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03 juin 2019

Jean-Claude Labecque, merci!

Jean-Claude Labrecque a littéralement changé ma vie. Au printemps de 1970, je vivais encore chez ma mère, en campagne à Béthanie, j’étais en secondaire V, prenais deux grandes jaunes épuisantes, matin et soir, pour aller à la polyvalente des gars, le Sacré-Cœur à Granby. Poli et vaillant, certes, curieux, encore Joseph, cheveux longs avec des antennes qui poussent dans tous les sens au sortir de l’enfance, je n’étais cependant géographiquement juste pas dans la possibilité de me retrouver dans le mouvement avec des centaines d’autres jeunes au Gesù, et débordant sur Bleury, le 27 mars 1970, pour assister live à la célèbre, la première Nuit de la poésie, tournée par Labrecque. C’est en décalage, au CÉGEP, en 1972-73, que j’ai vu ce film présenté dans le cours de poésie par le doux professeur et poète Émile Roberge. Coup de poing, d’étincelles, d’étoiles, d’affirmation de partout! Ces voix et images m’ont littéralement emporté! C’est ça que je voulais faire : monter sur une scène, une chaise, un bureau, peu importe, pis au moins, dire de quoi, en Québécois! Alors que mes amis de si près tenus à Granby étaient talentueux au boutte, à la guitare, au théâtre, en sport, en politique même, le gars un peu perdu que j’étais s’est mis tout de go à écrire des poèmes et à les dire à la ronde comme un fatiguant, notamment sur la scène du vieux Windsor... Ce goût-là ne m’a jamais lâché.
https://www.onf.ca/film/nuit_de_la_poesie_27_mars_1970/

L’an dernier, j’ai vu à la Cinémathèque avec Denise Noel le très beau film de Michel La Veaux consacré à l’œil, au cœur, à la ténacité du débrouillard et très sensible Jean-Claude Labrecque.  Un artisan du cinéma au sens des grands arbres forts qui nous laisse une œuvre de mémoire à la fois collective et intime. Merci est bien peu dire.

Labrecque, une caméra pour lha mémoire - (Bande-annonce) from NFB/marketing on Vimeo.


Jean-Claude Labrecque nous a quittés. Mes condoléances à sa famille.

07 mai 2017

Dedans le Sud de la Louisiane


J'ai vu au festival Bobines et Bottines à la Maison de la culture Ahuntsic le très beau film du Français Jean-Pierre Bruneau, Dedans le Sud de la Louisiane, tourné en une semaine en 1972. Cela a fait blues accordéon dans mon âme parce que je séjournerai en Louisiane en ces mêmes années, soit en 1974-75. C'est un document unique qui porte la musique, cadre de près les joueurs. On les voit penser, on sent battre leur coeur. Méconnus à l'époque ailleurs qu'en Louisiane  - certains musiciens n'avaient jamais été filmés auparavant - , ils sont devenus des légendes. Le réalisateur était présent à la séance. En présentant son film à divers endroits dans les pays francophones, il m'a dit qu'il rencontre immanquablement parmi les spectateurs d'anciens French teachers ayant enseigné en Louisiane, et tous répètent, comme moi, que ce fut une expérience marquante.

Note : ma vieillerie d'ordi s'appuyant sur la canne jugée obsolète de mes fureteurs ne me permet pas d'accéder au partage de la version du documentaire qu'on trouve sur Vimeo. L'adresse suivante mène cependant au document.
https://vimeo.com/85036028?ref=fb-share&1

Sur Youtube on trouve l'intro :

18 janvier 2017

Mourir et naître à Scoudouc

En septembre 2003, Robert Lévesque dans feu l'hebdomadaire Ici, parlant alors de Son Excellence Hermé, mentionnait avoir été grandement touché par la délicatesse mélancolique du regard d'Herménégilde Chiasson. Je n'ai qu'un seul recueil de ce géant, Vous (Les Éditions d'Acadie,1991), acheté à Moncton, il me semble, en tout cas en Acadie il y a plusieurs années. La remarque de Lévesque imbibe de bleu ma propre lecture de cette écriture sans cérémonie qui coule de source et va directement au coeur. 

« Vous n'allez pas encore me dire, avec la voix du renoncement, que tout est souffrance. Je sais déjà tout ça. Vous n'allez pas encore m'en faire le reproche et me prendre pour le responsable de votre désarroi. Je n'ai fait que promettre ce que je ne pouvais pas donner. Je sais tout ça. [...] Mais vous me l'avez tellement rappelé [...] ». (P. 89).

