14 janvier 2013

Premières nations : la mise à mort barbare du nomadisme

Sur Les chemins de travers du 13 janvier 2013 à l'antenne de Radio-Canada, l'anthropologue Serge Bouchard abordait le thème du nomadisme. En première heure, chose plutôt rare, il est seul au micro et son propos ne pouvait pas être plus arrimé au contexte de la poussée actuelle des revendications autochtones et au jugement historique de la Cour fédérale qui vient de trancher en faveur des Métis et des Indiens non inscrits reconnus ici comme des « Indiens » en vertu de la Constitution canadienne (Le Devoir, 6/01/2013). 

Pour ceux et celles qui le veulent, je suggère d'aller écouter cette première heure sur le site internet de l'émission Écoutez la première heure : réflexions sur le nomadisme

Bouchard souligne à l'aide de plusieurs exemples factuels le drame profond qui s'est joué sous nos yeux au Québec et au Canada à l'égard des Premières Nations, et ce, jusque tard dans les années 60, et c'est ce que j'appelle la mise à mort barbare du nomadisme. C'est par la force et par tous les moyens (agriculture mal adaptée, éducation acculturante, système d'infantilisation des « Indiens » qu'on a comptés un à un et inscrits sur des registres afférents aux réserves...) que les autorités politiques et religieuses ont successivement tenté, et ce, jusqu'à la fin des années 1960, d'éradiquer le mode de vie dit primitif des peuples nomades des Amériques. 

Vivre de chasse, de pêche et de cueillette depuis des millénaires en parcourant, boussole dans le troisième oeil, des distances géographiques impressionnantes sans domiciles fixes, apercevoir et imaginer des lueurs dans une nature époustouflante de beauté, cela est loin d'être un paradis perdu où vivait le bon sauvage de Jean-Jacques, tout cela est inséré dans l'histoire et dans des conditions matérielles données qui ne sont pas statiques, mais il ne ne serait pas venu à l'esprit des tenants de la « civilisation » et de la religion qu'il s'agissait aussi d'une préférence de vie, non pas d'un malheur qui fait pitié et dont il fallait sortir à tout prix en y laissant jusqu'à son âme.  

D'ailleurs, et ça aussi on l'a fait en grande partie dégringoler de nos mémoires, nombreux sont les « Habitants », comme on désignait jadis les Canadiens-français pour les distinguer des Français, qui ont goûté à cette forme de vie plus libre qu'en France, sans curé à tout bout de champ, vie rude, mais plus exaltante et enracinée sur le territoire réel américain; ils étaient primes à s'ensauvager, comme le notait déjà au début de la colonie Marie de l'Incarnation, préférant courir les bois et prendre pour compagnes des femmes autochtones jusqu'à forger une nation inédite sur le continent, les Métis. 


(À ce propos, autre piste à suivre, j'ai entendu Biz aujourd'hui à Plus on est de fous, plus on lit commenter une monographie de Georges-Hébert Gemain intitulé Les coureurs des bois : la saga des Indiens blancs (Libre Expression, 2003), illusté par Fédéric Bach et qui raconte « les croisements culturels entre les coureurs des bois européens et les peuples amérindiens en Nouvelle-France, [...] (et) rappelle à quel point l'héritage amérindien est constitutif de la culture canadienne actuelle. », peut-on lire sur la page de l'émission littéraire.)


Reste pour nous tous aujourd'hui, inscrites en tous sens sur le territoire, les marques du patrimoine nomade, sa grandeur, toponymie magnifique et chargée d'amour — mon Dieu, de l'air et de la poésie hors la panoplie des saints Liboire qui ne disent rien! — qu'on voit défiler,  topos à la fois usuel et quasi parfaitement inconnu.   

 « Que notre terre était grande », chante justement, magistralement Chloé Sainte-Marie!




Aussi, aussi aussi!  à voir absolument, la bande annonce du récent film de Serge Giguère sur le parcours du grand géographe Louis-Émond Hamelin, Le Nord au coeur.

Le Nord au Coeur. Un film de Serge Giguère avec Louis-Edmond Hamelin. Bande Annonce from Rapide Blanc on Vimeo.


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