14 novembre 2006

Carnets pelés 7 - Un passé qui ne passe pas

Crédit photo : Josée Lambert
15 juin 1998

Madeleine Gagnon est alors âgée de 60 ans. Je l'ai croisée une fois par hasard sur la rue St-Denis, sous le clocher de l'UQAM. Nous avons échangé un sourire. Pas un seul mot. Un beau sourire profond qui reste à demeure, se creuse un nid pour l'éternité. Je pourrais épiloguer des heures sur cet ange un peu blessé qui m'a souri, qui m'a reconnu.

L'année suivante, Madeleine avec sa plume traverserait dans ses petits souliers le monde et sa misère en arpentant la cuisine des femmes, ces tranchées oubliées de la guerre. De la guerre? Quelle guerre? Quelles guerres, dites-vous!? Ces guerres de salauds qui hantent nos salons ronronnant : Macédoine, Kosovo, Bosnie, Israël-Palestine, Liban, Pakistan, Sri Lanka... (Les femmes et la guerre,VLB, 2000). C'est juste, c'était avant celle en Irak...



La guerre, le meurtre, le viol « obligé »!  Plus que l'exil, moins que la chance de survivre? Je m'appelle Bosnia, VLB, 2005, cf. extrait du Point).

L'écriture est plus que l'écriture.


15 juin 1998

Madeleine Gagnon, qu'est-ce qui a fait venir en vous l'écriture?

Les livres que j'ai lus. Les livres que ma mère a lus. C'est-à-dire, « son regard de béatitude. »

Pourquoi écrivez-vous?

Pour essayer d'entrer dans la voix des connaissances. « Écrire pour aller ailleurs ».

L'écriture ou la vie. Sinon, on est pour toujours exilé dans sa propre écriture.

Écrire pour aller Là où les eaux s'amusent, dans le bout d'Amqui?


16 juin 1998

Comment apprivoisez-vous le temps de l'écriture, la pulsion d'écrire?

« Si on veut, on peut. Il faut vouloir beaucoup. J'ai renversé mon horloge biologique pour écrire». Il faut se réserver une plage de temps. Il faut couler l'écriture dans le quotidien. «Moi, c'est entre 14h00 et 16h30. On devient alors plus efficace. [...] Avec des enfants, ça demande une discipline incroyable. J'ai appris à écrire dans ma tête. Le temps de l'écriture devient alors de la transcription. Car personne ne peut empêcher l'urgence du surgissement de l'écriture. Personne, ni enfants, etc. »


23 février 2005

Constance et érudition. Madeleine Gagnon,

« Les grands écrivains de ce monde sont des gens qui ont à la fois un bon potentiel créateur et de bonnes connaissances théoriques de la chose littéraire. Rimbaud était non seulement un grand poète, mais aussi un érudit, qui savait lire le latin et le grec. Au Québec, peu de gens connaissent à fond la littérature québécoise comme Victor-Lévy Beaulieu, même s'il a peu fréquenté les milieux universitaires. » UQAR-INFO


14 novembre 2006

J'ai rencontré Madeleine Gagnon une fois sur la rue St-Denis. Si je ne confonds pas, je l'ai vue une autre fois en 1981 dans un colloque autour d'Artaud. Je garde l'image de son sourire comme un oiseau libre un peu blessé. Et c'est pareillement que j'accueille son écriture libre, rigoureuse, nécessaire, coulée dans le quotidien.

Je lui prête ici et là quelques guillemets vraisemblables puisque je les glane parmi les notes que je prenais en écoutant les émissions littéraires de Radio-can, du temps où elles existaient!, Traverse, en l'occurrence, du 15 et 16 juin 1998.

Permettez, Madeleine, que je reprenne mot à mot une dernière question que vous a posée Caroline Chabot du journal Le Libraire :

- Pour quelle raison vous êtes-vous replongée dans la guerre?

«Je veux qu’on comprenne le rôle que jouent les femmes là-dedans depuis toujours. Qu’on arrête d’accuser juste les hommes de faire la guerre; les femmes, elles les ont élevés, les petits guerriers. J’en ai rencontré plusieurs…»

***

Sélection de titres pour revenir ailleurs?
Antre (1978), Les fleurs du catalpa et L'infante immémoriale (1986), La terre est remplie de langage (1993), Le deuil du soleil (1998), Rêve de pierre (1999)...
Madeleine Gagnon

Extraits de La terre est remplie de langage:



Cette sagesse ancienne ne s'est pas oubliée
elle dormait telle l'enfance
seule l'éveille à présent
l'encre
souffle liquide
(c'est la matière qui pense)

[...]

Mais nous avons la musique!
Nous avons inventé une langue qui traverse
toutes les autres; qui, même, éclaire les
autres. « Hé, les choses, nous avons
inventé la musique! Nous avons créé une
langue capable de franchir tous les
territoires, entendue par tous les êtres. Sans
traduction... Hé, les choses, réalisez-vous [...]?


3 commentaires:

Carolinade a dit...

quel beau carnet pelé par un matin de novembre pluvieux... merci Jack.

Jack a dit...

Je suis en retard. Je vais promener Lucky! Il fait percés de soleil sur l'Île Jésus. Avec ton passage ici, Caro, il fait plein soleil... Bo matin!

Jack a dit...

percées...