16 janvier 2017

Lumière des oiseaux et leurs traces dans le sable

Je sais que je radote, mais je ne me résous pas à enterrer cette ex-citation:
« Poussons plus loin le vol de l'imagination. Au bout de sa lunette, notre individu aperçoit des ailes irradier dans la lumière, puis, plus bas, sur la plage, une autre personne qui est en train de tracer des signes dans le sable humide. Le sable n'est-il pas une merveilleuse surface pour écrire? Écrire sur le sable, c'est s'exprimer dans la matière des mots, des signes qui nous apparaissent d'autant plus importants qu'ils sont éphémères. [...] De toute manière, le sable est directement relié à l'écriture et à la transmission des connaissances : les premiers empereurs n'ont-ils pas inventé l'écriture chinoise en observant les traces des oiseaux sur le sable? ».
 — Pierre Morency, Lumière des oiseaux, Boréal/Seuil, 1992, p. 299.


Photo Jacques Desmarais., Esterillos Este, Côte d'Or, 18 février 2015.




Lettre d'Erika Soucy à Bernard « Rambo » Gauthier


Je ne regarde pas beaucoup la tivi et si j'ai manqué quelque chose, la lecture de ce beau vrai billet d'Erika Soucy sur sa page FB au lendemain de l'entrevue de Bernard « Rambo » à TLMEP est bien inspirante. Je ne viens pas d'une région dite éloignée, mais je sais qu'à seulement 100 kilomètres de Montréal la vie peut être bouleversante d'abandon. Je sais ce que veut dire se perdre dans le métro et avoir la chienne quand on y arrive en émigrant des régions. Erika Soucy évoque l'urgence d'entreprendre des chantiers de partage du commun au Québec, en éducation, en culture, en économie,  en écologie, et surtout pas exclusivement sur ceux qui roulent tout seuls sans horizon, quoi qu'on pense des coups de gueule qui les rallument et de la critique tous azimuts qui se regarde critiquer. Dans son billet, Erika Soucy porte aussi la voix des femmes. À juste titre!


