujours dans une pratique communicationnelle et que cela a un retentissement sur les pratiques au sens large — considérées ici par Legault dans une relation intersubjective plutôt que par la petite lorgnette inflammatoire si prégnante du repli vers la « conscience » et le « Je » tout seul sur son île —, quelle est la leçon entrevue et à méditer?  

C'est un gros tableau de morceau! C'est en lien avec le recours à la vérité. Est-ce qu'on peut faire jouer en éthique un appel à la vérité? Au fait, dans la culture, qu'est-ce qu'on fait jouer avec le recours à la vérité? La toile de fond des représentations en Occident depuis Platon pose que l'essence précède l'existence (l'Un de Parménide) et que les représentations que l'on a forgées sont vraies. Sur le plan de la connaissance, cela implique que je connais le monde, la nature dans son essence, et que sur le plan moral, on cherche la vérité qui correspond à la nature. Il y a un « Nous » qui est déjà donné. Or voici que l'existentialisme (qui pour sa part renoue avec le Multiple d'Héraclite) renverse la pré-existence de l'essence. « Renversement majeur », affirme Georges.

Il se trouve que la condition humaine est rattachée au pôle du « Je » comme sujet qui n'a rien de fixe, qui est en création, en projet, en « devenir soi ensemble » (Jean-François Malherbe), projeté donc dans un espace de liberté. « Si l'on tente de se conformer à un réel, on efface le sujet ».

Le dialogue comme théorie de l'éthique se pose donc comme une position théorique entre le dogmatisme (qui suppose un message neutre, clair et transparent) et le relativisme (tout se vaut). Il conçoit que les personnes peuvent coconstruire leurs références, la meilleure réponse possible dans les circonstances données, leurs idées, leurs valeurs, leur monde, leur univers. Le dialogue est une construction du « Nous » à partir des « Je », bien que le « Nous » ne soit pas la récollection de tous les « Je ». La condition à cela est de poser « une égalité réelle entre le locuteur et l'allocuteur. » 

Enfin, le dialogue comme outil d'intervention : apprendre les règles du dialogue est le premier pas vers le développement de l'éthique « au sens où l'éthique suppose le souci d'autrui, c'est-à-dire une ouverture à la différence... C'est toujours très difficile de composer avec la différence, ajoute Legault, à commencer par la différence homme femme. »  

Question simple : aimez-vous l'être humain?



Carnets pelés 39

06 juillet 2013

Carnets pelés 38 - Mémoire de pierre


Neuf cent millions de crève-la-faim
Et moi, et moi, et moi
Avec mon régime végétarien
Et tout le whisky que je m´envoie
J´y pense et puis j´oublie
C´est la vie, c´est la vie
- Jacques Dutronc, Et moi, et moi, et moi 

13 août 2001, Honoré-Beaugrand

Un ange m’a prévenu ce matin en montant dans le métro, oui ce matin même : « Change de capuche! m’a-t-il dit.  Il y a des gens à profusion! Ne le vois-tu pas? Ne vois-tu pas le monde courir et se rasseoir, le monde tel qu’il est avec des cailloux dans le fond des souliers et le teint pâle des lundis empesés? Le monde avec les miettes sacrées de ses vedettes et ses tourments?  Le monde immonde et ses nouveaux meurtres sordides illustrés à la une des journaux aseptisés? Et l’espoir? Les verbes rares dans le cachot des gorges obturées par les débris? »

Hier encore, cher ange, je filais foins fous insoupçonnés ondulant vers les rivages de la mer. Oui, insoupçonnés. Oui, fou! J’étais allongé sur le sable en guise, en guise-en guise-en guiiii-se…

Rivage de mer. C’est aussi cet espace de temps ordonné qu’on n’a pas vécu. Ou plutôt, qu’on n’a pas touché de l’œil. S’il fallait tout restreindre à sa propre vue! Imaginez un ancien 13 août 1681 dans la Vieille-France de pierres vermoulues. Colbert édicte : sera réputé bord et rivage de mer tout ce qu’elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusqu’où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves.


27 octobre 2010 

 Prise fantôme des deux mains derrière le dos. Il ne vole pas le temps, il nous stripouille et nous tripatouille, il nous vidange et nous retranche dans l’enchevêtrement des strates de sa langue bleue. Je vais lui donner une de ces claques! Je étant un bien grand mot!


8 février 2010

Je vais cesser de travailler, Maître. Je n’attendrai pas que le manche me reste entre les mains! En tout cas, je ne haverai pas trop ce soir. Il est pourtant 19 heures déjà! Et mes trente-deux bouches à nourrir!



