04 décembre 2010

Toune de la toundra : Moi, Elsie

Un chef-d'oeuvre signé Desjardins-Lapointe, insufflé par la si belle Elisapie Issac.





Moi, Elsie

Paraît que ton contrat achève.
Tu r’prends l’avion à’fin du mois.
Écoute un peu, je serai brève.
Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

Comme à ces filles dans les baraques
peuplées à mort dans le désordre
avec des cousins qui les traquent
dans l’garde-robe, au bout d’une corde.

Y en a pas une qui se protège
de rêver d’êtr’ seule avec toi.
T’es attirant comme un beau piège,
tes lèvres brillent comme un appât.

Je veux te dire comment j’me sens.
Je suis vraiment bien avec toi.
T’es fin, t’es doux pis t’es vaillant,
t’as un beau sexe, je l’veux pour moi.

Les filles, à soir, font un cortège
pour ramper jusque dans ton lit,
pour commett’ le grand sacrilège :
aimer un Blanc, mouiller son nid.

Juste y rêver, ça les console,
je te transmets leur gratitude.
Et les aiguilles de leurs boussoles
s’en vont la nuit pointer au sud.

Tu te demandes peut-être pourquoi
j’prends pas un homm’ de ma rivière.
Quand ils s’allongent auprès de moi,
j’ai l’impression qu’ils sont mes frères.

Les gars ici en arrachent beaucoup
Ils viennent au monde, c’est même banal,
avec une flèche plantée dans l’cou
et quand ils parlent, ça leur fait mal

Sont pris dans un capteur de songes
À la Coop, vas donc savoir,
y achètent de la poudre à mensonge
puis partent à chasse aux idées noires.

Quand leurs fusils ont tout vidé,
ils prennent alors nos cœurs pour cibles
Toi, tu m’as prise sans m’posséder
On aime un homme quand il est libre.

J’sais pas pourquoi, ça m’fait penser :
Peut-être une femme t’attend là-bas.
Comment te dire sans t’offenser
qu’y a rien d’éternel ici-bas.

Je sais, parler comme ça, c’pas bon
Faut m’excuser, je fais d’ mon mieux
Juste pour te dire qu’on fait des ponts
où les rapides sont furieux.

Souviens-toi de ce nom : « Elsie »,
Comm’ du vent doux sur la toundra
Et si un jour ton cœur choisit,
j’aimerais tellement qu’il vienne à moi.

Et si jamais c’était le cas,
faut qu’j’aille à Montréal cet automne.
M’emmèn’rais-tu dans l’boutte d’Oka,
voir les couleurs, manger des pommes?

Paraît que ton contrat achève
Tu r’prends l’avion à’fin du mois
Écoute un peu, je serai brève
Tu vas m’manquer, pas juste à moi.

- Paroles Richard Desjardins (transcription non vérifiée).


« En matière de poésie, l'artiste a aussi fait appel à la plume de Richard Desjardins. Une collaboration exceptionnelle qui a donné naissance à Moi, Elsie, dont Pierre Lapointe a signé la musique. Proche de ses racines autochtones, Elisapie a trouvé des mots de prédilection pour traiter d'une réalité particulière, parfois crûment, et qu'elle transpose dans la modernité. "Je voulais parler d'un homme blanc et d'une jeune femme innue. Une rencontre. Mais je ne lui ai pas donné d'autres informations. Je voulais qu'il soit libre. Le résultat final m'a étonnée. Il n'a pas tout simplement fait du Desjardins. Il a pu saisir le thème. C'est très recherché comme texte. Richard, c'est un vrai! Tu veux rendre justice à cette chanson. Maintenant, je peux dire que c'est ma chanson!" »
- Antoine Léveillé, Portée par les étoiles, Voir (Québec), fév. 2010.


« L'un des apports les plus marquants du disque, c'est sans contredit la combinaison Richard Desjardins / Pierre Lapointe, qui ont offert respectivement le texte et la musique de la touchante Moi, Elsie. Plusieurs spectateurs qui assistaient à la performance de la chanteuse du Grand Nord lors du Festival de musique émergente au début du mois ont d'ailleurs versé quelques larmes à l'écoute de cette chanson aux paroles déchirantes.
«On m'en a beaucoup parlé. Ça s'est même rendu à Richard (Desjardins), qui m'a ensuite écrit. Moi-même, quand j'ai lu ce texte, j'ai pleuré. J'étais sous le choc de voir à quel point il était allé loin. C'est tellement bien écrit», dit-elle.
Quant à la musique de Lapointe, elle affirme qu'il lui fallait «quelqu'un qui a une facilité à créer de belles mélodies. Nous avons essayé de composer la musique nous-mêmes, mais ça n'a pas marché. Pierre Lapointe était très occupé à ce moment. Il faisait Mutantès. Il ne voulait pas au début, mais quand il a vu le texte, il a fait la musique en une semaine», raconte-t-elle. »
- Philippe Renault, Elisapie Issac - Une étoile polaire bien scintillante, Rue Frontenac, 18/09/2009.


Elisapie

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Je suis hanté.

N.D.

Prométhée V. a dit...

Ça fait le tour du monde (Québec) aujourd'hui, décidément. C'est riche.