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21 octobre 2018

Sortir de l’Entreprise-monde au plus coupant!

Conférence de Yves-Marie Abraham, professeur de gestion aux HEC de Montréal.
Deux questions de base, essentielles, majeures, incontournables, urgentes  élaborées ici de main de maître à partir du travail d’Andreu Solé : 

« Dans quel monde vivons-nous? Quel monde voulons-nous? »
https://youtu.be/36pvIbLEpFA

Dans une libre opinion publiée au Devoir un peu avant cette conférence, l’auteur expose l’essentiel de son analyse : https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/516711/sortir-de-l-entreprise-monde-pour-reconquerir-notre-temps
« Il faut que nous sortions de ce que le sociologue Andrieu Solé appelle l’ « entreprise-monde », c’est-à-dire un monde conçu dans une large mesure par et pour l’entreprise comme on peut dire du monde médiéval qu’il était conçu par et pour l’Église. Nous ne le voyons plus, tant elle tisse la trame de vos vies, mais l’entreprise est la principale force organisatrice de nos sociétés. Pour le meilleur et surtout le pire. » (Le Devoir, 4/01/2018).

Autre référence récente sur la notion de décroissance conviviale lors d’un échange des plus éclairants à l’émission radio Médium large du 4 octobre 2018 avec entre autres Yves-Marie Abraham et le docteur Serge Mongeau.
http://www.radio-canada.ca/util/postier/suggerer-go.asp?nID=4338038

Voir aussi cet entretien de Y.-M Abraham dans Le Devoir du 12 mars 2016 :

14 août 2018

Décroissance et crise écologique


Excellent topo d'Olivier Arbour-Masse de RAD sur la notion de décroissance... Qu'est-ce ça mange en hiver alors que nous crevons de chaleur ici dedans!

https://www.facebook.com/radiocanada.info/videos/283411152437173/

28 mars 2017

Alain Denault : De quoi Total est-elle la somme?

Alain Denault se trouvait aujourd'hui au micro Plus on est de fous plus on lit. Dans son plus récent essai, De quoi Total est-elle la somme? (Écosociété), le philosophe pose la question des rapports des multinationales au droit. Le cas de la société française Total aux actionnaires apatrides parmi lesquels se trouve la famille de Paul Desmarais constitue un cas d'école pour comprendre le sens de la légalité de vitrine des multinationales en général et comment s'exprime chez elles l'énoncé hypocrite suivant : Nous ne faisons pas de politique. !!!

La réalité est plutôt que les entreprises pétrolières (de nos jours largement diversifiées en produits financiers, agroalimentaires, informatiques...) font la pluie et le beau temps avec les États reconvertis en certains cas en enveloppes juridiques cousues-main en fonction des  intérêts tentaculaires, oligopolistiques de ces structures massives de pouvoir qui surplombent par la corruption, la peur, le chantage économique, les accointances politiques...

Total est puissante aussi au Canada. Elle est engagée dans l'exploitation des sales sables bitumineux, plus sales que le charbon de l'affreux Président Trump! Les accointances prennent ainsi ce drôle de chemin : la Caisse de dépôt, le bas de laine des Québécois, dirigée par un ami de la famille Desmarais, a investi dans les infrastructures du pétrole sale 5.4 milliards de l'argent des contribuables,  soit 14 % du portefeuille. Or ce pétrole n'est exportable que si l'on creuse des pipelines. D'où la vive contestation au Quebec du projet d'Énergie Est.

À la suite de l'engagement du Canada sur le climat signé à Paris l'an dernier, si le gouvernement libéral de Justin Trudeau était rigoureux nous laisserions dans les sables 85 % du pétrole qui s'y trouve. Mais nous ne sommes pas rigoureux, déplore en substance avec raison et avec urgence Alain Denault.

À partir de 13 h 24 :
http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit

24 octobre 2016

Bravo les Wallons!

J'ai visionné la vidéo ci-jointe où Paul Magnette, président de la Wallonie, explique pourquoi il faut renégocier le CETA. 

