20 novembre 2013

La frénésie des nouvelles technologies


Jean-Philippe Cipriani recense et commente deux ouvrages à l'émission littéraire Plus on est de fous, plus on lit de Radio-Canada (17 novembre 2013) en lien avec les nouvelles technologies et leur impacts. L'amorce de son commentaire qu'on peut écouter sur le site de l'émission se donne à lire ainsi :

La console de jeu PlayStation 4, lancée le 15 novembre, s'est écoulée à 1 million d'exemplaires en 24 heures. À la fin de septembre, deux nouveaux modèles d'iPhone ont fait saliver les technophiles, suivis de près par les nouveaux iPad et iPad mini. L'obsession pour les nouvelles technologies a des répercussions sur nos sociétés et sur l'environnement. 

Les ouvrages sont :

- La face cachée du numérique : l'impact environnemental des nouvelles technologies, Fabrice Flipo, Michèle Dobrée et Marion Michot, Éditions L'Échappée, 2013. 

- Quoi de neuf? Du rôle des techniques dans l'histoire globale, David Edgerton, Seuil, 2013.

19 novembre 2013

De la drogue en pixels : porno et dopamine

Sujet tabou s'il en est un. Témoignage courageux, mené avec intelligence et franchise par Mathieu St-Onge sur la consommation de porno sur le Ouèbe lors de sa première incursion à Trouble Voir, la nouvelle plateforme de Voir.


18 novembre 2013

... la vitesse de vitesse : gestes et ultrasons



Je pense m'intéresser aux travaux du philosophe-architecte Paul Virilio et souhaite rapailler en marge de mes lectures prochaines, chemin faisant, quelques documents qui, entre autres avenues, pourraient donner idée de l'actualité des développements technologiques, et ce, dans le but de comprendre, autant que faire se peut, ce qui se raccorde et converge autour du code du « programme » de la vitesse en cours qu'il faut effectivement et vivement penser afin d'en dégager la trame politique. Tout un « programme »!

Souhaitant que ça puisse intéresser et susciter des échanges, j'entame donc une nouvelle série — Prendre la vitesse de vitesse — sur ce déjà Old Night Train qui ahane sans prétention sur les déjà vieux clous des rails de la blogosphère, manifestement heureux et indépendant avec une âme de cheval qui aime l'avoine dans la vapeur si lente du mot à mot.  

Ceci étant dit non pas pour faire image jolie, puisque les sortilèges du langage, il faut les court-circuiter et en sortir, enseigne classiquement un Jacques Bouveresse à la suite de Wittgenstein (1). Mais voici qu'il pleut à verse dans les propagandes multiples, il pleut et ça dégouline de tous les canaux de la « drogue pour les yeux » qui amène quelques esprits à vouloir repérer les pièges de ces accélérations époustouflantes.

Tel me semble être Paul Virilio qui persiste à « révéler » l'envers de ce que pose le « progrès ». Il dit : « La propagande du progrès c'est la censure du réel. La déréalisation censure la réalité. Vous voyez dans quelle perversité on est. Ça veut pas pour autant dire qu'il y a un complot contre l'humanité, c'est bien plus compliqué que ça. Mais le résultat est le même. » (Entretien de Paul Virilio dans Vice France)

Dans cette incursion, j’y vois entre autres l’occasion de réfléchir à la notion de progrès au regard de la position épistémologique qu’on a appelée « évolutionnaire », soit l'idée (Stephen Toulmin, David Hull, Korad Lorenz...) d'une transposition du mécanisme de sélection naturelle (Darwin) dans l'évolution de la culture, faisant en sorte que les théories scientifiques sont dans un processus de sélection (cf. collectif sous la direction de Michel Meulders et aut., Pourquoi la science? Impacts et limites de la recherche, coll. milieux, Champ Vallon, 1997; voir surtout l'entrée Evolutionnary Epistemology in Internet Encyclopedia of Philosophy; j'ai par ailleurs suivi un cours en épistémologie avec le professeur Paul Dumouchel [UQAM, 1989] dans la cadre de la scolarité de maîtrise en philosophie. Une partie de mes références et de mon intérêt pour ces questions provient de ce cours que j'avais hautement apprécié.)  