20 janvier 2012

Autour du museau. Gloup! Gloup! Les véritables proies sont celles qui se déploient et se déplient encore en creux avec une réserve d’indomptables rêveries sur la planche à découvertes de la forêt de nos pensées.



2 juillet 2013


Au hasard dans la balançoire, René Char, Chants de la Balandrane, Cruels assortiments. Pages 539 et 540 : « Vivant là où son livre raidi se trouve. Et doublement vivant si une main ardente ouvre le livre à une page qui sommeillait. »



29 juin 1988

Dimanche dernier, j’ai visité ma mère avec les enfants. Bébé s’est endormi dès après les dernières bouchées du traditionnel et si bon pâté au poulet. J’ai sauté la tarte à la rhubarbe et suis sorti sous les nuages. Incapable de me poser. Comme un vif désir de repartir. Métaphore de ma jeunesse de sombre chevreuil entre deux chaises. Fuir avec le silence derrière les murs de pierres, les walls de roches. J’ai trouvé dans la remise un fond d’essence. Cela m’a retenu et donné contenance. J’ai rempli le réservoir du rotoculteur et j’ai travaillé un morceau du jardin. Un minuscule carré de terre brune bouleversée.  Du bruit en masse pour me geler les oreilles. Métaphore du sillon. Filiation. Et encore des roches qui jaillissent du sol!  Bébé s’est réveillé.  Une heure s’était écoulée. La pluie est venue sceller mon œuvre. Pour calfeutrer les blessures, j’ai regardé par la fenêtre de la cuisine qui donne sous le gros érable centenaire.
    

24 février 2003

Dans le corridor de la Place des Arts que j'emprunte tous les matins, j’ai revu le joueur de guitare au style, je dirais flamenco, faute de mieux préciser son agilité. Son jeu m’épate en effet, et je me suis arrêté plus loin pour gribouiller n’importe quoi qui pourrait sortir par le trou de la guitare. Quelque chose de dru, de virulent avec une tête de taureau et du torrent entre les gencives… Mais non! J’ai tant de verdure et de douceur dans le verdict du spontané…  

ils pacagent
de tous bords 
tous côtés
plac bloc plac plac bloc;
et ils disparaissent un à un
comme des gipsies de cuir 
au coeur brûlé
qui se remplissent la foi
de lunes bien fraîches


Ça fait peur au destin. 


9 janvier 2008

Ne pas craindre les fragments, les poussières d’or, les petits bouts de hasard, les morceaux de papier.

Les frogments.

Quel est donc cet auteur Russe qui, justement, par pur hasard, à moins que ce ne soit encore la faute à l’ange des livres, me tomba entre les mains un soir des années 80, avec un petit spot dans mon front, alors que je n’avais aucune boussole entre les rayons des Arts et des Lettres de la bibliothèque centrale de l’UQAM?

Afin d’illustrer l’art d’écrire et la vertu de la patience que cette activité exige certainement, celui-là racontait une histoire à l’eau de rose d’une espèce de chevalier têtu, aiguillonné, déterminé, ne gaspillant aucune occasion du jour et de la nuit, glanant ici et là sur le fil ténu du temps et dans les recoins les plus nuls, les plus obscurs, quoi donc, comme dirait Truffaut dans ses éditoriaux? Il rapaillait des poussières d’or… Je répète : des poussières d’or. Même les petits pucerons de pépites, même les invisibles puceaux ne s’étant jamais aventurés à l’air libre,  il les récupérait tous avec grand soin, grattant avec ses ongles, son sixième sens, parfois juste avec l’électricité dans ses cheveux… Il était parti là-dessus, un vrai maniaque avec toujours dans ses poches, au cas où, un petit casseau en fer blanc, une ancienne boîte à tabac vide en forme de mini baril pour accumuler des poussières d’or!

Si bien qu’arrivât un bon jour où ce persistant amoureux, car oui, cela est clair, il s’était amouraché, il avait un but, un motif ou un mobile, quelque chose de plus fort que lui le dépassait… Bien arriva donc un bon jour où le pollen glané ici et là avait son pesant d’or. L’homme jugea que l’heure était venue.  Peut-être y avait-il une promesse en jeu?  Il put amalgamer, chauffer, aplanir, taper, gosser, forger, sculpter, patenter…  Imaginez : une vraie belle grande Rose d’or !  C’est ce que disait l’auteur.

