08 janvier 2016

Cambrousse blues



Cambrousse blues sur la frette


Dans l'arrière cambrousse de mon pays
là où les coyotes hurlent à la lune,
la nuit chargée de frousse 
de corneilles endormies
flambe son cinéma 
d'ombres et d'épouvante
aux pieds des arbres rabougris
qui craquent de froid

En hiver, les liens sauvages
ne sont pas faciles à défaire

Les mots barbares roulent 
dans la gueule des petits chats 
restés pris dehors
sur la cordée de bois
et jusque dans la botte 
de la survivance
comme un caillou maudit
« au fond des souliers »,
disent, faute de mieux,
les poètes infinis
aux joyeux paletots désaccordés!

Pour achever le plat de l'amour,
pour darder la vie qui grelotte,
pour donner son sang à la nuit blanche
au-dessus du val de la prairie neuve,
viendra à son heure impériale
l'aube échevelée, entre-ouverte
aux lèvres tout d'abord givrées,
mauves et rosacées, exquises,
avec sa grande barre de couleurs
et son gros vrot de front écarlate
qui périront en criant ciseau
dans le pastel défenestré

On n'y pensera plus dans le courant du jour
en attendant, ménestrels de mon âge,
le temps des cerises.

Pourquoi chanter? Pourquoi écrire?


Ex-citation

« Continuer à écrire même lorsqu'on croit que l'écriture ne donnera aucune réponse, ne sera aucun chemin, telle est sans doute la pauvreté la plus grande, l'humilité la plus difficile. Mais c'est là, me semble-t-il, la condition pour que la poésie, la littérature soient constamment ramenées, réduites à l'essentiel, à cette solitude commune à tous les êtres humains quand ils se taisent et regardent, en eux et autour d'eux, ce mélange de lumière et d'obscurité qui les compose. »  

— Yvon Rivard, Personne n'est une île, coll. Papiers collés, Boréal, 2006, p. 140.


En complément, Pourquoi chanter, cette chanson magnifique de Granger et Perron, interprétée par Louise Forestier un soir de la St-Jean en 1975. En décalage de la jeunesse, mais justement, « pour ce temps qui nous reste... » La vidéo n'est pas parfaite, mais elle fait ressouvenir qu'avec les copains et ma blonde de l'époque, nous avions gravi la Montagne! 


Herberto Helder : quand le cœur n'est pas de pierre

Découverte. Trop beau! Lu sur Enjambées fauves un extrait de Herberto Helder, Lieu.

Il y a aussi à boire et à rêver chez le patient et toujours irriguant Gil Pressnitzer - Esprits Nomades

De même, on trouve une intense recension de Marc Blanchet sur le Matricule des anges (juin-août 2002).

Pierre Demers, physicien, 101 ans et toutes ses dents!


Beau petit reportage de Maxence Bilodeau à Radio-Canada sur Pierre Demers, témoin et artisan (bien malgré lui) du nucléaire à des fins belliqueuses.

Joël Demers a réalisé un documentaire l'an dernier intitulé Artiste des sciences à l'occasion du centenaire de son père.


En novembre 2015, Pierre Demers a reçu le Prix Marie-Victorin.

Pour ce grand scientifique et explorateur des arts, penser librement, en science et en français demeure à ses yeux une valeur qui le fait encore passer à l'action. En témoigne un plaidoyer récent invitant les scientifiques québécois à réfléchir à leur défaut d'intérêt pour des publications en langue de Tremblay.

06 janvier 2016

Dylan Minus Love Baez




LOVE MINUS ZERO\ NO LIMIT
My love she speaks like silence
Without ideals or violence
She doesn't have to say she's faithful
Yet she's true, like ice, like fire
People carry roses
And make promises by the hours
My love she laughs like the flowers
Valentines can't buy her.

In the dime stores and bus stations
People talk of situations
Read books, repeat quotations
Draw conclusions on the wall
Some speak of the future
My love she speaks softly
She knows there's no success like failure
And that failure's no succes at all.

The cloak and dagger dangles
Madams light the candles
In ceremonies of the horsemen
Even the pawn must hold a grudge
Statues made of match sticks
Crumble into one another
My love winks, she does not bother
She knows too much to argue or to judge.

The bridge at midnight trembles
The country doctor rambles
Bankers' nieces seek perfection
Expecting all the gifts that wise men bring
The wind howls like a hammer
The night blows rainy
My love she's like some raven
At my window with a broken wing.
- Bob Dylan

02 janvier 2016

Ça danse encore dans ce pays!


L'écrivain Robert Baillie évoquait avec chaleur sur sa page FB du 31 décembre quelques souvenirs du Jour de l'An chez ses grands-parents dans un quartier populaire de Montréal. Ces souvenirs se retrouvent en plus développés dans le récit Chez Albert (L'Hexagone, 1995). 



Question tors-brûle : Comment une famille « compacte » de 75 âmes pouvait-elle se réunir dans un meublé cinq-pièces? Je me pose la même question pour le Jour de l'An chez mes parents en campagne, trois-quatre tablées tricotées serrées? Tante Èva chantait son Curé de Saint-Denis, Réjean déposait son archet pour lancer haut et clair sa Belle rose du printemps; tante Maria fumait la seule et unique cigarette de toute l'année! Parfois, le corn flake était épandu sur le prélart pour danser! (...)


En commentaire sur ma propre page FB, Robert a ajouté quelques mots :  

« Je reviens pour préciser ceci. Afin de faire de la place pour le nombre impressionnant de personnes se retrouvant dans le cinq pièces, on vidait des chambres de leurs meubles qu'on entreposait dans un vaste hangar à l'arrière de la maison. Il n'était pas question de dresser une table, la formule buffet était incontournable. Autre problème difficile à résoudre, notre famille n'était pas la seule de la rue Bordeaux à fêter le jour de l'An au midi. On imagine un peu l'embouteillage des véhicules dans cette rue avec les bancs de neige de l'époque. Blocage continental. En fait, j'en dis davantage dans mon chapitre, mais j'ai coupé pour cette publication fb. N'oublions pas que les familles de ces quartiers populaires étaient habituées à la promiscuité. Mes grands-parents Huard ont élevé leurs dix enfants dans ce même appartement. C'était avant la Révolution Tranquille.»

Au demeurant, ça danse encore dans ce pays « beau et grand à se perdre ». 

Heureuse Année d'amour à tout le monde!


Ça riopelle dans le ciel (bis)

Au lendemain de la grosse tempête du 29 décembre, j'étais bien entendu affairé à la pelle. Mes pensées prenaient le bel l'air, vagabondaient comme dans une raie de déjà vu et pourtant toujours renouvelant traces de l'enfance dans la neige. Tout à coup, un homme assez âgé marchant dans la rue d'un bon pas, petit sac brun au dos, me salue avec des yeux rieurs. « On est bien, hein? qu'il me dit avec un accent européen. On est bien ici, pas de guerre civile... Bonne Année! » Oui, monsieur, c'est magnifique... Un peu après je me suis dit : Diane Duval doit bien être aux oiseaux avec toute cette neige. Puis voici qu'au même moment un voilier d'outardes m'arrache l'oreille, comme dirait l'autre. Suivi une minute plus tard d'un autre, énorme! Me suis accoté sur ma pelle un instant, j'ai compté les dix premiers navigateurs de la grande pointe, puis j'ai multiplié à l'oeil en longueur et en lignes superposées... Elles étaient au bas mot 300 les riopelles dans le fond du ciel montréalais!