Jusqu’à Gaston Bachelard, héritier de Kant et donc des Lumières, on a cru que le progrès était dans un continuum historique toujours en évolution si tant est que l'on pense mieux, que les obstacles épistémologiques sont franchis. Popper (théorie du chaos), Foucault (saut épistémologique), Khun (théorie des révolutions scientifiques marquées par des changements de paradigmes...) et d’autres ont à la fois repris Bachelard, mais insinué à contrario que le progrès n’était ni illimité, ni même assuré. 

Bref, au-delà de « l’excès de vitesse » dont parle Virilio qui a un retentissement quotidien dans nos vies de fous, la thèse de l'« accident possible intégral de la connaissance » renvoie en effet à des questions graves sur le terrain de l'épistémologie qui, jusqu'au prochain décollement d’un pan du mur, demeure encore de nos jours dans la « maison » de la philosophie. Voilà ce qu'on pressent pour le moment.

***

La première incursion de cette série nous conduit à l'UC Berkeley avec un court document sur des applications expérimentales en cours sur la reconnaissance gestuelle à partir de capteurs 3D et qui s'inspirent des avancées médicales utilisant l'ultrason. 




*****

1) Jacques Bouveresse : « Dans un de ses manuscrits, Wittgenstein observe que " tout ce que la philosophie peut faire est de détruire des idoles [...]". La philosophie, telle que Wittgenstein la conçoit, ne détruit que des illusions et, par conséquent, ne devrait nous priver de rien d’essentiel, même s’il peut être particulièrement pénible de renoncer à une illusion. ». Essai !!!, Wittgenstein & les sortilèges du langage, coll. Banc d'essais, Agone, 2003.

17 novembre 2013

Excavation 2 - La houle aux mains noires


Entre les rets
de l'occupation,
sous les portes closes
des petites maisons
en rangées,
comme en amont
de tant de corps
bombardés, 
tombés frais
par intervalles
réguliers
des corniches
de la nuit d'avant,
l'océanne de jais
viendra se glisser 
dans son moïse  
pour copuler
comme une lionne
avec les ombres défaites
les rideaux mal tirés,
les plis de poussière 
et les croix d'entretoises 
des barreaux échappés
sur les murs lambrissés
de la chambre
qui décollent
du jour sidéral

pour la suite du monde
aux museaux furtifs 

mais si lentement... 
le détachement
l'engourdissement
l'évanouissement

l'enterrement
simulé

les éclats 
d'éblouissement
de l'autre monde

et puis

l'oubli 

le blanc 
qui se lamente
entre deux vagues
dans la disparition des traces

le blues ombilic de la naissance sur fond de sol
remué jusqu'au vertige du mal de mer. 




15 novembre 2013

Boule de frogment

(Reprise)


Photo Desmarais, Île du Prince Édouard, 2006.
L'œil mordoré 
je suis mort de rire
je fais partie
de l'ordre des anoures

au premier stade,
j'étais fêtard invertébré

c'est dans la mare à Kafka
qu'est venu le goût des patineuses 
et des alcôves au clair de lune
j'ai gagné la maturité
dans les cultures implosives



à présent, j'ai le droit d'aller au cinéma Rostand

je coasse en iroquois,
je ouaouaronne allègrement
je grasseye 
dans le semoir embué
des prés verts

je suis un joueur de tours
dans les fossés du hasard

je suis de plouc et de quotas
en voie de disparition

je suis gêné
de peau brune et rougeâtre
parfois rainette versicolore


Les gravières en eau m'ensorcellent
où je reste à l'affût des maringouins sanguinolents

je médite le surhomme de la grosse montagne
et gluance sur la glaise fraîche autour de l'étang

je captive le firmament et les enfants
qui me font fumer

je saute dans un taxi nénuphar
je me sauve

je rêve à l'éternité
perpendiculaire

mais il y a belle lurette
que je me glace 
sous les arpèges
en hiver 

on me dit cocasse et rossinant
avec mes cris d'orfraie au pied des roches

À la belle étoile, surtout au printemps
je chante comme Frank Zappa!
et je pratique le tambour
assidûment

je suis le baron des bois et des champs
je suis le rejeton de la barmaid itinérante 
le baromètre de la cambrousse 
qui dégringole

je suis le solfège grignotant l'ombre
des oiseaux de nuit dépossédés

ouais! ouais! ouais! je sais!
les crapauds eux autres
chantent la liberté,
mais voilà
le chant
des marais
dans ma glotte luisante
aussi est politique.






