On a si peu à offrir en ce temps, nos larmes, la mémoire à tenir, un grand souci pour les enfants qui ont perdu leur papa, et pour les grands, les épouses, un profond désir d'amour et de paix. Ça fait mal. Il y a comme six cœurs bouleversant sur mon pauvre drapeau blanc de neige.
Je le sais bien que ma carapace ne vaut pas cher, que j'ai la larme à l'œil facile quand on me déjoue au cinéma, au théâtre, en musique, quand on me parle de ruralité... Mais c'est bien la première fois que la catharsis allume un feu au musée! Marc Chagall (1887-1985), malgré toutes les horreurs du siècle passé, n'a rien de triste. Mais ses chèvres, ses vaches, ses violons, ses vagabonds, cette femme qui crie à la mort, la zemer au violon qui nous entoure tout le long de la visite, ouf! À un moment donné, c'est juste le coeur. Autoportrait devant la maison, 1914; La naissance, 1917; La mort, huile sur toile, 1908-1909.
Photo JD., Autoportrait devant la maison, 1914, MBAM, 26 janvier 2017
Photo JD., La naissance,1917, MBAM, 26 janvier 2017
Photo JD., La mort,1908-1909, MBAM, 26 janvier 2017
C'est la voix du premier personnage aux accents de télépathie venu au banquet des éveillés pour qui le passé est dorénavant complètement imprévisible. « Je veux bien, dit-il, assumer le dissolu, tordre jusqu'à plus soif les égophores ombrées de la vieille caverne de l'amour. Voudra-t-on pour cela me mettre à la porte encore une fois? Me sacrer là avec de gros mots qui brûlent, qui abrasent la lande ouverte au sauvage où je ne pouvais pas ne pas naître? Là où, sans que je le demande, on m'a donné le premier rôle? Je sais, c’est méchant. Ce sont mes chants offerts à la lumière crue du soleil. »
N'en rajoutez plus, la cour est pleine. Mais la semaine n'est pas terminée! Encore 1445 jours à venir! Elioy Hannon, Today was the Worst Day yet, Slate, 25 janvier 2017. Aussi, malgré l'écoeurantite aiguë, Francine Pelletier dans son billet au Devoir a raison d'affirmer qu'il nous faut suivre la « joute », le « bras de fer », la régression, l'ostie de mur!
« Plus capables, je sais. J’en connais même qui veulent se désabonner de Facebook simplement pour ne plus être bombardés par les mimiques grotesques du nouveau président. D’autres n’ont jamais compris pourquoi nous, les médias, nous nous épanchons sur le phénomène avec autant de minutie. Ce n’est pas le même pays, après tout.
Mis à part la fascination avec le vaudeville qu’est Donald Trump, il est impossible, quand même, de se désintéresser de lui. C’est immense ce qui se passe actuellement aux États-Unis. On a beau se dire qu’on ne verrait jamais un vulgaire gérant d’estrade accéder au pouvoir ici, le phénomène Donald Trump, ce qu’il représente en dehors de ses travers à lui, nous concerne tous. La grogne de l’homme blanc vieillissant devant l’establishment (bonjour, Rambo Gauthier), le ressentiment devant les « étranges », le sentiment d’être désemparé devant un monde trop vaste, trop virtuel, trop changeant… est l’affaire de tout le monde. Trump nous force à reconsidérer ce qui paraissait à ce jour marginal, ou alors l’affaire des Européens — le populisme de droite.
Je crois, en fait, que Trump pourrait s’avérer un cadeau inespéré pour la gauche, une autre raison pour s’y intéresser. Mieux encore que Bernie Sanders, l’homme à l’incomparable toupet est un formidable antidote au manque d’inspiration et de direction qui gruge les forces progressistes depuis 30 ans. Nous en avons eu un aperçu le week-end dernier, lorsque près de trois millions de personnes ont pris la rue partout sur la planète. Aucune manifestation jusqu’ici ne pouvait se vanter d’une telle étendue, d’une telle diversité. Un phénomène de mondialisation qui, pour une fois, était au service de l’homme et de la femme de la rue.
Mais, bon, ne nous emballons pas trop vite. Encore faut-il que ce ras-le-bol («Take your tiny hands off my rights») reliant la lutte des femmes à celle des Noirs, à celle pour l’environnement et la liberté de presse, cette « intersectionnalité » sur six continents, donne quelque chose qui dure. Tout comme pour le mouvement Occupy, Black Lives Matter et le soulèvement étudiant de 2012, la démonstration n’a pas encore été faite que ce genre de protestations peut changer la donne.
