15 juin 2015

Génocide culturel au Canada


Le 2 juin dernier, la Commission de vérité et réconciliation présidée par le juge Sinclair a remis son rapport final. Un rapport préliminaire avait été déposé en 2012. Je tiens à lire ce rapport.

Le mandat de la CVR visait à « découvrir ce qui s’est réellement passé dans les pensionnats indiens, pour que les citoyens du Canada apprennent la vérité. »  La commission s'est penchée « sur ce que les exploitants des pensionnats indiens ont noté dans leurs dossiers, sur les déclarations des dirigeants de ces établissements scolaires, et sur les expériences des survivants, de leurs familles, des collectivités et de toute personne ayant été touchée par l’expérience des pensionnats indiens et les répercussions qui en découlent»

Voici le résumé qu'en faisait Radio-Canada lors du dépôt du rapport :

« Après avoir recueilli pendant six ans les témoignages sur les sévices subis par les anciens élèves des pensionnats autochtones, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a remis son rapport final.

La commission conclut que les pensionnats autochtones étaient un outil central d'un génocide culturel à l'égard des premiers peuples du Canada, et seul un réengagement important de l'État pour leur permettre un accès à l'égalité des chances peut paver la voie vers une véritable réconciliation.

Depuis la fin du 19e siècle, environ 150 000 enfants indiens, inuits ou métis ont été retirés de leur famille et envoyés de force dans des écoles religieuses. Le dernier pensionnat autochtone, près de Regina, a fermé ses portes en 1996.

La commission a parcouru le pays non seulement pour entendre les témoignages des anciens élèves des pensionnats autochtones, mais aussi pour faciliter la réconciliation entre Autochtones et non-Autochtones. »

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De jeunes ados atikamekws de Manawan s'expriment dans un court métrage amateur (Wapikoni, 2012), au-delà des préjugés racistes qui ont la couenne dure.  

Vive Wapikoni qui depuis 10 ans donne la parole et la caméra aux jeunes autochtones qui font le tour des festivals dans le monde entier avec leurs productions!

06 juin 2015

Fable de Vigneault pour Jacques Parizeau


Dans son édition de ce samedi, le journal Le Devoir, comme il se doit, consacre un cahier spécial à la mémoire de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau décédé le 2 juin 2015. Parmi la douzaine de textes se trouve cette petite fable du grand Gilles Vigneault qui en dit beaucoup. Ailleurs, il a pu dire le Vigneault du par coeur, l'oeil fixé sur l'horizon :

« Mettez vot' parka, j'mets le mien
            Vous verrez d'où ce que le vent vient »




« C’était un homme aisé, dans un village de la côte, un homme qui connaissait l’argent, mais qui n’y était point soumis. Et que des circonstances particulières avaient élevé dans l’habitude de cet outil qu’il ne faut jamais, disait-il, élever au rang de maître. Il connaissait aussi l’histoire du village et celle des gros navires qui accostaient parfois au quai modeste du village.

Les rares touristes qui en descendaient, par curiosité pour l’indigène, ne souhaitaient pas plus que l’équipage voir les gens du lieu monter à bord. Précaution inutile, personne du village n’en rêvait. Notre bonhomme que la peur n’eut jamais l’honneur d’habiter, ayant senti des ondes de mépris émanant d’un de ces navires, conçut le plan de construire un navire qui permettrait à tous ceux du village qui le voudraient de trouver ouverture sur le monde. On avait trouvé des bois nobles, mille effets d’accastillages et surtout un savoir-faire, ignoré de ceux mêmes qui s’y découvraient.

Il fut bien sûr d’abord en butte aux quolibets, traité de rêveur, et lorsque des officiers du grand navire le surent… il se vit surveillé. On riait, on brocardait encore, mais on finit par comprendre qu’il avait inventé des outils capables de bâtir. On mobilisa ceux du village qui s’étaient montrés réticents et on leur fit comprendre le danger d’une telle entreprise et surtout qu’elle était irrémédiablement vouée à l’échec.

Il persista quand même et un certain nombre avec lui. Le jour où tout le village était convoqué pour le lancement du bateau… il y eut tellement de peur que les grands navires ne reviennent plus jamais accoster à leur quai, il y eut tellement de trahisons que les quelques fidèles qui lui restaient ne purent à eux seuls réparer les câbles du treuil qui avaient été coupés dans la nuit et que le bateau est là, prêt à prendre la mer… et que… le bâtisseur mourut de chagrin.