Il y a un bout que je n'avais pas entendu une pensée politique aussi inspirante, clairement en faveur du bien commun, du respect des citoyens, agriculteurs, PME, artisans de la culture, et de la confiance qu'il faut inscrire dans les relations de commerce. De ce côté-ci de l'Atlantique, Emmanuel Kant ne risque pas d'étoiler la pensée et les principes de nos politiciens en place, mais nous aurons droit, je le présume, à la déception d'un Jean Charest, à l'indignation fatiguée d'un Pierre Pettigrew, au silence feutré et habituel d'un Pierre-Marc Johnson et aux remontrances d'un Justin Trudeau qui, dans ce dossier du CETA, a maintenu en toute continuité le «package deal» tricoté loin du débat public par le gouvernement conservateur. Heureusement qu'il y a eu l'effet burlesque de Bové et quelques voix sur la place publique, dont Amir Khadir, pour nous rappeler les inquiétudes soulevées par le passé, dès les premiers échos, par plusieurs acteurs économiques canadiens et québécois. On a alors parlé de compensation... Et vive les fromages libres! Mais ce n'est pas très clair. Les Wallons ne sont pas seuls, en effet!



En accompagnement :
- les dessous du CETA selon José Bové (Voir, 15 octobre 2016);
- interview d'Amir Khadir à La vie Agricole (Belgique);
- L'analyse de Gérald Filion, La Walonnie contre le mépris, Radio-Canada, 24 octobre 2016.

13 juillet 2016

Exploration pétrolière à l'Île d'Anticosti

L'exploration pétrolière à l'Île d'Anticosti ou quand les grandes pompes du PQ étaient toutes voiles dehors... C'était, au point A, le 14 février 2014, jour de la Saint-Valentin, et le PQ est encore en selle pour même pas deux mois francs. Misérable opportunisme politique!

Alexandre Shields, Le Devoir, 14/02/2014

Pour connaître la suite de ce grand amour du pays, et au fait, pour sauter tout de gogo dans l'actualité brûlante de MON pays où c'est à couteaux tirés entre notables et futurs barons, on se reportera avec grand intérêt au papier de Caroline Montpetit dans le Devoir du 13 juillet 2016

En complément s'ajoute le meilleur résumé, celui de Gérard Bérubé, Leçon pétrolière, Le Devoir, 14 juillet 2016.


06 juillet 2016

Surplus budgétaire à Québec : l'hypocrisie politique à plein rendement


Le journal Le Devoir signale dans son édition d'aujourd'hui la seule réaction politique à s'être manifestée à la suite de l'annonce en catimini d'un surplus budgétaire record, alors que pas plus tard que la semaine dernière une énième coupe de 242 millions de $ était claironnée par le ministre de la Santé.

L'unique réaction est venue du député Amir Khadir de Québec Solidaire.

Ça m'a donné l'idée de partager un petit humoir de mon cru dans la section des  commentaires de l’article sur le site internet du journal :

QS veille au grain comme un seul homme
À ce que je sache, les épluchettes de blé d'Inde n'ont pas encore commencé faute de carburant. Alors, où sont donc les ministres et députés du PLQ pour commenter, expliquer et célébrer à tout rompre l'historique résultat budgétaire de notre valeureux gouvernement? Où sont les ténors de l'opposition officielle, M. Marceau en tête, pour, à tout le moins, faire semblant de critiquer? Et les matamores de la CAQ d’habitude si primes à vanter le courage politique qu'il faut pour couper encore plus et mieux que les libéraux, eux-mêmes métissés caquistes jusqu'au trognon? Suis-je trop impatient? Est-ce parce qu'il fait trop chaud de l'Île d'Anticosti à Port-Daniel?
Québec solidaire dénonce le surplus budgétaire

Le Devoir, 6 juillet 2016 |Gérard Bérubé | Actualités économiques
Québec solidaire a repris l’argumentaire d’économistes qui ont dénoncé l’empressement du gouvernement Couillard à emprunter la voie de l’austérité pour retrouver l’équilibre budgétaire. D’autant que l’équilibre attendu a plutôt pris la forme d’un surplus de 1,8 milliard.

