12 mai 2012

Petite fleur jaune

 L'érythrone d'Amérique dite Langue de serpent



Photos Jacques Desmarais

La fois d'avant (Train de nuit, 27 avril 2009) où j'ai parlé de ces humbles petites fleurs jaunes du printemps, je n'avais pas de photos perso sous la main.  Ce n'est plus le cas.  Je les ai surprises et croquées cet après-midi en grappe de trois ces humbles beautés aux abords de la veille soue, chez moi à Béthanie.

10 mai 2012

Le Québec étudiant déployé de Julien Lavoie

« [...] sommes rien d’autre que les assoiffés du jour que nous étions en naissant. »
  Fermaille Tremblay (#8)

07 mai 2012

Hollande : « Ouf??? Oui, sans doute », mais...

Réaction de mon ami René Merle (historien et écrivain) de Toulon.  En résumé : une page est tournée et c'est un soulagement.  Mais il y a lieu de constater que la France est et reste majoritairement à droite avec un fond de haine qui fait peur.  Les puissants, l'encerclement « des marchés »  n'hésiteront pas à faire capoter le nouvel alliage à gauche somme toute assez hétéroclite.  Les lendemains de la victoire s'annoncent difficiles.


OUF ??? Oui, sans doute. OUF !!! Une page est tournée, et bien tournée.
"Que du bonheur ? ".  On se calme... Il reste maintenant à cicatriser des plaies, à concrétiser des espoirs, à tenir le bon cap... Les expériences socialistes précédentes incitent plus qu'à la prudence. En attendant, ne boudons pas notre plaisir.
Il n'en demeure pas moins que la France est majoritairement à droite. 27,18 % pour Nicolas Sarkozy, 17,90 % pour Marine Le Pen, 1,79 % pour Nicolas Dupont-Aignant... Soit 46,87 % au premier tour. Sans compter une bonne part des 9,13 % François Bayrou.
Et voici le Chef de l'État sortant à 48 %. 
La victoire de François Hollande, à l'évidence, ne procède pas particulièrement du charisme d'un homme, aussi bien reçu soit-il ; elle a tenu au ralliement d'électeurs (venus de la gauche de la gauche, du centre, et du F.N.) au (modeste) socle social-démocrate, (lui-même déjà gonflé au premier tour par le "vote utile"), et plus ou moins aussi à son programme prudemment réformiste. C'est dire qu'il sera difficile au nouvel élu de s'appuyer véritablement sur cette coalition hétéroclite, soudée provisoirement par le désir de "dégager" le sortant, mais non par une solidarité idéologique. République ? République démocratique ? République démocratique et sociale ?
Tout au contraire, la moitié des électeurs qui ont choisi le président sortant, en adhérant totalement au régime consulaire de la Vème République, se sont reconnus dans un homme, "un vrai", dont la personne correspond à l'image qu'ils se font de la réussite, de l'autorité, de la communication ; ils se sont aussi reconnus, quelles que peuvent être les nuances voire les fractures qui les séparent, dans les dernières incantations haineuses du candidat, dans l'idéologie d'une droite en très dangereuse mutation. L'hégémonie culturelle que théorisait Gramsci est de ce côté. Autour du noyau dur de la droite extrême et de l'extrême droite, ils feront plus ou moins bloc.  En tout cas, ils ne feront aucun cadeau à la nouvelle équipe en place, que les "décideurs" et les "marchés" sont prêts à faire capoter si elle s'avisait de toucher à leur domination... Et toute concession à leurs récriminations, loin de les calmer, nourrira encore plus leur désir de revanche. Bref, sans jeu de mot, les lendemains ne sont pas roses. Ce ne sont pas a priori des lendemains qui chantent. En tout cas, espérons-le, ce seront des lendemains où l'on respirera mieux, et où, au coup par coup, il faudra à la vraie gauche tenir sur les conquêtes sociales et, pourquoi pas, en gagner d'autres, et pour cela ne rien déléguer, compter sur les actions populaires, tout en se préparant à de dures confrontations initiées par les revanchards de la droite et par l'extrême droite. 