Les gros navires sont revenus accoster, rassurés. Ils parlent beaucoup plus gentiment aux villageois et l’un d’eux leur a même suggéré de faire de « cette merveille » (c’est ce qu’il a dit du bateau) une attraction touristique… qui pourrait attirer encore plus de gros navires… sur lesquels ils sont désormais invités à travailler et peut-être un jour à voyager…

Bien sûr, l’équipage de la première heure reste irréductible, mais les villageois sont perplexes. Les gens des gros navires rendent sans arrêt depuis un tel concert d’hommages au bâtisseur que les villageois s’interrogent.»

- Gilles Vigneault, Le Devoir, 6 juin 2015

05 juin 2015

Le grand Jacques Parizeau vu par Françoise David


Très bel hommage de Mme David à l'Assemblée nationale à la mémoire de Monsieur Parizeau décédé le 2 juin 2015. En des mots dignes et justes, la députée de Québec solidaire témoigne de l'héritage considérable que laisse cet homme d’exception à la société québécoise.  Révolutionnaire tranquille avec quelques autres, Parizeau a littéralement propulsé le Québec sur le chemin de la liberté sans jamais perdre de vue les inégalités de toutes sortes, à commencer par l’inégalité politique des Québécois au sein du Canada.    

Sous l'insistance de son ami Gaston Miron, Monsieur Parizeau a publié en 1997 une série de textes et de discours sous le titre Pour un Québec souverain (vlb éditeur). La petite librairie du Complexe Guy-Favreau (devenue à présent une succursale de Renaud-Bray) organisait à l'époque de fréquentes rencontres avec les auteurs. Monsieur Parizeau fut invité et j'étais un des premiers de la file à faire signer mon exemplaire. Ce n'était pas là pour moi une coquetterie mondaine.  Je tenais à lui dire de vive voix merci. 


Rencontre de Max Biro


C'est avec tristesse que j'ai appris il y a deux semaines par Jean-Paul Damaggio le décès de son ami Max Biro, écrivain, peintre, homme engagé dans sa communauté du Gers.


À partir d'un mot rapide que je lui ai envoyé, Jean-Paul rappelait sur la page des Éditions de la Brochure ma rencontre inoubliable avec Max à Foix en juillet 2009. Voici ce que j'évoquais :

« Foix, l'Ariège, les Pyrénées baignant au loin dans la brume, le Château avec les marques poignantes sur les pierres des prisonniers de jadis, les petits bistros sympathiques au fil des rues étroites et pentues, magnifique coin de pays où persiste dans une douce ambiance le festival Résistances. Merci de rappeler qu'en juillet 2009 j'ai eu le bonheur d'y rencontrer Monique (dont c'était l'anniversaire) et Max, narquois, généreux, le résistant impressionnant contre la tentaculaire Lyonnaise des eaux, autour de la table des Éditions de la Brochure. Rencontre inoubliable par tes bons soins qui m'est très chère. »

En supplément et en vrac, quelques photos souvenirs. 

Repose en paix cher Max.



Photo JD, Max Biro, Foix, 3 juillet 2009.


Jean-Paul Damaggio et Max.
Photo JD, Foix, juillet 2009.

Photo JD.
Photo J.P. Damaggio, Jacques et Marie-France au Château de Foix.

Photo JD, visite au Château de Foix.


Photo JD., Monique affairée à la roulotte.
 

Photo JD, affiche du Festival Résistances 2009.

Vue de Foix à partir d'une ancienne cellule du célèbre Château de Foix.

Photo JD, les Pyrénées au loin.

Photo JD, Marie-France, Jean-Paul, Monique et Max.






02 juin 2015

Jacques Parizeau est décédé



« Immense peine ce soir. L'homme de ma vie est parti. Tout en douceur, entouré de plein d'amour. Après un combat titanesque, hospitalisé durant cinq mois, traversant les épreuves, les unes après les autres, avec un courage et une détermination hors du commun, il a dû rendre les armes ce soir, 1e juin un peu avant 20 heures. Nous sommes dévastés. Nous l'aimons et l'aimerons toujours. »


Jacques Parizeau n'est plus. (Jean-François Nadeau, Le Devoir, 2/06/2015).

