29 octobre 2015

Amériques francophones, ces illustres inconnues

Émotions. Le principe de l'Amérique. La présence francophone partout dans les Amériques. À la volée autour du « déficit mythique » : « Nous, coureurs d'espace, libres, polyglottes avec de l'oreille! ». C'est du Serge Bouchard tout craché, monumental petit gars de l'est de Montréal. Dans son âme, ne vous surprenez pas du rapprochement — on grappille toujours du connu à l'inconnu et c'est inouï! — j'y entends comme venus de vraiment loin, sous dix pieds de neige et une épaisse couche d’ignorance, ces bribes d’écho continental si cher déjà au père Alfred DesRochers de mon Estrie bien-aimée.  Nous sommes nombreux, fils et filles déchus de «race surhumaine», mais ô combien fiers quand on y pense! 

Le principe Amérique? « Le grand coup de départ, c'est un grand coup métis! »

Moi, je pleure. Et je ris! Et je tape du pied!

« Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;
J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs,
Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,
Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres. »
— Alfred DesRochers


Crise à Val d'Or : brettage politique!

À la suite de Manon Massé et de plusieurs autres voix indignées du brettage du gouvernement, Josée Boileau dans Le Devoir de ce jour a raison de brasser à nouveau le bureau du premier ministre! 

***


FEMMES AUTOCHTONES

La confiance


Josée Boileau, Le Devoir, 29 octobre 2015 | Québec
Il y aura rencontre entre le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et les chefs autochtones : c’est la moindre des choses. Il est incroyable de constater à quel point l’urgence de bâtir des ponts tarde à se manifester alors que l’on sait depuis longtemps, échos venus d’ici comme d’autres provinces, à quel point le lien de confiance entre les services de police et les autochtones, particulièrement les femmes, est ténu.

Dans l’affaire des allégations de sévices policiers révélés par le reportage de l’émissionEnquête la semaine dernière et mettant en cause des femmes autochtones de Val-d’Or, il faut mettre en lumière un personnage-clé : Édith Cloutier, directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or. Ce sont même des lecteurs du Devoir qui nous y conviaient mardi, en applaudissant la « communauté citoyenne autochtone urbaine »qu’elle a réussi à créer.

Mais son importance, c’est qu’elle est aussi la signataire d’une lettre cruciale, celle qui a été envoyée en mai dernier à trois ministres et à deux hauts gradés de la Sûreté du Québec et qui fait état d’« allégations sérieuses relatives à des abus physiques et sexuels » de la part de policiers envers « plusieurs femmes autochtones à Val-d’Or ». Mme Cloutier y réclamait pour elles quelque chose de précis : « Assurer leur protection à l’égard de représailles ou d’intimidation dont elles pourraient faire l’objet à la suite de ces dénonciations. »

Édith Cloutier n’est pas la première venue : elle travaille depuis des années auprès des gens vulnérables, particulièrement les autochtones, a reçu de nombreuses récompenses et a même été élevée au rang de chevalier de l’Ordre national du Québec. Quand une femme pareille prend la peine d’écrire à des ministres en y allant de propos aussi graves, quand elle précise qu’elle s’est « engagée personnellement » auprès des présumées victimes à garantir « leurs droits et leur protection », il faut la prendre au sérieux.

Signe de l’indifférence témoignée aux dossiers autochtones, sa missive n’a pourtant pas eu le suivi qu’elle méritait. D’une part, le dossier a d’abord été confié à la Sûreté du Québec, qui a mené une enquête interne, ce qui est un pur non-sens dans une matière aussi délicate. Il a fallu attendre l’intervention des médias pour que la ministre de la Sécurité publique renvoie finalement le dossier au Service de police de la Ville de Montréal. C’est mieux, mais c’est peu, et la solution s’impose depuis, comme Le Devoirl’a prônée : confier ce genre de dossier au nouveau Bureau des enquêtes indépendantes. Vu la crise actuelle, qu’il s’y active dès maintenant plutôt que de respecter l’interminable échéancier de son entrée officielle en fonction.

Mais l’autre suivi qui n’y est pas, c’est la protection des présumées victimes. Val-d’Or est divisée, les policiers, furieux, sont partis en campagne, et bien des gens se rangent derrière eux avec les propos les plus virulents et les plus méprisants.