Une autre chanson de cheval mal élevé


Le country 
collé-collé
au grill
vendredi soir

dans notre belle 
petite vallée


Viendras-tu danser
avec moé, beauté?


Tu dis : j'sais pas!

l'hiver a chassé l'hirondelle

gling gling gling!


L'hiver
se replâtre 
dans l'écho sibilant 
des pas anonymes
Faut s'grouiller, 
s'ramoner,
faut sortir, 
ma chérie!

Oui mais l’étang 
est gelé ben dur...
j'ai mal aux pieds
j'ai frette aux dents!


Envoye donc!
J'm'ennuie 
de tes beaux 
grands yeux noirs
« tes cheveux d’or,
tes lèvres roses... »









13 novembre 2013

Mascouche petit ours

Je propose un petit voyage.  Mascouche est une ville québécoise, mais tel n'est pas l'itinéraire. C'est le mot tout d'abord qui m'intéresse. D'origine amérindienne (langue algonquine), mascouche signifie ourson (maska, maskwa, maskoch, petit ours). 

Allons donc à la rencontre de l'ours noir assez populeux au Québec où l'on en dénombre 80 000!

Je n'en ai vu qu'une fois sur le bord de la route au Nouveau-Brunswick, jamais dans ma cambrousse ou ailleurs au Québec. Mon ami Junior Atkins en a rencontré à L'Anse-Pleureuse. Moi, j'aurais un peu la frousse, me semble, mais in situ on réagit avec son instinct. 

Le document qui suit illustre le travail photographique de Claude Fortin, pour zieuter un peu le gros poilu à l'odorat proverbial dans son habitat naturel!


Noc noc!

Tu penses que les encombrés de la nuit 
qui se déguisent en arbre de Noël
ont passé haut la main
leur examen du soir?
Interjection, votre honneur!
Ils coulent en cibole
avec leurs claques 
et la fiole de mouches à feu
après l'interminable show parabolique
de leurs cheveux pognés 
dans la broche à foin 
de leurs chimériques pays 
de bardeaux partis au loin

Les mains dans les poches
l'espoir s’égraine dans leur froc
pour le lunch sur le comptoir d'arborite usé
au vieux Montréal Pool Room
stimé grimé huilé de joual gris
strié de bagarres de coquerelles 
qu'on épingla au mur sans autorité
de la renommée bien grasse
avec Patrick Huard et son ex
et le boxeur inconnu...
parmi les lueurs blafardes et grecques 
rentrées dans la langue all dressed 
par-dessus les odeurs de pourri
venues de la cave en terre battue
où est-ce que dort, mais ne brille pas
la masse salariale des patates 
en robe de chambre 

Ah! la vie rêvée sur la Main!

Dehors, un p'tit oiseau humide
à la gorge de rubis
passant par là
respire fort lui aussi le peep
sous la douche jaunâtre 
des lampadaires coupables
où ça sent le wing wing chinois 
et les biscuits chanceux
aux alentours du grand écart 
du Cléopâtre viens-tu?

Foutre! Tarare! Bonté divine! Lasse!
En revenant du party cassé fendu en quatre
le tiers des étoiles ne valent plus cher
il y a comme un halo de stress
— allô allô toé — 
qui s'engrumelle
entre les craques du miroir 
de la bonne aventure

Et une grosse envie de pisser
sur le monde entier!

Maudit pas fin!

On dirait un enfant
qui a la chienne sur le manège 
d'un vieux chum irlandais
couvant un ostie de rhume d'Amériquois 

C'est pour ça qu'il bardasse
shake, kicke et sacre
il te donne des jambettes de chien
et te crie des noms à travers la nuit
et tu t'accotes dans les câbles 
du rire moqueur du p'tit oiseau de tout à l'heure
avant que le corps ne s'effoire dans la rue
« sale et transversale »

Voici qu'il disparaît, « l'ami »,
par le trou d'une bouche d'égout
de la Saint-Laurent frappée

Et c'est plate en saudit, mais c'est fini! 
tu marches tout seul sur le fil
le coeur pesant 
à l'heure des ivrognes
égaré, en retard
petit ange dans la marge
du cahier du bum bumpé
au paradis des diplômés...

La nuit sans priorité est noire comme le poêle.

Fais du feu dans la cheminée!