Le député Amir Khadir a repris mardi les données de l’exercice clos le 31 mars dernier faisant apparaître un surplus de 1,8 milliard au lien de l’équilibre budgétisé. « Il est clair que le gouvernement a délibérément caché l’état réel des finances publiques à la population. Les surplus annoncés confirment ce que Québec solidaire a toujours avancé : l’austérité n’était pas nécessaire du point de vue des finances publiques. »

Dans son rapport mensuel déposé le 30 juin dernier, le ministre des Finances affiche des résultats préliminaires pour l’exercice faisant ressortir un solde positif de 1,65 milliard, selon la Loi sur l’équilibre budgétaire. Ce surplus tient compte d’un versement de 1,45 milliard au Fonds des générations et d’une provision pour éventualités de 150 millions. Au final, en y greffant ces deux derniers postes, le surplus atteint les 3,25 milliards pour l’exercice 2015-2016, selon ces données non vérifiées, alors que dans le Plan économique du Québec il devait être de 1,73 milliard.

Les revenus de l’exercice ont progressé de 2,6 milliards ou de 3,6 %, contre 3,3 % comptabilisés dans le Plan économique. Les revenus autonomes étaient supérieurs de 2,4 milliards par rapport à l’exercice clos le 31 mars 2015, et les transferts fédéraux, de 205 millions. Au chapitre des dépenses de programmes, l’augmentation n’était que de 0,4 %, ou de 267 millions (contre +1,7 % prévu dans le budget), avec une progression « dans les missions prioritaires que sont la santé et les services sociaux (+1,6 %) ainsi que l’éducation et la culture (+0,9 %) ». Le service de la dette a, quant à lui, reculé de 184 millions, ou de 2,4 %.

Dans le segment « Entités consolidées », le gouvernement a affiché un excédent de 2,7 milliards, dont 1,3 milliard venant des organismes autres que budgétaires, à quoi s’ajoute le 1,5 milliard dédié au Fonds des générations. Un déficit de 32 millions a été comptabilisé pour les entités des réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation.

Ces résultats viennent confirmer les analyses dénonçant l’empressement du gouvernement Couillard à retrouver l’équilibre budgétaire et à réduire sa dette au prix d’une austérité nuisible à une activité économique toujours fragile. En février 2015, lors d’une présentation devant les étudiants de HEC Montréal, Pierre Fortin situait alors le « degré d’austérité » du gouvernement Couillard parmi les plus élevés des pays industrialisés et chiffrait son impact sur le PIB québécois à 1 % dans la prochaine année budgétaire, soit 3,3 milliards de dollars.

L’économiste François Delorme présentait, en janvier dernier, une étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. Il y était projeté que la politique de « rigueur » du gouvernement Couillard amènerait une réduction presque trois fois plus importante que prévu de la dette du Québec sur l’horizon 2019-2020.« La bonne nouvelle est que les finances publiques sont encore en meilleure santé qu’on le disait. La mauvaise est qu’on peut se demander si l’on n’est pas allé un peu trop loin, surtout en cette période où l’on est aux prises avec une faible croissance économique », disait-il.




14 avril 2016

Jean-François Draperi : pour une théorie générale de l'économie sociale

Voici la vidéo d'une conférence vraiment inspirante de Jean-François Draperi donnée à l'UQÀM en 2015 dans le cadre des séminaires du Centre de recherches sur les innovations sociales sur le thème de l'économie sociale définie et inscrite dans la tradition coopérative.

Le conférencier souligne qu'il y a une effervescence des coopératives partout dans le monde et dont la caractéristique est une alliance marquée de l'économie sociale, de l'économie de proximité et de l'économie singulière ou originale des régions. Cet ancrage dans les collectivités est une alternative au capitalisme, puisque pour le capital le territoire n'existe pas. C'est ce que nous rappelait encore aujourd'hui M. Philippe Couillard en vantant les acquisitions partout dans le monde de sociétés québécoises, ce qui tempérerait le grand jeu de qui perd gagne... C'est là, bien entendu, une myopie politique extrêmement coûteuse. 

Le projet de l'économie sociale, ajoute Draperi, ce n'est pas l'économie, c'est le développement basé sur la liberté, l'égalité et la solidarité des coopérants. 


Ce type d'exposé appelle la recherche d'une théorie générale de l'économie sociale, c'est-à-dire la démarche alimentée certes par les chercheurs universitaires, mais aussi et surtout par les coopérateurs eux-mêmes qui pensent à leurs pratiques. Tout cela, finement vulgarisé, donne à voir ce qu'est la transition en cours vers la sortie du capitalisme. Rien de moins!





