16 mai 2018
Promenade à la Nouvelle Orléans
https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/desautels-le-dimanche/episodes/407079/audio-fil-du-dimanche-13-mai-2018
Sur le site web : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1100235/la-nouvelle-orleans-300-ans-histoire-cultures-france-antilles-amerindiens-amerique
03 mars 2018
La Louisiane : dangereusement grignotée
Dossier du NYT, 24 février 2018
07 mai 2017
Dedans le Sud de la Louisiane
Note : ma vieillerie d'ordi s'appuyant sur la canne jugée obsolète de mes fureteurs ne me permet pas d'accéder au partage de la version du documentaire qu'on trouve sur Vimeo. L'adresse suivante mène cependant au document.
https://vimeo.com/85036028?ref=fb-share&1
Sur Youtube on trouve l'intro :
16 décembre 2015
Belle
Belle
Si j'ai une belle ici, belle
c'est par rapport à toi, belle
Si j'ai une belle ici, belle
c'est par rapport à toi, belle
J'ai pris mon char ici, belle
Pour m'en aller au Texas, belle
J'ai pris mon char ici, belle
Pour m'en aller au Texas, belle
Ca faisait juste trois jours, belle
Que j'étais là-bas, belle
J'ai reçu une lettre de toi, belle
que t'étais bien malade, belle
Que t'étais bien malade, belle
En danger de mourir, belle
Que t'étais bien malade, belle
En danger de mourir, belle
J'ai pris mon char encore, belle
Pour m'en retourner vers toi, belle
J'ai pris mon char encore, belle
Pour m'en retourner vers toi, belle
Quand j'arrivais à toi, belle
T'étais sans connaissance, belle
[...]
27 août 2014
Une « grosse » bière pour le cadavre du français qui se lève en Louisiane
04 mars 2014
15 octobre 2013
Joël Savoy & Caleb Klauder Country band!
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05 avril 2013
Le blues à bébé de Beausoleil
19 mars 2011
Le jazz sous influences...
Il y a quelques temps, j'ai reçu de Benoît un article inédit très étoffé qui remonte aux origines françaises et créoles du jazz dont le berceau demeure la belle Louisiane sucrée. Ces joueuses et joyeuses influences sont à proprement parler tombées entre deux craques de l'histoire des Français d'Amérique. La mémoire longue de LeBlanc ravive pour le lecteur un paysage musical d'autant plus touchant qu'il s'agit de notre âme même.
Je suis très honoré que Benoît me permette de publier son texte sur Train de nuit. Bonne route au pays du Soleil est proche couché.
Si vous vous intéressez à l’histoire du jazz, il se peut que vous ayez vu la série du cinéaste Ken Burns sur le jazz. Le premier film de la série, Gumbo, est très fascinant; on y apprend beaucoup de choses. Le jazz y est présenté comme une sorte de creuset où une multitude d’ingrédients s’y sont mélangés – de là le titre Gumbo. Selon lui l’apport français ne semble pas tenir une place tellement plus importante que l’apport irlandais ou italien, etc. Parmi l'ensemble de tout ce que j'ai lu sur la Louisiane, je tiens le livre de Gwendolyn Midlo Hall, Africans in Colonial Louisiana, pour essentiel si l’on veut bien comprendre la culture louisianaise. À la fin de son ouvrage Gwendolyn Midlo Hall insiste sur le fait qu’il n’est pas possible pour un historien de bien comprendre la Louisiane s’il ne sait lire ni le français ni l’espagnol. Por que, amigos ? Tout simplement parce que trop de documents officiels ont été rédigés dans ces deux langues durant les dix-huitième et dix-neuvième siècles pour se permettre de les ignorer. L’histoire du jazz étant inextricablement liée à celle de la Louisiane, il est normal qu’un chercheur étasunien, qui ne maîtrise que la langue de Steinbeck et Faulkner, néglige des pans entiers des commencements du jazz.
Mais revenons à Robert Goffin. Dès le premier chapitre de son Histoire du jazz, il énonce ceci :
Comme point de départ, je vous livre deux courts extraits du merveilleux livre de Gérard Dôle, Histoire musicale des Acadiens (1995). Au chapitre 2, intitulé La musique et la danse des habitants de Basse-Louisiane au XVIIIe siècle, Dôle suggère que la danse tient en Louisiane une place considérable. Il cite Baudry des Lozières dans Second voyage à la Louisiane qui soutient que… « C’est le pays où l’on danse le plus ». Dôle propose ensuite ce passage de McGinty dans A History of Louisiana (1951) qui affirme que les Français ne se lassent jamais de danser : « The French dance in the winter to keep warm, and in the summer they dance to keep cool ». Le ton est donné.
