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09 octobre 2020

Des excuses systémiques

 



Des excuses systémiques Ha!


J’ai beaucoup de souvenirs de la Crise d’octobre 70 qui fut déterminante pour la génération qui est la mienne, je pense tout au moins à ma tribu de laquelle plusieurs de ses sorciers sont toujours là, amis de feu, chacun un cadeau précieux de la vie, tribu forgée au fil des études secondaires et qui entrera au Cégep de plain-pieds en 1971. Avec les filles!


Le coup, l’effet d’octobre? C’est pour ainsi dire dans l’après-coup que ça se passe, caractérisé par un bouillonnement de tous les diables, aurait pu dire notre professeur José A. Prades, au cœur le plus tendre de notre jeunesse en ma tribu fougueuse. En effet, les jeunots cégépiens verront arriver en classe pour le cours d’introduction à la sociologie M. Prades, docteur en sociologie, spécialiste de Max Weber et d’Émile Durkheim (cf. http://www.religiologiques.uqam.ca/no9/prade.pdf ) avec sous le bras la revue Socialisme québécois, coiffée du titre « Québec 70 la réaction tranquille », nos 21-22, avril 1971.  À propos, avec le recul il est fascinant de lire la reconstruction de ce courant de la gauche québécoise, sévèrement critiquée Ici dans cet article de Globe qu’on trouve via Érudit : Angelot, M. & Gagné Tremblay, T., (2011). De Socialisme 64 à Socialisme québécois ou l’invention du marxisme au Québec. Globe, 14 (1), 139-157. https://www.erudit.org/fr/revues/globe/2011-v14-n1-globe1819725/1005990ar.pdf



Ce cours nous transforma pour la vie. Mais pour l’heure, je suis jusqu’en 1973 un jeune militant du PQ émergeant d’alors (fondé en 1968; les nouvelles parleront demain du PQ actuel, marginalisé, et de son nouveau chef). Je participe à deux congrès nationaux à titre de délégué élu de la circonscription de Shefford, aujourd’hui Granby et une partie, dont ma cambrousse, de l’actuel comté de Johnson.


De cette ancienne vie de garçon, j’en viens aux EXCUSES :je trouve dans mes archives une copie d’une « Résolution spéciale »  du Conseil Exécutif du PQ soumise lors du troisième congrès national du parti en février 1971 (qui avait brassé pas mal avec, entre autres, l’élection de Pierre Bourgault à l’Exécutif, précédé d’un discours célèbre qui exaspéra René Lévesque - https://youtu.be/JF4vUJ1sB-w). Le texte exige du gouvernement québécois que soient indemnisées « les victimes innocentes des arrestations et perquisitions abusives... ». En ses Attendu, le préambule très précis souligne avec force  les entorses aux droits fondamentaux, la répression politique des forces progressistes au Québec par les gouvernements Trudeau-Bourassa, l’utilisation du pouvoir judiciaire à des fins partisanes. 



L’après octobre 70 déboule. Nous lirons les manifestes publiés coup sur coup par les grandes centrales syndicales : L’État rouage de notre exploitation (FTQ, https://m-editeur.info/letat-rouage-de-notre-exploitation/ ), Ne comptons que sur nos propres moyens (CSN, http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/Ne_comptons_que_sur_nos_propres_moyens/ne_comptons.html), L’école au service de la classe dirigeante de la CEQ. (https://www.ababord.org/Trois-manifestes-syndicaux-CSN-FTQ ). Le prof de philo Laurent Valiquette nous fait lire le Manifeste du Parti communiste et des articles du Club de Rome.  Émile Roberge, prof. et écrivain, présente dans son cours de poésie le film sur la Nuit de la poésie au Gesù en 70 (https://www.onf.ca/film/nuit_de_la_poesie_27_mars_1970/ ). Madeleine Monette, qui deviendra romancière et poète, nous introduit à De Saussure, nous fait lire La reproduction de Bourdieu (http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Reproduction-1952-1-1-0-1.html), Langage et société d’Henri Lefebvre. Paul-André Fortier qui abandonnera l’enseignement pour devenir danseur étoile, monte des spectacles avec les étudiants dans son cours de théâtre. Nous sommes dans un petit campus de 400 étudiants! Tellement chanceux d’avoir eu ces professeurs!  


Au printemps 1973 éclatera la grève du front commun intersyndical, l’emprisonnement des Chefs syndicaux, le goût de tomber en amour et de sacrer son camp.



