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25 novembre 2018

Painchaud sur la route de Jack Kerouac

Photo souvenir
Alain-Arthur Painchaud
"Au bout du rouleau"

Photo jd, Alain-Arthur Painchaud, Lecture de Kerouac,
Café Da, Ahuntsic, 8 août 2014.



22 novembre 2014

Sur les traces de Jack : « tu continues, tu continues, tu continues! »

Le premier épisode de la série documentaire Sur les traces de Kerouac à Radio-Canada m'a rejoint au plus profond. Kerouac, et jusque dans sa débarque, ce n'est pas juste Kerouac, c'est l'appel au large, l'aventure, l'audace — certes ici d'une manière particulièrement marquante parce qu'il s'agit de littérature —, mais c'est plus qu'un p'tit gars génial, plus qu'un mauvais garnement de Lowell. Cette histoire résonne de plusieurs manières et participe à l'expérience vitale de tous les francophones en Amérique du Nord. Or mis à part Victor-Lévy Beaulieu qui s'en soucie beaucoup, je n'ai pas entendu souvent autour de moi des voix pour rappeler, brasser, rassembler l'extraordinaire énergie — même parfois dans sa plus triste perdition — des francophones, y compris la profonde mémoire du coeur de ceux et celles qui parmi nous sur le Continent sont dans l'épreuve de l'exil de leur langue. 

Dans l'épisode d'aujourd'hui qui se veut une « préface », il y avait la présence de l'âme de la grande famille. Je retiens entre autres les mots simples, si justes, du jeune Franco-Ontarien Damien Robitaille, parce qu'ils font retentir l'actualité — j'ose dire intérieure — de Jack entre deux cultures. Jack, sa famille, ses origines, ce grand frère en démanche dans la chambre d’à côté qui raconte ses périples, ses amis, ses ciboires de blessures. 

Mais quelle finale avec un poème-complainte de Zachary Richard lu par lui-même et qui traduit pour trois Louis tous les synonymes du qualificatif « coonass » que j’ai entendu de mes propres oreilles en 1974 en Louisiane! Dans ce chapelet au ton beat qui couvre tout le territoire parcouru, des siècles de résistance et de grands champs de chaleur humaine, il n’oublie pas de mentionner ni le nègre blanc, ni le speak white, ni Willie Lamothe. « Nulle part, man.» 

Photo Jacques Desmarais, Club Citoyens Américains, Lowell, 17 juin 2012.

J'étais sur la route dans les parages d'Acton Vale en train de ronner mon char vers ma cambrousse, la radio jouait, ma tête était littéralement soudée à beaucoup, beaucoup d’êtres chers. Anna dans une factrie au Maine, Léo à Port-Huron, Doloré un petit moment à Boston, Rose-Aimée Desmarais qui vient de s’éteindre à Manchester, New Hampshire. Tous ces noms écrits sur le tableau noir près de la table de pool... 


Allez écouter ça! 

Note : le livre numérique ou en format PDF est gratuit :Téléchargez gratuitement le livre numérique Sur les traces de Kerouac sur iBooks : itunes.com/tracesdekerouac ou en format PDF.

26 août 2014

Sur la route des vrais personnages de Kerouac

Mise à jour de la nomenclature et de l'identification des personnages non fictifs transposés par Kerouac dans ses récits. Un travail de moine des plus précieux de Dave Moore.

26 novembre 2013

Ann Charters et les écrivains Beats

À propos de Ann Charters qui raconte si bien les Beats en tant que communauté d'écrivains, comment ils ont été absorbés et obsédés - en particulier Kerouac - pour trouver leur propre voix en écriture, comment ils se sont encouragés les uns les autres, et puis pourquoi tout cela continue d'être vivant, excitant et inspirant, il y a cet interview de 40 minutes avec Don Swain (CBS Radio, New York qui date de 1992,  mais ça reste vraiment un sacré beau tour d'horizon.

« Ann Charters, author of Beat Down to Your Soul: What Was the Beat Generation, The Portable Beat Reader, The Story and Its Writer: An Introduction to Short Fiction, talks with Don Swaim in this 1992 interview about the Beat writers and explains the origin of the words "Beat" and "Beatnik." »



14 octobre 2013

L'ami Brunelle de Lowell avec Jack et ses fantômes

L'ami Roger Brunelle de Lowell (qu'on prononce comme Noël) : On the read again parmi les racines de Jack ! Puis, il s'est fait pousser la barde!  Dans le Lowell Sun du 14 octobre 2013.