Poursuivons. À la page 81 de Mister Jelly Roll de Alan Lomax, Jelly Roll Morton, de son vrai nom Ferdinand Lamothe, affirme ceci : « La musique de jazz vint de La Nouvelle-Orléans et cette ville était habitée par des hommes d’à peu près toutes les races de la surface du globe; les Français, bien entendu, y étaient nombreux. La plupart des airs de La Nouvelle-Orléans étaient donc d’origine française. » Ce que confirme Goffin à la page 29 de son Histoire du jazz : « (…) le mot jazz n’est pas encore né, la terminologie locale appelle ces morceaux des Rambles, des Rags ou des Shouts. Et c’est ainsi que de nombreuses marches françaises furent transformées selon un mouvement et une accentuation qui ont complètement modifié le thème original. Pour ma part, je me souviens très bien des marches d’où naquirent High Society et Panama. »
Ce n’est donc pas le fruit du hasard si la première chanson que Alyn Shipton cite dans son A New History of Jazz (2001) – admirable ouvrage unanimement salué par la critique — est Missié d’Artaguette, déterrée dans un bouquin de Grace King (1895) intitulé New Orleans :
Di temps missié d’Artaguette
Hé! Ho! Hé!
C’était, c’était bon temps
Yé té menin monde a la baguette
Hé! Ho! Hé!
Pas nègres, pas rubans
Pas diamants
Pour dochans (des gens)
Hé! Ho! Hé!
Comme tous les autres historiens de jazz, Shipton constate l’importante présence d’une culture franco-créole en Louisiane et, bien sûr, au cœur du berceau du jazz, La Nouvelle-Orléans. C’est cependant dans l’ouvrage de Marshall W. Stearns, The Story of Jazz (1956), que nous comprenons de quelle manière la culture française — et aussi espagnole dans une certaine mesure — avec son esprit latin et sa tradition catholique a su agir sur la culture néo-orléanaise. Tout comme Shipton, dès le premier chapitre, il cite également une chanson en créole français : Sali Dame, chantée par le clarinettiste créole Albert Nicholas :
Si vous tchoué ain poule pour moi
Mêlé li dans in fricassé
Pas blié mette la sauce tomate
Avec ain gallon di vin
Sali dame, Sali dame, Sali dame, un bonjour
Sali dame, laissez-moi woir, to-to, woir to-to (ton derrière).
Sali Dame a été enregistrée en 1947 par le Baby Dodds Trio. Nous reviendrons plus loin sur cette chanson qui touche le cœur des origines du jazz beaucoup plus qu’il n’y paraît.
Ce qu’il faut peut-être d’abord retenir c’est cette idée bien formulée par Alan Lomax dans son livre consacré à Jelly Roll Morton : « Ainsi, la tolérante Nouvelle-Orléans assimila lentement, au cours des siècles, les influences musicales ibérique, africaine, cubaine, parisienne, martiniquaise et américaine. Toutes ces saveurs se retrouvent dans le jazz, car le jazz est une espèce de gombo musical. Mais celui qui goûta, remua, qui surveilla la potée de gombo, ce fut le Créole de couleur de La Nouvelle-Orléans. »
Dans le même ordre d’idée, je propose cette autre citation : « La musique de tous les styles se faisait entendre partout, du simple salon de coiffure aux salles de concert. On y comptait notamment de nombreux orchestres classiques où musiciens blancs et musiciens de couleur se côtoyaient souvent. On relève même l’existence d’une Negro Philarmonic Society datant de 1830. »
De leur côté, Bergerot et Merlin dans L'épopée du jazz mentionnent que « L’une des particularités de La Nouvelle-Orléans était son importante communauté créole, issue de nombreuses relations extra-conjugales que les propriétaires blancs semblent s’être autorisées avec leurs esclaves. Plus particulièrement les propriétaires français, qui continuèrent après l’émancipation des Noirs à entretenir des maîtresses de couleur, et qui avaient réservé un statut spécial à leurs esclaves au teint plus clair, les affranchissant en de nombreuses occasions. Distincts des Noirs de race strictement africaine, les Créoles considéraient ces derniers avec mépris, affichant volontiers leur standing. Aussi furent-ils nombreux à recevoir une formation musicale et à briller par leur virtuosité à l’époque du ragtime. Mais, rejetés par les lois raciales qui les considéraient de toute façon comme des “nègres”, ils restèrent en contact avec les autres musiciens noirs. L’émulation entre les deux constitua un facteur extrêmement stimulant pour la genèse du jazz. » ( L’épopée du jazz, Franck Bergerot et Arnaud Merlin, p. 42).
