06 décembre 2012

Qui-vive deux


« Nous naissons avec ce frisque cœur lièvre,
Ce sexe truite de désir, grandissons avec cette fièvre... »
— Michel Garneau

« De Pernambouc au Potomac... »
— Yves Sauvageau, Wouf Wouf.


Tout cela tire vers soi une ligne suave qui glisse sur la peau.

Pénombre.

De la véranda, Miles Davis coule à flot en douce déteinte engageante. 

Un canot imaginaire traverse en bleu l'atmosphère.

Le déclin du jour taillé au canif nous fait dériver vers l'amour.

***

Señorita, c'est moi, Papa l'Ours!
(Elle dit que j'ai les mains douces).

Quand on est pluvieux comme la pluie, on ne craint plus les jeux de mots fugaces qui fonderont au soleil comme du chocolat. 

Nous allons pour rire!

Je renchausse son dos. Je chavire. Je sais. 

Je ne sais pas où tu commences.

La glace est mince et les caresses archaïques. C'est si bon!

On n'est pas fait en bois!
***

Je suis pourtant devenu Apache le temps de traverser les yeux mordorés de mon chat Patch, qui n'est plus.

Sophocle et Agakuk en grandes voiles décousues dans le vent du fond de l’air de l'époque. Il en sort de la viande crue. Du jute.

De la mémoire gelée dans la chair du temps.

« De la mousse dessus le sang » dit le chat Félix.

« Va, cède au mort, ne cherche plus à atteindre ce qui n'est plus. », clame Tisérias.

C’est bien assez pour désaccorder le lecteur. Ça parle d’éclipses dans la maison. Peut-être l’inverse. 

La maison des éclipses!

***

Moi aussi j'aime le lecteur. J’aime traîner dans ses mûriers. Il est je. Mouche à feu. Fanal. Abîme.

Je ne fais pas exprès pour le faire rire. Lui faire cracher des pépites de pierres mauves, des scratches de souvenirs.

Je ne le traque pas et j'étire sur le chemin la languor entre nous. Pour le surprendre. Le ravir. Le saisir.

Pour l'entendre respirer au fond du puits où le silence reverdit, décharge ses conquêtes.

Ma maison s'éclaire soudainement grâce à lui.

Pourquoi ne pas plutôt dire grâce à elle? Puisqu’il y a surtout des lectrices.

***

Il y a de l'eau puisée à mains nues. Il y aura tantôt du vin et des éclisses de joie, des copeaux d'ivresse. Il y aura du flamant sous de grosses lunes angoras. Un dimanche. Puis rien.

Il y a de quoi craindre qu'une seule goutte de vie manque à l'appel.

Tous ces gens sur nos épaules depuis des siècles qui ont eu soif.

Mais mon chat qui meurt à l'instant entre mes bras!

***

C’était par un vendredi soir à Waterloo, ville slaque brothers de champignons entre les rangs de paillis humide et le fumier en traînées de brindilles éparses jusque dans les revers des overall des ouvriers, sur le prélart de la maison de chambres de la rue Young, dans les commerces, partout.

Ça puait à l'entrée de la ville. 

Dans le temps.

Jadis. 

C'est oublié.

Je suis jeune. C'est l'été. Je fauche à longueur de semaine le bord des fossés sur des routes de gravelle perdues, brûle les branchages dans le bout de South Stukely avec Bob Laliberté et le père Arès. On a du fun en masse! On arrête au domaine de Jean Rafa où il y a une fête en plein jour!

Wouf!  Wouf!

Vendredi soir, donc. Sur le trottoir magique, je déambule avec Bachand, Cécile, Castor, un paquet de bougalous. Nous ouvrons les cornets de la nuit, nous criaillons, nous irons danser au grill de l'hôtel comme des chevreuils en cage, comme des fous.

L'amitié. Un peu de rage. De la musique qui nous enterre.

Toujours le mot pour rire!  

Ça nous enchâsse. 

Entre deux joints, on pourrait ne rien faire.

« Waterloo! morne plaine! » disait Hugo.

Soudain, en plein sur la slide guitare une triste confidence de Hébert tombe raide dans face. C'est bien lui, son propre frère, qui me le confia : le Sauvageau légendaire de la place s'est résolu à 24 ans et des poussières. 

Crise d'octobre.

Après, la troupe de La Lanterne de la petite bourgade grise a pris son trou.

Après, on a parlé en anglais. Waterloo. Now he swings where the little birdie sings.

On a dit comme Moustaki : tu ne sais pas où je finis.

On a dit : c’est la vie qui éclate.

Oui! 

De Pernambouc au Potomac.


Aucun commentaire: