28 décembre 2008

Good-bye-farewell






Nous sommes chanceux ici, croyons-nous
il n'y a que le vent parfois sur nos têtes
qui se rassoit juste avant de trop boquer

Cela est indéniable

N'empêche, il ventait trop aujourd'hui
pour suivre la route de mon cher Canton d'Ely.
Alors un mot encore dans ce Train de Nuit
que je croyais en vacances...

Mely est partie ce midi pour le Viêt Nam.
Je me suis fait une soupe au riz basmati
haut de gamme avec du bouillon de dinde,
panais, oignon, carottes, thym, estragon
et le cou, alouette.

Puis, j'ai écouté le cadeau de Noël que m'a offert mon gendre M.
Un vrai beau cadeau : 12 hommes rapaillés. 12 voix de gars
comme pointes de charrue repassant dans les sillons tracés par Miron. Des labours de grandes circonstances. Les vétérans se surpassent (Rivard, Lavoie, Flyn, Faubert, Séguin, Corcorran, Gilles Bélanger, rien de moins); les plus jeunes (Vallières, Perreau, Martin Léon, Louis-Jean Cormier) brillent d'intensité, tout un chacun s'efforçant d'interpréter juste. Ça sort joliment bien.

Mais l'émotion la plus vive, pour moi, est de retrouver sur ce disque un autre grand poète qui habite de sa voix sombre et un peu chevrotante le texte Désemparé de Miron... J'ai nommé : Plume Latraverse. Ce tendre bourru pousse l'œuvre déjà très forte dans sa facture musicale du côté de l'inoubliable.

***

« Au nord du monde nous pensions être à l'abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n'arrivent qu'aux autres
Incrédules là même de notre perte
au nord du monde
et tenant pour une grâce notre condition
(...)
À la criée du salut nous voici armés de désespoir
nous avançons nous avançons le front comme un delta
good-bye farewel. »
- Gaston Miron, La route que nous suivons.

6 commentaires:

Nina louVe a dit...

garde le cd au chaud, j,arrive

Christian Roy, aka Leroy a dit...

c drôle, je respecte le bonhomme, évidemment, mais les chansons que j'ai entendues à RC ne m'ont rien dit... surtout celle de séguin (mais j'ai jamais aimé séguin donc...). ni celle de vallières et pourtant je l'aime, lui.

Jack a dit...

C'est que par les chansons et la musique, la poésie nous arrive par d'autres horizons, elle nous saute dans la face, en fait, avec cet éclat insoupçonné, Gaston n'ayant jamais eu la prétention d'écrire des chansons. Néanmoins, il était habité par la musique, je l'ai vu de mes yeux vus et entendu jouer de la ruine babines, chanter Y a pu de papier aux Trois-Rivières sur la scène; c'était crissement poignant ces insertions trad en travers de sa voix tonitruante, abracadabrante, lui,l'ancien novice, l'enseignant porteur de soutane des Frères du Sacré-Coeur! Alors, ce fut pour moi une révélation lorsque dans les années 1990 Miron se promena avec le spectacle (j'ai le CD, très rare, enregistré en public à La Licorne en oct. 92), « La marche à l'amour », flanqué des deux pianistes extra-terrestres Jak St-Jack et Bernard Brisson... Ce fut également à mes oreilles un bol de beautés pures lorsque Chloé s'est mise à mironner. Les 12 hommes rapaillés fouillent un peu plus encore l'œuvre dans son inscription musicale.

Sam Séguin, c'est un gars de mon âge avec un peu de sang rouge dans la lignée de Dylan, son modèle principal. C'est un amoureux sincère de la poésie qu'il fréquente pour vrai et je l'aime absolument, ainsi que Marie-Claire, une des plus belles voix féminine d'ici. Question de génération peut-être? Les plus jeunes ne peuvent sans doute pas imaginer ce qu'a pu représenter ce duo underground dans la chanson québécoise vers 1973. Avec Valiquette,Raoul Duguay, Letarte, Grégoire, Flyn, Fiori et d'autres fous chantant, bien qu'ils fussent boudés par les radios et toute la all fit - avant la percée vers 1977 de l'Heptade que j'ai personnellement moins appréciée -, ils remplissaient leurs salles et aiguillonnaient un public jeune et planant qui ne faisait qu'un avec ces artistes très collectifs dans leurs créations (on peut être collectif sans entrer en religion!).

En fait, mes accointances remontent avant les Séguin, précisément à l'été de 1968 où j'ai vu en show à Terre des Hommes La Nouvelle Frontière. J'ai tombé sur le cul des mes 15 ans!

Le Séguin actuel - j'ai son dernier CD, Lettres ouvertes,déc. 2006 - propose des textes à la fois intimistes et allumés, sur la route, fragmentés de rêves mûris, en continuité avec les auteurs folks. En réalité, Vallières, un autre des Cantons-de-l'Est - que j'aime beaucoup aussi - est l'un des fils de Séguin, entre autres à cause de la référence commune, manifeste à ce toujours bon vieux Robert Bob. Enfin, selon moi. Aussi, Séguin, l'artiste et l'homme, a joué un rôle déterminant dans la bataille du parc Orford. Je lui en suis reconnaissant.

Anonyme a dit...

Bernard Buisson, et non pas Brisson.
jd

Christian Roy, aka Leroy a dit...

je crois pas que ce soit une question de génération, je n'aime pas le folk - tiens je viens de m'en rendre compte - j'ai beau essayer d'écouter dylan, guthrie et tutti quanti, ça rentre pas dans mes oreilles.

cela dit, l'album est un bel hommage au poète quand même :)

bs: et les lettres magiques me disent "obbit" y du fantastique dans l'air!

Anonyme a dit...

Le blues,le folk, le trad, le cajun, le zaricot pas salé, le country, le western, la Bolduc, les musiques du monde, quoi, comme celle de ton grand-père à l'harmonica, c'est la musique un peu gauche, parfois mal repassée, approximative, jupon qui dépasse, braquette ouverte, finale en queue de poisson... Très souvent géniale. Éclats de rire. Feelings. Swing! C'est la musique des ouvriers, du peuple, des esclaves, des à côté de la track, des illustres tout nus... Je ne crois pas que cette musique rentre d'abord par les oreilles, mais plutôt par le coeur, après, par les pieds.

jd