Qu’est-ce qui attend celles qui ont osé parler ? Quelle confiance donner à ce système où des femmes à visage découvert osent raconter ce que l’on murmure depuis des années, d’un bout à l’autre du Canada, mais où on les dénigre aussitôt ; où l’on chipote pour la simple tenue d’une rencontre entre le premier ministre Philippe Couillard et les chefs autochtones sur un sujet pourtant grave et symptomatique des rapports tordus et tendus entre Blancs et autochtones ; où Québec a pour seul réflexe de renvoyer la balle au fédéral quant à la tenue d’une plus vaste enquête sur le sujet.

Parler de sévices sexuels est extraordinairement difficile, recevoir ces affirmations également, et confronter la discrimination envers les autochtones l’est tout autant. On parle beaucoup ces jours-ci, mais sans faire face aux problèmes. Il faudra bien pourtant s’asseoir pour s’obliger à ne plus tourner la tête.

28 octobre 2015

Le Québec ben tranquille?

20 ans après le référendum de 1995, la « foi » souverainiste serait à son niveau le plus bas selon un sondage publié ce matin dans le journal Le Devoir (http://www.ledevoir.com/…/le-projet-de-pays-du-quebec-rebute).Il y a du lousse là-dessous et c'est ma foi assez loin d'une réflexion et d'une action politique concrète. Dans l'interview qui suit, Stéphane Courtois, professeur au Département de philo de l'UQTR, pose ici à tout le moins une bonne question que j'actualise : qu'est-ce que l'attirail libéral fédéraliste du valeureux Philippe Couillard attend pour proposer aux Québécois de signer la Constitution de 1982? Si possible avant 2017! Ah! Ça ne passe pas en criant ciseau? Si nous n'en sommes pas là parce l'inadéquation demeure dans cette « maison de fous », où sont les explorateurs sincères d'un Canada à libérer en train d'inscrire dans les faits l'égalité des peuples et des nations en ce pays si cher à Justin? Il y a de l'ouvrage là! Mais si cette vision n'est que berlue comme plusieurs le pensent depuis 50 ans (voire100 ans, hein Robidoux!), que faire par ailleurs des simagrées désolantes des nationaleux du « pays à tout prix »?

Creuser jusqu'où? Jusqu'à la Chine?

J'ai assisté le 27 octobre à la librairie Le port de tête sur l'avenue Mont-Royal au lancement du collectif Creuser jusqu'où? Extractivisme et limites à la croissance, sous la direction de David Murray et Yves-Marie Abraham. L'ouvrage publié aux éditions Écosociété regroupe 17 contributions et vise à susciter une prise de conscience à l'heure où toutes les ressources naturelles de la planète bleue, l'eau, l'air, les minerais, les forêts, les terres cultivables, même le sable et les paysages..., sont littéralement siphonnées par l'insatiable « loi » de la croissance. L'extractivisme est « un modèle de développement économique fondé sur l'extraction des ressources naturelles », modèle directement branché sur la logique du capital, écrit Murray, et qui est devenu synonyme de dépossession du territoire, de la maison commune, nous laissant croire par ailleurs dur comme fer (que Duplessis vendait pas cher la tonne, politique remixée au goût du jour en Plan Nord et en pétrole tous azimuts à la Harper) qu'on ne peut pas faire autrement! « Et si, demandent en avant-propos Murray et Abraham, au lieu de se préoccuper de la bonne façon de partager ce « gâteau » (sans trop salir la nappe), on s'interrogeait plutôt sur la pertinence même de consommer? ».


Photo JD., David Murray et Yves-Marie Abraham entourés de quelques-uns des auteurs ayant collaboré au livre,
dont Jonathan Durand Folco.

27 octobre 2015

L'ensauvageblanc


Ex-citation. Comprendre par en dessous le vous nous :
« L'hostilité plus ou moins avouée, larvée, rampante des Canadiens français à l'égard des autochtones et inversement tient à un certain effet de proximité ressentie, désirée et refusée tout à la fois, à ces affinités paradoxales qui remontent bien loin le cours de l'histoire. Étrange effet de reconnaissance/méconnaissance qui renvoie à une expérience originelle, celle d'une rencontre qui se fit sous le signe d'un état également partagé d'abandon et de déréliction, en même temps que de fascination pour la vie sauvage et libre, celle de ceux qui partent et qui désertent. » 
— Michel Morin, L'identité fuyante, Les Herbes rouges/Essai, page 121.

26 octobre 2015

Au Canada!

J'aime assurément les chroniques du lundi au Devoir de l'historien Jean-François Nadeau. En ce lendemain d'élections fédérales où l'on est aux oiseaux de s'être débarrassé de Harper, mais non pas des chiens de garde qui veillent aux grains pour maintenir l'alternance politique traditionnelle au Canada, en cet automne qui sera chaud dans le ventre de l'austérité et en plein scandale des femmes autochtones abusées par des policiers à Val-d'Or, un peu de recul et beaucoup de culot ne font pas de tort pour la réflexion.  