Hollande : jouissive victoire!

Réaction de ma vielle amie Josette de Montauban (c'est notre amitié qui remonte loin) au lendemain de la victoire socialiste au second tour des élections présidentielles en France.


.... les têtes qu'on verra moins encombrer nos écrans !
Jouissive aussi, l'allocution du nouveau président : bien construite, reprenant les fondamentaux, bel exercice de style de nature à ne pas se sentir honteuse d'être française.
Jouissives les images de ces jeunes de toutes les couleurs, enthousiastes, criant leurs espoirs.
Jouissives encore, les prises de parole des ténors "sarkosistes", leurs colères, haines, particulièrement celles de Morano, Copé et autres Hortefeu, Guaino... que personne ne connaissaient, il y a 5 ans et que j'espère pouvoir sortir de nos mémoires.
Jouissifs aussi, les SMS du  20h : " dans 3 mois, Julia ira voir son père au parloir !" "Le mandat Hollande commence mal : un chômeur de plus !"
Jouissif, aussi d'imaginer quelques possibles nécessaires et pourtant inexistants : peut-être, par exemple, aurons-nous très rapidement un ambassadeur tunisien à Paris ? (Nous n'en avions plus depuis que Sarkosy avait accordé la double nationalité à celui de Ben Ali, pendant la "révolution de jasmin".) Peut-être, dans 15 jours, la "base élèves" (fichage des élèves dès la maternelle) sera-t-elle abolie ?
Jouissives les "unes" des journaux européens et africains. Surprenantes aussi : je n'imaginais pas que la France pouvait encore représenter un espoir pour d'autres peuples !
Bref, une soirée plus que sympa, doublée de la présence rieuse des amies à la maison.
Mais, ce matin, 7 mai, donc lendemain du 6, impossible de ne pas penser, dire : "ça, c'est fait, ils sont virés ! le plus gros reste à faire !"
Alors, parce que je ne sais pas changer dans la nuit (comme les présentateurs télé, radio, par exemple), parce que je pense lentement, obstinément, je cherche toujours comment "transformer  l'essai", puisque le match n'est pas gagné !
J'ai même, le sentiment étrange, qu'il va falloir se "motiver" (d'ailleurs, Zebda passe à "Alors Chante") et redoubler d'efforts. Même si Hollande, le PS, écologie les verts, ne sont plus de mon point de vue, à gauche, ils la représentent dans la tête de beaucoup d'électeurs... Alors, oui, beaucoup, le "fondamental" restent à faire.
Ce qui me rassure, un peu, c'est que cette fois, le PS ne peut pas se "rater" en nous refaisant les coups des années Mitterrand : je ne suis pas seule à avoir de la mémoire.
Sûr que la nomination des ministres du budget, de la justice et/ou garde des sceaux... et bien sûr du/de la premier ministre seront très rapidement des indicatifs... de tendance.
Allez, accordons-nous 15 jours de plaisir !
Bisous
Josette Aliès

06 mai 2012

Oui, un autre Québec est en marche!

 

Je reprends ici un très bon texte du philosophe Georges Leroux publié sur le site des Prof contre la hausse.   http://profscontrelahausse.org/billets/le-point-tournant-un-autre-quebec-est-en-marche/

Réaction d'abord éthique, avec justesse l'auteur relève l'irresponsabilité et le mépris qui entourent la suggestion du valeureux ministre des finances de clore la contestation étudiante par  une élection.  La grotesquerie évoquée par Jean Charest à ce propos n'a en rien diminué le calcul électoraliste et l'appétit aveugle de ce gouvernement usé à la corde qui souhaite rester « aux affaires », peu importe les moyens pour y parvenir.  

