31 août 2014

Tamarou!



Rapide comme un rigodon étourdi
dans la rivière Harricana
un clin d'oeil éperdu, un cri
sur le bord des roches vermoulues...

En avrillon, le bocal se vide tout ouïe
pendant que les âmes sons
frétillent de girelles 

Ô beaux têtards de grésil 
en bateaux de solitude,
jamais ne se dissout tout à fait 
le courant de l'inquiétude

Par îles touffues de la bouche  
sortent les canulars de plume
sauvages et turquoise,
le calumage des vieux sillons noirs
piqués de tendres vers rimes   

En amont de la débâcle des os,
j'ouaouanicherai sans boussole
vers le lit perlé de tes gadelles rouges 
dans le fouillis des paysages d'été
de tes tresses de squaw dans la lune

Je saumonnerai sur la montagne toute la nuit 
en ramant les 33 tours
en pêcheur d'étoiles, d'océans profonds,
en amant sur tes glaces d'hiver
avec des nageoires de vent
dessinées à la craie
sur l'ardoise du printemps

Je viendrai tard en automne comme un bar rayé
avec ma pile de disques chavirée 
dans les fougères de ton regard

Je débarquerai dans ton coeur  
comme un banc de poissons en péril.


30 août 2014

La belle gagne des Five Eyes


En un autre temps et sur une autre planète Paul Éluard a déjà dit (je le répète de mémoire) : Nous sommes toujours au milieu de millier d’yeux. Pour nous autres ici maintenant, nous sommes principalement au milieu de Cinq Yeux, ceux du Big Control Security.

Ci-après, un article récent d'André Bouthillier dans l'Aut'Journal à partir notamment du livre Nulle part où se cacher de Glenn Greenwald, dépositaire des révélations d'Edward Snowden.

***



NULLE PART OÙ VOUS CACHER!
18 août 2014
André Bouthillier


Nous sommes en 2014 et le groupe de pays nommé les «Cinq yeux» collectent tout ce qu’ils peuvent sur vos communications personnelles et celles de l’ensemble de leur population. Lorsque cela est possible et ce l’est de plus en plus, ils le font aussi sur celles des politiciens, des gens d’affaires et la population d’autres pays.

Les «Cinq yeux» sont le Canada, l’Australie, la Grande Bretagne, la Nouvelle-Zélande, et les États-Unis. Ce dernier parraine le programme de surveillance des populations. Ces pays sont liés par un traité multilatéral de coopération dans la collecte de signaux de surveillance du nom d’UKUSA Agreement.

Quel est ce projet? Il s’agit de collecter en temps réel ou à partir des archives de toutes les entreprises de communications ­– Internet, téléphone traditionnel, cellulaire ou satellitaire – le contenu de toutes les communications pour les stocker et y avoir accès par des logiciels spécialisés dans la lecture et le décryptage du contenu et de leurs métadonnées
Les membres du groupe «Five Eyes» ­– les « Cinq yeux » – partagent presque toutes leurs activités de surveillance et se rencontrent chaque année lors de la conférence Signals Development, où ils font étalage de leur expansion et de leurs succès de l’année écoulée. Le directeur adjoint de l’Agence nationale de la sécurité des États-Unis (NSA), John Inglis, dit des membres de l’alliance qu’à bien des égards, ils pratiquent le renseignement de manière combinée «essentiellement en nous assurant de tirer parti de nos capacités respectives pour notre bénéfice mutuel».
Quantité de programmes de surveillance parmi les plus invasifs de votre vie privée sont gérés par des partenaires des Five Eyes. Par exemple vos transactions bancaires par Internet, vos discussions sur Skype et, oui !, votre belle page FaceBook.

Quant au Canada, c’est un participant aussi secret que les autres et aussi invasif de la vie privée de sa population. Il est vu comme un partenaire très actif de la NSA et un des plus convaincu protagoniste de cette surveillance. Lors de la Conférence SigDev de 2012, le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (SCTC) se vanta d’avoir ciblé le ministère brésilien des Mines et de l’Énergie, département qui réglemente une industrie du plus haut intérêt pour les entreprises canadiennes : tout démontre une vaste coopération avec la NSA, y compris les efforts du Canada destinés à monter des relais d’espionnage pour la surveillance des communications dans le monde entier et l’espionnage de partenaires commerciaux ciblés par l’agence états-unienne.
Vignette : Top Secret // Si/REL, USA, FVEY
Agence nationale de sécurité/Service central de sécurité
3 avril 2013
Document d’information

Sujet : (w/FOUO) Relations de la NSA dans le domaine du renseignement avec le Centre de la Sécurité des Télécommunications du Canada (CSEC)
(U) Ce que la NSA fournit en partenaire (S/Si/Rel, A USA, CAN) SIGNINT : la NSA et le CSE coopèrent dans le ciblage d’approximativement vingt pays de haute priorité. La NSA partage des évolutions technologiques, des capacités de cryptologie, des logiciels et ressources pour une collecte de pointe, des moyens de traitement et d’analyse et des capacités en architecture informatique. L’échange de renseignements avec le CSEC couvre des cibles mondiales, nationales et internationales. Aucun financement du Programme Consolidé de Cryptologie (CCP) n’est alloué au CSEC, mais la NSA couvre parfois les coûts en R&D et de technologie sur des projets communs avec le CSEC