« [...] je suis un souverainiste assez peu conformiste et, initialement, tout au moins, assez peu émotionnel. Ce n'est que petit à petit que j'ai appris à aimer le Québec pour ce qu'il est. Au fond, j'ai choisi un gouvernement avant de choisir un pays. 
Cela déteint sur toute mon activité politique [...] La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet. Autrement, c'est une perte de temps. On a mieux à faire dans la vie. »
— Jacques Parizeau, Pour un Québec souverain, VLB éditeur, 1997, p.20.

La dernière entrevue de fond de M. Parizeau avec Michel Lacombe diffusée en avril 2015 et référencée sur le Train.

Le parcours de l'ancien chef indépendantiste vu par Radio-Canada.

01 juin 2015

L'éthique plus que les règles, ou la transfiguration de soi


Un réel et grand plaisir de renouer dans Le Devoir de philo du 30 mai 2015 avec le médecin philosophe Gilles Voyer, toujours animé par la recherche de clarté de l’essentiel Aristote. J’ai suivi en 2001 son cours Éthique clinique à la Chaire d’éthique appliquée de l’Unv. de Sherbrooke. Je m’étais passionné pour ce cours basé sur l’approche herméneutique où j’ai eu le sentiment de refaire mes humbles classes en philo, à tout le moins d’en renouveler les préalables. 

C’est qu’au fond, disait le professeur d’entrée de jeu, l’éthique clinique est un prétexte pour saisir qu’est-ce que comprendre. « Comprendre, c’est nécessairement interpréter. » D’où ce beau grand cercle herméneutique infini, en écho à Gadamer, résumé ainsi : « Comprendre, c’est toujours comprendre à nouveau quelque chose qui est déjà précompris et qui sera éventuellement compris une nouvelle fois, et ainsi de suite, de telle sorte que ce qui a servi la première fois à comprendre soit éventuellement compris à nouveau. » 

Dans ce récent texte, M. Voyer s’applique à nouveau à distinguer une éthique du raisonnable, soit une praxis qui a recours, par choix libre, à la raison pratique plutôt qu’à l’émotivisme plus ou moins spontané et entretenu, et qui appelle à la transformation des personnes : « (…) il n’y a pas d’éthique sans transformation de la personne, transformation qui, au fond, est l’œuvre d’une vie ». Les êtres humains sont des êtres de finitude et non pas des dieux. Mais ils sont en mesure d’advenir à eux-mêmes à l’intérieur des limites. Nous sommes ici dans un modèle d’éthique téléologique, soit la recherche du bien-être, de la santé, de la vie bonne, le « deviens ce que tu es » de Nietzsche, le « devenir soi ensemble » dirait par ailleurs un Jean-François Malherbe. « Tu es la tâche » disait Kafka.

C’est là une tout autre perspective en regard du modèle dominant qui tend à réguler les comportements en multipliant les ordres et les règles, le modèle de l’éthique déontologique (déon = devoir). Entre parenthèses, il est intéressant de constater que la maxime « Fais ce que dois » du journal Le Devoir s’est transformée au fil des ans en « Libre de penser ». L’éducation libre et bien comprise qui vise aussi essentiellement à transformer les personnes — et non à les conformer! — contribue à l’altitude du regard, pour dire comme Pierre Vadeboncoeur, à aiguillonner ainsi notre pratique de tous les jours confrontée aux mille et un problèmes de la vie personnelle et collective. L’éducation au jugement pratique conduit à saisir de façon critique que la connaissance ne vient pas combler par magie toutes nos pauvres limites. C’est là une croyance empesée à visages multiples : l’économisme mur à mur de nos sociétés, le scientisme, le conservatisme, le vitalisme, j'ajouterais quelques-unes des oeillères idéologiques à la mode de chez nous où sont confondues les justifications des moyens par rapport aux fins... La finitude du raisonnable qui vise le plein épanouissement des êtres, le bonheur que l’on construit tous les jours, le rapport immanent à la jouissance du fait de vivre, l’œuvre de toute une vie, rappelle Voyer, laisse entrevoir que les limites insurpassables parce qu’enracinées dans l’Homme, sont en réalité sources de créativité et à la base de l’art d’advenir à soi-même. 


Paul Audi a écrit magnifiquement à ce propos un essai bouleversant qui s’intitule Créer, Introduction à l’esth/éthique (Verdier, poche, édition refondue de 2010). 

Si vous en avez l'appétit (vous ne perdrez pas votre temps), allez voir l'intervention de Pierre Audi à un colloque sur Action en art à l'Université de Lille en novembre 2013.



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