Pour quoi faire, pensez-vous? Toujours bien pas pour la déposer sur une tablette vaniteuse ou une petite table à café! Non! Non!  C’était pour l’offrir à la reine de son cœur, sa dulcinée qui avait sans doute de beaux yeux, de beaux cheveux, de beaux seins, des lèvres roses, une pensée délicate comme la brise et le cœur vif comme un lièvre…

Je crois qu’il s’agissait de Paustovsky pour qui la littérature était essentiellement imagination et réminiscences. Ne suis jamais retombé sur lui. Reste que son Sisyphe romantique est inoubliable.


3 mars 2011

Le regard amoureux traverse les jours, les sombres, les ensoleillés, surplombe le temps de chien, le bruit de fond à la fenêtre du matin, le froid, la misère à rester soi, surtout à devenir soi. Le regard amoureux (je parle en général, je suis si aveugle, mais j’ai la foi du charbonnier…) jette de loin sa lumière sur les traces d'oubli et de suie laissées derrière nos pas.



13 août 2005, lac Peasley

Le soir, au son des grenouilles et dans le va-et-vient des papillons de nuit sur la galerie, ça griche un peu sur la page du cahier avec la pointe de la plume. J’aime y faire de la réécriture, comme ça, tranquille. Petits labours miniatures, mots à découvert, tout ronds, tout cuits, déloussés avec une plume et ses cartouches.

C’est devenu une seconde nature depuis cet atelier d’écriture et de méthode en philosophie dirigé par Georges Leroux à l’automne de 1975 dans le vieux pavillon de la Gauchetière. Il y avait entre autres au programme un extrait de texte de Paul Ricœur, Quand le symbole donne à penser. Suivant le conseil de Georges (il faut faire comme les peintres, disait-il, et copier les maîtres pour que les mots vous rentrent dans la main), cette phrase, cette amorce en particulier, je l’ai utilisée des dizaines de fois en guise, en guise, en guise d’introduction et de parasol ou de paratonnerre, en particulier lorsque j’étais un peu perdu dans la direction de mes travaux d’étudiant… Je ponctuais pour marquer le coup d’envoi avec cette phrase  

« Je voudrais d’abord dire un mot sur le sentiment qui m’habite ».  Ah! Bon!   


Mais, en ce 13 août 2005, j’en suis à copier la page 173 de Vies minuscules de Pierre Michon (Gallimard 1984) : « Pas de jour plus insupportablement fort que celui-ci dans ma mémoire; j’y expérimentais que les mots peuvent s’évanouir et quelle flaque sanglante, bourdonnante de mouches et harcelée, ils laissent d’un corps dont ils se sont retirés : eux partis, restent l’idiotie et le hurlement. » 

Où sont les mots de sédiments floconneux pour parler de cet humble lac que j’ai devant les yeux parmi le réseau des lacs oligomésotrophes? 


Selon un article du Point en date du 13 août 2008, mais selon toute vraisemblance, cela doit s’être passé le jour précédant, soit le 12 août 1944 : les deux jeunes baveux sont saouls de bonne heure et caracole dans leur esprit de friture d’hippopotames bouillant l’idée de jouer aux clandestins en s’embarquant dans un bateau qui mouille au port de New York et qui est sur le point de partir pour la France.  L’idée, paraît-il, c’était de gagner Paris pour assister en chair et en os à la Libération! Rien de moins.  Oui mais, un marin aux yeux clairs repère les pingouins avant de lever l’ancre, les garoche dare-dare à la rue avec un pied au cul. 
 
 Eille ! J'vais tuer mon calice de vieux snoque !

 Puis, c’est fou, il faut jeter le corps dans l’Hudson, poings liés avec des roches dans les poches.  Ça reste nébuleux et c’est écoeurant. Quelques heures s’écoulent. Ça tremble de partout. Manquer d'air.  Penser à Dostoïevski. Revoir son ami Kerouac. La pression monte…
 Il en fera deux. Légitime défense, crime d’honneur face à un harceleur sur le point de violer un jeune homme… Ça c’est passé de même sur le devant de la scène.

Jack a fait une couple de jours de prison pour camouflage d’un crime.  Sa blonde a payé la caution contre la promesse de se marier!

 Ne pas rire dans sa barbe.



13 août 1998

Décès de Nino Ferrer.
Décès de Julien Green.


13 août 1926

Naissance de Fidel Castro. De passage à Montréal au début de l’année 1959, Castro déclare : « nous ne voulons pas de pain sans liberté ni de liberté sans pain »


13 juillet 1965

Mort de mon père Doloré. Le coeur.



