27 mai 2014

Derrière chez nous

Photo J. Desmarais, 25 mai 2014.
derrière de par chez nous
il y a un étang
c'est vrai de vrai
en cambrousse...
il se tarit parfois l'été
quand ça chauffe trop
où donc les vives grenouilles
émigrent-elles dans ce temps là?

derrière chez là
où je vis en ville
il n'y a pas d'étang,
mais à quelques coups de pédales
en bordure du boulevard Gouin,
il y a une grande rivière brune,
bleutée quand il n'y a pas de nuages,
porteuse de rapides et de forts courants,

comme je suis dans l'âme
encore un peu habitant
et pressens les semences
partout où j’y pense,
je n'ai aucun mal
La Rivière-des-Pariries, photo Héritage Montréal.


à imaginer les prairies planes,
sans coteaux, à perte de vue
qui jouxtaient la berge 
alors sauvage et débordante
en témoigne encore de nos jours
le parc Nicolas-Viel
qui longe la rivière
et la terre qui reste à Montréal
elle est vraiment riche et bonne,
je le sais d'instinct
je l'ai souvent tamisée dans mes mains
de rouge-gorge

mais ici, mes amis, je fabule
je ne suis pas le seul
à qui cela arrive
Monsieur Des Prairies lui-même
venu de Saint-Malo
a eu la berlue et s'égara
quand il a cru dur comme fer
qu'il mouillait le fleuve
alors que ce n'était
que la rivière
pourtant assez large et profonde
il est vrai

pour le consoler,
elle portera son nom...

mais revenons
sur le terrain des vaches :
au bout du parc Nicolas-Viel
un monument patriotique
de la Société Saint-Jean-Babptiste
stèle en granit de J.C. Piché
témoigne d'un fait succulent :
Samuel de Champlain,
compagnon de Monsieur Des Pariries,
avec toute la all fit 
et les simagrées ostentatoires
des hommes à robe,
Jamet et Le Caron,
y ont pique-niqué
lors de la première messe
célébrée sur l’isle,
imaginez, le 24 juin 1615
il y a de cela
tout près de 400 ans!

ce n'est pas tout!
sur l'autre face de la pierre
surmontée d'une croix
comme au cimetière,
une plaque plus récente
avec un triste écriteau
rappelle que la fatalité
frappe et marque comme on dit :
Nicolas Viel et son camarade
dit « le petit frétillant »
— sans doute des plus sympathiques,
car il fut lui ensauvagé, rebaptisé Auhaitsic
par les Hurons — ,
à moins que la véritable histoire
une fois nettoyée du mépris,
de la propagande coloniale
et des menteries des ecclésiastiques
qui ont semé la rumeur de l'assassinat
par les méchants barbares,
nous confirme
qu'il fut simplement 
un vrai Huron...

tous deux malchanceux
ils ont chaviré
et se sont noyés
dans le dernier rapide
de la Rivière à Monsieur Des Prairies,
désormais lieu-dit,
maudit Sault-au-Récollet

derrière, à quelques jets de pierre
c'est donc ainsi que passent 
la suite du temps
et son esprit
dans le quartier Ahuntsic
où je vis maintenant

et puis, reviennent dans ce grand nid 
assurément chaque printemps
toutes sortes de canards locataires colorés
avec le compas dans l'oeil
et une mémoire de panache
époustouflante. 



Photo J. Desmarais, 25 mai 2014.

Photo J. Desmarais, 25 mai 2014.

Photo J. Desmarais, 25 mai 2014.







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