L’apport des communautés non anglo-saxonnes est multiple et en analyser tous les aspects se révèle un exercice quelque peu complexe. En simplifiant un peu, on peut avancer que par exemple la communauté des esclaves afro-créoles a apporté la polyrythmie qui est l’un des facteurs déterminants de la profonde originalité du jazz; la communauté des Créoles de couleur, fortement européanisée, a amené le côté plus joyeux et léger du jazz en plus de la technique (Louis Armstrong a été l’un des rares Noirs de culture anglo-américaine à être accueilli dans un orchestre créole, ce qui lui a permis de développer sa technique et voir s’épanouir son génie); la communauté des Blancs francophones a enrichi la vie culturelle de La Nouvelle-Orléans avec son amour de la fête, de la musique et de la danse; le règne espagnol a nourri ce même sens de la fête en plus d’offrir des rythmes ibériques à la vie néo-orléanaise. Et ainsi de suite.
Ces influences se vérifient dans le répertoire et le style du jazz de La Nouvelle-Orléans. Je propose ces titres de chansons typiquement néo-orléanaises qui ont été enregistrées par des jazzmans créoles : Hey Là-bas, Mo Pa Lemmé Ça , Salée Dame, Les Ognons, Creole Blues, Creole Song, Blanche Touquetou, Un Aut’ Cancan, Vendeur Pistache, Madame Bécassine, Aie Aie Aie, Quand Mo Tait Pitit, Creole Bobo, Lastic… On peut ajouter à cette liste quelques titres du trompettiste Dee Dee (ou Delacroix) Pierce qui a enregistré des versions créoles de All Of Me, Hello Dolly et Big Mamou.
Toutes ces chansons sont chantées en un créole assez près du français standard et la plupart sont marquées par les rythmes afro-antillais. On peut d’ailleurs retracer certaines de ces chansons dans le répertoire afro-créole du 19e siècle. Chose étonnante, ces chansons ont une couleur très européenne. On s’imagine que tous les esclaves louisianais chantaient des work songs comme l’ont illustré certains cinéastes qui ont voulu reproduire en fiction la Louisiane du 19e siècle. Or les esclaves créoles jouaient une musique plutôt joyeuse (pas toujours bien sûr) avec des propos qui exprimaient clairement leur penchant pour les bonnes choses de la vie. Au vrai, ces chansons ne sont pas très différentes de ce que l'on entendait à la Guadaloupe, en Martinique ou en Haïti. La chanson de jazz Hé Là-bas (il doit en exister plus de vingt versions) en est un exemple typique tout comme Sali Dame déjà citée dans ce texte. D'ailleurs, on jurerait que la version de Hé Là-bas par Paul Barbarin est jouée par un ensemble antillais. Les autres chansons sont satiriques et se moquent souvent de l’homme de couleur libre (après la guerre de Sécession il est devenu le Créole de couleur). Ce penchant pour la chanson satyrique est également un trait typiquement afro-créole.
La polyrythmie a survécu en Louisiane parce que les maîtres français et espagnols autorisaient leurs esclaves à jouer leur musique, pratiquer leur religion (ce qui explique la forte présence du vaudou en Louisiane), voire parler leur langue (on entendait encore la langue Bambara au 19e siècle). Chez les Anglo-protestants, on réprimait leur héritage culturel et imposait celui du maître (ainsi est né par exemple la musique gospel, chants religieux anglo-protestants africanisés); chez les Latins c’était plus permissif. Non seulement la polyrythmie s’est-elle conservée, on a également gardé les instruments de musique dont la banza – ou banjor – qui est devenu le banjo, instrument incontournable dans l’ensemble de jazz de la Nouvelle-Orléans.