Entre temps, je suis de près le Procès des Cinq, je lis Point de mire dirigé par Bourgault, et religieusement Québec-Presse les dimanches; j’assiste à Sherbrooke au spectacle bénéfice pour les prisonniers politiques de Poèmes et Chants de la Résistance; je découvre avidement Pierre Vadeboncoeur : j’avale en une nuit son Indépendance(s). J’ajoute enfin cette autre lecture importante qui donna sens au Québec meurtri de ma jeunesse : La vigile du Québec de Fernand Dumont. https://www.erudit.org/fr/revues/rs/1972-v13-n1-rs1530/055564ar.pdf




05 juin 2019

La lettre d’amour de Ruba Ghazal

 « T’en souviens-tu...Godin?
Astheure que t’es député ». 

Mais quelle belle lettre d’amour et de délicatesse, dirait Pauline Julien!  Avec un sens précis de la généalogie du cœur, pour la suite du monde.

La lettre d’amour de la députée Ruba Ghazal

02 novembre 2017

Hommage de Gabriel Nadeau-Dubois à feu René Lévesque

Il y a trente ans, René Lévesque nous quittait. J'étais en larmes, endeuillé. Il s'adonne que ce jour-là, ma compagne et moi avions prévu une sortie au cinéma qui n'était pas banale, une gardienne venait pour la première fois garder les enfants, c'était la première sortie depuis la naissance de notre plus jeune née en juin. Le film à voir en cet automne de 1987 était Les ailes du désir de Wenders, en version originale sous-titrée... Rechaudes larmes devant une telle évocation des baisers de la vie.

Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, le jeune député Gabriel Nadeau-Dubois a rendu hommage à l'humaniste, au journaliste pédagogue ouvrant des fenêtres sur le monde que mon père suivait à Point de mire, au bâtisseur parmi les plus marquants de la Révolution tranquille avec notamment la nationalisation de l'électricité, enfin à l'indépendantiste cultivé, mais en effet, jamais loin du peuple.

https://mobile.twitter.com/QuebecSolidaire/status/926152852887793666/video/1

28 octobre 2017

Éric Martin : l'indépendantisme québécois réapprivoisé

En ce 27 octobre 2017, l'indépendance proclamée de la Catalogne était dans l'air. Dans un tout autre contexte, au Monument National à Montréal avait lieu le lancement de Un pays en commun (écosociété, 265 pages) d'Éric Martin, professeur de philosophie au cégep Édouard Montpetit. 

Je n'ai évidemment pas encore lu le livre, mais voici quelques notes glanées lors de la présentation. 

Photo J.Desmarais.
L'auteur insiste sur l'effort de synthèse dialectique qui l'anime, à savoir que la pensée indépendantiste est indissociable de son enracinement dans un " socialisme d'ici ", reprenant en cela une formule du regretté Fernand Dumont. L'ouvrage s'inspire, renoue et souhaite réactualiser (notamment en lien avec les menaces écologiques) l'énergie créatrice des débats politiques majeurs des années 60-70 qui se trouvent à mille lieues du conservatisme actuel ambiant sur la question du Québec et des jappements d'une certaine extrême droite dite décomplexée. La tradition critique est un " héritage à rapailler ", comme l'écrit Martin en tête de chapitre. Le coeur de l'ouvrage se présente donc comme une relecture de la pensée d'acteurs marquants : Hubert Aquin, Parti pris (indépendance, socialisme et laïcité), le Front de libération des femmes, Fernand Dumont, Marcel Rioux et Pierre Vadeboncoeur. (Les choix de l'auteur ne semblent pas avoir retenu le corpus de la revue Socialisme Québécois). Prenant appui sur cette vive tradition pour qui l'indépendance du Québec a toujours été liée à la question de la transformation et de l'émancipation sociale, le dernier chapitre propose dans un esprit de solidarité internationaliste une vaste discussion pour " constituer une république écosocialiste indépendante au Québec et réapprivoiser l'indépendance décolonisatrice ".

Photo J. Desmarais. L'auteur Éric Martin avec Gabriel Nadeau-Dubois et Amir Khadir, députés de Québec Solidaire

Photo J. Desmarais. Éric Martin. 



28 décembre 2016

Lettre à Michel Chartrand de sa fille Suzanne

C'est à mes yeux le plus beau texte politique québécois, le plus complet, le plus rassembleur de cette fin d'année 2016 : Suzanne-G Chartrand, Lettre à Michel Chartrand, Le Devoir, 20 décembre 2016.