***
En complément, J.-F. Draperi est l'auteur de La république coopérative (Larcier, 2012). La présentation de l'ouvrage résume plus avant en quel sens l'auteur appelle une théorie générale de l'économie sociale ou coopérative qui serait, entres autres, a-capitaliste : « Présent dans le monde entier, riche d’une histoire bi-séculaire, le mouvement coopératif est d’une grande diversité. Celle-ci se révèle également être une difficulté lorsqu’il s’agit de définir un cap et élaborer une stratégie. Au début du XIXe siècle, les coopérateurs ont cru pouvoir changer le monde en libérant le travail. Au début du XXe siècle, c’est en tant que consommateurs qu’ils pensaient dépasser le capitalisme. En ce début du XXIe siècle, nos sociétés malmenées attendent que de nouvelles relations, plus équitables, soient définies entre travailleurs et consommateurs. Riche de son expérience, le mouvement coopératif est en capacité de répondre à ce besoin. Un double défi l’attend : dépasser les logiques propres aux nombreuses fédérations centrées sur leurs propres objets (le travail, la production agricole, l’artisanat, le crédit, le commerce, l’agroalimentaire, etc.); et convaincre non seulement les coopérateurs, mais la société dans son ensemble. Pour y parvenir, le mouvement coopératif n’a d’autre choix que de penser une théorie socio-économique nouvelle, alternative au libéralisme. » 

En ce sillage de l'inter-coopération, en ce qui concerne le Québec, il est à propos d'explorer le travail du Chantier de l'économie sociale sous la direction de Jean-Martin Aussant. Sur le plan politique, on suivra avec intérêt les délibérations à Québec solidaire en train de préciser son programme économique en vue de son prochain congrès en mai 2016.

07 avril 2016

Du sirop d'érable avant le déluge

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 13 mars 2016.


Roméo Bouchard  : Le GOÛT d'un PAYS...

« Je sors de deux jours de tournage avec mon fils, pour un long métrage documentaire de Francis Legault sur LE GOÛT D'UN PAYS, sous un froid hivernal sans doute typique des exrêmes d'un climat surchauffé: le sirop d'érable et la cabane à sucre comme marqueur de l'identité d'un peuple modelé par l'hiver, qui se reconnaît dans ces peuplements nobles et fragiles de grands érables centenaires qui rougissent à l'automne et marquent la fin de l'hiver avec leur sucre magique devenu le SUCRE DU PAYS, et dans ces feuilles en dentelle qui sont devenues le symbole que l'occupant nous a dérobé, comme tout le reste, y compris le nom de Canada et Canadiens qui servait depuis les débuts à désigner ces bizarres de Français méconnaissables après les hivers passés dans ce pays du froid.

Cette cabane à sucre bâtie de nos mains et cette érablière dont nous connaissons, mon fils et moi, chaque arbre, est notre chez nous et ce qui nous reste du Petit Pays où je suis revenu refaire mes racines et ma tête, mais elle n'est déjà plus qu'une épave, un iceberg perdu en train de fondre dans l'océan de consommation et de facilité qui est en voie de submerger notre planète, une sorte d'arche de Noé comme celle de la Bible: "on mangeait et buvait, prenait femme et mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche et les gens ne se doutèrent de rien, jusqu'à l'arrivée du déluge, qui les emporta tous."


Je suis plus convaincu que jamais que l'industrialisation et la commercialisation mondiale du sirop d 'érable sont en train de dissoudre et de réduire à un folklore cette identité forgée au cours de toutes ces années à préparer l'hiver et à lui survivre. Le sirop d'érable n'est déjà plus le temps des sucres, la cabane à sucre et les réserves de sirop pour l'année: c'est désormais 43 millions d'entailles, 7300 entreprises, 13 500 acériculteurs, 10 000 emplois, qui rapportent près d'un milliard par année à notre PIB et constituent un de nos plus importants produits d'exportation.

Quand je me suis battu, au début des années 2000, avec 400 acériculteurs de l'arrière-pays qui ne voulaient pas de contingentement et d'agence de vente obligatoire dans le sirop, je ne réalisais pas jusqu'à quel point c'était le début de la fin de l'érable comme marqueur de notre identité. Le marché a été stabilisé, mais le rapport au pays et à la Nature est disparu.


