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16 octobre 2016

Dialogue sur le féminisme : Diane Lamoureux et Aurélie Lanctôt


La série Face à face au Canal Savoir est digne de mention pour la qualité des échanges qu'on y entend et les points de vue critiques qui s'y expriment. L'épisode diffusé hier aborde le féminisme actuel trop souvent cantonné dans des « sujets de femmes », avortement, violence sexuelle, alors que la vie des femmes est partout dans la cité (transports, aménagement urbain, relations de travail...), la diversité et les tenions normales du mouvement, les limites de l'institutionnalisation, son instrumentation politico-juridique qui sert parfois à contourner l'inégalité de fait encore présente partout entre les hommes et les femmes dans nos sociétés capitalistes basées sur l'accumulation inégalitaire... 

L’avenir du  monde avec des femmes et des hommes libres...  

La fiche de l'émission qu'on peut revoir sur le site du diffuseur se donne à lire comme suit :

Quel féminisme pour le 21e siècle?

Pour Diane Lamoureux (Les possibles du féminisme, éditions Remue-Ménage, 2015) et Aurélie Lanctôt (Les libéraux n’aiment pas les femmes, Lux éditeur, 2015), les groupes féministes ne doivent pas se contenter des gains réalisés depuis un siècle de féminisme. Qu'il s'agisse du conservatisme identitaire ou les politiques d'austérité, des courants politiques persistent dans le monde d'aujourd'hui et font reculer les acquis de l'égalité des sexes. Rencontre entre deux générations de femmes pour la suite du féminisme.

07 octobre 2016

Humoir d'un temps si doux pour l'affranchie

Bon, gaz entre le jazz et la jajaja, je n'ai pas la garde-robe du vieux Shah d'Iran, mais, par exemple, l'habit de noce prêté par Réjean pour un costume de théâtre (monsieur « Chauchier » dans Bain public), y est cintré haut et court dans son coin, bien enveloppé, jolie chemise et cravate incluse! Réjean n'entre plus dedans dirait-on depuis peut-être belle lurette, moi si, serré, mais j'avions l'air d'un jeune coq alors que le personnage et sa vieille sont centenaires, pis y viennent de passer au feu, se font exploiter à l'os... Non, non, ce que je veux dire, c'est que ç’a n’a pas de maudit bon sens que le temps si délicieux nous sacre là tout d'un coup pour la simple et unique raison que mes chemises ordinaires à manches courtes ainsi que mon tiroir de gigotant t-shirts pas trop pires n'ont pas tous eu la chance à ce jour d'aller prendre l'air, d'être portés au-devant du coeur de la vie qui bat, comme dirait Provost, saisi de nature, accroupi à la source... Memory. C'est mon gros défi! L’usure égale pour toutes et tous. Vu que Madame X n'existe plus, je vais m'en ouvrir au courrier du coeur de Coeur de Pirate à la radio du Canada. Je suis pas mal sûr qu'elle va gentiment m'envoyer paître et c'est bête, mais c'est précisément ce que je souhaite le plus au monde! Faut bien sûr se dépêcher! Je ne quitterai toutefois pas le pacage en ces temps de récoltes et de coccinelles asiatiques sans vous dire que l’article de Wikipédia intitulé Révolution iranienne qui couvre le Shah d’Iran jusqu’au Guide Suprême est hallucinant. Ça vous déboule l’histoire comme cordée de bois mort et jette en filigrane un filet de violence inouïe sur l’infernal Homeland que vient de subir la professeure et auteure Homa Hoodfar. Geôliers, geôlières jusqu’à la teinture... Qu'elle est loin la belle avoine de Foucault décrivant dès 1978 l'ivresse de la révolte la plus folle, « l'insurrection d'hommes aux mains nues ». En sorte, que, au final, peu importe ma dernière chemise et farce vraiment à part, je souhaite que l'or d'octobre s’étire au soleil longuement encore pour faire une fleur à Madame Hoodfar.


***

Marie-Michèle Sioui, Homa Hoodfar, le pion, la prisonnière et l'affranchie, Le Devoir, 7 octobre 2016.