Parmi les chansons de jazz en créole que j’ai citées, Blanche Toucoutou (Kid Ory utilise la graphie Touquetou) est la composition de Joseph Beaumont, poète et auteur de chansons du 19e siècle. Il existe une poésie française et créole qu’on peut maintenant découvrir grâce Aux Cahiers du Tintamarre (googlez Bibliothèque Tintamarre). Sinon il y a l’anthologie bilingue Creole Echoes – The Francophone Poetry of Nineteenth-Century Louisiana publiée par les presses de l’Université de l’Illinois.
16 janvier 2011
Benoît LeBlanc retourne jammer en Louisiane
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| Photo Jacques Desmarais, Gare Centrale de Montréal, 14 oct. 2010. |
Noticias
Rectification : je viens de me souvenir où était classée la photo que je croyais dans les limbes. On peut sauter par-dessus le paragraphe qui suit!
Ça m'énerve en maudit! Je ne repère pas la photo de Benoît, le vrai Benoît de Soleil est proche couché (ex-émission radio à CIBL) rencontré plus tôt par hasard l'automne dernier à la Gare centrale. J'avais mon mini kodak. Une photo parfaite pour Train de nuit! À la Gare! Où est-ce qu'elle est, baptême!
À défaut, je reprends celle de l'album Poursuivre!

Aussi, suis arrivé trop tard ce soir pour écouter Benoît à tivi. Mais c'est en rediffusion dans les jours à venir. Voici, voilà ce que Benoît écrivait en début de semaine :
Salut Jacques,
En février 2010 je suis allé en Louisiane avec l’équipe de Carmel Dumas pour le tournage d’un documentaire sur la musique des Cadiens de la Louisiane.
C’est une série de films qui passeront à ARTV le dimanche à 19 heures à partir du 9 janvier. « La filière cadienne », le documentaire sur la musique lousianaise - vous pourrez m’y voir jammer et jaser avec des grands musiciens de là-bas - sera diffusée le dimanche 16 janvier (En
rappel : lundi 5 h, jeudi 3 h et samedi 8 h).
AU CŒUR DU COUNTRY
Série documentaire de huit épisodes situant l’engouement renouvelé pour le country dans son contexte historique et social.
Gildor Roy fait la narration de cette série réalisée par François Savoie et Carmel Dumas, et Marc Beaulieu en signe la musique originale. Une production de Connections Productions.
Bonne écoute !
Benoît LeBlanc
Cf. aussi les traces joyeuses du Grouyan Gombo
11 mai 2010
« Ma belle Louisiane se meurt.»
D'après un témoignage de Josette Aliès, France.
Certes, elle n’est pas la seule, mais c’est toujours difficile d’accepter la mort de l’objet qui a déterminé sa vie. Mon premier exil. Mon premier enfant. Ma seule amitié qui a survécu à des milliers de kilomètres et un océan de distance. Ma jeunesse de femme. Ma première confrontation avec le non-révolutionnaire, voire l’antirévolutionnaire.
Je me souviens encore avec tendresse de Betty, qui, en 1976, à la maternité, me susurrait avec tendresse : « Don't worry Josette. Miterrand can’t be your next president ! We’re there! Your baby will be free ! » (...)
Je me souviens de cet immense homme des bayous chez qui nous soupions et qui avait une bibliothèque comme je n’en ai pas vu d’autre en Louisiane! Il avait le Manifeste du parti communiste, du Faulkner(...)
Et « Mister Ina », le principal de Willow Elementary School : deux rangées de dents blanches qui se découvraient en sourire chaque fois que je me heurtais à lui dans un couloir trop sombre pour y voir quand on venait du soleil! Son franc éclat de rire quand, la première fois, je me suis excusée en expliquant : vous êtes si noir que je ne vous avais pas vu!
Je voudrais bien savoir ce que tous ces gens sont devenus, ce qu’ils pensent de leur présent!
Merci internet! J’ai pu retrouver « mon école »! Elle s’appelle maintenant J.A Hernandez Elementary school. Elle existe toujours, dispose à présent de 278 élèves seulement, dont 31 blancs, deux Hispaniques, un Asiatique, zéro Indien. Si mes calculs sont justes, ça fait 244 noirs! Elle accueille aussi tous les cours (5 grades). De mon temps, c’était déjà une école fréquentée en très grande majorité par les noirs, mais elle n’accueillait que les grades 1 et 2. Dans l'idée de briser les ghettos, la ville voulait favoriser le « brassage » en organisant la scolarisation publique en établissement de deux grades et déplaçait les élèves avec un système de bus scolaires.