01 octobre 2013

Carolyn Cassady


La grande dame of the Beat Generation s'en est allée.

http://www.nytimes.com/2013/09/24/books/carolyn-cassady-beat-generation-writer-dies-at-90.html?smid=fb-share

21 avril 2013

Lowell Blues - « Mon doux, Tit-Jean...»




07:33, voix de Jack :
« Écris jamais rien que c'est que t'as pas vu toi-même, hein? [...] Écris de ce que t'as faite, de ce que t'as vu.  Mais c'est pas toujours à propos de toi-même. »

15:58 / 21:31, voix de Roger :
« Mon doux, tit-Jean, r'garde la grosse flotte qui va arriver [...]»
«Mon pauvre tit-Jean, si tu savais tout le trouble et toutes les larmes, et puis les pauvres voyages [...] pour la douleur, la grosse douleur impossible de cette vie où on se trouve condamné à la mort. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? [...] For nothing, my boy, for nothing [...] »

Et tout du long, la Merrimack étincelante au nom sombre, le sax blues de Lee Konitz.

Lowell comme Noël, comme l'ami Brunelle.

***


Lowell Blues remembers the place Jack Kerouac could not forget. By fusing visual history, language and jazz into a 30-minute film poem, Lowell Blues illuminates Kerouac's childhood holy land. Excerpts from Kerouac's novel, Dr. Sax, are read by: Gregory Corso, Johnny Depp, Carolyn Cassady, David Amram, Robert Creeley, and Joyce Johnson. Ferrini paints an illuminated landscape rich in mystery and possibility. Lowell Blues is a canvas in motion. A canvas made even more vivid by a haunting soundtrack by alto saxophonist Lee Konitz, drummer Jim Doherty and Boston's own "godfather of punk" Willie Alexander. The film interprets how place activates the writer's imagination, and how the writer's art reshapes his city with reverence and respect. Between the frames we recollect the life of a young writer exploring his origins - education, the Catholic church, birth and death. Kerouac's text speaks to the 1930s in which he grew up. By using both archival and contemporary footage, Lowell Blues melds modern experiences together with Kerouac's childhood to create a timeless sense of place. Lowell Blues, like Kerouac's writing, swirls word and image, music and movement into ethereal images of America's abundant, ever morphing, character. Lowell Blues remembers the city on the river where "memory and dream are intermixed in this mad universe." Written by Henry Ferrini 

09 mars 2013

Les Beats : pas toujours des anges, pas toujours gais!

Pas encore vu le film Kill Your Darlings. Pas lu d'autres critiques. Et vous? Gros focus en ce moment dans le cinéma aux États sur les Beats. Pas vu non plus On the road qui semble décevant au boutte, ni Big Sur (à venir), ni le doumentaire de Ferlinghetti. Mais il appert que l'engouement actuel sur la vie excitée de ces poètes inspirants de l'Amérique du Nord tourne plutôt autour d'approximations apétissantes sur l'inédit de la jeunesse buveuse, fumeuse, baiseuse, mais nous laisse sur notre faim, soit le désir de mieux interpréter aujourd'hui le sens de ces oeuvres littéraires remplies de cris dans un monde capitaliste ahurissant. Dire que le meurtre « fondateur » des Beats au Riverside Park aurait pu être évité si Carr et Kerouac, déguisés saouls en clandestins dans un bateau au port de New York en partance pour la France, avaient pu le 12 août 1944 réaliser leur trip magnifique : se rendre à Paris pour assister live à la Libération!

31 janvier 2013

Kerouac sur France Culture


Le texte et les extraits de Moriarty qui suivent sont tirés du site de France Culture où l'on peut ré-écouter cette émission consacrée à Jack Kerouac diffusée le 7 juin 2012.  Au programme, vers la 34e minute, l'ami Roger Brunelle de Lowell signale avec sa passion habituelle que pour certains jeunes lecteurs de Kerouac, Docteur Sax les rejoint plus que On the road.  Ce qui montre que l'oeuvre de Kerouac ne se réduit pas à un seul livre.  D'autant que le groupe Moriarty aime à improviser sur St. Francisco blues...  

