06 mars 2007

C'est un peu solitaire

Photo Jacques Desmarais
Trois chevaux brettent sur la colline
Un trait de blues dans l'auto...
C'est cogner des clous sur les pierres brunes
avec un oeil qui court parmi les racines

Pays de verdure et de poussière,
paillis pour demain sur dos de tortue,
terre d'ocres rouges qu'on avale
pour le chemin contrasté qui chemine vers la lune

Pour écouler la canne, le pas
et le rêve coração des filles aux yeux sucrés
c'est un piège entrouvert
un espoir de vivre

Ce sont les cocotiers géants avec de grands bas blancs
C'est l'âne à côté du parabolique
C'est le fruit ensoleillé
qui roule à cinq heures dans l'assiette des bichous

C'est la maison de terre, de carton ou de brique
c'est le bar inondé
le marché de rubans et l'huile de palme
les piments qui fermentent dans les pots de vitre

Les paysans sans terre sur le bord des fossés
piochent la misère, la malice,
un pas de côté
C'est la fin de l'été mais c'est toujours la mer

Poubelles et plastiques épandus partout comme gibier de pitance
Dans le jardin, à l'orée du village,
c'est un troupeau d'urubus noirs
Ils reviendront ce soir à l'abri des regards

C'est un coq sans pantalon
marchant court vers Recife
Il donne la chair de poule surréaliste
Apparence de pluie qui chacale sous un soleil de plomb

C'est un grand domaine mirobolant, loin du chemin
du brouhaha, avec des caves féodales on imagine,
où il y a peut-être du vin en masse de l'Argentine,
des domestiques à la douzaine qui s'userinent

C'est un chien en errance, la tête basse
C'est un chaland de vif argent parmi les cafards
Un itinérant las qui ratisse vos désirs
offrant bijoux, verres fumés, fromage à l'orégano...

C'est une chanson en éclats de carnaval
qui passe bariolée par la fenêtre
Barola barola, barola barola...
et bis et braises à volonté

C'est beau, c'est grave et lointain,
c'est léger et fluide, c'est foncé incertain
Comme un garçon qui fume
en tirant dans le champ son poulain rétif...

Comme eaux de mars en février...

CD, s'il vous plaît.
On ne fait que passer...

«Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire
C'est un éclat de verre, c'est la vie, le soleil
C'est la mort, le sommeil, c'est un piège entrouvert (...)»

- Les eaux de Mars, Moustaki/Jobin










Photos : jd.

3 commentaires:

Jack a dit...

Un clic sur les photos aide à voir des détails intéressants et font mieux entendre l'écho «réaliste» de ce portrait chemin faisant.

Nina louVe a dit...

C'est un homme
Témoin attentif
qui
la jambe attelée
fabrique
des souvenirs d'une façon
pas ordinaire

pssst
c'est vrai que les clichés vus de près sont encore plus saisissants

merci Jack

Jack a dit...

Oui. Souvenirs qui défilent... On agrandissant, on voit bien le troisième cheval, la maison féodale, l'huile de palme, les garçons dans la charrette à cocos... Faisait nuageux, j'étais dans le char. Nous n'arrêtions que rarement. Merci Nouve. Attelé comme un quatrième cheval, en effet. Comme tu vois, ça ne galope guère comme du Brassens toutefois. J'ai la rime plutôt Roger Bon Train. Je broute tranquille. Libre. Que les règlements de la prosodie française m'en expulse si ça grince trop sur les rails du mors aux mots...