Je ne réalisais pas jusqu'à quel point le rouleau compresseur du libre-échange commercial allait rapidement dissoudre partout les cultures et les identités dans la grande soupe toxique du marché et du PIB et entraîner la planète dans un dérèglement général.
Plus que jamais je dis qu'il est temps de réaliser que nous ne survivrons pas, comme peuple et comme espèce, au libre-échange.»

***

Échanges :


Jacques Desmarais M. Roméo Bouchard, j'ai lu au moins trois fois votre beau texte inquiet qui me touche beaucoup et je l'ai partagé avec Jean Paul Damaggio, un camarade français de longue date qui a beaucoup réfléchi et écrit sur les questions paysannes, notamment en filiation avec le paysan Renaud Jean qui fut élu député. Il m'a fait suivre le commentaire suivant : « Le sucre chez vous, c’était pour une part les vendanges chez nous. D’un côté sortir de l’hiver et de l’autre y entrer.
Pour Renaud Jean, si une machine à vendanger était mise au point alors c’était la mort de toute une culture, car le moment de la vendange constituait un grand moment de solidarité rendu obligatoire par la récolte, et favorisant ensuite les autres solidarités.
Merci donc pour ce texte solidaire qui donne une version a-commerciale de la globalisation. amitiés jean paul ».

Roméo Bouchard La comparaison est excellente: les sucres et les vendanges sont deux activités qui n'ont plus aucun sens en dehors du mode de vie d'un peuple et de sa relation au territoire. Le libre échange est un rouleau compresseur; qui vide tout de son sens et de son enracinement: la déterritorialisation.
Répondre25 avril, à 15:44

28 octobre 2015

Creuser jusqu'où? Jusqu'à la Chine?

J'ai assisté le 27 octobre à la librairie Le port de tête sur l'avenue Mont-Royal au lancement du collectif Creuser jusqu'où? Extractivisme et limites à la croissance, sous la direction de David Murray et Yves-Marie Abraham. L'ouvrage publié aux éditions Écosociété regroupe 17 contributions et vise à susciter une prise de conscience à l'heure où toutes les ressources naturelles de la planète bleue, l'eau, l'air, les minerais, les forêts, les terres cultivables, même le sable et les paysages..., sont littéralement siphonnées par l'insatiable « loi » de la croissance. L'extractivisme est « un modèle de développement économique fondé sur l'extraction des ressources naturelles », modèle directement branché sur la logique du capital, écrit Murray, et qui est devenu synonyme de dépossession du territoire, de la maison commune, nous laissant croire par ailleurs dur comme fer (que Duplessis vendait pas cher la tonne, politique remixée au goût du jour en Plan Nord et en pétrole tous azimuts à la Harper) qu'on ne peut pas faire autrement! « Et si, demandent en avant-propos Murray et Abraham, au lieu de se préoccuper de la bonne façon de partager ce « gâteau » (sans trop salir la nappe), on s'interrogeait plutôt sur la pertinence même de consommer? ».


Photo JD., David Murray et Yves-Marie Abraham entourés de quelques-uns des auteurs ayant collaboré au livre,
dont Jonathan Durand Folco.

29 juillet 2015

La réputation de la Grèce revue et corrigée

Merci James Henry d'avoir signalé cette déconstruction magistrale et au ras des pâquerettes des préjugés tenaces et des médisances colportés au sujet de la Grèce. Sans le nommer, il y a entre autres chez nous un Dragon mal avisé qui devrait apprendre à faire ses devoirs...

Yvan Allaire, La Grèce et ses mythes, Les Affaires, 28 juillet 2015

14 mars 2015

Naomi Klein à Montréal : question de climat


À propos de l'argumentaire de Klein, la sortie obligatoire du capitalisme versus le désastre écologique, c'est plus raboteux et nébuleux, pense le philosophe Jocelyn Maclure. l'Allemagne, fleuron du capitalisme avancé, citée par l'auteure comme exemple de création de richesses en environnement est contradictoire, ajoute-t-il. 