03 octobre 2016

La libération de Homa Hoodfar


On ne peut pas savoir tout ce qui s'échange, se trame, grouille et grenouille entre les pays, surtout lorsque les relations diplomatiques sont rompues comme c'est le cas entre l'Iran et le Canada. Il est néanmoins instructif de constater à la lecture de ce texte paru dans La Presse + que la pression du public et des médias sur le gouvernement canadien a joué un rôle de premier plan dans la campagne victorieuse en faveur de la libération de Homa Hoodfar.  


LA CAMPAGNE POUR LA LIBÉRATION DE HOMA HOODFAR
Caroline Rodgers, La Presse+

Le 6 juin 2016, l’anthropologue canado-iranienne Homa Hoodfar, professeure émérite à l’Université Concordia, était injustement emprisonnée par les autorités iraniennes. Grâce à un mouvement de solidarité internationale lancé par son entourage, elle était libérée le 26 septembre, près de quatre mois plus tard. Nous soulignons la victoire de ceux qui ont participé à cette campagne pour libérer Mme Hoodfar en les nommant personnalités de la semaine.

Comme anthropologue sociale, Homa Hoodfar s’est notamment intéressée, dans ses recherches, au rôle
des femmes dans la vie publique des pays musulmans, ainsi qu’au port du voile. Elle séjour-
nait en Iran pour visiter sa famille et effectuer des recherches lorsqu’elle a été arrêtée. L’intérêt 
qu’elle porte aux conditions de vie des femmes musulmanes semble avoir contrarié le gouver-
nement iranien, qui l’a arrêtée, incarcérée et mise en isolement à la prison d’Evin, à Téhéran. 
Ses proches craignaient de plus en plus pour sa santé, puisqu’elle souffre d’une maladie 
neurologique, la myasthénie grave, et a subi un AVC l’an dernier.
Des centaines de personnes ont contribué à la faire libérer en multipliant les initiatives afin 
que son histoire demeure présente dans les médias et que le public soit alerté, en particulier 
dans le cadre de la campagne #freehoma. Elles ont ainsi maintenu la pression sur le gouver-
nement canadien pour que des efforts diplomatiques soient entrepris en vue de sa libération.
Parmi cette coalition ad hoc, on pouvait compter l’avocate Amanda Ghahremani, nièce de
Homa Hoodfar, sa famille, ses collègues de l’Association des professeurs de l’Université
Concordia, ses amis, ses anciens étudiants, mais aussi de parfaits inconnus de partout
dans le monde ainsi que des organismes comme Amnistie internationale Canada.
Au départ, le noyau montréalais de la campagne, formé des proches de Homa Hoodfar, a
notamment mis sur pied le site et la page Facebook #freehoma, écrit des lettres aux
 journaux, organisé des manifestations et sollicité le soutien d’autres organisations. Une
pétition pour réclamer sa libération a récolté 50 000 signatures. Ces efforts ont été multipliés
 et portés par tous ceux qui se sentaient touchés par son histoire jusque sur la scène interna-
tionale. La Presse a rencontré Amanda Ghahremani ainsi que quatre collègues et amis
de Homa Hoodfar (notre photo), et contacté par téléphone une de ses anciennes étudiantes.
« Même s’ils ne la connaissaient pas personnellement, beaucoup ont relevé le défi de se
battre pour sa liberté et contre cette injustice. »
— Kimberley Manning, directrice de l’Institut Simone de Beauvoir et collègue de Homa
Hoodfar
« Il est très important de reconnaître que les efforts diplomatiques du gouvernement
canadien ont porté leurs fruits, dit Amanda Ghahremani, nièce de Homa Hoodfar et
directrice de l’Institut Philippe Kirsch. C’était un bon exemple du fait que le dialogue entre
pays est important et ne devrait jamais être tenu pour acquis. En même temps, il faut
réaliser qu’énormément de gens, à différents niveaux, ont contribué à sa libération. »
UN GRAND RAYONNEMENT INTELLECTUEL
Un point fait l’unanimité au sein du petit groupe de personnes rencontrées par La Presse:
le rayonnement intellectuel du travail de Homa Hoodfar, le respect qui lui est voué dans le
monde universitaire et sa personnalité généreuse ont joué un rôle important dans la vaste
mobilisation mise en branle pour la libérer.
« Ses travaux comme anthropologue sont pertinents et importants, dit Amanda Ghahremani.
Elle est connue dans le monde. Parmi les gens qui ont participé à la campagne, plusieurs ne
la connaissaient pas, mais connaissaient son travail, ses écrits. »
« Je n’ai rencontré Homa qu’à quelques reprises – c’est elle qui m’a accueillie à Concordia –,
mais en tant que féministe qui s’intéresse, comme elle, à la question du voile, j’utilise certains
de ses écrits dans mes cours, ajoute Geneviève Rail, professeure à l’Institut Simone de
Beauvoir. À cause de cela, je me suis sentie très interpellée par ce qui lui est arrivé. Quand j’ai
appris qu’elle était en prison, je me suis dit : non, pas elle ! Elle est trop gentille pour qu’une
chose pareille lui arrive. » 
« Le type de personne qu’elle est, sa bonté, sa générosité ont fait en sorte qu’on avait envie
de l’aider. Elle a touché des milliers d’étudiants et des dizaines aux cycles supérieurs,
qui enseignent, aujourd’hui, partout dans le monde. »
— Geneviève Rail, professeure à l'Institut Simone de Beauvoir
L’une de ses anciennes étudiantes, l’Américaine Mona Tajali, s’est exilée à Montréal pen-
dant sept ans pour pouvoir faire son doctorat sous la supervision de Homa Hoodfar.
Elle est aujourd’hui professeure à l’Agnes Scott College, à Atlanta, et elle a participé
activement à la campagne.
« Je peux dire que je dois tout ce que j’ai à Homa, dit-elle. Elle a joué un rôle-clé dans ma
vie. Elle a fait plus que superviser mon doctorat. Elle est devenue mon mentor, ma sour-
ce d’inspiration et presque ma deuxième mère. Quand j’ai appris ce qui lui était arrivé, j’é-
tais atterrée. Avec plusieurs de ses anciens étudiants, nous avons fait tout ce que nous pou-
vions pour qu’elle ne soit pas oubliée par les médias. Cela démontre à quel point, pour
nous, elle a été une professeure importante et inspirante. »