Dans Le Devoir du 17 janvier 2017on peut lire avec grand intérêt l'article de Dominic Tardif qui a rencontré l'auteur à l'occasion de la réédition du Mourir à Scoudouc (Éditions Perce-Neige), texte fondateur de la jeune littérature acadienne publié dans le tumulte des années 1970 marquées au fer rouge par le combat et le réveil acadien contre le mépris, notamment celui des jeunes lors de la grève à l'Université de Moncton en 1968.

Je salue au passage mon camarade Bernard Gauvin à Québec Solidaire Crémazie, leader étudiant en ces années brutales qui figure en premier plan de façon si émouvante dans l'Acadie, l'Acadie?!?, le long métrage documentaire de Michel Brault et Pierre Perrault sorti en 1971 et que nous avons vu au CÉGEP de Granby dès 1972 ou 73. Est-il besoin de souligner que ce film a résonné et fait partie de l'expression de la parole qui, en ce qui me concerne, a éveillé ma conscience politique.



07 décembre 2016

Le goût du pays de Francis Legault


C'est pas mêlant, c'est un chef-d'œuvre, un chef-lieu, un moi tout craché, un sirop de calmant de bon film politique. Il est vrai que je suis vendu depuis toujours aux boquettes, chalumeaux, transsubstantiation... 

Jamais printemps québécois ne fut aussi magnifiquement mis en images et avec autant de résonances. Ça fait pleurer Madeleine et le Coco de sucre surtout a coulé abondamment. Excusez-là. 

Merci Francis Legault! C'est ce qui s'appelle avoir fait une grande tournée. Magnifique!

Legault : « J'ai voulu faire un portrait de société à travers un rituel. J'espère pouvoir le présenter à l'étranger, car c'est un beau portrait de nous. »


Un portrait au sirop d'érable

05 novembre 2016

Cinéma québécois : Alanis Obomsawin remporte le prix Albert-Tessier 2016


Noticias
" L'ONF tient à féliciter chaleureusement Alanis Obomsawin, grande documentariste qui vient de remporter le prix Albert-Tessier 2016, la plus haute distinction cinématographique québécoise, pour l'ensemble de sa carrière! Bravo!
En plus de vous inviter à la projection de We Can't Make The Same Mistake Twice aux RIDM, on vous propose également cette liste de lecture, qui inclut des oeuvres marquantes réalisées par la réalisatrice au sein de l'ONF dans les 40 dernières années, faisant partie d'un parcours artistique engagé, rigoureux, et nécessaire. "
Félicitations!


28 août 2016

Demain, c'est aujourd'hui!

Demain, nous le verrons enfin ce soir au cinéma Beaubien! En lien, le beau commentaire ci-joint de Jean-Marc Piotte sur sa page FB qui donne à penser, le coeur à la bonne place, ce qu'est « l'éthique appliquée », appliquée à co-construire le bon sens humain. Demain, l'humain.

Jean-Marc Piotte


Le nous militant
On peut se lamenter. L’oligarchie financière domine les États et leur impose sa soif d’accumulation compulsive. Le pétrole demeure la source première d’énergie, malgré son impact écologique destructeur. Une partie non négligeable de la population mondiale ne mange pas à sa faim. L’inégalité entre humains se renforce. La majorité des humains ne jouissent pas d’une pleine liberté. La moitié de l’humanité continue de dominer l’autre moitié. Des guerres sans queue ni tête déciment des populations civiles et les contraignent à l’exil.

Ces constats sont incontournables, mais mortifères (ils réduisent le citoyen à l’état de spectateur résigné et morose) et partiaux (ils gomment les résistances militantes).
À l’encontre de cette résignation, le film DEMAIN de Mélanie Laurent et de Cyril Dion décrit comment des individus engagés dans des milliers de communautés œuvrent concrètement à changer le monde: combattre les monopoles, qui subordonnent la terre et l’eau au dieu profit, en développant une agriculture urbaine et périurbaine qui répond aux besoins de se nourrir de la population locale; limiter l’usage de l’énergie fossile (pétrole et charbon) en utilisant l’énergie solaire, éolienne et de la biomasse; réduire l’utilisation de l’automobile en favorisant de nouvelles habitudes de transport (marche, vélo et transport en commun); lutter contre la surconsommation par des politiques de récupération et de recyclage; mettre sur pied une monnaie locale en vue de favoriser une économie non subordonnée aux multinationales; centrer l’éducation sur le développement de la capacité d’apprendre de chaque individu dans toutes les sphères de la vie; développer des pratiques démocratiques qui soumettent les décisions politiques à la volonté éclairée de l’ensemble des citoyens (démocratie directe); etc.
DEMAIN n’a pas de réponses à tout ce qui va mal. Mais, à tous ceux qui refusent la résignation, il suggère des actions mobilisantes.
Or, le plaisir est dans la lutte contre l’inacceptable. La joie est dans la participation à un nous militant. Le bonheur est dans l’espoir de changer le monde.

