14 novembre 2015

Blues pas à peu près


Pour traverser ce temps de guerre
dans les rues, le métro, dans nos têtes
Pour traverser l’effroi 
et la rareté de la mémoire,
une seule vie comme un as
ça suffira entre tous les feux,
mais
 tant de fatigue, de miettes,
de maille à partir, de noeuds
de morceaux cassés, de bêtises, 

d'insomnies, de mensonges, de pilules,
de poudre aux yeux,
surtout tant de morts successives
laissées 
sur le bord du chemin...

mon coeur, mon amour

les mains vides,
sometimes I am totally blues.

Solidarité avec le peuple français

C'est triste en maudit et je n'ai que de pauvres mots à partager. Mes pensées les plus attristées, les plus fraternelles sont pour les parents et amis des victimes innocentes de ce carnage inhumain qui va blesser à jamais la ville de Paris et la France tout entière. Je souhaite courage et énergie à tout le personnel hospitalier qui tente en ce moment de sauver la vie des blessés.

La France de la res plublica qui a choisi historiquement d'agrandir les libertés et d'assumer la laïcité représente encore de nos jours une exception politique dans le concert des nations. Quand la barbarie s'en prend à elle, à ses jeunes, à son peuple, elle attaque, j'en suis persuadé, ce qui est le plus haut et le plus cher pour des millions de personnes sur la Terre.  

Une marche de solidarité aura lieu demain le 15 novembre dans les rues de Montréal. 

Courage et sympathie à tous mes amis français que j'aime profondément.

11 novembre 2015

Saint-Ours









Espèce de criquet barbelé 

aux prunelles d'avoine

avec l'impossible silence


marcher sur la tête 

barbouiller

torse nu

sang 
plus loin 
que l'étourdi 
et le chambranle

l'écuelle choquante
l'homme égrené, 

sa chair
sous la pluie, 
salive, 
sa vie
gravée

caverne 
hurlante


Photo : oeuvre de Mentor Chico, Éjaculation, 1995.


09 novembre 2015

Les mots d'adieu de l'écrivaine Paule Doyon

Voici le dernier texte de Paule Doyon publié sur sa page FB quelques semaines avant de nous quitter le 2 novembre 2015. 

La finitude partagée qui nous habite le temps d'un permis temporaire de séjour... La solitude aussi. L'incertitude. Tout y est dit en mots simples et touchants de notre viscérale humanité.


« Je pars…
Tous mes arrangements sont prêts
j’ai même acheté une urne
pour y laisser ce que je ne puis apporter
je pars seule avec moi-même
et un billet pour l’aller seulement
aucun retour possible
Ma destination m’est inconnue
j’apprécie ce côté flou du voyage
je pars nue comme je suis arrivée
vous abandonnant tout ce que je possède
ou croyais posséder
je largue tous les regrets les rancunes et les guerres
je me veux légère pour voyager
J’ignore l’heure de mon départ
mais on vous avisera dès que je serai partie
je ne sais pas ce qui m’attend
au-delà de l’embarquement
si j’y rencontrerai déjà des gens
des gens déjà connus
à mon point d’arrivée
Je pars sans carte
la mort comme sherpa pour me guider
dans ces régions où tout s’ignore
à l’aventure comme ces fous de l’Everest
qui tronque leur vie pour un brin de gloire
je pars raccrocher ma mémoire
à la porte du temps
sans savoir où je vais
sans savoir qui m’appelle
du sommet de quelque chose
ou bien du néant »
- Paule Doyon, 9 septembre 2015

08 novembre 2015

Lire

Ex-citation. Comment lire. J'avertis, ça va être bon! Suffixation sur le duire, ce n’est pas une inflammation, ni une maladie honteuse! Même s'il y a enduire! (Comme disait un prof. d'université : « je ne voudrais pas vous enduire en erreur! »). Ce que je veux duire, je n'ai trouvé que très peu sur la signification du duire ici et là, sinon pour ce qui semble être l'essentiel, on donne « dūco » au sens de tirer, mener, conduire. Il y a une ribambelle de duire : séduire, introduire, induire, déduire, reproduire, mais surtout pour mon réel propos, il y a donc conduire, puis traduire (de l'ancien français translater, du lat. traducere, tradūcĕre, « conduire au delà, faire passer, traverser; faire passer d'un point à un autre ») et retraduire. Et ici, ça luit dans la nuit du tréfonds de la pensée. Traduire n'est pas une mince affaire. Traduire un texte de sa langue dans sa propre langue, ce n'est pas simple non plus! Il y a de grandes plumes comme celle, ici, de Marie-José Thériault qui s'y consacrent. Ça doit sacrer parfois! En même temps, dans la même cuisine collective, il y a la grande noirceur comme celle éprouvée par le grand-père de Miron qui était analphabète. Lire simplement, un rêve qui transforme le monde. Bon, là, pour le moment je n'ai qu'à peine feuilleté Et me voici soudain en train de refaire le monde de Nicole Brossard (Mémoire d'Encrier, 2015). Aux pages 31 et 32, on peut lire plein feu, tout doucement, comme la jachère de toute cette locomotive de la pensée vive, et je cite : « Tout texte nous dit de manière subliminale comment il veut être lu, car il produit des effets certains que nous ne pouvons pas toujours identifier rationnellement, mais dont la partie est réelle. Un texte dit s'il veut être utilisé pour le plaisir, pour la réflexion, pour l'émotion. Il dit je suis doux, je suis violent, apprenez à me connaître. Soyez libres de me transformer. Soyez virtuoses à votre tour.» 