Les écrits du poète beat sont pour de nombreuses personnes le premier contact avec l’autre culture, celle que l’on apprend pas au collège, avec l’autre vie, celle que l’on cache aux sages lycéens.

Au fil des ans , Kerouac est devenu un lien, un cadeau à offrir, un sujet de discussion, un moyen de franchir des frontières et barrières, parfois un prétexte à itinérance. Des personnes m’ont confié « leur rencontre avec Jack », ce qu’elle a changé dans leur vie. Que se soit une rencontre littéraire,  ou une rencontre avec l’homme. Certains préfèrent sa vie à son œuvre d’autres l’inverse. Jack fait débat.
De Lowell, ville d’origine de l’écrivain, à Tbilissi, Tamanrasset, Brest, New York ou Paris, cet ACR est un voyage avec celles et ceux - fans ou non -  pour qui la lecture de Sur La Route a marqué un tournant.
Parmi eux, les membres du groupe Moriarty (du nom de Dean Moriarty, personnage principal de Sur La Route). Pour cet ACR, nous créons ensemble un dialogue entre des sons et entretiens que j’ai glanés plusieurs années, et leurs réponses sous formes de compositions musicales inédites.















Voici deux improvisations de Moriarty sur des textes de Kerouac:
Lecture


Lecture

Avec
Roger Brunelle, historien spécialiste de Kerouac, Lowell
Todd Tietchen, professeur à UMass Lowell English Department, spécialiste des Beats, voisin des Kerouac.
Pierre Le Bris, éditeur, qui a reçu Jack Kerouac à Brest en 1965 et échangé une longue correspondance avec lui.
Moriarty, groupe de musique
Richard Gaitet, éditeur
Laure Delmoly, auteur de « Les Auteurs de la Beat Generation en France: Production, Médiation, réception »
Hans Dutting, écrivain.
Thomas Betous, messager.
Alexandre Carvalho, Revolution Games, Occupy Wall Street.

Textes lus par Olivier Martinaud et Crystal Shepherd-Cross

« Le retour de la Beat Generation » de feu Robert Kuberberg

Documentaire qui date de 2011, vraisemblablement la dernière réalisation de l'écrivain et documentariste Robert Kuperberg décédé l'an dernier.  À voir pour quiconque s'intéresse à la littérature vivante. Beaucoup d'espace est consacré à Jack Kerouac. Le fil des « derniers romantiques » au sens littéraire est fort bien situé dans le contexte américain et occidental qui fut marqué par un passage difficile des années cinquante aux turbulentes années soixante. J'ai notamment apprécié les commentaires de Gerald Nicosia, biographe de Kerouac. Le point nodal est que les Beat — mouvement marginal et hétéroclite — contestent avec le diable aux pattes, tentent d'habiter le moment présent en dépensant une charge inouïe d'énergie pour le passage à l'action, cherchent à réaliser le pur plaisir ici, maintenant et pour toujours plus intensément.  C'est là en effet un buzz romantique qui pousse la liberté à l'extrême des individualités. Magnifiques outsider qui décrochent, se poivrent du spirituel dans l'art de vivre sa vie et qui partent sur un no where à la rencontre souhaitée des paumés, des exclus, musiciens noirs émergeant, drogués, ouvriers, prostituées. Kerouac saoul comme une botte dans un club de jazz dira un à John Coltrane : Je suis ton frère.  Coltrane répliquera : fuck you!  Contestation excentrique, mais sans cause sociale. Plusieurs se casseront la gueule. Kerouac est mort avec une réputation de bum, pauvre et amer, 91 piastres en poche. Mais avec le sentiment d'être un bon écrivain. Et cette bande d'artistes occupant des postures diverses, malgré l'immense récupération commerciale qui a suivi, est somme toute restée fidèle à sa manière de se démarquer de l'Histoire officielle.  La lecture aujourd'hui des Beat, une fois les mythes et les raccourcis de la route mieux compris, n'en reste pas moins un grand réservoir d'audace, de jeunesse et de paroles libres. Ceci étant dit, la conclusion tirée à la fin du document par Peter Fonda (Easy Reader) aide à comprendre l'ambiance sombre et comme sans prise qui s'installe au lendemain de 1968 avec à sa suite une cohorte de sangsues du régime et de conservateurs à cheveux longs toujours grassement et scandaleusement en place.

