12 avril 2008

Atchafalaya blues

Je m'en souviens très bien. C'était un dimanche gris. J'accompagnais Josette et Jean-Paul dans ce voyage qui, par le petit bout de la lorgnette, mais quand même, nous ferait voir la mystérieuse Atchafalaya.

Nous avions pris Wellow Street pour gagner la 40 vers Jeannerette, New Iberia, Broussard, Lafayette. Puis, nous avons longé la bretelle pour embarquer sur la 10 Est qui mène à la capitale, Bâton Rouge. Dépassé Nina station (je le mentionne à dessein pour faire flipper la Louve) et le Lac Bigueux (je ne me rappelle plus s'il était beau), nous sommes descendus dans un grand stationnement planté-là, à brûle-pourpoint.

Le bassin de l'Atchafalaya, la plus grande superficie lacustre des USA avec 1.4 million d'acres (10 fois la ville de Chicago), s'étire entre le Mississipi et le Golfe du Mexique dans le Sud-Est de la Louisiane. Photo : armée américaine.
En réalité, cette niche minuscule de terre ferme sous nos pieds, incertaine brumeuse au cœur des marais, m'a semblé transpirer de toute part une ambiance de fin du monde. L'horizon était bas. Ça sentait l'huile.

En marchant dans les sentiers, j'ai vu soudain un bassin à ciel ouvert de pétrole, la grosse affaire ici. Off shore. La surface était d'un noir étale où l'on voyait à la perfection le reflet des branches et des nuages. C'est étrange ce mélange un peu glauque de la nature avec ce qui bouille et tache.

Dans l'air humide, on apercevait ici et là, des épaves de souches, du bois mort flottant, des chênes et les cyprès surréalistes, mystérieux, avec de longs cheveux centenaires, les pieds dans l'eau, échappés du rivage.



Les cypres sont les rois du règne végétal ici. Ils peuvent tenir jusqu'à 1000 ans! Ils servent de maisons à plus de 300 espèces d'oiseaux et la moitié des migrateurs de l'Amérique du Nord, jusqu'à deux millions par jour, viennent y déposer leur bagage.

Dans les marais de l'Atchafalaya ( Photo : Gaëlla, suite à son aimable autorisation)
Mais l'industrie forestière a aussi besoin d'eux : des jobs, des sous... Elle a faim.

Les bêtes «farouches» sont partout camouflées dans l'invisible survie de leurs ébats. Panthères, renards, aigles, faucons pèlerins.... Des milliers de gueules d'alligators. (Ils sont gentils les cocos-riz.)

On sait aujourd'hui que l'Atchafalaya (qui veut dire «longue rivière») est menacée par le fleuve Mississipi, le monstre parallèle retenu par un fil depuis 40 ans, qui creuse dans son propre delta et qui est en train inexorablement de changer de lit, ce qui risque de submerger littéralement faune, flore et pays cajuns.

Ce dimanche-là, lors de notre promenade tranquille où chacun arpentait de son côté, j'ai fraternisé un court moment avec des gars de bicycle qui m'ont offert une Bud. La musique était tonitruante. Défiance de la jeunesse malgré le moral à terre. La guerre du Vietnam n'est pas encore terminée, le saviez-vous? Le Watergate a écœuré le peuple.

J'aperçois Clift, un de mes élèves à la Willow Elementary School. J'aime bien ce garçon qui est content de me voir mais semble un peu intimidé. Il vient pêcher avec sa famille qui a chalet dans le coin. C'est un paradis pour les écrevisses, parmi les meilleures au monde, assure-t-on.

En agrandissant ces anciennes photos rapaillées ici, si on est fin observateur, on apercevra Josette qui marche entre les souches et Jean-Paul en chandail blanc, de dos, derrière le bassin de pétrole. (Photo : jd)

Jean-Paul, Josette et moi sommes revenus en silence, il me semble. À partir de là, je ne me souviens plus de rien. Sans doute étions nous à creuser l'impression de rude sauvagerie qui glissait dans nos âmes, pour toujours, des empreintes de vieux chênes de la rivière divagante.

Je ne sais même plus si nous avions vus tous ces chênes que j'imagine à présent.

Plus tard, sur la Main à Franklin, j'achèterai chez le photographe une grande photo finie grain sépia où l'on voit des chênes se mirant dans l'Atchafalaya. C'était un cadeau pour ma blonde.

Photo originale : photographe de Franklin, La. Photo de la photo : jd.

Tout ça tient encore!

Notes :
* Sur Katrina et ses suites, cf. les archives 2006 de Zachary Richard;
* Sur la vie dans les marais, la protection des fôrets et du littoral louisianais, cf. Eva Hernadez, Waterkeeper Magazine, 2005 ;
* Photos de la réserve faunique de l'Atachafalaya : *
+ Sur le Mississipi : Wikipedia.

2 commentaires:

Noemie a dit...

Salut papa !

Je n'ai pas acces a mes courriels mais je peux flaner sur internet quand meme. Il faut payer pour aller voir nos emails..
Je suis maintenant neo-bloggeuse, bah en fait, rien de rien on s'entend mais quelques photos de notre voyage que j'ai pu installe sur un site. Il n'y a vraiment pas grand chose mais je vais y travailler !! Voici l'adresse : //noemie.et.martin.over-blog.com

Martin ecoute avidement les Canadiens sur l'ordi, meme a l'autre bout de la planete, on a la fievre du hockey !

Jack a dit...

Merci Noé! Enfin des images! Bien le fun de vous revoir souriants et ensoleillés. Si tu peux, essaies de mettre des légendes aux photos (lieux, dates, etc.).

A+