Lettre à Michel Chartrand

Michel Chartrand, en 2006
Photo: Jacques Grenier Archives Le DevoirMichel Chartrand, en 2006
Mon cher Michel, en février 1971, de prison, tu m’écrivais une très belle lettre. Je te réponds aujourd’hui en guise de cadeau pour tes 100 ans.
 
Tout l’automne, j’ai passé mes journées avec toi, belle façon de vivre mon deuil, de laisser émerger la sérénité à travers la tristesse. Les Innus disent qu’un être ne meurt jamais, qu’il vit dans le coeur et la pensée des autres. Grâce à mon petit livre hommage (À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand — Témoignages et réflexions sur son parcours militant, Éditions Trois-Pistoles) fait avec la complicité de ton vieux pote Jean Gladu, alias Leonardo, des centaines de personnes ont vibré à tes pensées, au rappel de tes actions, à l’évocation de tes valeurs, à ton espoir. Bonheur, beauté, dignité, démocratie, solidarité, socialisme…
 
Depuis que tu as quitté cette terre, il y a six ans, il s’en est passé des choses. Mobilisation sans précédent de la population pour soutenir le mouvement des étudiants qui, à partir d’une revendication simple, a réussi à canaliser les énergies contre les politiques néolibérales, dites d’austérité. Mais, toi, tu aurais compris qu’il s’agissait de bien plus que des mesures d’austérité budgétaire : le projet de nos gouvernements est de détruire les acquis sociaux arrachés par les mouvements syndical et populaire, de liquider ce qu’il reste de l’État « providence ». Comme tu l’avais constaté en 1968, cette fois encore, les jeunes ont réussi à mobiliser les moins jeunes et les personnes âgées. Tous marchaient ensemble dans les rues. Le 22 avril 2012, nous étions 250 000 à célébrer nos luttes, nos espoirs et notre Terre, formant un gigantesque arbre dans le parc Jeanne-Mance, à Montréal.
 
Indignation
 
En 1995, tu te disais profondément honteux que toi et les Québécois blancs ayez mis autant de temps à prendre conscience que ta ville, Montréal, était en territoire mohawk, que nous étions encore ignorants et insensibles à ce que vivaient nos soeurs et nos frères des nations et communautés amérindiennes dont nous occupions les terres. Idle No More, Wapikoni mobile, Présence autochtone et mille et une actions témoignent aujourd’hui de la détermination des Premiers Peuples d’être enfin respectés et de faire reconnaître leurs droits. On apprend enfin à les connaître et on commence à les respecter.
 
Toi qui as toujours vilipendé les guerres impérialistes et les coups d’État qui établissent des dictatures politiques (ou économiques) ; là où les peuples menacent le système d’exploitation et d’oppression, tu serais profondément meurtri par le carnage au Moyen-Orient organisé et entretenu par les grandes puissances qui alimentent les mouvements islamistes et xénophobes tous azimuts.
 
Mais tu aurais été heureux d’apprendre qu’une large coalition d’une gauche démocratique qui veut prendre les choses en main et convertir l’indignation en changement politique, Podemos, participe à la direction de plusieurs grandes villes espagnoles ; ce n’est qu’une partie du pouvoir, certes, mais cela permet d’améliorer sérieusement la vie des gens au quotidien, de faire de l’éducation politique et que tous, ensemble, grugent le pouvoir et expérimentent de nouvelles formes de démocratie.
 
Même le peuple chilien, dont tu as tant admiré l’imagination et le courage, se lève et des dizaines de milliers de jeunes ont déferlé comme les vagues du Pacifique à Santiago. Tu avais bien raison, vieux sage, il faut garder confiance dans la jeunesse et dans sa capacité de révolte.
 
Terre-Mère
 
Plus encore qu’hier, il nous faut prendre conscience qu’on ne peut plus vivre sans penser aux conséquences de nos actes, qu’on doit se mobiliser et convaincre que seules les luttes pourront limiter la barbarie : destruction de l’écosystème, des villes et villages, pillage légal et illégal des ressources, assassinats, génocides…
 
La Terre-Mère est à un point de non-retour. On l’a détruite et on continue, entre autres par l’exploitation minière et des énergies fossiles. Air, sol, eau, tout est en danger. Seules des mobilisations massives, et à l’échelle de la planète, pourront stopper l’inévitable, car le futur est maintenant.
 