29 janvier 2013

Les Beats vus par Antonio Dominguez Leiva


Chronique bien documentée d'Antonio Antonio Dominguez Leiva aujourd'hui à POFPOL autour des Beats à titre de courant littéraire surprenant animé principalement par des poètes. Le film de Walter Salles que je n'ai pas encore vu est une fois de plus reçu comme une lecture décevante de On the road de Kerouac.
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16 janvier 2013

Jack rocking le bébé!

New York 1959.  Jack Kerouac, Ginsberg et cie. Mary Frank (sculpteure et danseuse) serait la jeune femme avec qui Jack s'entretient.  Elle était alors la compagne de Robert Frank (photographe et cinéaste) lié aux écrivains Beat. Il se peut donc que parmi les enfants que l'on voit se trouve Pablo Frank (1951) et Andrea (1954).

28 juin 2012

Sur la piste de Kerouac à Lowell

Boston, Lowell, Pedlers, Brunelle, Kerouac, mi-juin 2012 

Photo Jacques Desmarais, avec les moyens du bar d'un i-phone au Brighton;
 Françoys, Alejandro, Emma, Randy.
Je me suis joint aux Pedlers — une gang de joyeux lurons fans maniaques à l'os de musique — pour une petite virée éclair dans le Mass. qui nous a d'abord conduits à Boston, la capitale, pour assister samedi soir au concert rock d'Alejandro Escovado and The Sensitive Boys au Brighton Music Hall. Il s'agit là d'une salle récemment renippée d'une capacité de 340 places (très majoritairement debout) avec plusieurs bars, tv, tables de pool à l'arrière. Ce fut un très bon show avec en première partie le volubile et versatile punk-folk Jesse Malin. Noise level : very loud! À faire vibrer les frocs!

Auparavant, nous avions joyeusement arpenté les rues du centre-ville jusqu'au Vieux-Port qui ne manque pas de romantisme, rencontrant d'ailleurs sur notre chemin plus d'une nouvelle mariée.  
















Puis, en ce beau dimanche ensoleillé de la Fête des Pères, après une visite en matinée au mythique Fenway Park des Red Sox où c'était portes ouvertes et la joie, sur le chemin du retour nous avons pris, comme prévu au programme, la sortie vers Lowell où nous attendait dans son « Petit Canada » l'ami Roger.


Photo Randy.


Photo : un bon Saméricain.
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Roger « Bon Train » Brunelle, natif de Lowell (sa mère était une Favreau tout comme la mienne) est un personnage des plus attachants qui s'exprime très bien en français du haut de ses 78 ans, avec des yeux rafistolés, des dents neuves, un sens de l'humour vif et masculin pour ce qui manque ou ralenti fatalement, entremêlé de bontés, de questionnement, avec aussi quelques grains de révolte qui signalent l'ipséité du vieux fond franco-américain espiègle, un tantinet grivois, toujours fier et debout, teinté de blues, de nostalgie, habité par l'expérience de l'errance.


Père et grand-père (sa petite-fille l'appelle « Pépère »), Roger est un instituteur à la retraite qui avoue être devenu paresseux.  On le sent pourtant fébrile dès qu'il évoque avec beaucoup d'esprit critique son engagement religieux passé et plus largement, la vie jadis intense dans les quartiers ouvriers francophones de Lowell ainsi que le souvenir de ses années d'études classiques qu'il a eu la chance de faire au Québec dans un collège de Sherbrooke.


