04 juin 2013

L'indépendance populaire du Québec

Le 20 mai 1980 se tenait au Québec un référendum remporté avec une bonne marge par le camp du non et qui portait sur un mandat de négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada. Une semaine avant la tenue du vote, lors d'un grand rassemblement au Centre Paul-Sauvé de Montréal qui fut un point tournant de la campagne du non, Pierre-Eliot Trudeau, alors Premier ministre du Canada, met sa tête sur le billot en promettant un changement politique. Dans une envolée rhétorique finale célèbre, Trudeau déclare :

« Si je m'adresse solennellement à tous les Canadiens des autres provinces, de  nous mettons notre tête en jeu, nous, députés québécois, parce que nous le disons aux Québécois de voter NON, et nous vous disons à vous des autres provinces que nous n'accepterons pas ensuite que ce NON soit interprété par vous comme une indication que tout va bien puis que tout peut rester comme c'était auparavant. Nous voulons du changement, nous mettons nos sièges en jeu pour avoir du changement. »

La stratégie postréférendaire de Trudeau se matérialisera en 1982 par le rapatriement unilatéral de la Constitution (qui était à Londres). Depuis, le Québec a toujours refusé de parapher la Loi du Canada de 1982.

Trente ans après le rapatriement, le politicologue François Rocher écrit :  
« La joute politique qui a précédé cet événement solennel a été marquée par le refus du gouvernement du Québec d'adhérer à cette nouvelle Constitution qui modifiait la formule d'amendement et enchâssait une Charte des droits et libertés. Cette «anomalie» a donné lieu à une décennie de pourparlers qui visaient entre autres à faire en sorte que le Québec souscrive à la Constitution. Ces débats se sont conclus par deux échecs retentissants, ceux de l'accord du lac Meech en 1990 et l'entente de Charlottetown en 1992. Depuis trois décennies, le Canada de 1982 reste inachevé. »

La publication récente La bataille de Londres (Boréal, 2013) de l'historien Frédéric Bastien, est venue secouer les jeux de coulisses de ce que plusieurs ont qualifié de « coup d'État constitutionnel ». En se basant sur des archives du Forein Office britanique, M. Bastien démontre qu'il y a eu un accroc à l'indépendance de la cour par rapport au pouvoir exécutif : le juge en chef de la Cour suprême, Bora Laskin, a discuté de Constitution avec le gouvernement canadien et il aurait informé le gouvernement britanique de l'état des dicussions en en cours.



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La seconde joute décisive, pour dire comme Jacques Parizeau, se déroule en octobre 1995 : nous sommes à un cheveu de gagner « la Coupe finale à Montréal » (Un soir de février, Félix Leclerc). Le référendum sur le statut politique du Québec fut précédé par un vaste chantier de consultations populaires (Commission Bélanger-Campeau). La question, plus directe cette fois, portait également sur la souveraineté-association :
« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995 ? »

Bien qu'une majorité de francophones québécois ont voté oui à cette consultation, le non gagne au fil d'arrivée avec 50,58 % des voix.

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Compte tenu de cette trame historique non aboutie des trente dernières années, quel est l'état actuel du débat politique au Canada? 

Le sociologue Gérard Bouchard constate un applatisement de la position fédéraliste, aucun projet, aucun souffle, quelques voeux du coeur comme le « Travaillons ensemble » du populaire et regretté Jack Layton, repris à sa manière par le nouveau Chef du parti Libéral, Justin Trudeau!  Sinon, tous en choeur d'une seule voix, de Québec et à Ottawa, ce sont des « vieilles chicanes » à ne pas rouvrir!  Et l'économisme ambiant des classes dirigeantes avale par avance tout désir de transformations politiques. Donc, même un Gérard Bouchard, pourtant souverainiste, est peiné de constater la pauvreté de la pensée politique des fédéralistes qui a pour résultat de miner l'évolution du Québec et du Canada progessiste. Telle est du l'interprétation qu'on peut tirer en regard d'une certaine altitude souhaitée du dialogue qui ne tiendrait plus compte des lignes de forces et de tensions qui traversent la genèse même de la société québécoise. (Voir une interview radio récente en avril dernier de Gérard M. Bouchard à Médium large sur les ondes de Radio-Canada).   

Par ailleurs, le mouvement indépendantiste québécois se distingue aujourd'hui par l'effilochement et la une division. 


Reprenant les arguments utilitaristes classiques de René Lévesque sur les dédoublements coûteux de « la maison de fous » dans laquelle nous confine le fédéralisme canadien, et ce, sns parler de la saveur du jour épicée de scandales et de corruption, Lise Payette écrit dans Le Devoir que si nous avions voté oui en mai 1980, nous aurions 33 ans d'expérience comme pays indépendant.   


Mais où en est donc le mouvement indépendantiste québécois?  Le PQ a repris de justesse le pouvoir en septembre 2012.  Le gouvernement minoritaire de Mme Pauline Marois a repris les affaires de l'État avec une caisse vide et une saga de malversations qui éclabousse les instances municipales et le fiancement des partis politques, y compris le PQ lui-même.  Le gouvernemt s'est peinturé dans le coin avec des maladresses à répétition et a reculé sur plusieurs promessses électorales.  Il mise sur l'équilibre budgétaire et l'éthique dans l'administration publique (un grand ménage dans la cabane).  Mais en un mot comme en mille, le PQ actuel prend l'eau de toute part et si l'on se fie aux derniers sondages, l'appui des électeurs est tombé autour de 24 %.  Plusieurs des politiques appliquées du PQ raccolent du côté des électeurs de la CAQ et des nationalistes conservateurs, ce qui conforte la sortie à gauche des indépendantistes qui ne peuvent pas supporter les politiques néo-libérales du bon vieux PQ qui clignote gauche, mais vire à droite dès qu'il assume les responsabilités du pouvoir. La critique vient aussi des esprits libéraux (au sens philosophique) tel un Jacques Parizeau qui démolit le dogmatisme économique des politiques d'austérité à tout crin.  



Le constat de tout cela?  N'en déplaise à madame Andrée Ferretti qui a piqué de son fiel moraliste la député « marxiste » Françoise David, le PQ ne peut plus prétendre mener seul le combat de l'indépendance politique du Québec.   C'est  ce que conclut le chroniqueur Michel David du Devoir  :

« Si René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard n’ont pas réussi à convaincre une majorité de Québécois d’opter pour la souveraineté, quelqu’un pense-t-il sérieusement que Pauline Marois y parviendra ? »

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À compléter et à venir. 

En toile de fond : l'analyse de Fernand Dumont autour de La genèese de la société québécoise; l'indépendance populaire du Québec vue par Amir Khadir.

Lettre ouverte d'Amir Khadir aux indépendantistes « L’idée d’indépendance ne se limite pas à la défense nos intérêts économiques (qui sont souvent ceux d’une minorité possédante), ou à l’exaltation de notre fierté identitaire (qui oublie parfois l’inclusion des nouveaux arrivants-es) ; elle repose sur la volonté collective de bâtir un monde commun dans lequel notre société pourra définir librement ses institutions, ses valeurs et son avenir politique. Tel est le sens du principe d’autodétermination du peuple québécois, qui est au fondement de l’Assemblée constituante. »






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