22 mars 2016

Visiteuses dépareillée de la France

 Les semaines se suivent, mais ne se ressemblent pas!  

Il y a d'abord eu dans le courant de la semaine du 13 mars la visite de madame Christiane Taubira venue au Québec porter son message hautement éthique et inspirant de Murmure à la jeunesse (Philippe Rey, 2016, 94 pages), livre rédigé au lendemain des attentats de Paris du 13 novembre 2015.  Elle fut acclamée par les jeunes qui l'avaient invitée, comme en témoigne ce papier de Lisa-Marie Gervais  au journal Le Devoir : Christiane Taubira, Une femme sans compromis

Puis, en ce moment, c'est Marine Le Pen qui est dans nos pauvres parages aveuglés.  Elle est venue nous prévenir et nous donner généreusement sa leçon!

Or, hier soir au Gala du Cinéma Québécois, Patricio Henriquez (récipiendaire du prix du meilleur long métrage documentaire pour Ouïghours, prisonniers de l’absurde) a fait lever la salle en improvisant des mots de bienvenue à la grande cheftaine. Magnifique! (Voir l'extrait de la vidéo sur la page FB de A 'salam Alaikom Québec). 
Gala du Cinéma Québécois: Patricio Henriquez sur la visite de Marine LePen.  "Elle se promène à droite...et à droite."  Merci Monsieur Henriquez 󾮞󾮞󾮞
Posté par A'salam Alaikom Québec sur 20 mars 2016
 C'est aussi repris par un journal télévisé français. : 


16 janvier 2016

À tout « hasart »...

Vu chez Guy Sioui Durand. J'aime beaucoup la bande-annonce de la série À TOUT HASARD, de la cinéaste Suzanne Guy. Les artistes, de tous les horizons, de toutes les libres disciplines, si superbement vivants, inspirants, je les admire. Il y plusieurs années, la comédienne Françoise Berd avait animé une série à « Radio-Québec » de l'époque sur les arts. Sauf erreur, ça s'appelait La toile d'araignée pour signifier la convergence, la rencontre des sources et des voies d'expression. POIESIS, disaient les Grecs. 

Me remémorant Françoise Berd, j'avais noté ceci sur mon blogue : Tous les arts se rejoignent, non parce que c'est de l'art, mais parce que c'est de la vie dans sa surabondance, de la survie comme dirait Nietzsche, et plus près de nous, le très fin Pierre Audi dans Créer (Verdier, 2011).            http://jack-jackyboy.blogspot.ca/…/tisserande-de-la-grande-…





31 août 2015

Le peuple invisible, là, dans la maison d'à-côté.

Jean-François Nadeau au cours de ses deux dernières chroniques du lundi au Devoir repasse avec un haut-le-coeur dans le village algonquin de Kitcisakik . La question centrale, en effet, est la suivante : « Comment se fait-il qu’on n’accorde pas spontanément au sort des Amérindiens la meilleure attention? Cette attitude générale qui suppose que le destin de ces hommes compte moins que celui des autres, et que l’ordre moral peut en conséquence être retranché de l’ordre politique sans le faire périr, cette attitude, la nôtre, est un non-sens absolu. »
Suite autochtone, Le Devoir, 31 août 2015.
Haut-le-coeurLe Devoir, 24 août 2015.

En complément, des traces cinématographiques :

Manon Barbeau,  Escale à Kitcisakik, là où repose Wapikoni qui a bêtement perdu la vie lors d'un accident de la route. 

Le peuple invisible, long métrage documentaire de Desjardins-Monderie, ONF, 2007. 

04 juillet 2015

Ruralités zurbaines : Une révolution agricole...

Le documentaire Une révolution agricole... urbaine!  de Mario Desmarais (mon cousin) et de sa fille Anne sera diffusé ce soir à Radio-Canada. Un article du Devoir en fait mention aujourd'hui.

La bande-annonce ici.