De mon temps, contre toute attente en France, Jimmy Carter fut élu président. Faut-il voir, dans cette régression, la marque des présidences Bush? Faut-il y voir la pression des « petits blancs », la plupart issus de la minorité cajun appauvrie et refusant d’être au même niveau de misère que les noirs?
Déjà, de mon temps, au moins une personne sur deux vivait directement ou indirectement du pétrole! Les sucriers avaient déjà investi la manne pétrolière! 15 % de la population du sud de la Louisiane vivait de la « charité publique ». Combien sont-ils maintenant après Katrina ? Combien seront-ils demain après la pollution des
bayous ?
N’importe quel Américain suivant les infos savait expliquer que pour que le business progresse il fallait entre 7 et 10 % de chômeurs, que c’était un mal nécessaire. Pourtant, peu de Louisianais, savaient que c’était Washington et non pas New-York leur capitale. Quant à la France, des enseignants m’ont demandé où se trouvait cet État des USA, et furent désemparés quand je leur ai expliqué qu'il s'agissaitt d'un État européen indépendant, hors OTAN -à l’époque -! Dès lors, ils furent convaincus, malgré mes dénégations, que la France appartenait à l’URSS!
Avec leurs double, voire leur triple emplois, ces Louisianais-là se sentaient (...) à l’abri de tout! Qu’en pensent-ils maintenant? (...)
Je suis, sur le net, la progression de la pollution pétrolière vers le delta du Mississipi, comme j’imagine que Jacques et Jean-Paul le font aussi.
J’ai fait une classe-découverte aux Sables d’Olones, juste après la tragédie de la pollution par l’Erika. J’ai vu les galettes gluantes accrochées aux rochers, jonchant encore le sable comme des bouses… trois mois après le nettoyage! Là, dans ces bayous sauvages, ce sont au moins trois Erika par jour qui se déversent, sans accès au nettoyage!
Que vont devenir les belles aigrettes? Les si terrorisants mocassins, serpents très venimeux des bayous? Les pseudo-pacifiques crocodiles? Les dauphins qui accompagnaient mes brasses à Grand-Île? Sans compter les vendeurs d’huîtres et de crevettes (chevrettes) au gallon, les cueilleurs d’écrevisses (...), tous ces petits pêcheurs qui venaient vendre leur pêche sur les parkings des supermarchés? Ces habitants des bayous qu’on ne voyait jamais, quand on se baladait (avec un « guide » du cru pour ne pas se perdre) en bateau? Sans lui, on n’aurait même pas aperçu les maisons de bois et les cabanes à pêche derrière les barbes des cyprès... Quant à les voir, eux, fallait pas y compter! Tout au plus apercevait-on de drôles et minuscules bateaux surmontés d’une sorte de ventilateur en tambour de machine à laver, accostés et arrimés à une racine d'un chêne.(,,,) Que dire, quand au détour de méandres sans fin, de passages semi-souterrains sous les branches, on déboulait subitement sur un lac? une mer? dont on ne voyait pas la côte d’en face?
Que dire encore de ces Indiens dont j’ai oublié le nom qui conservaient précieusement « leur français » en langue de résistance de substitution après avoir perdu la leur propre?
Ce sont ces derniers paysages, ces derniers « hommes des bayous » qu’il faudrait encore passer en pertes et profits ?
À l’époque, la coexistence pétrole-pêche-sucre rythmait la vie de ce sud. Tout le monde semblait y trouver son compte, puisqu’il ne serait pas venu à l’idée de qui que ce soit d’imaginer qu’on pouvait penser un monde plus juste et plus égalitaire… Est-ce qu’aujourd’hui cette catastrophe peut proposer une autre image des rapports humains, des rapports à la nature (...)? Je me prends à rêver que oui, mais je crains que ce ne soit qu’un rêve de plus. (...)
Je me dis que nous avons tous un Sud de Louisiane au cœur qui disparaît sous nos yeux incrédules, et tout aussi impuissants, malgré notre culture « révolutionnaire ».
Montauban, le 4 mai 2010
***
Images célèbres de Frankin où j'ai habité pendant une année
30 avril 2010
Ma belle Louisiane, tabarnak!
Ça fait toujours plus mal, les drames, lorsqu'on reste proche des lieux et des êtres rencontrés au cours de son permis de séjour sur la terre. Même si les brins de souvenirs partent au vent comme bardeaux qui se décollent.