Erika Soucy
11 h
Salut Bernard,
Je viens de regarder attentivement ton entrevue à Tout le monde en parle. Aussi attentivement que j’ai pu regarder tes passages à la Commission Charbonneau. Tu le sais, ça fait longtemps que je m’intéresse à ton travail, à la façon dont tu prends parole pour les travailleurs de la Côte-Nord.
Avant d’aller plus loin, je tiens à te parler des femmes de chez nous. De celles qui aiment jaser de « linge pis de leurs patentes ». Je les connais bien, elles sont mes tantes, mes cousines, ma mère… Et elles tiennent la maison debout. As-tu oublié comment ça marche une famille, sur la Côte-Nord, quand l’homme fait du 40 / 10 ? Honnêtement… Tu le sais comme moi que c’est la femme qui administre. Que c’est elle qui se retrouve avec la charge d’organisation quotidienne que demande une famille. C’est elle qui reste, c’est elle qui éduque, c’est elle qui calcule pis qui poste ben souvent les chèques pour payer les « tarmes », c’est elle qui sait ce qui est bon pour ses enfants, c’est elle qui voit à ce qu’ils manquent de rien chaque jour, c’est elle qui surveille, s’inquiète pis qui mets ses culottes ben souvent. En plus de laver celles des autres. Si tu veux jaser de linge, ça va être à ce niveau-là.
Je comprends que c’était une joke. Mes mononcs en disent des pires plusieurs fois par jour, l’affaire c’est que mes mononcs ne se présentent pas comme député de Duplessis aux prochaines élections. Tu le sais comme moi : tu vas passer, Bernard. On le sait tout le monde que tu vas être élu. Alors je me permets, à titre de citoyenne originaire de la Côte-Nord, de t’exposer mon point de vue qui, je l’espère, sera considéré plus sérieusement qu’un conseil sur des marques de brassières.
Tu as dit, ce soir, vouloir aider la relève de chez nous. Je ne sais pas si ça a été coupé au montage, mais je n’ai pas pu déceler la façon dont tu prévoyais aider cette relève. Je n’ai pas de recette miracle à t’exposer, seulement quelques observations.
Tu trouves-tu ça normal, Bernard, que les hommes de chez-nous travaillent sur la construction de père en fils depuis des générations ? Ça paraît ben, dit de même, ça fait noble… Mais tu penses pas que ça peut être la source du problème ?
Mettons… Parlons de nos enfants. De ceux qui restent et qui resteront peut-être encore à Sept-Îles, Godbout, Rivière-au-tonnerre, Port-Cartier, Havre-Saint-Pierre, mais aussi Baie-Comeau, Betsiamites, Ragueneau, Longue-Rive, Forestville… dans vingt ans. On investit comment dans leur avenir, Bernard ? En envoyant papa faire ses heures pour son chômage c’t’année ? Ça met du pain sur la table une couple de mois, je peux pas te contredire là-dessus, mais à long terme, ça change quoi ? Quand l’école compte trente élèves pis qu’on s’intéresse à rien de plus que ce qui passe à TV ou de c’est quoi la meilleure marque de froque de ski-doo ? Quand on n’a pas de programme culturel pour nos jeunes, quand y’ont jamais vu un noir de leur vie pis qu’y chient dans leurs shorts juste à penser au métro de Montréal… Quand on a un paysage magnifique qui se meurt parce qu’on n’a pas appris que c’était important d’y faire attention ou qu’on refuse simplement d’en faire un attrait touristique parce qu’on a peur des étrangers. Ceux qui immigrent mais aussi les autres : les snobs de la ville qui ont aucune idée de comment ça se passe pour vrai icitte.
Qu’est-ce que ça change, à long terme, que Papa travaille au printemps ? Rien, Bernard. Rien. Les p’tits Kevin, Billy, Derek pis Jordan ils vont faire comme leur père dans vingt ans, parce que c’est ce qu’on leur aura toujours montré : faire son temps en espérant de pas se faire day-offer trop de bonne heure, pour être bon pour avoir son chômage.
Et si la solution était dans l’ouverture, dans la culture, dans la connaissance ? Et si c’était pour nos écoles qu’il fallait que tu gueules fort à l’assemblée nationale ? Si on éduquait nos flots, sacrament ! Ils feraient peut-être mieux que nous autres, plus tard ? Ils auraient peut-être des nouvelles idées, développeraient peut-être des compagnies ? Ils verraient peut-être que ceux d’ailleurs viennent pas les voler, mais que ce sont peut-être des gens avec qui ils pourront éventuellement échanger et même, faire affaire ?
Moi aussi j’t’année de me faire fourrer par en arrière, Bernard. Quand on sait que la Romaine sera jamais rentable, mais qu’on a convaincu ma région qu’elle était nécessaire pour créer des emplois, ses emplois; les seuls emplois qu’on occupe de père en fils, depuis des générations… Je me dis qu’il serait temps que « les miens » se prennent en mains pour faire partie de la solution.

15 janvier 2017

Poème à chaudes larmes


Prévert
CHANSON DU GEÔLIER
Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang 
Je vais délivrer celle que j'aime
S'il en est encore temps
Et que j'ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l'avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu'elle soit libre
Et même de m'oublier
Et même de s'en aller
Et même de revenir
Et encore de m'aimer
Ou d'en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu'à la fin des jours
La douceur de ses seins modelés par l'amour.
Paroles, 1945.

Résolution

J'ai pris la résolution cette année de ne plus être gentil. Mais que serait le monde, me dit le psy, sans la gentillesse? Émergez-vous, poursuit-il, apprenez à dire non, mais restez, voyons! Ah! non! Je pars, je suis résolu. Tenez, je viens de dire un gros non méchant. Mais avec la tête que j'ai et mon coeur brûlant de mouton qui fume comme dans la chanson, je mets ma patte au feu que je ne résisterai pas. Tête brûlée de boutades, va!

Photo Jacques Desmarais, Tête au feu, 26 décembre 2016.

11 janvier 2017

Pascal Quignard, le versant de la pensée qui est fleur jaillissante


J'ai posé le livre de Pascal Quignard. Je ne le comprends déjà plus, lambeaux de rêve, mais je sais à nouveau qu'avec cet auteur, le lecteur que je suis n'en sort pas indemne, aime la terre, les roses et les bêtes sauvages qui n'attendent rien du regard, du jugement des autres. Parce qu'il est question de création libre, toutes les lignes de Critique du jugement sont bouleversantes comme un socle bouleverse la terre de la neuve prairie, comme la solitude protège son fruit, comme une délivrance. 

