01 juillet 2008

Promenade, petit marais et bois pourri

La marche fut écourtichée; les pacages sont détrempés et boueux, par endroits traîtres; les fossés de prairie débordent. Trop paresseux pour revenir enfiler des bottes à vaches. J'ai longé les murs de pierres tel un pèlerin pénétré de soleil.

Jusqu'à quel âge peut-on sautiller sur la crête des roches sans se casser les écailles de l'orgueil?

Les engoulevents très nombreux dans mes parages et que j'imagine au-dessus de ma tête - je ne les aperçois que furtivement - sont de fameux cyclistes qui cascadent dans le ciel, coup de barre à gauche, zig zag à droite, avec un cri de poignard dans les bancs de maringouins sanguinolents. Cela, on ne peut pas le manquer. Un cri d'engoulevent, c'est théâtral.

Ils ont le don de ravigoter le cerveau, donnent des petits coups de fouet : «Ne pleurez pas, monsieur! Monsieur! Ça n'en vaut pas la peine. Ouîp-pour-ouîl ! Ouîp-pour-ouîl!»



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En ce 1er juillet, au petit-déjeuner, entendu à la radio en interview à la station NPR-Vermont deux membres du groupe Le Vent du Nord, dont Olivier Demers, le violonneux. Drôle de se faire conter des bouts de tradition en anglais. C'était émouvant, pourtant si simple et surtout très chaleureux. Je l'ai souvent remarqué : la personnalité québécoise est spontanément accueillie telle quelle par nos proches voisins américains. Mon Dieu, être soi-même, à l'aise en visite, en bras de chemise, un premier juillet!


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J'ai été vérifier si ma talle de guédelles, sous l'ancien gros érable, était toujours au-rendez-vous. Que oui. Les grappettes sont vertes, bien fournies. L'été est pris.

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De la laitue en feuilles de chênes et des radis du jardin, fricassée aux légumes, fleurs de pomme de terre à vue, odeur de fraises... De l'air sous le soleil de midi. À l'ombre de ce que je crois être un hêtre au coude-à-coude avec la rangée d'érables. Un café. Un gâteau au caramel. Je suis dans Un beau ténébreux. Les mots de Gracq me font flipper. Je sais qu'il y en a qui trouve ça plate. Mais moi j'aime tellement la campagne et une certaine rudesse qui va avec, le suspens du mouvement, les cris, les couleurs, l'entrecroisement de la survie géante et surtout invisible, sans merci, à toutes les heures du jour... Les nuits piquetées d'étoiles. La grâce de vivre et de mourir. Ma bouche cousue de mots n'est pas assez grande pour traduire le passage solennel du monde sous mes yeux. Mes grands troupeaux de silence bleu se désaltèrent en ces pages : « Oui...tout cela... À quoi bon faire des phrases?»

L'écrivain Gracq trace les siennes avec une plume brigande; il nous restitue de la hauteur, une paire d'épaules, tout ce qu'il faut pour escalader en dedans. Fenêtre au vent de la nuit...



Photos : jd


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