Tu as fait ce que tu devais faire ; ta fille Hélène ajouterait que tu n’as fait que ton devoir. À nous de poursuivre. Nous, que tu surnommais souvent les « glorified slaves »mus par le désir de consommer davantage, de faire carrière, de se replier sur soi…
 
Tu disais qu’il y avait des coups de pied au cul qui se perdaient, nous en aurions bien besoin pour nous secouer un peu plus. Non seulement il faut faire plus, mais aussi autrement. Dans des médias alternatifs et dans Le Devoir, des voix se lèvent, argumentent et disent qu’il faut reconstruire le système de l’éducation, que c’est par l’instruction que les jeunes se socialiseront et découvriront la solidarité ; qu’il n’y a pas de santé publique sans prendre en considération les facteurs sociaux qui affectent la santé ; que 15 $ l’heure est une question de dignité ; qu’on ne construira jamais un pays sans les peuples et nations autochtones. Tu vois, on continue et tu nous inspires encore.
 
Tu as toujours prétendu que tu n’avais pas de leçons à nous donner, mais il demeure que plus on te connaît, plus ton exemple nous aide à avancer vers plus d’humanité et de démocratie.
 
Je te salue, vieux frère et mon cher petit papa.

04 mars 2016

Bourgault vu par Jean-François Nadeau


Jean-François Nadeau annonce qu'il fait paraître ces jours-ci une nouvelle édition, augmentée et corrigée, de la biographie de Pierre Bourgault.  J'aime beaucoup la citation qui accompagne sa réclame.  Ça clame, en effet :

«Je rêve que le Québec, libre enfin, devienne le premier pays du monde à n’avoir ni drapeau, ni hymne national. Je rêve de voir notre seule liberté nous servir d’étendard et notre seule fraternité nous servir d’identification pour le genre humain.» 
—Pierre Bourgault, 1970.



Lors de la parution originale du livre de Nadeau (Lux Éditeur, 2013), Louis Gill avait partagé une recension substantielle dans le Bulletin d'histoire politique.

31 janvier 2016

Le Québec flottant vu par Josée Boileau

Josée Boileau avec son Message personnel signe son dernier éditorial dans Le Devoir du 30 janvier 2016. Elle va me manquer.

Vivre pourtant, en effet!


Extrait :
« Il en reste pour croire qu’une telle conscience vient avec un pays. Mais il n’est plus en vogue de le dire : vieille idée tellement années 60, et qu’y gagnerions-nous, n’est-ce pas, nous qui vivons déjà si bien ? D’autant, dit-on encore, que le PQ croule avec son chef, que la CAQ n’est que l’ombre de ses promesses, que QS s’inscrit à la marge, que ON flirte avec l’inexistence et que le Bloc vivote. Démonstration serait donc faite : la souveraineté n’a pas d’avenir et les Québécois sont las de ce débat.

...Oui, mais pas tous. Oui, mais l’envie de souveraineté n’est pas que jeu politique. Oui, mais la place du Québec, même au sein d’un espace fédéral, reste en suspens. Personne n’entend y remédier ? Alors flottons, et laissons les enjeux du siècle, ceux discutés partout — la sécurité, le déplacement des populations, l’environnement, l’après-pétrole —, nous échapper. Nous sommes repus, préservés, insouciants, bravo. Mais reconnaissons au moins qu’on pourrait exiger davantage de nous-mêmes. »

10 janvier 2016

Les Québécois sont des colons?

Via Yves-Marie Abraham

Anatomie du colon.

L'autre jour à l'émission littéraire de R.C, POEDFPOL animé par Marie-Louise Arsenault, j'entendais le philosophe Georges Leroux commentant le repli des pays européens dans leur propre culture comme une espèce de réflexe de sauvegarde de la maison commune et de l'héritage classique. Nous n'en sommes pas là ici, ajoutait-il, parce que nous sommes colonisés. Bien entendu, nous sommes jeunes et bizarres! Mais. Mais quoi? De la culture aux institutions politiques qui nous définissent (et non l'inverse!), je dirais que l'exposé ci-après d'Alain Denault est d'une lucidité douloureuse. Ça dure une heure. Ça vaut la peine. Exposé dans le cadre du cycle des Conférences 2015 de la coalition Eau Secours. C'est un exposé éclairant, fin, consistant et effectivement courageux. Il y a chez Alain Denault en filigrane de ses propositions un feu contenu, un réflexe éthique (au sens d'être scandalisé) lorsque, par exemple, vers la fin, il souligne le trait si parlant d'un Philippe Couillard s'en remettant à New York pour conforter sa politique d'équilibre budgétaire. Denault tire alors l'enjeu concret du colonialisme à gogo, moderne, bien maquillé et intégré dans les institutions politiques de « notre » monarchie constitutionnelle, pour tous les acteurs sociaux qui ne graviront jamais les échelles sociales consenties au compte-gouttes par les décideurs. Aussi, auparavant, vers 31h30, le propos est, oui, douloureux de lucidité. Je redis le mot résister. Nous n'aspirons pas ici à être des colons!