Pendant ce temps, Trump poursuit (pour reprendre son expression) son «carnage».On renégocie les traités de libre-échange, on sabre les fonds destinés à l’avortement à l’étranger, on revient en arrière. Mais au-delà des applications spécifiques du nouveau credo américain, America First, il y a un nouveau monde qui se dessine à l’horizon, la meilleure raison, à mon avis, pour s’intéresser à Donald Trump.
Le nationalisme frileux du 45e président représente aussi la rupture avec l’ordre international en place depuis la Deuxième Guerre mondiale. Comme le dit le dernier rapport du National Intelligence Council, il faut se préparer «non seulement à la fin des États-Unis comme maître du monde, mais aussi à la fin des fondements de beaucoup de son pouvoir: une économie internationale ouverte, des alliances américaines en Europe et en Asie, des règles protégeant les droits de la personne et des institutions comme l’Organisation mondiale du commerce qui influencent la façon dont les nations se comportent et résolvent leurs conflits».
Il ne s’agit pas seulement d’un mauvais moment à passer, d’un divertissement de bas étage, en d’autres mots. Trump signifie aussi une remise en question de ce qui nous a permis de tourner la page sur près d’un demi-siècle de véritables carnages, de réelles atrocités. L’idée que nous devions non seulement rebâtir ce qui avait été détruit, mais nous donner collectivement la main, protéger ce qui dorénavant serait universellement reconnu comme les « droits humains », constitue un grand moment dans l’histoire de l’humanité. Ce parcours n’a pas été sans embûches ni sans graves omissions, de la part des États-Unis notamment, mais il s’agit néanmoins d’une plage de lumière qui jure aujourd’hui avec la noirceur qui nous hante.
Privé de l’attitude bienveillante des années d’après-guerre, de quoi le monde aurait-il l’air en 2020?, se demandent les auteurs du rapport cité plus haut. Nous serons de plus en plus morcelés, de plus en plus aux prises avec des conflits régionaux, des sociétés civiles perturbées toujours davantage par le racisme, le terrorisme et les attaques informatiques. Nous nous dirigeons, en d’autres mots, vers une période de chaos — ce que Donald Trump, en rupture non seulement avec l’ordre international, mais avec la moitié de son électorat et avec son propre parti, incarne mieux que quiconque.
Le garder à l’oeil est le moins qu’on puisse faire. »
Il y a bien longtemps que je n'avais pas eu la joie de revoirFabrice Koffy Poesicqui était en spectacle en ce dimanche à la salle Claude-Léveillée de la PDA, flanqué d'un quatuor de musiciens vraiment remarquables, dont son complice de longue dateGuillaume Soucy. Fabrice sur scène, c'est un soleil. Un doux soleil avec de l'ivoire, léger, dansant, bon enfant, mais toujours à l'affût du rayon qui dardera, qui va marquer un temps, que l'art de dire de ce poète qui griotise va vous ménager avec un brin de narquoiserie et de brousse, avec ce « hein? » si caractéristique, rieur, parfois inquiet qui ponctue les récits, désamorce sans le taire le grave, le coupant des histoires de la rue, des rondes intimes, du visage du monde qu'on voudrait bien changer avant de s'endormir, parce que, c'est drôle ça, « les gens n'aiment pas les gens ». Le Fabrice solidaire a aussi fait une place à Amelie Prevost qui, le temps d'un slam, est venue sur scène avec son grand souffle refaire le monde justement en détricotant l'Histoire officielle. Il y avait aussi Normand MC June Delinelle aux bouteilles d'eau, à la table aux CD et à l'amitié. Quel charme ce spectacle souriant inscrit dans la série des Dimanches métisés de Vision Diversité. La scène musicale et poétique francophone de Montréal est grouillante de beautés, de talents et de liberté. Que du plaisir ici!
Photo Jacques Desmarais, Aurélien, Fabrice, Guillaume, PDA, 22 janvier 2017.
Photo Jacques Desmarais, Amélie Prévost, championne de slam 2016.
Analyse du gouvernement des États-Unis désormais entre le mains d'une équipe à gogo qui improvise.
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Élisabeth Vallet, La tour de Babel, Le Devoir, 21 janvier 2017,
« Marqué par une entrée en fonction désorganisée, le nouveau gouvernement devra in prononcés par Barack Obama étaient soupesés : « La tâche [qui attend le président] est d’une telle ampleur qu’il ne peut l’accomplir seul. » Devant la complexité des enjeux, ajoutait-il, nul doute que le nouveau président devra se reposer sur son équipe.
Car c’est dans l’aile Ouest que les décisions vont se prendre. Avec Trump, bien sûr. Et surtout ses conseillers.
Vendredi, l’Amérique a tourné la page sur un président cérébral qui faisait appel à une pluralité de conseillers, les laissant débattre ; il tranchait en ayant pris la mesure de la complexité des enjeux, au terme d’un processus parfois long — trop long —, en renonçant à se jeter dans la mêlée en politique intérieure et à marchander avec le Congrès.