Mais justement, ne sommes-nous pas en totale contradiction, surtout dans le déni empoisonné, savamment entretenu par ailleurs? Dans un essai précédent (The Shock Doctrine), Klein a souligné au crayon rouge-alerte, faits à l’appui, comment les « forces » du marché tiraient profit des cataclysmes « naturels » comme l'ouragan katrina à la Nouvelle-Orléans. Dans Tout peut changer (en « surtitre » Capitalisme et changement climatique) dont je viens d’entamer la lecture, Naomi Klein s’attarde patiemment et avec beaucoup de rigueur à mettre le doigt sur le lien de cause à effet entre le marché et le réchauffement climatique, puis redit à sa façon pour crever l'amnésie que seules une solution collective et une action de masse peuvent permettre la nécessaire révolution.  Question de stricte survie!

Photo Jacques Desmarais, affiche dans la vitrine de la Librairie Jasmin à l'UQÀM.

L'épais brouillard et la fonte des calottes glaciaires tout autour n'empêchent pas le capitalisme mondialisé de s'adapter. On peut toujours chercher une solution dans la colonisation de l'espace comme le disait en 2010 le physicien Stephen Hawking, mais sur le terrain des vaches, les compagnies d'assurance jaugent déjà au peigne fin les « risques environnementaux » et accumulent depuis belle lurette des milliards! Est-ce que la prochaine Conférence de Paris à l'automne 2015 va trancher avec les trente dernières années de palabres décevantes et irresponsables? L'âge d'or surprenant et « anormal » du capitalisme (1947-1973), qui reste en grande partie inexpliqué selon l'historien Eric J. Hobsbawn (cf.  L'Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994, pp. 27 et suiv. ) est bel et bien passé au tordeur en cette ère des catastrophes! Mais comme dit le député et médecin Amir Khadir, ce n'est pas parce qu'on n'a pas encore résolu le traitement des cancers qu'il faut arrêter de faire des recherches!

Voici les craintes de Maclure en conclusion de son article :

« Naomi Klein était digne, brillante et respectueuse dans son entrevue à TLMEP, et elle écrit des livres qui éveillent des consciences et invitent à la mobilisation.
Je crains, toutefois, que ses prises de position encouragent la fermeture dogmatique à l’égard de politiques fondées en tout ou en partie sur le marché, ce qui peut aussi ralentir la transition vers une économie plus verte. Si le «fondamentalisme du marché» doit être rejeté, le refus a priori de se servir du marché ou d’incitatifs économiques pour atteindre des objectifs collectifs doit l’être aussi.»

Jocelyn Maclure, l'Actualité, 13 mars 2015

Naomi à TLMEP, Radio-Canada, 8 mars 2015

***




13 mars 2015

La conférence de Naomi Klein à l'UQÀM

Capitalisme et changement climatique.

Note : n'ayant pas trouvé le lien pour copier la webdiffusion de la conférence de Naomi Klein, prière d'accéder à ma page Facebook ci-après.

Nous étions plusieurs à être refoulés à la porte de la salle Marie-Gérin-Lajoie, c'était complet. On se reprend ici! Magnifique!

12 octobre 2014

Comprendre Wall Street!

Je mets en lien un documentaire qui me semble très bon sur l'univers des brasseurs d'argent à la Bourse (traders) pour le voir en entier dès que j'aurai le temps.

Rengaine connue : Nous n'avons plus le choix!

Ce matin à Dessine-moi un dimanche, Normand Baillargeon revient avec pertinence sur ce petit fait mondain : il y a peu, le premier ministre Couillard s'est dit un lecteur vibrant du livre The fourth revolution et enjoint son entourage à lire ce livre. En gros, on y poserait la thèse que l'État n'a plus le choix, il est devenu trop gros, trop gras, il croule sous les déficits et il faut poursuivre « l'oeuvre» des Thatcher et Reagan des années 80.

Il y a bien entendu d'autres approches possibles dont celle de Joseph E. Stiglitz.  Le politique a toujours le choix de faire autrement!

 
La chronique philosophique de Normand Baillargeon 
 
- The fourth revolution, de John Micklethwait et Adrian Wooldridge, The global race to reinvent the State, Penguin, 2014. 
- Reforming Taxation to Promote Growth and Equity, de Joseph E. Stiglitz, The Roosevelt institute, 28 mai 2014.  
- 10 milliards de solutions : coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics 

02 octobre 2014

Québec, terre d'accueil pour le Père Noël Enbrige!

