19 avril 2009

Pensées et vestiges sauvages

J'ai rarement vu cela : alors que les boquettes ne sont pas encore décrochées (ça coulait encore aujourd'hui, mais ce n'est guère valable), on peut déjà passer le rotoculteur dans le jardin. La terre se travaille à merveille. Épandu aussi compost & fumiers. Trouvé dans la terre une patate et trois carottes. Les petites touffes de pensées sauvages marmonnent quasi silencieusement ici et là. Elles précèdent les jonquilles au concours du pommeau d'or.


Part ça, j'ai marché vers la sucrerie. Croisé mes ves-tiges en plein air qui ont tenu tête à l'hiver une fois de plus.



Vestige : ce qui reste d’une chose qui n'est plus. Ne sont plus animés que par les craques de mon enfance, à l'ombre du « team » de chevaux, chargeur, moulin à faucher, voiture (certains disaient waguine). C'était « le roulant », la grande affaire des travaux et des jours. L'été à ciel ouvert. Avec , le tombereau, la charrue, le semoir, le racleur... L'Antiquité comparé aux hyper monstres sophistiqués d'aujourd'hui. Pourtant, semer la terre demeure semer la terre. Depuis des millénaires. Depuis le berceau de l'Irak. Tracer des sillons comme d'autres font de la poésie. Toujours la terre se ramassera sous les ongles de ceux qui la font.

Photos : jd

11 commentaires:

Anonyme a dit...

Tout près de votre campagne...

Sillonner la terre depuis ses marges, l'obli-terrer par la sueur de vos mains larges, prêter regard à ses arbres, art-rimer les fruits aux fleurs, béni-ouïr-ouïr l'instant sacré de ce fertile labeur. La terre familiale, dans sa pauvreté comme dans ses splendeurs, rien comme elle pour y enraciner les roues de son coeur tracteur...

Tout près de votre campagne, le chant de l'Été s'entend...de loin.

Claude É. Larousse

Mario a dit...

Tes images ont activé le petit YouTube de nos souvenirs d’enfance réciproques. Doloré chevauchant ce moulin à faucher et qui haranguait le “team” à grands cris. Ce chargeur à foin “lousse” qui nourrissait une voiture remplie de cousins et de cousines qui calaient en tassant le voyage. Puis la grande fourche qui se tendait rapidement par la force du “ team” maintenant attelé au câble, elle suivait son chemin sur la poulie et les rails dans la tasserie. Toujours les Ya et les Wow aux chevaux .

Mes premiers chevreuils dans ta sucrerie. Son chemin bordé de grands érables qui faisaient comme une forêt immense pour un gars de ville en vacances. Les “walls” de roches derrière la soue à cochons qui s’énervaient du petit lait à venir car Béatrice séparait la crème du lait dans la laiterie.

Vacances de jeunesse prémonitoires, moi aussi je suis devenu un fils de la terre quand Paul acheta une ferme à St-Ignace. Cette confrérie des semeurs de terre m’a conduit partout même jusqu’en Irak justement.

J’aime bien te lire discrètement, régulièrement et affectueusement.

Ton cousin Mario

Jack a dit...

Cher Claude E. Larousse, que dire de mieux? De plus joli? Art-rimer fruits aux fleurs, voilà. Et papillonner peut-être en rêvant à un trait de land où l'on parlerait l'anglois? En tous cas, je sais qu'une fois qu'on a gagné les hauteurs de l'air libre et clair de Québec, la voix porte loin, en effet, comme de l'eau-péra.

Jack a dit...

Cher Mario, tout d'abord, tu auras sans doute deviné que je te dois la référence à l'Irak, berceau de l'agriculture. C'est ton beau film La guerre alimentaire qui m'a appris cela, et beaucoup plus encore, quelque chose comme une profondeur universelle et très blues en regard de la confrérie des semeurs de par le vaste monde. Paul qui me parlait souvent de ton travail avait raison d'être fier.

Je n'ai pas besoin de te dire que tu fais ma journée. Il en a été de même lorsque j'ai reçu ta lettre au lendemain de la parution des Poèmes cannibales. Puisqu'il y a ces « visites discrètes » et comme je n'ai pas encore répondu, bien que ce fut mon intention, je profite de ce lieu libre et humble pour te dire combien j'ai été touché par ta lecture, par la reconnaissance de certains lieux et par la compréhension fine d'un certain combat qui m'anime.