Dans le même temps, le processus de transition qui s’est achevé vendredi avec la passation des pouvoirs a confirmé une intuition entêtante : Trump n’avait pas plus prévu d’occuper la Maison-Blanche que W. avait pensé l’occupation de l’Irak. Or, on ne passe pas, en 24 heures, d’un plan visant à mettre en place une chaîne de nouvelles câblée au bureau ovale.
L’improvisation
Dès lors, l’équipe Trump a dû improviser et n’a pu déployer que des têtes de pont dans les différents ministères (536 personnes), à défaut de pouvoir remplacer les 4000 agents qui relèvent du politique. Elle a même dû se résoudre, dans des domaines cruciaux comme la sécurité nationale, à maintenir en poste plus de 50 personnes clés du gouvernement Obama, tels le secrétaire adjoint à la défense, Robert Work, ou encore le directeur du Centre national de contre-terrorisme, Nicholas Rasmussen.
Le sentiment d’improvisation est similaire avec les auditions des membres du cabinet devant le Sénat, qui ont trahi les incohérences du gouvernement. C’est ainsi que Betsy DeVos a pu justifier la présence des armes dans les écoles du Wyoming en raison des grizzlis, et ignore tout du programme pour les enfants présentant des difficultés d’apprentissage dans les écoles publiques ; ou encore que Rex Tillerson n’a pu répondre aux questions du sénateur Rubio sur la situation aux Philippines ou le nucléaire iranien.
Les auditions ont également fait état de profondes divergences idéologiques entre les membres du cabinet et des dissonances entre la nouvelle équipe présidentielle et le Parti républicain. Mais il y a aussi des discordances importantes entre les « ministres » et les conseillers dans l’aile Ouest.
Ainsi, certains sièges non pourvus au Pentagone seraient liés au désaccord entre Mattis, confirmé par le Sénat il y a quelques jours, et l’équipe de conseillers — avec Steve Bannon et Jared Kushner. Il est difficile d’imaginer que l’économiste Peter Navarro, qui prend la tête du National Trade Council, ne va pas heurter le club des milliardaires, même si ces derniers n’ont guère plus d’expérience de gouvernement que le président qu’ils entourent.
« Tout ira bien »
« Tout ira bien », a dit Barack Obama mercredi dernier… Mais, au fil des crises, le gouvernement pourrait s’abîmer dans un climat délétère. Car la politique américaine est par définition imprévisible. Les ennemis se succèdent et ne se ressemblent pas, la distinction entre politique externe et interne est parfois floue, les enjeux sont parfois plus volatils.
Un président qui aura su s’entourer de conseillers d’expérience, et qui aura mis en place un véritable processus décisionnel visant à trier les différentes options, va pouvoir réagir à un imprévu en se fiant à l’intuition, aux expériences de ses conseillers.
On se souviendra qu’en 1962, Kennedy avait privilégié les canaux officieux de Khrouchtchev plutôt que le canal officiel lors de la crise des missiles de Cuba, évitant de justesse une confrontation nucléaire. Dans ce sens, la recherche scientifique montre combien la personnalité du président et son mode de gestion sont déterminants…
Deux conséquences
Il y a deux conséquences à cette cacophonie institutionnelle. Le risque est que les politiques, notamment en période de crise, soient totalement improvisées, que, face à un président narcissique et centralisateur, les conseillers s’affrontent. Que certains claquent la porte, tandis que d’autres deviennent omnipotents.
La seconde tient au fait qu’à défaut de pouvoir faire percoler leurs points de vue au sommet, de pouvoir présenter la complexité des enjeux au cabinet, la tour de Babel bureaucratique va se trouver d’autres exutoires : The Washington Post, en réorganisant son équipe, et TheNew York Times, en consacrant une page de son site Web aux moyens de communication sécurisés avec ses reporters, ont saisi la balle au bond.
Mis à l’index par un président provocateur, alors qu’ils enquêtent encore sur son élection, le FBI et la CIA n’auront ni allégeance ni fidélité, rappelant les années Nixon. Au gouvernement par tweets répondront les fuites d’un gouvernement indiscipliné. »
Je crois bien que j'étais sur le carreau le 10 décembre dernier, où en phase maniaco, ou encore, au mieux, seul dans ma cambrousse là où je n'ai que les étoiles pour me connecter; en tout cas, sorry Robert Bob, j'avais manqué ceci. Entendre cette chanson aujourd'hui le 20 janvier 2017 entre les échauffourées de Washington, c'est désirer encore plus fort, avec un fond de larmes, que le chant des poètes ne meure jamais!