Enbridge! Épisode tout terrain des Franc-tireurs à Télé-Québec. Ça dure 18 minutes et 28 secondes. À voir et en effet, à diffuser à tous les vents. Après, convaincu pour toujours, si on ne l'était pas déjà, de se faire faire une oston de grosse pipe-line! En passant, l'autre jour à New York lors de la marche pour le climat, j'ai croisé des citoyens inquiets et en colère du Maine et du Vermont. D'après moi, Enbridge ne passera pas aux États!


06 septembre 2014

Classe moyenne et lutte des classes!

De retour en ville ce soir, entendu à la radio la chronique de Jacques Nantel (Radio-Can, Les éclaireurs - cf. l'audio fil)) qui illustre de façon concrète l'étiolement de la « classe moyenne » qui s'appauvrit, ou pourquoi il y a à la fois prolifération des Dollarama d'une part, et de l'autre beaucoup plus de BMW dans les rues de Montréal. Savez-vous que pour la rentrée il en coûte en moyenne 900 $ de matériel scolaire par enfant? Le salaire moyen brut des ménages québécois qui n'a pratiquement pas augmenté depuis des décennies tourne autour de 58 000 $. La capacité d'épargne est d'environ 1 500 $ annuellement. Toute du monde gars durs, n'est-ce pas? Pour réfléchir sur le même sujet par le dedans de la conscience alors que notre élite politique fonce à droite comme des baveux avec leurs barreaux idéologiques, on lira ou relira avec un grand plaisir Le sel de la terre de Samuel Archibald (coll. Documents 03, Atelier 10, 2013).

02 juillet 2014

Le monde selon Walmart


La victoire majeure des ex-travailleurs de Walmart à Jonquière est le point de départ d'un questionnement de Gérald Filion sur son blogue à Radio-Canada. Celui qui quotidiennement et très sobrement parle économie et chiffres à la radio et à la télé publique s'interroge sur la précarisation des travailleurs.  Partant, c'est rien de moins que l'idéologie (je n'ai pas d'autres mots) du progrès, de la croissance, de la prospérité qui est mise en cause alors qu'hier encore, Jour du Canada, on se trouvait si chanceux de vivre « dans le meilleur pays au monde ».