Béthanie, 26 juillet 2009


Je reviens de France avec un petit crochet par le Vermont avec les Pedlers. J’ai entrevu après un mois d’absence mon jardin à la noirceur. M’a semblé bien ensauvagé. Fils abandonné. Le vent se lève. Le petit frigo n’est plus dans la botterie.Je suis en colère! L. m’a dit : «Vous écrivez de mieux en mieux. » Je ne crois pas être vaniteux.  Je ferme les yeux. Le vent est encore plus fort dehors. Toujours aimé cet orchestre du haut ciel de la nuit qui descend jouer jusque dans les branches des lilas bordant la maison. Est-ce que j’écris mieux? Je ne sais pas. J’écris sur le pouce.  Il faudrait que je fréquente beaucoup plus assidûment les livres en français.  On dirait que je ne suis plus d’ici.   Nous entrons dans la Vallée du Tarn en Arragon, vers Millare à 70 kilomètres, vers Sainte-Affrique.  Chemin faisant, les haltes ne manquent pas. Magnifique pays! On annonce des châteaux, Moulin-Neuf, Varbres l’Abbaye, la rivière Le Dordou, puis voilà Sainte-Affrique.  Je note avec une écriture qui tressaille tous les noms dans mon carnet. Oui, il faudrait que je relève ma paresse et vérifie les toponymes. Pour l’heure, je ne dis pas un mot à l’arrière de la voiture. J’ai tant rêvé avec les chansons de Vian en songeant aux routes graveleuses de France.  Ce voyage jusqu’en Avignon se déroulait le 7 juillet. J’aperçois des coteaux qui sont déjà en labours.  On doit les faire avant le 20 du mois, m’explique-t-on, sinon, c’est trop sec.  Nous sommes au Sud! Au pays du Roquefort.  Mais nous n’arrêtons pas! Allez, vers Cornius, route départementale 07… 


Montréal, 26 septembre 2007


Leur sang doit bien bouillir par le temps extraordinairement chaud qu'il fait en ce moment. Néanmoins, elles cacardent dans le ciel les outardes au beau nom de Bernaches du Canada. Elles s'appareillent comme de coutume. Je n'ai pas encore vu leurs volières fendre l'espace vers le sud. Ça fait quand même deux soirées qu'elles nous arrachent l'oreille. Il n'y a pas complainte d'échardes plus rugueuse et plus belle au monde que cet encouragement de la palmure au voyage en grand V irrégulier. Ça rit avec des grosses pelles en couleur dans le ciel de Montréal, ka-lunk, ka-lunk, ka-lunk…  Présage. Demain, l'hiver... Et puis l’oubli. Nenni, dit la Nani ! Pas demain l'hiver!
 « Je jetterai du pain dans le grand lac d’Oka, ou d'autres sortes de mies, pour qu'elles restent plus longtemps encore…
 pas demain l'hiver! » Jack a dit... Mais si, mais si, l’amie.  Demain l'hiver, disent les outardes au long cours et elles s'en foutent, elles s'en vont dans le Sud, au soleil, se baigner dans la mer... Et elles planteront leur long cou dans la soupe bleue. Elles nous laissent la paix. Elles nous donnent la paix. Elles se poussent en paix avec une chanson de Charlebois. Demain mon pays qui n'est pas un pays, mon pays qui n’est pas un pays, c’est une job et qui a bien Ducharme...


21 décembre 1987

Dans le dernier volume de la série Jean-Christophe de Romain Rolland, Emanuel est un petit bossu, un écrivain qui sait agiter une plume incisive.  Les pages de feu et de grand vent qu’il commet lui font mimer le charme du dompteur de lions qui, harnachant l’angoisse et le plaisir des foules, les remue, les soulève. 


Le cirque politique n’a pas que des clowneries à se mettre sous la dent : au centre du brasier, il invente aussi des fauves hyperboliques et des foules qu’on assassine vraiment. (Parfois, un artiste passe et signale qu’un ange invisible – comme l’ange des livres? – peut s’y balancer comme un poème dans l’opacité du désir.) Or, très singulièrement, il arrive que ce personnage de fiction, cet Emmanuel, ait été inspiré par un petit bossu véritable et dont le nom, magistral, a circulé comme une honte, comme une tache dans les salons libéraux de l’Occident des années 1930. Un peu comme quand on scande aujourd’hui le nom de Mandella, en ce temps-là, par-dessus les fouets d’une autre espèce de dompteurs macabres officialisés par la main de Dieu ou la force brute, on clamait : « Liberiamo Gramsci ! ».