La vie du lecteur dans les livres, le besoin si humain, indispensable comme l'air de se faire raconter des histoires par ces extra-terrestres que sont les écrivains. Quignard pense bien entendu au roman, mais l'on pourrait aussi évoquer la catharsis d'Aristote dans l'art, le paradoxe de l'acteur qui joue vrai de Diderot, la surprenance du poème qui déprend. Que se passe-t-il, en effet?   

« Il y a un sorite inéluctable, qui tient à la condition du lecteur du roman. [...] Ainsi, ce qui était si intense, si passionnant, plus passionnant que ma vie même, c'était faux. Un terrible dépit naît à proportion de la beauté des livres.
J'éprouve de la peine à croire que ce que j'ai tant aimé était un mensonge.
On peut le dire de la femme qu'on aimait.
On peut le dire du livre qu'on tient encore et qu'on va reposer. » (p. 214-215) 




Photo JD.







06 janvier 2017

Apostrophe

Texte de septembre 2007, reprisé.


Photo : Cyrille Weiner/Tangophoto d'après un dessin 
d'Ernest Pignon-Ernest, musée Rimbaud, Charleville-Mézières, France.

Traces de foin volageur 
sous le soleil traîneux des Ardennes
entre les mots drus, grugés, piquant la langue
Négrillon de chagrin sur le dos d'un enfant
Le poète écrit en chrétien au dieu Leilah :
« Mes affaires ne vont pas si mal sauf que là
Je n'ai même jamais connu quelqu'un qui s'ennuyât
autant avec les catins des soirs bleus d'été »
Liqueurs, cotonnades, soieries, vierge café
C'était Monsieur le foudroyé!




05 janvier 2017

Une craque dans le ciel

Il y avait une réparation à faire dans un coin secret de mon ciel. Avant qu'il me tombe sur le coco. Que le coco avec tous ses rêves soit brisé en mille miettes. J'ai gaulé en esprit! C'est maintenant réglé. Mon Dieu Seigneur, merci de votre patience. On n'en parlera plus!

Photo Jacques Desmarais, Estrie, Cambrousse, 4 janvier 2017, 12h01.


01 janvier 2017

Tu me fais tac

Patience dans l'azur. Ça va venir. Reprise d'un texte expérimental publié sur le Train en septembre 2007.

Entre rêves et poésie, l'étoile tzigane............. fait tic-tac sur fond bleu pâle.........................d'oukoulélé.. live....l'étoile....mon amour ton regard .... pétique pétaque.................je suis attristé.....juré craché..............................down sometimes même en plein été comme un arc sans triomphe une flèche sans carquois entre rêves et tic...toi... l'étoile tzigane dans tes cheveux noirs.... je t'aime...en sparage de tristesse

........Entre rêves et poésie...................................Il n'y a pas de remise de peine..............................sparadrap............................... de sel suprême ...........................................Je ferme les yeux....mon amour.. c'est fou......je suis content en ....je cherche ........ton-------------------regard est une chance...........Un chemin surtout la nuit + ..........ben oui j't'aime ...........il n'y a pas de remise de peine......... je suis parfois embouteillé, déconcrissé comme un toréador tac au pied du murmure
.................................tic tac.........................Une continuité surtout.....entre les rives .............................................. la nuit.....nage...........entre rêves et poésie............ Tantôt mon amour d'amertume il y a ceci cela......................Tantôt...tic tac!..... tiens! ...............................=----------- Mon bel amour polaire je tic ................................................... + .......... je te hais une seconde et quart...........c'est fou....raide..... ton corps me tac sans peine-----parfois -------m'époumone................je ne t'hais pas ..................
......................................................................................................
--------------------------ton corps me dépayse me retricote......... en plein désordre ......bleu pâle.................... sometimes.. rage ..l'été......je 'aime...c'est fou.......summertime..........contenté............. I am happy---------------- sometimes I am blue parfois ta peau je la bois parfois j'aboie en silence..........sometimes ta peau c'est jazz.....entre rives et life..+ my happyness....+..X + ----------.!. l'étoile......