En complément, je reprends de la page FB de Yves Marie Abraham un commentaire formulé par Paul Sabourin qui suggère au débat lancé par Denault des nuances et des pistes liées à la matrice de la sociologie. ( Je corrige quelques coquilles).

Paul Sabourin « Bien que ces distinctions me semblent utiles entre colonisateur, colons et colonisés, il y a plusieurs nuances et approndissements qu'il faudrait faire à la lumière des travaux sociographiques du Québec comme du Canada. On ne peut pas ranger sous colons sans faire de nuances les populations déportées pour les projets coloniaux ex. Les chinois pour les chemins de fer ou aujourd'hui les migrants de travail.
Dans le Québec, le récit historique d'Alain Deneault fait l'impasse sur la Conguēte de la Nouvelle-France par les Britaniques qui a donné lieu à des dérives comme l'aparthaid des canadiens-Français à Drummundville dans les années 40 institué par un dirigeant d'une multinationale britanique. Les colons ne sont pas des conquis. Parler des Canadiens-Français comme classe moyenne est plus juste aujourd'hui qu'hier. Il faut relire le texte de Dofny et Rioux classes sociales et classes ethniques. Enfin, si l'ordre dominant est bien celle d'une colonie, malgré ce que pense et ce que veut l'ordre dominant, il existe bien une société québécoise et canadienne. Faut-il le rappeler que les canadiens-français étaient de très mauvais colons : irrationnels économiquement, inférieurs et en retard comme nos néolibéraux l'ont si bien dénoncé. De résumer les canadiens-francais à un intéret économique mesquin parle plus d'aujourd'hui que d'hier et plus de l'élite actuelle que de l'ensemble de la population. Plus fondamentalement, ne pas reconnaître les réalités sociologiques qui ne se résument pas à l'économique coupe l'herbe sous le pied de la constitution d'un ordre républicain politique parce celui ne peut naître d'un homo economicus seulement motivé pas l'appât du gain. N'est  [-ce] pas la lecture qu'il faut faire des notions d'objectivation et de réifiecation de Luckas qui font que les dominés en viennent à se penser dans les termes des dominants, seulement motivés par le petit gain mesquin que ceux-ci leur concèdent généreusement ? »


28 octobre 2015

Le Québec ben tranquille?

20 ans après le référendum de 1995, la « foi » souverainiste serait à son niveau le plus bas selon un sondage publié ce matin dans le journal Le Devoir (http://www.ledevoir.com/…/le-projet-de-pays-du-quebec-rebute).Il y a du lousse là-dessous et c'est ma foi assez loin d'une réflexion et d'une action politique concrète. Dans l'interview qui suit, Stéphane Courtois, professeur au Département de philo de l'UQTR, pose ici à tout le moins une bonne question que j'actualise : qu'est-ce que l'attirail libéral fédéraliste du valeureux Philippe Couillard attend pour proposer aux Québécois de signer la Constitution de 1982? Si possible avant 2017! Ah! Ça ne passe pas en criant ciseau? Si nous n'en sommes pas là parce l'inadéquation demeure dans cette « maison de fous », où sont les explorateurs sincères d'un Canada à libérer en train d'inscrire dans les faits l'égalité des peuples et des nations en ce pays si cher à Justin? Il y a de l'ouvrage là! Mais si cette vision n'est que berlue comme plusieurs le pensent depuis 50 ans (voire100 ans, hein Robidoux!), que faire par ailleurs des simagrées désolantes des nationaleux du « pays à tout prix »?

06 juin 2015

Fable de Vigneault pour Jacques Parizeau


Dans son édition de ce samedi, le journal Le Devoir, comme il se doit, consacre un cahier spécial à la mémoire de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau décédé le 2 juin 2015. Parmi la douzaine de textes se trouve cette petite fable du grand Gilles Vigneault qui en dit beaucoup. Ailleurs, il a pu dire le Vigneault du par coeur, l'oeil fixé sur l'horizon :

« Mettez vot' parka, j'mets le mien
            Vous verrez d'où ce que le vent vient »




« C’était un homme aisé, dans un village de la côte, un homme qui connaissait l’argent, mais qui n’y était point soumis. Et que des circonstances particulières avaient élevé dans l’habitude de cet outil qu’il ne faut jamais, disait-il, élever au rang de maître. Il connaissait aussi l’histoire du village et celle des gros navires qui accostaient parfois au quai modeste du village.