02 octobre 2016

Homa Hoodfar enfin libre!

En ma cambrousse, je n'ai ni télé, ni lien internet, ni journaux... J'y reviens et la nouvelle la plus réjouissante est sans conteste le retour chez elle à Montréal de madame Hoodfar le 29 septembre dernier! La professeure de l'université Concordia est enfin libérée après plusieurs mois de détention dans une des pires geôles d'Iran. Misère!


Hoodfar a été interrogée sur ses écrits féministes
La professeure est libérée par le régime iranien après plusieurs mois de captivité

Le Devoir, 27 septembre 2016 |Marco Fortier | 
La professeure Homa Hoodfar, libérée lundi après trois mois de détention en Iran, a été interrogée jusqu’à neuf heures par jour par les autorités iraniennes à cause de ses écrits sur la diversité sexuelle et le féminisme dans les pays musulmans. [...]

La suite ici.
***
Et comme le suggère sur sa page FB Béatrice Vaugrante, Directrice générale d'Amnistie internationale, Canada francophone, et si on l'a lisait maintenant :
Homa Hoodfar, Shadi Sard, tr. de Jacqueline Heinen , Iran : politiques islamiques et femmes en quête d'égalitéReligion et politique : les femmes prises au piège, L'Harmattan, 2012. 

06 décembre 2014

Françoise David : « Se souvenir, mais surtout agir! »


Publication: Mis à jour: 


Le 4 décembre, à l'initiative de Québec solidaire, et suite à un travail remarquable du Cercle des femmes parlementaires, mettant de côté les ambitions partisanes et les luttes politiques, les 33 députées de tous les partis de l'Assemblée nationale ont uni leurs voix et leurs larmes pour commémorer le 25e anniversaire de la tuerie de Polytechnique.

Pour rappeler que Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara, Anne-Marie, Maud, Sonia, Annie, Barbara, Maryse, Anne-Marie, Annie, Michèle et Maryse ne sont pas mortes dans la fleur de l'âge pour rien et qu'elles sont encore vivantes dans nos mémoires. Cette commémoration touchante rendait aussi hommage à toutes les femmes victimes de violence, au Québec et ailleurs.