L’agriculture à l’assaut des villes

4 juillet 2015 |Jeanne Corriveau | Télévision
Photo: Radio-Canada
Une révolution agricole… urbaine !
Radio-Canada, samedi 4 juillet à 21 h
L’agriculture urbaine n’est pas un simple passe-temps pour jardiniers amateurs. Elle est désormais un important outil de développement économique capable de transformer un carré de bitume en potager florissant.

Le réalisateur Mario Desmarais, qui avait fait de l’agriculture et de l’alimentation ses sujets fétiches, avait déjà signé La guerre alimentaireLes gens de la Terre et la sérieVivres, tournée dans 15 pays. Loin d’avoir fait le tour du jardin, il s’est penché sur le cas des municipalités avec Une révolution agricole… urbaine !

Environ 20 % de la nourriture consommée dans le monde est produite en zone urbaine et périurbaine et près de la moitié des légumes frais qui atterrissent dans notre assiette provient d’un environnement urbain, explique-t-on d’entrée de jeu.

En bordure d’autoroutes, sur les toits et dans les arrière-cours, la production agricole a pris d’assaut les villes. Mario Desmarais jette un regard sur les expériences réalisées ici et ailleurs. On visite les incontournables serres Lufa nichées sur un toit d’Ahuntsic, la production de laitues d’Hydronov à Mirabel, la ferme verticale Alterrus de Vancouver ainsi que les enclaves agricoles à quelques minutes du centre-ville de Barcelone. « L’innovation, c’est en agriculture urbaine que ça se passe, dira Mario Desmarais en entrevue. L’agriculture conventionnelle devrait regarder ça de près. »

À Montréal, les toits de 19 centres commerciaux pourraient rendre la ville autosuffisante en légumes. Il y a certainement là matière à réflexion.

28 octobre 2014

Ensauvagement

L'ensauvagement, un sentiment qui nous anime. Avec la plus douce des pensées pour une aïeule de ma lignée. J'ai bien hâte de voir le film L'Empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc (coréalisateur de La bête lumineuse, un film magnifique de feu Pierre Perrault). 

Si j'en crois le compte rendu de François Lévesque (Le Devoir, 27 octobre 2014), il semble bien que ce documentaire creuse et illustre une thèse forte de l'anthropologue Serge Bouchard, à savoir que les Québécois sont durablement et bien plus métissés qu'ils ne le croient, qu'il y a quelque chose dans cette rencontre historique de refoulé, de mal aimé, hélas, parce qu'il s'agit ici de profondes et vives humanités.


Noticias : Le film sera présenté dans le cadre des Rencontres Internationales du documentaire de Montréal le vendredi 14 novembre à 18 h 30 à l'Amphitéâtre du Coeur des sciences, 200, rue Sherbrooke Ouest, et le dimanche 16 novembre à 16 h 15 au Pavillon Judith Jasmin de l'UQAM. 



***


« La Conquête (des origines)

Présenté au FCIAT, «L’empreinte» évoque une identité québécoise bien plus métissée que celle dont l’histoire officielle veut bien se souvenir


27 octobre 2014 | François Lévesque à Rouyn-Noranda | Cinéma





Roy Dupuis, en compagnie de l’historien Denys Delâge
Photo: FCIATRoy Dupuis, en compagnie de l’historien Denys Delâge

Les cinéphiles de la place l’ignorent encore, mais ils découvriront une perle ce lundi au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) : L’empreinte, un documentaire passionnant de Carole Poliquin et Yvan Dubuc qui met en lumière l’influence durable, et occultée, de la culture autochtone dans la société québécoise.

En figure de proue, Roy Dupuis aborde un sujet qui lui est cher : celui de l’identité.« Ça remonte à Un homme et son péché [2002] quand je me préparais à jouer Alexis, le coureur des bois. Plus je progressais dans mes recherches, plus je réfléchissais à son comportement, à ses attitudes — c’est un homme qui ne tient pas en place, qui se sent mal en société et qui préfère la forêt —, et plus je me disais qu’il avait plus d’Indien que de Blanc en lui, ce personnage-là. »

Les années passèrent, puis l’acteur s’impliqua dans la Fondation Rivières et le documentaire Chercher le courant. C’est durant cette période que Roy Dupuis se lia avec différents intervenants des Premières Nations.