Notes :

Pierre de Bellefeuille (1928-2015);  

Charles Taylor;

Femmes autochtones agressées à Val-d'Or.

La conjuration des morts


Jean-François Nadeau, Le Devoir, 26 octobre 2015| Canada
Tête baissée, je me tenais debout devant l’urne funéraire de Pierre de Bellefeuille (dit « PdeB »). Au lendemain de l’élection de Justin Trudeau, nous enterrions PdeB dans le cimetière de Saint-Eustache, à quelques pas de la rivière du Chêne, là même où gisent ses ancêtres.

Il est toujours fascinant de voir à quel point même des hommes qui espèrent vivre loin des contraintes sociales et familiales souhaitent voir leur dépouille se retrouver près de celles de leurs aïeux.

Beaucoup de proches de PdeB étaient réunis. Pour la plupart des indépendantistes, ils se sentaient l’obligation, en ce jour lourd, de rappeler que leurs idées ne sont pas mortes bien que l’espoir vacille un peu. Au nombre de ses amis, il y avait aussi le philosophe Charles Taylor.

« Alors, déçu du résultat des élections, M. Taylor ? » Bien sûr. Évidemment. Énormément, m’explique-t-il entre deux portes de cette église dont les murs montrent encore les traces des boulets tirés par les Britanniques en 1837.

Élu du Parti québécois (PQ), PdeB avait été auparavant candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD). C’était au temps où Taylor, bien à cheval sur cette monture politique à la crinière plus ou moins socialiste, guerroyait contre les armées de Pierre Elliott Trudeau sans remettre pour autant en cause l’idée d’un Canada fédéral.

Devenu indépendantiste, PdeB conserva son inclination pour la justice sociale. Voir le secteur privé glisser vers l’avidité et le gouvernement vers l’aridité, pour paraphraser Jean-Martin Aussant, cela ne lui aura jamais rien dit de bon.

Comme d’autres, Charles Taylor n’a pas fait campagne contre Trudeau père pour se féliciter de voir son fils apparaître en sauveur, porté par l’esprit vain d’un enthousiasme soudain.

Faut-il à jamais courber la tête devant les astuces d’un système électoral qui se compose à son sommet d’organisations pour qui les programmes ne sont d’abord que des prétextes de pouvoir ?

Est-il possible d’en arriver enfin à sortir de l’emprise de cette danse où se donnent la main en alternance le Parti libéral et le Parti conservateur, maintenant ainsi à l’écart de leur ronde des aspirations démocratiques pourtant légitimes ?

Petit sourire aux lèvres, Charles Taylor m’invite à plus de patience. Il cite Gramsci. Pour se résoudre à l’action dans d’aussi mauvaises conditions, disait ce marxiste italien, « il faut allier le pessimisme de l’intellect à l’optimisme de la volonté ».

Ce n’est pas la première fois que j’entends Taylor citer cette phrase célèbre. Et ce ne sera sans doute pas la dernière, compte tenu des minces perspectives politiques qui s’ouvrent devant nous dans cette alternance politique stérile. À force de défaites, il est tout de même étonnant que pareilles maximes usées ne s’effritent pas davantage sous nos yeux.

Les marxistes m’ont souvent fait perdre patience. Leur sens de l’histoire me désespère presque autant que leur optimisme aveugle. Néanmoins, qui d’autre que Karl Marx lui-même parle mieux de l’élection de Justin Trudeau quand il affirme que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois : « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » ? Après Trudeau première manière, voici son ombre présentée comme de la lumière filtrée d’un diamant qui n’est en fait qu’un zircon que l’on paiera le gros prix au moins quatre ans.

Trudeau père évoquait l’espoir d’une société juste, au nom de valeurs chrétiennes qui furent celles de sa jeunesse. Son fils se présente dans la continuité de cette image préfabriquée et lissée par la mythologie canadienne. Le Canada sera désormais plus ouvert, plus accueillant, plus vert ? Ce ne sera pas bien difficile de faire mieux, sans pour autant s’écarter d’une trajectoire décevante.

Un tiers des citoyens ne se détournent pas des urnes pour rien. Les identités larges, celle des États-nations, sont désormais moins populaires que celles de fractions autodéfinies par l’appartenance culturelle, ethnique, sociale, religieuse, etc. C’est un signe fort du déclin de l’État qu’on a encouragé à tort et à travers, sans se soucier que l’accumulation des iniquités soit à faire de la terre un désert.