Aujourd'hui, il m'est très précieux que tu raccordes à mes images (d'amateur) ces quelques souvenirs de « cousin de la
ville ». Bien plus que de simples anecdotes, ils redisent la trame de fond de ces Desmarais-là. D'autant qu'il advint dans mes
« jobs » de conduire le cheval qui tirait le câble de la grande fourche! C'était une tâche pour le plus jeune où l'on ne voyait rien des opérations! Mais, cela exigeait qu'on sache compter ses pas en plus d'une fidélité précise et impeccable envers les « Wow » de son père devenus musique inimitable du métier et de l'enfance.

Il faut que tu reviennes marcher sur les walls de roches...

Avec mes salutations les plus fraternelles.

Anonyme a dit...

Salut Jack! Elles sont hallucinantes ces photos! Vraiment le genre d'artéfacts qui fait réfléchir sur la force de la nature, la petitesse de l'homme, non? Quand j'étais jeune, mon père avait un chalet et tout près il y avait un chemin qui menait vers un cimetière d'autos. Ailleurs, dans le même village, dans un champ, il y a un arbre qui a poussé dans un vieux Chevy.

La prochaine fois, on va prendre le temps de se parler un peu (course folle quand vas-tu t'arrêter?)

vitesse folle à travers le pare-brise aveugle éclaté / je prends racine dans ma carcasse de société / m'élève grinçant plus fort que le train / ce n'est pas moi qui s'écrase dans le monde c'est le monde qui me «crash» dedans

Sébastien

Anonyme a dit...

C'est le jour de la Terre aujourd'hui...

D'avoir enfoui mes mains dedans, en plein dedans jusqu'aux dents, n'a pas fait mieux que de me connecter directement à Elle. Et même si on la magane encore un peu trop à son goût, je la remercie de nous donner inconditionnellement de son manger et de ses à boire.

Pour son pain « blanc », et le jus de la vigne qui l'accompagne, pour son corps à moitié-mort, imbibé de notre espouart, un toast à sa prospérité, et à la vôtre, cher Train de Nuit.

Claude É. Larousse

Jack a dit...

Sébastien! On s'est revu en coup de vent, c'est vrai,j'étais très content de te voir apparaitre, mais on s'est à peine salué. Je crois qu'il ne faut pas attendre les mondanités! Je t'invite prendre un pot, comme disent les Français. Dis-moi où et quand. On fixera. J'aimerais bien ça. Je n'ai pas tes coordonnées. Dans mon profil, tu trouveras mon courriel.

Vu qu'il s'agit non pas de ferraille entassée là, mais bien des machineries qui servaient à mon père et qui attendent derrière la grange depuis sa mort en 1965, je vois les choses autrement. Je vois la force des poignets dans l'œuvre de mon père qui se répercute encore de nos jours malgré la déroute apparente des vestiges qui résonnent, en moi, comme des témoins de ma propre histoire. On m'a offert des sous déjà pour le moulin à faucher. Il n'en est pas question. Rien ne bougera tant que je serai là ou tant que ma mémoire l'exigera.

C'est chic d'avoir passé sur le Train.

Jack a dit...

Cher Claude É., le fin mot philosophique se trouve là : se connecter à la Terre. Depuis Descartes au moins, nous nous sommes déconnecter en bombant le torse : il fallait maîtriser la nature! Maitriser au point où la terre est désormais comme un autre, un ailleurs pour assouvir tous les besoins. Ne pas avoir rigoureusement conscience que si j'empoisonne l'eau, si je pourri l'air et si je scrape le sol pour 10 siècles à venir, alors je me meure. C'est très curieux cette déconnection. Je vous envie aujourd'hui d'avoir les mains sales de vie. Merci volontiers pour le toast!

Anonyme a dit...

On va attelé nos souvenirs. Le moulin à faucher va cliqueter à nouveau.

Merci pour ta belle invitation. C"est promis je te fais signe cet été.

Cousin Mario

LeRoy K. May a dit...

que de beaux échanges ici; dommage que la nature ne me fasse pas cet effet, trop gars de la ville je suppose...

Jack a dit...

Le Roy Bitume, quand on se repasse du Rimbaud dans sa tête, on peut devenir un je tout autre...

«Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, -- heureux comme avec une femme. »