Déjà sur le plateau de TLMEP, Raymond Bachand avait utilisé la corde sensible du beau gros gâteau bien lisse à léguer aux générations futures en disant qu'il pensait toujours à ses enfants lorsqu'il avait une décision budgétaire à prendre.  Je veux qu'ils aient les moyens de choisir, affirmait-il un trémolo dans la gorge, peu importe qu'ils soient d'extrême-droite ou d'extrême- gauche...  Comme si tout se valait!  Ce relativisme « sentimental » des valeurs est teinté d'un mépris crasse lorsqu'on entend le même ministre déclarer que ceux qui sont «fanatiquement en faveur du gel » auront le choix lors de la future et assurément prochaine élection.

Plus globalement, l'analyse de Georges Leroux, que nous avons eu le plaisir de saluer au parc Jeanne-Mance en ce dimanche du 22 avril, s'attache à souligner les signes prometteurs d'une société qui lutte contre la dépression et où pointe la force de l'unité des combats collectifs alors qu'un ancien régime qui n'a plus aucun rôle historique à jouer est prêt à tout pour sauver sa mise, y compris utiliser la violence politique au sens diabolique du terme. 

 

Le point tournant: « Un autre Québec est en marche »

 Georges Leroux,  Professeur émérite, UQÀM

La politisation du conflit relatif aux frais de scolarité a franchi un nouveau cap avec la suggestion du ministre des finances d’en faire l’enjeu d’une prochaine élection. Non seulement cette suggestion est-elle irresponsable, en ce qu’elle déporte sine die le règlement du conflit, mais elle est également méprisante pour l’exercice même de la démocratie parlementaire et le devoir d’élaborer des consensus. Après avoir laissé pourrir le conflit jusqu’à un point de non retour, alors que toutes les solutions de règlement étaient disponibles dès le départ, y compris celle d’un moratoire et de la mise sur pied d’une commission sur le financement des universités qui sont évoquées après douze semaines d’inertie, le gouvernement a l’impudence de se réfugier derrière la mécanique électorale pour se dérober encore.

Où sont donc dans les cabinets de ces ministres les conseillers chargés d’évaluer l’application des politiques ? Qui peut encore avoir la mauvaise foi de blâmer le retrait des étudiants du forum de 2010, alors que le couloir de décision qui leur était prescrit leur interdisait de présenter leur conception de l’accessibilité et de formuler leurs demandes ? Dans le discours gouvernemental, rien n’est adressé aux étudiants selon le principe fondamental de la bonne volonté. Le think tank qui a décidé cette hausse, après l’avoir discutée en vase clos pendant dix ans, s’est aveuglé sur son interlocuteur, il en paie aujourd’hui lourdement le prix. La manœuvre de repli qui consiste à se laver les mains du désordre et à renvoyer la décision au choix des urnes ne fait illusion pour personne, même pour les économistes lucides appelés in extremis en renfort pour ajuster le couvercle sur une marmite qui bout un peu fort.

Il est pourtant clair que ce conflit n’est que l’épiphénomène de tout ce qui afflige une société qui marche actuellement sur l’abîme et lutte contre la dépression. Qui l’absorbe le plus durement, sinon les jeunes ? Qui se souvient des débats sur les clauses orphelines et qui parle encore de la précarité ? On ne se lève pas impunément tous les matins dans un pays dirigé par M. Harper et M. Charest. Les conséquences d’une double défaite référendaire commencent à peine d’apparaître, l’idée même de la liberté et de la souveraineté étant redécouverte, avec une ivresse dont la candeur émeut, par une génération qui n’était pas née lors de la crise d’Octobre, ni même un certain soir du printemps 1976. La vigueur d’un symbole, ce carré rouge superbement placé sur le mortier de diplômés dans une récente collation des grades, dit tout de ce que cette liberté attend de l’éducation et de la justice nécessaire pour y accéder.