« Plus j’en apprenais sur eux, sur leur mode de vie, leur mode de fonctionnement social, et plus je réalisais, d’une part, que j’étais vraiment ignorant, et, d’autre part, qu’il y avait une part d’eux en nous… C’était comme une intuition. »

Pendant ce temps, les vétérans documentaristes Carole Poliquin (L’âge de la performance) et Yvan Dubuc (coréalisateur de La bête lumineuse) cogitaient eux aussi, à l’initiative de ce dernier, qui en était à se demander si l’éternelle question de l’identité québécoise ne devait pas être posée autrement. L’influence des Premières Nations se trouvait dans leur viseur.

Emballé par le projet, Roy Dupuis accepta d’être celui qui s’entretient avec les participants tels l’historien Denys Delâge, l’anthropologue Serge Bouchard, l’anthropologue Nicole O’Bomsawin, la poétesse Joséphine Bacon, ou encore la juge Louise Otis, au gré de conversations éclairantes et riches d’informations oubliées, voire sciemment rayées de l’histoire officielle de la Nouvelle-France. De la gestion des organismes communautaires au modèle social-démocrate en passant par l’intégration de la médiation dans le système judiciaire québécois, on remonte soigneusement la filière autochtone, avec effets miroir étonnants. Aussi détaillé que varié, l’argumentaire s’avère très convaincant.

Quiconque n’est pas spécialiste sera par exemple surpris d’apprendre qu’au commencement, Champlain et les siens ont fusionné avec les Premières Nations bien plus qu’on le croit, et ce, tant par la chair que par l’esprit. « Les hommes ne se faisaient pas prier pour prendre le bois. Ce mode de vie et cette liberté en ont séduit plusieurs, explique Yvan Dubuc. Les 150 premières années de la Nouvelle-France, elles ont été bien plus indiennes que catholiques. Comme l’a écrit Marie de l’Incarnation : “On fait plus facilement un Sauvage d’un Français qu’un Français d’un Sauvage”. »

À la base, ce non-antagonisme dans les rapports constitue une exception, soutient l’historien Denys Delâge, spécialiste en la matière. Selon lui, c’est la Conquête (1759-1760) qui bouleversa cette quasi-osmose.

« Après la victoire des Anglais qui avaient fait la guerre “against Frenches and Indians”, les Canadiens français craignaient en effet sans doute de subir le même sort que les Acadiens, qui eux aussi s’étaient métissés, et auraient renié cette part d’eux-mêmes, gommant tout un pan de leur mémoire, et donc de leur identité, avec le résultat que l’on sait, explique Carole Poliquin. Les théories sur les peuples dits “primitifs” commençaient alors à émerger. Les Canadiens français n’ont pas dû vouloir être associés davantage aux Premières Nations ; un réflexe de survie qui a dû être traumatisant néanmoins. »

Un héritage à embrasser

« On est très forts sur l’autodénigrement, note Yvan Dubuc. On critique beaucoup notre propension à organiser des tables de consultations, des comités parlementaires, etc. Le Québec n’a pas inventé ces procédés, mais c’est la province où l’on y recourt le plus. On parle d’une société du “consensus mou” pour tourner cette habitude en dérision, mais si on regarde du côté des Premières Nations, c’est exactement comme ça que ça fonctionne. On tient ça d’eux. »

Même chose pour la proverbiale « peur de la chicane » des Québécois et son supposé refus de débattre. « Et si c’était une qualité ?, argue Yvan Dubuc. Et si notre désir de consulter plutôt que de décréter, de rallier plutôt que d’exclure, c’était positif ? Ce mode de fonctionnement là qu’on a et qui alimente souvent le Québec-bashing, je suis convaincu que c’est un legs des autochtones, car eux ont toujours fonctionné ainsi, par la consultation et la recherche du consensus. Il faut bien que ça nous vienne de quelque part, et on ne le tient assurément pas des Français, dont on n’a rien gardé de l’approche hiérarchique du monde. »

« L’expression “On n’est pas des sauvages” qu’on a longtemps utilisée est l’illustration même d’une honte intériorisée, car ce pan caché de notre histoire nous enseigne que oui, on a été “sauvages” plus qu’on est prêts à l’admettre », estime Carole Poliquin.

« On doit non seulement assumer de nouveau cette part de nous-mêmes, mais en être fiers », plaide Yvan Dubuc, qui conclut sur une citation d’une amie abénaquise : « Le vrai peuple invisible, ce sont les Blancs qui ne voient pas l’Indien en eux. »

On aura l’occasion d’y réfléchir encore lorsque L’empreinte sera présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal en novembre. »