18 juin 2014

Tilleuls de ruelle


Je ne sais trop par quel lapsus j'ai pu confondre dans ce texte publié sur le Train en 2008 ce tilleul planté de mes mains avec le mot peuplier. J'ai dû glisser sur le lien, un peu facile,  peuple de peupliers... Je reprends le tout ici même s'il reste un je ne sais trop quoi à préciser...

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Tilleuls de ruelle

Sous le charme d’une espèce de murmure
d'effleurement aux élisions de narcisses,
Photos Jacques Desmarais, ruelle 8277 Ste-Claire, Montréal, mai 2008.
ces peuples de tilleuls indomptables
aux bras grand ouverts 
experts en tendres jérémiades,
exhalent le sourire 
de l’ivreté parfumée 
dans une ruelle bien sage 
de la métropole
qui d'habitude n’est pas si gâtée


comme un beau papier à musique 
couleur de sucre verdâtre
et café jeune Rimbaud pas sérieux,


aphrodisiaque gondolé en spirale 
avec un zeste de camphre
de miel et de jonquille

au seuil de l’ombre de l’été 
couvant la noce
des abeilles et des pucerons en masse


quel luxueux congé de fauve qui flamboie 
dans le vent autochtone 
d'un quartier de l'Est
tout un après-midi durant, 
avec des plumes
de vieilles rengaines
ramassées sous le hamac
où fourmillent liaisons 
singulières et souterraines,
informulables brindilles  

à pattes d'oiseau cru  


Tilleuls mulâtres,  

papillons suaves, vibrants, 
invisibles embaumeurs
dans nos pensées légères 
qui se dégossent de la rouille 
des heures compliquées, 


brassée furtive 
notes croches et doubles croches 
de farnésol secret 




sur le fil si familier 
d'une corde à linge de mise à nu 
en sage reproduction 
des fantômes 
à venir

saison entre ciel et terre,  
avec ce friand désir d'énergie solaire 
qui se balance à l’air libre
en des habits volants, fluents, 
au gré du vent...


trapézistes hauts jouqués 
du Grand Cirque ordinaire 
aux premières loges
de l'arbre de la justice
et du repos sacré 

Venez donc souverains élixirs 
par clins d'oeil dispersés
faire la sieste avec le roi de la cour
drogué sous quatre cents feuilles de friselis 
en forme de coeur
par sauts de branches 
par nombres d'or salmigondis,
par clignement d’écureuils acrobates trop sapes...


Venez trancher de pierres blanches ce beau jour de semaine si clair!

13 mai 2008 — 18 juin 2014.

Crédits photos : jd.

2 commentaires:

carOlinade a dit...

Jack, je te retrouve... de fond en comble, en surface de ta profondeur légendaire ;) beau, poète, du jour comme de la nuit...
réactiveur de nos mémoires endormies, amoureux de la surprenance et moi heureuse que tu en parle et reparle...
Tu salueras tes écureux acrobates pour moi...
J'ai hâte au prochain feu de camp pour chanter et dire, au son de ton harmonica... quelque part entre ici et la France...
amitiés...

Anonyme a dit...

Trop de bontés Karo. Merci! Te savoir là, en effet, tout près. Jusqu'à quand, déjà?

jd