Les rares touristes qui en descendaient, par curiosité pour l’indigène, ne souhaitaient pas plus que l’équipage voir les gens du lieu monter à bord. Précaution inutile, personne du village n’en rêvait. Notre bonhomme que la peur n’eut jamais l’honneur d’habiter, ayant senti des ondes de mépris émanant d’un de ces navires, conçut le plan de construire un navire qui permettrait à tous ceux du village qui le voudraient de trouver ouverture sur le monde. On avait trouvé des bois nobles, mille effets d’accastillages et surtout un savoir-faire, ignoré de ceux mêmes qui s’y découvraient.

Il fut bien sûr d’abord en butte aux quolibets, traité de rêveur, et lorsque des officiers du grand navire le surent… il se vit surveillé. On riait, on brocardait encore, mais on finit par comprendre qu’il avait inventé des outils capables de bâtir. On mobilisa ceux du village qui s’étaient montrés réticents et on leur fit comprendre le danger d’une telle entreprise et surtout qu’elle était irrémédiablement vouée à l’échec.

Il persista quand même et un certain nombre avec lui. Le jour où tout le village était convoqué pour le lancement du bateau… il y eut tellement de peur que les grands navires ne reviennent plus jamais accoster à leur quai, il y eut tellement de trahisons que les quelques fidèles qui lui restaient ne purent à eux seuls réparer les câbles du treuil qui avaient été coupés dans la nuit et que le bateau est là, prêt à prendre la mer… et que… le bâtisseur mourut de chagrin.

Les gros navires sont revenus accoster, rassurés. Ils parlent beaucoup plus gentiment aux villageois et l’un d’eux leur a même suggéré de faire de « cette merveille » (c’est ce qu’il a dit du bateau) une attraction touristique… qui pourrait attirer encore plus de gros navires… sur lesquels ils sont désormais invités à travailler et peut-être un jour à voyager…

Bien sûr, l’équipage de la première heure reste irréductible, mais les villageois sont perplexes. Les gens des gros navires rendent sans arrêt depuis un tel concert d’hommages au bâtisseur que les villageois s’interrogent.»

- Gilles Vigneault, Le Devoir, 6 juin 2015

05 juin 2015

Le grand Jacques Parizeau vu par Françoise David


Très bel hommage de Mme David à l'Assemblée nationale à la mémoire de Monsieur Parizeau décédé le 2 juin 2015. En des mots dignes et justes, la députée de Québec solidaire témoigne de l'héritage considérable que laisse cet homme d’exception à la société québécoise.  Révolutionnaire tranquille avec quelques autres, Parizeau a littéralement propulsé le Québec sur le chemin de la liberté sans jamais perdre de vue les inégalités de toutes sortes, à commencer par l’inégalité politique des Québécois au sein du Canada.    

Sous l'insistance de son ami Gaston Miron, Monsieur Parizeau a publié en 1997 une série de textes et de discours sous le titre Pour un Québec souverain (vlb éditeur). La petite librairie du Complexe Guy-Favreau (devenue à présent une succursale de Renaud-Bray) organisait à l'époque de fréquentes rencontres avec les auteurs. Monsieur Parizeau fut invité et j'étais un des premiers de la file à faire signer mon exemplaire. Ce n'était pas là pour moi une coquetterie mondaine.  Je tenais à lui dire de vive voix merci. 


02 juin 2015

Jacques Parizeau est décédé



« Immense peine ce soir. L'homme de ma vie est parti. Tout en douceur, entouré de plein d'amour. Après un combat titanesque, hospitalisé durant cinq mois, traversant les épreuves, les unes après les autres, avec un courage et une détermination hors du commun, il a dû rendre les armes ce soir, 1e juin un peu avant 20 heures. Nous sommes dévastés. Nous l'aimons et l'aimerons toujours. »


Jacques Parizeau n'est plus. (Jean-François Nadeau, Le Devoir, 2/06/2015).

« [...] je suis un souverainiste assez peu conformiste et, initialement, tout au moins, assez peu émotionnel. Ce n'est que petit à petit que j'ai appris à aimer le Québec pour ce qu'il est. Au fond, j'ai choisi un gouvernement avant de choisir un pays. 
Cela déteint sur toute mon activité politique [...] La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet. Autrement, c'est une perte de temps. On a mieux à faire dans la vie. »
— Jacques Parizeau, Pour un Québec souverain, VLB éditeur, 1997, p.20.

