25 janvier 2011

Au pays d'Aragon

Sans doute ai-je mes raisons... J'adore fréquenter le blogue de René Merle pour les paysages historiques, la culture savante & populaire, la connaissance profonde de l'Occitanie, les prises de positions politiques, pour l'écriture fine surtout laissant ici et là des traces de pas ayant traversé les sillons de la poésie.

Photo Jacques Desmarais. Rencontre à Avignon, juillet 2009. Marie-France, René, Annette, Jean-Paul. Je présidais ce dîner!

Le site des plus variés se trouve aisément en deux clics de souris sur le Train à la rubrique On the road again. Aujourd'hui, René me donne le goût de reprendre tout de go ce poème de Louis Aragon* :

Braves gens comptez vos sous

Dormez sagement chez vous

Il revient le temps des fous

Volontaires

Qui choisissent pour passer

Cette existence insensée

La poubelle et les fossés

Au grand air

Par le soleil et la pluie

Par le jour et par la suie

Par le silence et le bruit

Tôt ou tard

Les vieillards et les enfants

S’en iront le nez au vent

Traînant leurs pieds et traînant

Leur guitare

Il revient le temps perdu

Où rien de rien n’aura plus

La nécessité qu’il eut

Dans les livres

Il nous faut de tout si peu

Que soit le ciel noir ou bleu

On meurt mal mais sait-on mieux

Comment vivre

Sans doute ai-je mes raisons

De fuir la nuit des maisons

Sans pourtant aux horizons

Vraiment croire

Ici nul ne sait de moi

Mon amant mon Dieu ma loi

On me prend comme on me voit

Sans me voir

Aragon, Les Adieux et autres poèmes, Messidor, 1982

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Supplément critique : est-ce ainsi que les hommes vivent?

J'ai écrit cette semaine à Jean-Paul Damagio à propos du débat actuel en France sur le cinquantième anniversaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline. J'ai cité en référence l'ouvrage de Jean-François Nadeau sur le chef fasciste Adrien Arcand dans lequel se trouve une photo de Céline avec Arcand lors d'un voyage qu'il fit à Montréal en 1938. Voir Vincent Larouche, Rue Frontenac, Jean-François Nadeau déterre les secrets des fascistes québécois,31/03/2010.

Jean-Paul : « (...) Céline était un antisémite et un grand écrivain comme Aragon était un stalinien et un grand écrivain. Je viens d'achever le livre de Padura (...) et franchement, on peut se dire qu'Aragon a bien caché la réalité. » «(...) Après Padura je ne vais pas travailler de la même façon ».

Leonardo Patura,L'homme qui aimait les chiens, Métailier.

Par ailleurs, dans un commentaire antérieur, René Merle écrit ceci à propos de sa lecture d'Aragon qui habita un temps la même ville que lui :

« Pour moi, ce qui compte avant tout (j’enfonce des portes béantes), c’est l’œuvre, toujours à découvrir et à reprendre, dans l’éclairage certes fascinant des biographies. Et avant même la découverte totale de l’œuvre, et dans son cheminement, des éclairages qui m’ont en quelque sorte appris à lire.

Par exemple :

Avez-vous lu Victor Hugo ? Éditeurs français réunis, 1952

Hugo, poète réaliste, Éditions sociales, 1952

La lumière de Stendhal, Denoël, 1954

Et pour la bonne bouche, dois-je dire que mon engagement occitaniste date de la lecture de la préface d’Aragon à l’Anthologie de la poésie occitane, d’Andrée-Paule Lafont, Éditeurs français réunis, 1962.

Ce qui ne m’empêche pas de revenir, ultérieurement, sur mon exaspération devant son soutien à Tel Quel et à Sollers, et les lettres restées sans réponses à La Nouvelle Critique et aux Lettres françaises, lors de la présentation de la réalité soviétique, dans l’écartèlement vision Aragon et vision direction du PCF, etc. etc... »

1 commentaire:

Jack a dit...

hélas, le blogue de René est discontinué depuis mai 2011.