Avec ses talents et ses réflexes aiguisés de pédagogue, Roger aime par-dessus tout partager avec les « pèlerins » de notre espèce qui passent à Lowell sa passion pour l'oeuvre de son compatriote le plus célèbre, le très aimanté Dharma Bum Jack Kerouac

Depuis le milieu des années 80 déjà, il a imaginé et mis en scène des visites touristiques guidées à saveurs littéraires des plus originales. On se déplace avec lui dans cette ancienne ville prospère du textile, reconvertie en ville universitaire : maison natale de Jack au 9, rue Lupine, son école primaire du nom de Saint-Louis-de-France, les flots de la Merrimack, ou encore, recueillement obligé sur la « fosse » où repose l'auteur de On the road  au cimetière Edson... Nous n'avons pas eu le temps cette fois de refaire tout ce trajet. Mais nous avons renoué avec la manière Brunelle : chacun de ces arrêts est en effet comme un chemin de croix mi-rigolo, mi-sérieux, en surplomb des écrits de Kerouac qui a su capter et dissimuler ici et là des lieux, des ombres, des personnages, l'énergie, l'esprit imaginé de sa ville natale.


On peut avoir à l'idée que ça jouait dur dans le maillage du creuset à l’américaine entre tisserands du pouvoir, main mise de l'Église catholique, grosses familles ouvrières irlandaises et canadiennes-françaises, pas toujours sur la même longueur d'ondes, mais avec des blessures communes et de l'alcool coulant à flot pour « calmer » le jeu, question de pain quotidien difficile à gagner pour tous, d'où le besoin d'évasion des jeunes nés après la Guerre qui se font de l'Americain way of life une sombre une idée apocalyptique, éprouvent l'envie de provoquer le puritanisme et l'hypocrisie, de brasser la cage, de rêver libre sur la route, les quatre fers en l'air...

Retour devant le 9, rue Lupine dans la paroisse Saint-Louis-de-France.
Citations choisies à l'appui, rapportées soigneusement à la dactylo sur des petites fiches de couleurs, Roger le guide tient tout cela comme un flambeau, nous fait solennellement la lecture, renvoie à l'oeuvre, à la syntaxe française malgré les mots écrits en anglais, puis s'arrête, souvent ému, fouille dans ses souvenirs personnels, répond aux questions, pointe du doigt le pont au melon d'eau du Docteur Sax qu'on va déconstruire l'an prochain pour le remplacer par un pont neuf, ajoute sa propre histoire familiale confortée par des dizaines d'interviews qu'il a réalisés au fil des ans avec diverses personnes décrites par Kerouac, ou leurs descendants qui se souviennent du curé Morissette un peu biberon sur les bords, du bon Docteur qui a accouché plusieurs générations d'enfants, soigné le petit Gérard...


Toutes ces traces et empreintes littéraires du Voyageur solitaire forgées dans sa ville mènent à un point culminant de cette traversée de la mémoire vive : le Parc Kerouac situé au coeur de Lowell, au coin des rues Bridge et French. Oeuvre du sculpteur Ben Woitena, le commémoratif est constitué de huit panneaux de quatre pieds par huit pieds en granit rose sur lesquels sont gravés des extraits des livres de Kerouac. Vu du ciel, le design d'ensemble épouse la forme circulaire d'un mandala, avec au centre une espèce de petite table ronde faite pour y grimper, pour que s'envolent nos pensées.  


Roger a contribué de toutes ses énergies pour que ce lieu soit érigé en 1988, et depuis entretenu, visité et protégé.

Pas besoin de fiches ici pour lire un extrait de Kerouac sur l'un des huit panneaux de granit du parc.  On aura compris également que le carré rouge a traversé les lignes!


***

La fin de notre visite se terminera par une halte autour d'une bonne bière au Club Citoyens Américains de Lowell.






Au CCA, nous avons conversé un moment avec monsieur Dandurand (tel est du moins le nom que j'ai retenu) qui était installé au bar. Il a encore de la famille au Québec. Il parle régulièrement à l'une de ses soeurs au téléphone. À l'instar de Kerouac, il se remémore le bon ragoût de pattes de cochon que faisait sa mémère aux Trois-Rivières! À plusieurs reprises, ce monsieur assez seul dans la vie nous dira sa joie de nous avoir rencontrés. Même qu'en partant, c'est avec les yeux pleins d'eau qu'il lancera : « Vous avez fait ma journée! »
Sous l'oeil du barman, M. Dandurand complète à titre de tuteur ma fiche de membre du CCA.  Tout cela est symbolique, mais à la suite des autres Pedlers déjà membres, c'est une joie de nouer des liens d'amitié avec nos frères franco-américains.   
***
Avant de reprendre la route vers Montréal dans la vanne de Ming, nous déposons Roger chez lui. Il nous reçoit quelques minutes dans sa maison.  En entrant, trois images de Jack le représentant à diverses périodes de sa vie sont accrochées au mur de la petite véranda, dont un très beau fusain où on le voit serein avec son chat.  