La dernière entrevue de fond de M. Parizeau avec Michel Lacombe diffusée en avril 2015 et référencée sur le Train.

Le parcours de l'ancien chef indépendantiste vu par Radio-Canada.

21 mai 2015

Le « chant » de mémoire des Patriotes


Lundi dernier, le 18 mai, c'était jour férié à la mémoire des Patriotes de 1837.

À ce propos, j'ai beaucoup apprécié l'intervention d'Amir à l'Assemblée nationale qui propose, malgré le brouhaha irrespectueux des « amis d'en face » pour qui l'heure est à l'autoritarisme tous azimuts, une lecture intelligente et précise pour notre devenir soi démocratique ensemble, aujourd'hui.



06 avril 2015

Monsieur Parizeau au 21e

Retour en ville ce matin en auto, entendu chemin faisant à la radio l'interview de fond de Michel Lacombe à son 21e, avec Jacques Parizeau. Comme dirait Monsieur, rencontre des plus inspirantes à plusieurs égards. À propos du Québec actuel, bien sûr, sur le P.Q. dévasté (ni par QS, ni par ON, mais par lui-même!), le dogme religieux du déficit zéro, la tendance nombriliste ici à déformer le monde dans lequel on vit faute de formation en histoire, en géographie (non, le Québec des lucides n'est pas la Grèce!), sur la nécesssité de raisonner en économie, sur les perspectives d'une nouvelle révolution industrielle qui nous pend au bout du nez avec l'imprimante en 3D, à propos de nombreux jeunes Québécois ambitieux des 30-40 ans qui réussissent dans tous les domaines, sur l'avenir à préparer avec enthousiasme, mais aussi, avec aplomb et humanité, on y entend quelques confidences sur la fin sereine de sa propre vie que l'ancien Premier ministre voit venir, fatalement, à 84 ans. Vraiment majeur.

05 novembre 2014

Pierre Karl Péladeau : l'homme à battre!

L'article en référence de Julien Brault à la fin de mon commentaire esquisse un portrait de l'homme politique probablement le plus en vue au Québec en ce moment : Pierre Karl Péladeau. En passant, « Karl » est loin d'être un K banal puisqu'il s'est drapé d'influences romantiques, au sens allemand du terme, lors de ses études en philo à l'UQAM. À ce chapitre j'ai trouvé particulièrement cocasse de lire dans l'article de Brault les témoignages des professeurs Latraverse et Ayoub qui m'ont également enseigné.

Cet article est paru en mars 2014, quelques semaines avant que PKP fasse son entrée à l'Assemblée nationale à titre de député de Saint-Jérôme et bien qu'il tarde à annoncer sa candidature à la chefferie du Parti Québécois, il est de loin le favori.

Voici donc le nouveau « sauveur » tant attendu de la cause indépendantiste québécoise capable de pousser à son terme, en passant par une droite « efficace », le destin de la nation? Il ne brille pourtant pas tant que cela depuis qu'il a revêtu les habits d'homme politique et son complet-veston de fin renard de magnat de la presse l'a jeté assez durement dans une couple de controverses et de soupçons de conflits d'intérêts bien exploités par ses adversaires politiques, y compris à l'interne du PQ (le pavé de Jean-François Lisée, ce qui a fait venir au front la « belle-mère » Bernard Landry, ex-premier ministre péquiste).   

PKP a huit mois devant lui pour gagner la direction du PQ, puis quatre longues années avant les prochaines élections. D'ici là, l'austérité, les coupures, la privatisation et le démantèlement de l'État québécois opéré en vitesse accélérée par le PLQ au pouvoir vont possiblement permettre à PKP de respirer à l'aise et à fond l’ambiance néolibérale tout en jouant quelques lignes de violon tirées de la solidarité. Aujourd'hui même, en une seule journée, PKP a défendu le principe de l'universalité des garderies remis en cause par le gouvernement Couillard tout en voyant d'un bon oeil un peu de privé en santé

Que de noirceur et d'aveuglement en perspective si la gauche ne réussit pas à dépasser le plateau des 10 % de l'électorat pour qu'il se passe quelque chose enfin!