La revendication étudiante a en effet entraîné au Québec une mobilisation sans précédent sur la plupart des enjeux sociaux, comme la justice sociale et la protection de l’environnement. Quelqu’un a-t-il pris la mesure de ce que signifient 300,000 personnes marchant vers le Mont-Royal pour y planter un arbre ? Cette mobilisation révèle aujourd’hui des clivages profonds, dont les lignes partagent deux conceptions opposées du bien commun : ceux qui favorisent un individualisme strict, aux yeux desquels l’éducation est un investissement individuel et une épreuve de sélection exigeant le paiement d’une juste part, et ceux qui favorisent une conception plus collective et égalitaire. Pour ces derniers, tous les motifs qui soulèvent actuellement la population contre un gouvernement corrompu et usé convergent dans le désir de vivre autrement ici et surtout de croire cela possible. Comment ne pas écouter cette demande ? Comment éviter de la traiter avec un paternalisme punitif et moralisateur ? De cet idéal qu’il est si facile de regarder avec mépris, on pouvait lire le résumé éloquent sur une bannière lors de la manifestation du 22 avril : « Un autre Québec est en marche ». Donnons à ceux qui ont le courage de l’envisager la chance de le penser. À défaut de l’avoir connu, comme nous ils l’auront au moins rêvé.

Si des élections ont lieu, c’est donc l’ensemble de ces questions qui doit être au cœur du choix des citoyens. Aux luttes étudiantes, la société doit aujourd’hui une prise de conscience aussi rare que nécessaire : accéder à la conscience que tous ces enjeux sont solidaires. La lutte contre l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles, pour ne citer qu’un exemple, ne se comprend en effet que sur l’horizon d’une solidarité de toutes les causes citoyennes. La colère de la jeunesse est une libération pour tous ceux qui se sentent enfermés dans la fatalité des habitudes, ce ne sont pas des élections qui vont la calmer. Dans l’impasse actuelle, alors qu’il faut sauver la session de ces milliers d’étudiants, le premier devoir du gouvernement est d’entendre la revendication étudiante, de consentir comme tous les sages y invitent un moratoire pendant lequel une réflexion de fond pourra être menée en incluant tous les partenaires sociaux. Invités à la table, les étudiants examineront tout le dossier, y compris les récentes propositions de bonification des bourses et des prêts. Ceux qui se comportent en maîtres donneurs de leçon auront sans doute l’impression que quelque chose leur échappe, ils n’ont pas tort, une autre société est en marche.

02 mai 2012

Lignes de vie


«...ne me fera jamais croire noirceur
qu’on finit par trouver mieux qu’ici à vivre
et que mourir n’est pas entièrement mourir,
non jamais, jamais ne sera plus la lumière,
jamais plus la profonde merveille de voir
crûment, purement, concrètement, avec ses yeux.»
- Michel Garneau, Sextine du mécréant.
 

Entre les cercles tracés sur le tronc  
et la craquelure des os en tas de branches
et sous les pieds, la terre avec ces vlimeux de petits ruisseaux de veines aux flammes fileuses
qui courent au front malgré les belles plumes naturelles 
et l'amas de grains du temps pressé comme du poulet, comme du plywood...
Ah! la drive!                                                                                                                                  
( Petit paragraphe publié sur le Train en 2007, remanié entièrement ici, très peu à ajouter à l'extrait de Garneau. )


01 mai 2012

C'était Jean-Guy Moreau

« C'était », dernier titre du sixième album de Bori (La part de l'ombre) enregistré devant public au Gèsu en 2007, sauf erreur. « C'était » est un monologue inédit de Jean-Guy Moreau entendu dans mon char à la radio par les bons soins d'Élisabeth Gagnon. Il y fait son grand René, par l'Angélil, l'autre, le Tit-Poil, revenu sur la terre Québec le temps de griller une clope. Il a bien dû en fumer une couple, car le monologue dure près de 16 minutes. Saisi, ému aux larmes, je me suis procuré l'album dans les jours qui ont suivi. Émouvant, intelligent, Moreau nous donne à réfléchir avec coeur et courage, nous redonne encore plus le désir de sortir de cette « maison de fous ». C'est le vrai René, le vrai Jean-Guy qui nous parle. Du grand art. Nous avons entrevu Jean-Guy Moreau il y a tout juste trois semaines au Patriote de Ste-Agathe après le spectacle de Richard Desjardins. Son départ m'attriste. Il va pouvoir désormais jaser sur le bord des étoiles avec ses idoles et ses têtes de Turc. Mes sympathies à sa famille.