On appelle ça avoir de l’oreille en titi!

07 novembre 2015

Ciel cambrousse

Il y avait un ciel du côté du pacage! Avec un éléphant, une grosse grenouille, des oiseaux angoras, un pinceau volant, une espèce de fin du monde pastel-fauve.


Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 6 novembre 2015.

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 6 novembre 2015.

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 6 novembre 2015.

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 6 novembre 2015.

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 6 novembre 2015.

03 novembre 2015

L'atmosphère, l'atmosphère!


L'atmosphère coupée en poteaux

« La nuit est une main pour qui suit la nuit »
— Edmond Jabès

« [...] il fait nuit tout autour : ici surgit alors une tête ensanglantée, là une figure blanche et elles disparaissent tout aussi brusquement. C'est cette nuit qu'on aperçoit lorsque l'on regarde un homme dans les yeux, on plonge alors dans une nuit qui devient terrible; c'est la nuit du monde qui se trouve alors face à nous. »
— Hegel


la charbonneuse innocente
rôdait à sa guise
avec ses petits oiseaux à tisser,
à boire debout 
tout le long de l'ardoise

pendant que le jour sidéral
tombe sur la cambrousse
avec ses enfants natifs,
ses framboisiers 
rougis par la saison

la glotte des anoures animés
est un oeil crevé 
brûlant

sous les portes closes,
l'océane de jais 
vient se glisser 
dans son moïse  
pour copuler
encore une fois

sous le fard de la lune

chemin faisant on entend
le moulin de l'endormissement 
qui supplie en sourdine 
entre les rets de l'occupation
sur l'île des Apostrophes
regarde bon Dieu,
les rideaux sont mal tirés

ombres défaites
égarées çà et là
dans les plis 
de la poussière 
des siècles
et des siècles,

croix d'entretoises démesurées
qui s'échappent en fourches volantes
sur les murs qui s'annulent de partout 

comme
en amont,
lambrissés, 
tant de corps 
bombardés,
pieds noirs  
pris aux pièges 
par intervalles
réguliers
sur les corniches 
du crime

la houle 
 
avec ses rivières qui ioulent
s'en vient sans chaperon
s'immisce en boule
comme une chatte diamantée

sur le revers de la fortune 

les étoiles déconcrissent 
les souris grelottent
les grenouilles trémulent
les pépins de pommes
les grimoires
les patins métis
les dorés picotés gris 
les huîtres roulent
au fond du lac
Massawippi

les quenouilles
mal attriquées
au bord des fossés
se dévissent la tête  
au vent cru et solitaire 

se figure en rêve
d'Arabica
une odeur
qui flotte!
semblant de nénuphar 
tout le monde pourtant
ô! sainte semelle encornée 
personne sur l'autel des croûtes 
pour expier le soleil itinérant,
de mauvais drap,
qui barbouilla de cruauté 
le jour d'avant le naufrage 

la côte était vraiment dure à remonter 

Seigneur de la vie,
toi, mon coeur,
rince!
ne parle pas 
ne parle pas
de l'effacement 
ne parle pas 
de l'atmosphère 
NORMALE!



De Pasolini à Paolo Di Paolo

Dans le cahier littéraire du Devoir du 31 octobre 2015, on trouve d'intéressantes recensions suggérées par Christian Desmeules à propos des lettres italiennes.

Rappelant la triste fin de Pasolini assassiné il y a 40 ans, le chroniqueur signale tout d'abord un essai récent de la journaliste Simona Zecchi, intitulé Pasolini, massacro di un poeta (Ponte alle Grazie), qui accréditerait la thèse de l'assassinat politique.

Desmeules cite par ailleurs L'Inédit de New York (1969) dans lequel Pasolini exprime avec force sa croyance en la poésie : « On peut lire des milliers de fois le même livre de poésie, on ne le consomme pas. Le livre peut devenir un produit de consommation, l’édition aussi ; la poésie, non. »