L'annonce de la tragédie de Polytechnique a créé une onde de choc sur le Québec que nous connaissions en 1989. Nous sommes des milliers à nous rappeler exactement ce que nous faisions il y a 25 ans jour pour jour, vers 16 h. J'étais avec mon fils de 9 ans, je préparais le souper. Quelle stupeur! Il m'a fallu plusieurs heures avant de réaliser l'ampleur du drame, des mois à m'en remettre. Comme tant d'autres femmes, j'ai été en deuil.
En deuil de ces 14 jeunes femmes, bien sûr, et en deuil de l'illusion, à l'époque, que le Québec tout entier était féministe.

Dès le lendemain du drame, plusieurs ont qualifié l'événement d'acte isolé, posé par un homme égaré. Pourtant, Marc Lépine avait ciblé uniquement des femmes. Les féministes ont été les premières à tenir un discours différent. À l'époque, j'étais coordonnatrice de l'R des centres de femmes du Québec, regroupant une centaine de centres dans toutes les régions. Le 7 décembre, j'étais aux côtés de ces groupes pour essayer de comprendre, d'expliquer l'inadmissible.

Aujourd'hui, il semble plus facile de reconnaitre que le geste de Marc Lépine, dans son extrémisme, représentait une misogynie ambiante dans une fraction de la société québécoise à l'égard des femmes. Il faut se rappeler la confusion qui régnait alors: c'était difficile d'admettre ces choses-là.

Beaucoup de chemin a été parcouru en 25 ans. De nouvelles lois et politiques promouvant l'égalité entre les femmes et les hommes ont été adoptées. Pensons à la loi sur l'équité salariale, à la création des CPE, du Régime québécois d'assurance parentale, et surtout, à la création du registre des armes à feu, quelques années après le drame. Malgré cela, il est difficile de célébrer.

Près de 1500 femmes ont été assassinées par un conjoint ou un ex-conjoint au Québec depuis 25 ans. Plus de 1000 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada depuis ce temps. Le registre des armes à feu a été démantelé par le gouvernement conservateur, détruisant un outil essentiel dans la lutte contre la violence envers les femmes. Le gouvernement du Québec a réussi à conserver les données québécoises de ce registre, mais au prix d'une bataille juridique qui n'est pas terminée. Et plus près de nous, cet automne, un nombre stupéfiant de femmes, et parfois d'hommes, ont fracassé le silence en révélant avoir été victimes de harcèlement et d'agressions à caractère sexuel. Ces personnes, connues ou non, se sont levées pour dire « moi aussi », refusant désormais de vivre dans le silence.

Comme en 1989, le Québec découvre que l'image qu'il a de lui-même n'est pas tout à fait juste. Cette fois, et c'est la preuve que nous avons appris, nous acceptons de faire face à nos démons. Si tant de nos sœurs et de nos frères ont choisi le silence pendant si longtemps, c'est qu'il y a un problème. C'est pourquoi, suite au travail de pression des groupes de femmes et avec l'appui de tous les partis politiques, le gouvernement du Québec tiendra cet hiver une commission parlementaire et un forum itinérant sur les violences sexuelles. Ce sera l'occasion de parler, de débattre! Car il faut trouver des solutions, ensemble, à la violence sexiste. Nous avancerons!

Le premier ministre du Québec s'est engagé lors de la commémoration de l'Assemblée nationale à créer un registre québécois des armes à feu. Attention! Dès le lendemain, il apportait des bémols, affirmant que nous aurions le registre que nous serons en mesure de payer. Je serai de celles et de ceux qui suivront tout cela de très près, refusant de reculer en cette matière puisque le consensus québécois est formel: nous voulons un registre efficace!

En terminant, j'aimerais vous inviter à visionner la vidéo de la commémoration que Québec solidaire a tenue lors de son Conseil national de la semaine dernière, réunissant plus de 200 personnes.  
C'est avec Sylvie Haviernik, sœur de Maud tuée il y a 25 ans, que j'ai pris la parole pour rappeler ce drame, mais aussi lancer un message d'espoir, rappelant que nous avons la responsabilité collective d'agir contre toutes les violences qui blessent les femmes et aussi les hommes. Et surtout, pour que nous effacions le nom du tueur de nos mémoires et que nous nous rappelions plutôt de ceux de Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara, Anne-Marie, Maud, Sonia, Annie, Barbara, Maryse, Anne-Marie, Annie, Michèle et Maryse.