Notre monde s’améliore-t-il?
Vendredi 27 juin 2014 à 15 h 24 |  | 
Près de 10 ans après la fermeture du magasin Walmart de Jonquière, les travailleurs syndiqués qui ont perdu leur emploi ont finalement eu gain de cause en Cour suprême. Le plus haut tribunal du pays ordonne qu’une compensation financière soit versée aux employés congédiés. Un arbitre devra trancher puisque les travailleurs ne peuvent pas être réintégrés à leur milieu de travail : le magasin n’existe plus. Mais, ils ont droit à une réparation.
La bataille a été longue pour arriver à ce résultat. Et cette affaire est importante. Au-delà de la bataille judiciaire et de l’argent qui est en jeu, une réalité semble apparaître : celle de la précarisation des travailleurs.
Aujourd’hui, après des décennies de syndicalisation, de législations sur le travail et la maladie et de protections et avantages multiples (des congés parentaux aux garderies à faibles coûts, en passant par l’assurance médicaments et l’assurance-emploi), le sort du travailleur est-il en train de s’aggraver?
Arrêtons-nous un instant. Mettons de côté nos convictions profondes et posons-nous la question : notre société s’améliore-t-elle? Je sais, c’est une grande question, j’en conviens! Et ce n’est pas dans un blogue qu’on va régler ça aujourd’hui! Mais, quand même, je vous invite à réfléchir à cette question avec moi.
On s’est donné un système socioéconomique qui s’appuie sur l’épanouissement des travailleurs et la croissance économique. Aujourd’hui d’ailleurs, je tiens à le rappeler : nous faisons partie du 1% planétaire! Nous sommes, au Québec, comme dans l’ensemble du Canada, parmi les plus riches de la planète. Ça se reflète d’ailleurs dans l’indice sur la qualité de vie de l’OCDE : nous sommes parmi les plus privilégiés du monde. Nous avons un système d’éducation de qualité, nous avons l’accès universel à un système de santé parmi les meilleurs malgré certains défauts.
Sommes-nous en train de détricoter cette structure qu’on a tenté de bâtir depuis un demi-siècle?
Prenez le dossier de la retraite. De quoi parle-t-on? On ne parle pas de la majorité des gens qui n’ont pas de régime de retraite. On ne parle pas de la faiblesse de la sécurité de la vieillesse et des rentes publiques pour les personnes de 65 ans plus. On ne semble pas chercher à améliorer le sort général des retraités et futurs retraités. On restructure les régimes existants et on cherche des solutions pour se sortir des régimes à prestations déterminées. On parle maintenant de prestations cibles, un régime plus flexible.
Prenez aussi les annonces dans le secteur des médias et du journalisme. Ce monde est en pleine transformation. Mais, au cœur de cette restructuration, les artisans doivent composer avec des conditions de travail plus difficiles. Il y a de moins en moins de postes permanents, bien protégés et bardés d’avantages sociaux. Il y a de plus en plus de pigistes, de contrats à courte durée, d’incertitudes et d’attentes. Ça, c’est la réalité.
Le monde des affaires réclame plus de « flexibilité ». En fin de compte, les entreprises s’enrichissent, le taux de chômage baisse, la croissance du PIB se poursuit. Mais, la qualité des emplois et des milieux de vie, qui s’en occupe? Qui fait ce calcul? Derrière les données sur l’emploi à temps plein, l’emploi à temps partiel et le travail autonome, qui s’assure de l’état d’esprit des travailleurs, chose qui peut avoir un impact réel sur la productivité? On parle d’humains ici, pas de machines. Des humains dont les salaires stagnent depuis des décennies, dans un monde où les inégalités de richesse augmentent toujours.
Bien sûr, il faut s’adapter aux changements. Et bien sûr, avec l’ouverture des marchés, les grandes entreprises sont en mesure de réduire leurs coûts. Il faut faire preuve d’innovation, d’ingéniosité et de créativité pour maintenir certains emplois et pour éviter, au nom des coûts de main-d’œuvre et de production plus bas, de voir fermer des usines manufacturières. Mais, cette réalité nous conduit-elle à un monde meilleur, prospère, riche et équitable? Est-ce qu’on s’améliore? Est-ce qu’on est plus heureux?
J’aimerais lire vos réponses.


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Voici le commentaire que j'ai fait suivre parmi la trentaine publiés :


Question essentielle qui devrait hanter la conscience de la « vieille » société libérale si imbue de son bonheur romantique, de ses bébelles spectaculaires, mais si profondément amorale, comme le répétait Michel Chartrand pour qui la question du bonheur était centrale. Sur le plan des théories, en épistémologie notamment, un Gaston Bachelard croyait que le progrès était continu. Cette croyance a été mise à rude épreuve à la suite des Popper, Foucault et autres penseurs. De même, sur le plan social, les régressions dans les conditions de vie nous pendent toujours au bout du nez. Samuel Archibald dans Le sel de la terre signale avec les yeux de la jeune trentaine l’érosion d’un certain nombre de valeurs du vivre ensemble. En réalité, l'humanité n'est pas maître dans sa propre maison (éco-logie) malgré les avancées de la technologie, les conditions sanitaires, l’accroissement de l’espérance de vie, etc. Le rapport à la nature est débalancé et s’ajoute aux intérêts contradictoires. Pourtant, le ronron politicien de l'économisme perdure : nous vivons « dans le plus beau pays au monde », nous devons faire grossir le gâteau — lire créer la richesse — pour mieux le partager! Le paradoxe, c'est que nous n'avons jamais été en mesure de produire autant de richesses, mais les inégalités... Vous rappelez-vous de Fer et titane de Gilles Vigneault composée dans les années 60? Le chantre disait : 

« Pas l'temps d'sauver les sapins 
Les tracteurs vont passer d'main 
Des annimaux vont périr 
On n'a plus l'temps d's'attendrir [...] 
Le progrès seul à raison 
À la place d'un village 
Une ville et sa banlieue 
Dix religions, vingt langages 
Les p'tits vieux silencieux 
Puis r'gard'-moi bien dans les yeux 

Tout ce monde à rendre heureux »« moins


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En parallèle et de façon concrète sur le « jeu » de la plus-value, on devrait suivre avec intérêt la bataille de Seatle en regard du revenu minimum qui vient d'être haussé à 15 $ l'heure.