Le vent de Grand Isle en Louisiane, je peux en parler de première main. J'y ai dormi une nuit sur le flanc ouest du parc qui s'enfuit par l'horizon vers la
mer, pardon, par le golfe du Mexique.

La route 1 menant au bout de ce coin du monde délavé et créole peut être traîtresse. On s'y prend dans le sable en voiture comme ici dans la neige. Les vents pesants qui sifflent ont-ils de jolis noms comme en France? On en perd ses mots.
On pourrait quand même prendre le soin de les choisir, les mots, quand on fait le métier de communicateur à la télé. «Catastrophe naturelle»! Aussi bien dire pilote automatique et bla-bla-bla. Pourquoi ne pas dire également :« Les onze disparus à la suite de l'explosion de la plateforme de la BP sont morts naturellement »?
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Louisiane, Pétrole, Souvenirs
Carolyn Kemp est une grand-mère dont j’ai cherché le nom un bon moment. D’abord sur le journal Times Picayune, mais Bob Marshall a tant à faire qu’il ne peut s’arrêter à une grand-mère. Puis ici ou là, et enfin, j’ai vérifié que Carolyn Kemp, née à Monterrey, se retrouve sans son petit-fils, son grandson, su nieto. Roy Wyatt Kemp avait27 ans et comme tant d’autres, à chaque départ vers la plateforme, son cœur se serrait. À présent, son cœur s’est arrêté, il est parmi les onze disparus (...). Carolyn Kemp est née à Monterrey, pas le célèbre Monterrey sur la frontière mexicaine, mais le simple, si simple Monterey de Louisiane. Peut-être que son mari et son fils firent eux aussi le voyage hebdomadaire vers la plateforme. Ce qui est sûr c’est que son fils ne fera plus le voyage.
Les survivants disent qu’ils ont vu subitement des scènes de guerre.
Roy, je ne l’ai pas connu personnellement, mais j’en ai connu tant d’autres comme lui dans les bayous. L’or noir de la survie, pour qui doit gagner trois sous qui étaient plus que trois, mais même de bons salaires n’effaçaient pas la crainte. Et si…
Aujourd’hui, ils disent Gulf oil slick, marée noire de merde, marée de merde plus que noire. La BP, la bipi, le fric sentent le pétrole et le drame gronde. Et en musique de fond pendant que j’écris le journaliste parle de la catastrophe NATURELLE et j’enrage d’un cran en plus.
En cajun, ils disent la chevrette, les bateaux tournent sans cesse sur la mer, suivis d’un vol d’oiseaux très agités pour récupérer les rejets. Les rois de la crevette pleurent partout sur les bayous. Pas besoin d’écouter les bulletins d’information pour savoir la vérité. La mer, les marécages, le moindre trou d’eau, ils en connaissent les secrets les plus incroyables. J’adore écouter le peuple parlant de son travail : des sommes de connaissances illisibles.
Sur le journal Times Picayune, Bob Marshall a tant à faire qu’il ne peut s’arrêter à un pêcheur de crabes.
Le golfe du Mexique danse sur toutes ses rives aux sons du paradis. En Louisiane c’est le fait dodo rythmé par l’accordéon fou. Aujourd’hui, la chanson va se faire plus mélancolique, aujourd’hui le blues va effacer le jazz, aujourd’hui la bipi est devenue Satan.
Achafalaya, si le pétrole vient jusqu’à toi, après Katarina, tu ne te relèveras pas. Une société s’enfonce, j’entends mille douleurs. Personne n’est là très révolutionnaire, presque personne ne veut y voir au-delà d’une party de bière, pourtant ce puits inépuisable, ces milliards envolés, ce drame, c’est pas matière à penser, matière à révision d’habitudes trop établies ?
Les téléphones ont chauffé, les experts les plus experts sont à pied d’œuvre, et déjà un réalisateur de film pense à un scénario génial.
Jusqu’à quand ce monde va-t-il oublier celui qui travaille ? Ou penser à lui seulement pour l’exploiter ? Je me souviens d’une terre promise, j’ai cherché son nom un bon moment, Carolyn Kemp pense qu’elle n’est pas sur notre planète. Pourtant, elle s’appelait Caraïbe…
- Jean-Paul Damaggio, 28-04-2010
24 octobre 2009
Ça fait vouloir brailler un tit brin...

Ça vous donne une grande soif d'éternité bienveillante!
La mémoire est comme la vie : heureuse et remplie de chagrin.