En septembre, le premier ministre Philippe Couillard avait suggéré à chaque citoyen de fournir sa part d’efforts pour les réfugiés syriens. Il pourrait en accueillir chez lui, disait-il. Et à chacun de faire pareil.

Comme le disent fort bien les Zapartistes, on ne demande pas à un premier ministre de se donner ainsi en représentation, mais de nous représenter. En d’autres termes, on ne veut pas savoir ce que l’individu Philippe Couillard compte faire sous son toit, mais ce qu’il entend réaliser sous un ciel commun.

Lorsque Lise Thériault, vice-première ministre, verse soudain des larmes à la télévision sur le triste sort fait aux femmes autochtones, c’est un peu la même chose : on se demande au nom de quoi il faut souffrir de l’entendre gémir à titre personnel à défaut de l’avoir vue agir plus tôt au nom de la collectivité.

Le reportage consacré la semaine dernière à ces femmes autochtones agressées est un exemple parmi d’autres des mécanismes de contrôle multiples qu’il nous faut valoriser plutôt que d’espérer bêtement qu’un quelconque changement social survienne par enchantement d’une suite de parades électorales.

25 octobre 2015

Iry LeJeune et son chien dans la Valse de Duralde


Iry LeJeune (1928-1955). Selon moi, le titre de la pièce devrait se lire non pas Duraldo, mais Duralde Waltz, une petite ville de la Louisiane près de Mamou. Dans la musique cajun, il y a toujours du blues qui suinte, même dans les valses. Mais ce n'est pas tout. Dans cette pièce en particulier, quelques mesures du pont musical après les quatre premières strophes, on entend un chien japper. C'est que LeJeune a enregistré sa toune dans sa cuisine!

« Dis bye bye à ton pop et ta mom malheureuse,
Pour t'en revenir, mais oui, me rejoindre là bas à Duralde.
T'avais promis, fait des promesses de venir me rejoindre, catin,
Avant trop longtemps moi je te vois près t'en revenir.
'Gardez donc, tu croyais ta famille aurait toujours
Pris pour toi, parce que tu m'as fais quitter catin.
A bien jongler, toi, tu vois pour toi-même, bébé
Tous nos chagrins qu'on après se passer, Ça fait pas de bien
C'est trop tard pour les enfants s'en revenir
Et se lamenter pour toi, c'est toi qu'a fait la grosse erreur
Tu m'as dit, toi, bébé, tu voulais plus me voir
C'est trop tard, tu vas revenir peut-être un bonjour. »


Trompette de la mort

La chamanique, l'endormeuse, l'enchanteresse, la dangereuse, la Datura ou la Brugmangsia, je ne sais plus, poudre de Circé, des sorciers vaudous et autres druides pour métamorphiser en porcs ou en zombies, ma belle assoiffée, ma trompette des anges ou de la mort, elle a encore une fois en cet octobre, malgré ma négligence, ensorcelé mon humble logis. 

Photo JD.





10 octobre 2015

Le blues du droit de vote

Anticiper. Prendre les devants. Voir venir. Anne, ma soeur Anne... Dans presque toutes les langues, le verbe « anticiper » se décline en des gammes similaires. Sauf en danois où l'on trouve forudsige qui revêt plus le sens de prévoir. Fa que, en fin d'après-midi, en bicycle sous le crachin, j'aime à dire que j'ai forudsigé. C’est quand même mieux que d’avoir dit : j'ai phoqué le chien tout l’après-midi. Non! Non! J'ai temporisé, éloigné, repoussé de toutes mes forces le harper des neiges noires qui me donne mal au coeur! Ce n'était pas du joli! Une petite croix, une petite voix flacottante a mari usque ad mare. N’empêche! 

Le plus jeune des scrutateurs m'a posé la question 39 : « Es-tu parent avec Paul? » Ah ben! Capitaine! Je me suis identifié avec ma branche! Si, j'avais un oncle Paul! Vrai de vrai! Mais est-ce que les Béliveau de ce monde se font demander à tout bout de champ s'ils sont parents avec Juliette (Èva, la femme du père Gédéon dans les Plouffe)? Câline! 

