Cambrousse blues sur la frette
Dans l'arrière cambrousse de mon pays
là où les coyotes hurlent à la lune,
la nuit chargée de frousse
de corneilles endormies
flambe son cinéma
d'ombres et d'épouvante
aux pieds des arbres rabougris
qui craquent de froid
En hiver, les liens sauvages
ne sont pas faciles à défaire
Les mots barbares roulent
dans la gueule des petits chats
restés pris dehors
sur la cordée de bois
et jusque dans la botte
de la survivance
comme un caillou maudit
« au fond des souliers »,
disent, faute de mieux,
les poètes infinis
aux joyeux paletots désaccordés!
Pour achever le plat de l'amour,
pour darder la vie qui grelotte,
pour donner son sang à la nuit blanche
au-dessus du val de la prairie neuve,
viendra à son heure impériale
l'aube échevelée, entre-ouverte
aux lèvres tout d'abord givrées,
mauves et rosacées, exquises,
avec sa grande barre de couleurs
et son gros vrot de front écarlate
qui périront en criant ciseau
dans le pastel défenestré
On n'y pensera plus dans le courant du jour
en attendant, ménestrels de mon âge,
le temps des cerises.