En guise de conclusion, ou plutôt pour mieux repartir en creusant un peu plus encore la piste de Kerouac, j'aimerais donner à lire la recension d'un article de l'anthropologue québécois Gilles Bibeau paru en 2004 dans la revue Anthropologie et Sociétés sous le titre Voyages et fictions chez Jack Kerouac :

« S'appuyant sur la définition que Jack Kerouac a donnée de lui-même (" Je ne suis pas un “beat” mais un mystique catholique étrange, solitaire et fou… "), l'auteur lit l'immense oeuvre du « Ti-Jean » de Lowell comme si elle proposait, à travers une ethno-fiction, la mise en scène imaginaire du mythe fondateur d'un lignage Canuck, de la chronique généalogique de la migration des Kerouac, de la Bretagne aux États-Unis en passant par le Québec, et de la difficile américanisation d'une famille ouvrière, catholique et de langue française dans un des « Petits Canadas » des États-Unis. L'article démontre que l'image de « Beatnik » ne fait pas justice à l'extraordinaire créativité littéraire de cet écrivain qui a inventé un style d'écriture automatique inconnu avant lui, qui a mis en mots l'esprit de toute une époque dans un des « grands romans américains » du XXe siècle et qui a réécrit une nouvelle version de la mythologie américaine du voyage. Le monde imaginaire de Kerouac a été celui de l'exploration intérieure comme chez Walt Whitman, celui de l'excès dans l'errance, dans une descente en soi jusqu'à la folie et à la mort dans l'alcool, et enfin, celui du retour compulsif sur l'identité hybride des Franco-Américains dans une Amérique amérindienne. L'auteur montre que la légende franco-américaine des Duluoz a été, pendant quelques années, le mythe du peuple américain. »


Le plus grand admirateur vivant de Kerouac  — qui passe encore dans sa communauté pour un bum aux yeux de plusieurs malgré le doctorat post-honorifique qui lui a décerné en 2007 l'Université du Massachusetts — se nomme sans contredit Roger Brunelle! 


Je crois qu'il serait d'accord avec Gilles Bibeau sachant mieux que quiconque que l'ambition littéraire de mettre en mots l'esprit d'une époque a toujours d'abord eu pour centre métaphorique le monde et l'esprit de son Lowel natal. 


Sans vouloir tirer la couverte du côté québécois, on peut aussi partager ce sentiment d'un peuple qui s'est ensauvagé, qui a essaimé sur tout le continent américain et dont les débarques personnelles mémorables témoignent tout autant de ses luttes et de sa vie.  La vie qui surgit d'elle-même comme le vent se lève de lui-même, pour dire avec Pascal Quignard qui dit ceci encore, et ça me semble une force majeure : «Écrire est plus qu'errer.  C'est mourir et survivre.» 


Écrire est plus qu'errer.  Et donc, supposons-le : avant la nation, avant Lowell, avant n'importe quel silence déposé dans les livres, avant la grandiloquence des oeuvres d'où s'échappent quelques flammes pour la nuit, il y a l'enfance.  De mes lectures de Kerouac, loin d'être savantes, c'est l'enfance que je retiens, celle qui nous saute à la gorge.  C'est aussi, je le crois, cet horizon-là qui passe dans les yeux gris bleu, hérités des Favreau, j'en suis persuadé,  de l'ami Roger Brunelle.
   
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Quelques liens :
Revue Francophonies d'Amérique
Pour entendre la voix de Roger Brunelle...
Première rencontre des Pedlers avec Roger Brunelle en 2009

La citation de Pascal Quignard est tirée de son magnifique petit traité intitulé Rhétorique spéculative,    coll. Folio, Galimard, 1995, page 151.


Ma plus récente lecture de Kerouac est Pic, tr. de Daniel Poliquin, Table Ronde, 1988. J'ai donné mon exemplaire à Roger.

Photos (sauf celles indiquées ) : Jacques Desmarais.