J'ai voté par anticipation. Go! Go! Go! Mais j'ai un drôle de froid pareil dans le dos. Comme un pressentiment de restant de fudge ressorti du fleuve après un long d'hiver qui nous pend au bout du nez. De la guédille! De la grattelle archaïque. Ça va nous prendre bien plus qu’une bonne mémoire, ça va nous prendre une vieille âme pour passer à travers cette fois-ci! Forudsige. Prévoir. Coaliser! Sang de crapaud. Chanson à répondre. Excusez là!

07 octobre 2015

Fleurs de mala madre

Photo Jacques Desmarais.

Ce qui advient quasi imperceptiblement. Comme ces fleurs à la retraite. Autrefois, je restais souvent tard au bureau. Je ne m'en vantais pas! Seul comme un grand fanal dans ma prison de papier... En passant dans l'allée, la femme de ménage aimait bien échanger quelques mots. Un soir, elle m'a dit que ma plante-araignée s'appelait mala madre. Pourquoi donc mauvaise mère? «C'est parce qu'elle jette ses enfants par-dessus bord! » 


Pensez-vous que l'ange des livres allait laisser passer pareille petite phrase de l'intérieur? 

Un bon soir, il m'a soufflé ceci :

« Dans le coma des machines, dans la nuit
des programmes compilant l'univers,
elle a fait un grand geste pour effacer la poussière,
essuyé le cerne de café laissé par la tasse
et soudain la vibration réveille un écran,
le sourire d'une femme à demi-nue semble avoir pitié d'elle
puis c'est l'image d'une plage sous les Tropiques
la cathédrale dentelée d'une ville d'Europe,
les nymphéas de Monet, le Christ de Corcovado,
elle arrête un instant sa main besogneuse
elle inspire l'air sec du grand bureau
sidérée comme au passage d'une comète,
ses deux pieds douloureux à distance
de la terre, ses deux pieds qui flottent
aux étages supérieurs de cette tour
irradiant la nuit. »
— Pierre Nepveu, Les verbes majeurs, Éd. du Noroît, 2009, p.29.

06 octobre 2015

L'Entêtement

Photo Jacques Desmarais, l'Entêtement, L'Anse-Pleureuse, 17 septembre 2015.

Protest song contre Harper!

Hey RosettaYukon Blonde, Land you love! Belle petite toune de campagne! Pour achever le plat, comme disait ma mère, ça prendrait une touche insertion narquoise, un trait d'union comme dans souveraineté-association... Ah! que je suis vieux long jeu! Mais en attendant, imagine-toi donc un 20 octobre sans la gagne à Harper!
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what have we lost, poisoned, or crushed?
what highest hopes were stolen from us?
what holy rolling hills were cut into dust?
what voices were stifled, silenced, scared and carried off?
do you think we can hide? (no)
put your head in the sand? (no)
do you think we can ride it out?
well some of us can’t
who’s after taking our wages and our trust?
our women forsaken, forgotten, and lost
our holy rolling hills, our waters, our crops
are hid in their bills, pushed through and hushed up and sold off like pawns
do they think they can hide them? (no)
keep our heads in the sand? (no)
do they think they can ride it out for another one?
well we say they can’t
there is a time (oh)
when a change has to come (oh)
for you to speak your mind (oh)
for you to fight for the land you love
when i was a child, i sang the anthem with pride
it stood for justice, peace, and human rights
it stood for the holy rolling hills and a home for all walks of life
and it must again, for my children, and theirs
do you think they can hide? (no)
put their heads in the sand? no
you think they can ride it out?
well some of em can’t
no now is the time (oh)
when a change has to come (oh)
for you to draw a line (oh)
and to fight for the land you love
- Tim Baker



https://vimeo.com/140990026

Philosophes Contre Harper

Christian Nadeau, l'auteur de Contre Harper (Boréal), écrit aujourd'hui sur sa page FB : « Ouf. Cela fait déjà cinq ans que ce livre est sorti (octobre 2010). Et au fait, continuez comme ça, avec un peu de chance, mon livre se vendra jusqu'en 2019 ». 

Une preuve de plus, si cela n'était pas déjà entendu, que la philo ne sert à rien! Pour l'heure, masochiste que je suis, je me rabats tête première sur la lecture de L'identité fuyante de Michel Morin (Herbes rouges, 2004). Ça sert au moins à intuitionner pourquoi j'ai la grattelle dans ma petite voix intérieure quand je croise sur la rue lors de mes ballades à vélo des slogans tels que « On a tout à gagner »!

02 octobre 2015

Zinnias et Cosmos


« je fus membre jadis
du parti fleurianiste
serai demain pelouse
ou sachet de silence »

— Gilbert Langevin, Novembre.

Photo JD., Béthanie, 29 septembre 2015.