03 mars 2007

Lettre de Bahia


Train de nuit reprendra tranquillement sa place vers le pôle qui fond avec un oeil sur le pays de braises.

À chacun ses problèmes et les vaches politiques ne sauront toujours pas garder en tête le génie des peuples. Kant misait là-dessus. Je ne saurais quoi en dire aujourd'hui sinon qu'il faut danser la jajaja.

À chacun ses problèmes. Je parle à Clàudio d'un voyage sur la Côte-Nord que nous avons adoré Carol et moi. J'y ai découvert à la Pointe-Mingan des plages insoupçonnées pour le Québécois de l'Est. Mais si froides qu'elles vous éternisent de gel en-deçà de 45 secondes. «Ce sont des beautés qu'on ne peut toucher», dira Clàudio. Mais souhaiterait-on qu'elles se réchauffent, ces eaux immémoriales?

À chacun son coin de planète brisée. Je dirais que j'ai vu dans ce pays si magnifique des beautés qu'on ne pourra plus toucher. Fleuves et rivières sans vie, océan poubelle, villages à la campagne comme dumpes à ciel ouvert. Et Lula de dire aux pays riches qu'ils ont bien pris le soin d'exploiter jusqu'à l'os les ressources, forêts, etc., avant de penser à mettre des sous pour sauvegarder l'environnement (Le Monde, 27/02/07).

Argument fallacieux, s'il en est, qui promeut en premier lieu «le droit de produire», comme disaient nos agriculteurs dans les années 1980. Principe qui a inscrit un énorme retard en environnement au Québec.

Mais au Brésil, le gâteau n'est pas assez grand pour nourrir tout le monde. Croit-on vraiment qu'en faisant un gâteau plus gros, plus de monde vont partager?

Dans l'État de Bahia, des élections récentes ont porté au pouvoir la gauche, proche du P.T. de Lula. Ce fut une victoire inattendue. Lors d'une fête pour souligner mon départ, plusieurs amis de Claudio étaient là. «Nous sommes en train de parler de politique», me dit en aparté Clàudio. «On est en train de dire que la gauche va instaurer le capitalisme intégral. Avec la droite, on avait encore un pied dans le féodalisme. Belle évolution, hein?»

Du point de vue national, tous ceux que j'ai interrogé, à commencer par le chauffeur de taxi à Sao Paulo, tous sans exception m'ont dit être très heureux de la ré-élection de Lula. Il se dégage aussi le sentiment que les politiques sociales avancent et aident tangiblement les plus démunis. La question de la corruption au sein du gouvernement a été passée au peigne fin par les médias alors que sous d'autres régimes, personne n'en faisait cas tant elle était dans les moeurs. Les gens apprécient l'action et la transparence de Lula sur cette question et cela ne pouvait pas être un argument électoral en sa défaveur.

Sur plusieurs plans, il y a des retards et le second mandat du P.T. va sans doute être plus marquant. Mais il semble bien aux yeux mêmes des Brésiliens les plus éveillés qu'il s'agit d'une gauche-libérale-conservatrice pour parler en termes britanniques qui nous sont familiers.

À chacun ses bébittes. Mais comme tout se ressemble en Occident.

J'ai été étonné de constater aussi la convergence de notre culture latine. Le français et le portugais peuvent broder des airs ensemble. Et que dire de notre âme?

Je ne sais trop si c'est un défaut, mais à l'étranger, nous aimons parler du Québec. Je crois qu'en Amérique latine nous puisons nos ressemblances en parlant de nous-mêmes à des frères qui peuvent saisir nos émotions. C'est extrêmement gratifiant être soi-même de par le monde. Nous sommes blancs, froids peut-être, en comparaison, mais si chauds en-dedans.

J'ai reçu tout à l'heure une lettre de Bahia. Par pur exhibitionnisme latin, je la publie tel quel, avec l'accent, ici, en complément de ce retour à la casa.

Mon Cher Jacques,

On dit au Brésil que la meilleur partie de la voyage c'est rentrer. Je suis content que tu aye arrivé bien, malgré les petits problèmes.

La maison ici a toujours un peu de ton esprit d'enfant et de poète. Toute la famille a bien aimé te connaître et vivre un peu avec toi. Nous étions tous touchés par la force de l'amitié que traverse les océans, les histoires et les cultures. Toi, tu nous manque à tous. C'est incroyable comme toi a réussi, sans dominer l'indiome local, de montrer aux gens celui qui tu es. Maintenant tu a un frère à Bahia et une demi-douzaine d'amis. Nous aimerons beaucoup avoir l'oportunité de te recevoir chez-nous encore et encore. La semaine prochaine je vais t'envoyer le DVD de Cássia Eller (non, rien de rien...), ton petit cadeau qui arrive en retard.

Dit salut à Carole. Je vous souhaite le meilleur pour vous deux.

Rita est passé tout le jour suivant en train de parler de toi, en me disant que je n'avais pas menti quand j'ai dit que toi était quelqu'un de spécial.

Je t'embrasse (très latin!),

Cláudio


Photo jd : toile de Rita qui se trouve dans la salle à manger, rue Mato Grossa.

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