Portrait de l'homme à battre :   
Julien Brault, PKP et l'exercice du pouvoir, Les Affaires, 22 mars 2014

En complément dans Le Devoir du 6 novembre 2014 :


COURSE À LA CHEFFERIE DU PQ

Pierre Karl Péladeau peaufine son programme


6 novembre 2014 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
Le député et actionnaire de contrôle de Québecor Pierre Karl Péladeau dit avoir bien mûri son choix de faire le saut en politique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
« L’indépendance a de l’avenir », affirme PKP. 

En complément :


PKP hanté par ses lockouts

La FTQ a annoncé son intention de torpiller sa candidature à la chefferie du PQ


Le Devoir, 12 novembre 2014 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec

PKP se dit toujours « en réflexion » sur son avenir politique, malgré les informations obtenues par Radio-Canada selon lesquelles il sera bel et bien de la course.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne. PKP se dit toujours « en réflexion » sur son avenir politique, malgré les informations obtenues par Radio-Canada selon lesquelles il sera bel et bien de la course.

Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, en a marre d’être dépeint comme un patron de presse impitoyable duquel les progressistes devraient se méfier. Le Parti québécois doit faire le plein d’appuis à la fois à « droite » et à « gauche » s’il entend« faire du Québec un pays », est-il conscient.

Dans Le Journal de Montréal, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a évoqué l’idée de lancer une consigne de vote ou encore de noyauter le PQ afin de barrer la route à « un employeur intransigeant [responsable de] 14 lockouts ».

De retour de Barcelone où il a goûté à la fièvre indépendantiste catalane, PKP a fait peu de cas de la sortie médiatique du numéro un de la FTQ. Il se dit d’autre part toujours« en réflexion » sur son avenir politique, malgré les informations obtenues par Radio-Canada selon lesquelles il sera bel et bien de la course à la direction du PQ. [...]

27 octobre 2014

Le rêve embrouillé du Canada


Se faire acheter pour une chanson! 

Le gouvernement du Canada met la table actuellement pour célébrer en 2017 la grande noce d'union de son 150e anniversaire. Dès à présent, on célèbre les tractations de 1864 qui ont mené à la création du Dominion du Canada. Ha! Quand le symbole donne à penser, comme dirait Paul Ricoeur! Jean-François Nadeau dans son billet de ce lundi au journal Le Devoir intitulé La boule retourne les représentations classiques des « pères de la Confédération », en peinture et en gravure, soulignant à sa manière la farce politique de l'union de deux nations et, pourrait-on ajouté d'un trait de plume, l'oblitération des peuples autochtones encore de nos jours considérés légalement en vertu de la Loi des Indiens comme des enfants.

Le grand Canada : un « pacte entre deux nations? » Plutôt « [...] un rêve dont se sont bercées des générations de fédéralistes québécois pour dissimuler leurs déceptions de le voir sans cesse crever puis se retrouver finalement devant rien », écrit Nadeau.
  
« La maison de fous » disait René Lévesque!

Bon, forçons-nous un peu! Laissons donc de côté un instant cynisme et ressentiment! Mais pourquoi donc ce genre de commémorations servent-elles le plus souvent à éteindre la mémoire plutôt qu'à l'éveiller, à réécrire l'Histoire (officielle) plutôt que de la vivre en dialogue et fraternité?  

L’égalité, ici, a des dimensions assez originales d’ordre établi et de « statues » quo! Voilà! Voilà pourquoi « je m'ennuie d'un pays qui n'est pas un pays », comme le chante dans sa chanson la moins finie le grand et toujours debout Gilles Vigneault qui célèbre en ce 27 octobre ses 86 ans! 

Au Québec, disait Leclerc, tout commence et tout finit par une chanson.

« Je m'ennuie d'un pays qui n'est pas un pays
Je m'ennuie d'un pays qui n'est pas
Je m'ennuie d'un pays qui n'est pas aujourd'hui
Je m'ennuie d'un pays qui sera

Ainsi parlait un voyageur
Qui vint chez nous un soir de pluie
Il était tout vêtu de gris
Il n'était pas de mes amis
Tout ce qui m'est resté de lui
C'est ce refrain dont il m'a dit
C'est ma chanson la moins finie
Et j'y travaille jour et nuit
Qui êtes-vous? Où allez-vous?
Il répondait : Je suis la roue
Et ce n'est pas trop long la vie
Pour aller de chez moi chez vous

Je m'ennuie d'un pays qui n'est pas loin d'ici
Je m'ennuie d'un pays qui n'est pas
Un pays qui frémit sous mon pas d'aujourd'hui
Je m'ennuie d'un pays qui sera »
- Gilles Vigneault

Allez!  Vivre debout!