(U) Ce que le partenaire fournit à la NSA : (S/SI/REL A USA, CAN) Le CSEC offre des ressources de collecte avancées, de traitement et d’analyse et a ouvert des sites secrets à la demande de la NSA. LE CSEC partage avec la NSA un accès géographique unique à des zones inaccessibles aux États-Unis et fournit des produits de cryptographie, de crypto-analyse, de haute technologie et des logiciels. LE CSEC a renforcé ses investissements dans des projets de R& D d’intérêts mutuels.

(Source : Glenn Greenwald, Nulle part où se cacher, JCLattès)

Au sein des «Cinq yeux», les relations sont si étroites que les gouvernements membres placent les souhaits de la NSA au-dessus du respect de la vie privée de leurs propres citoyens. C’est le cas du Canada.

À tel point qu’à la fin de 2013, Richard Mosley, un juge à la cour fédérale canadienne a dénoncé le CSIS pour avoir sous-traité sa surveillance de Canadiens à des pays partenaires du «Five Eyes». Une décision de 51 pages affirme que le CSIS et d’autres agences canadiennes ont posé des gestes illégaux en faisant espionner la population canadienne sans avoir l’autorisation des tribunaux et même d’avoir caché des renseignements aux tribunaux.
Comment affirmer que tout ceci est vrai, surtout que les politiciens canadiens de tous bords et tous côtés minimisent la situation. Quant aux politiciens québécois, ils n’existent pas sur le radar et se font espionner comme tout l’monde. Peut-être que Philippe Couillard connaît quelques éléments de ce complot, puisqu’il a siégé de juin 2010 au 1er octobre 2012 au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité CSARS fédéral.
Voici donc comment nous savons que cette attaque à la démocratie est réelle. Laura Poitras, cinéaste-documentariste et journaliste, fut la première personne à qui l’alerteur états-unien Edward Snowden a fait confiance lorsqu’il a voulu faire connaître aux populations du monde entier, les programmes de surveillance de leur vie privée et le niveau de performance de ces programmes.
En janvier 2013, Laura Poitras a reçu un drôle de courriel d'un étranger anonyme lui demandant son code d'encryptage de courriel sécurisé. Depuis près de deux ans, Poitras travaillait à un film documentaire à propos de la surveillance de la vie privée des populations par les gouvernements, et elle recevait occasionnellement des requêtes d'étrangers.
Elle lui répondit et donna son code public permettant de lui envoyer un courriel encrypté qu'elle seule pourrait ouvrir, sans s'attendre à grand chose...
L'étranger répondit en donnant des instructions pour créer un système d'échange encore plus sécurisé. Promettant des informations névralgiques, il suggéra à Poitras de choisir une longue phrase en tant que mot de passe qui pourrait résister à une attaque brutale par un réseau d'ordinateurs. « Imagine que ton adversaire a la capacité de tester des trillions de mots de passe à la seconde », lui écrit-il.
Ce ne fut pas long que Poitras reçut un message encrypté présentant le contour de plusieurs programmes de surveillance opérés par le gouvernement états-unien. Elle avait entendu parler d'un seul de ces programmes, mais pas des autres. Après lui avoir décrit chacun des programmes, l'étranger écrivit plusieurs versions de la phrase, "Je peux prouver ceci ".
Quelques secondes après qu'elle eut décrypté et lu le courriel, Poitras a débranché son ordinateur de l'Internet. "J'ai pensé, bon, si tout cela est vrai, ma vie vient de changer », se dit-elle.
« Ce qu'il disait connaître et pouvoir fournir, c'était époustouflant. Je savais dès lors que je devais tout changer ». Poitras demeura circonspecte au sujet de l’identité de l'inconnu avec qui elle communiquait. Elle s'inquiétait spécialement qu'un agent du gouvernement soit peut-être en train de la manipuler pour qu'elle dévoile de l'information provenant des personnes qu'elle avait interviewées pour son documentaire, dont Julian Assange, l'éditeur de WikiLeaks. « J'ai téléphoné à mon inconnu »,  se rappelle Poitras. « Je lui ai dit : ou tu as vraiment cette information et tu prends un gros risque, ou tu essaies de me piéger et les gens que je connais, ou tu es fou. »  
Les réponses étaient rassurantes, mais pas définitives. Poitras ne connaissait pas le nom de son étranger, son sexe, son âge ni même son employeur (C.I.A?N.S.A. ?Pentagone ?).
Au début de juin 2013, elle obtint finalement des réponses. Avec son partenaire de reportage, Glenn Greenwald, un ex-avocat et chroniqueur pour le journal The Guardian d'Angleterre, Poitras s'envola pour Hong Kong et rencontra le sous-traitant de la N.S.A. Edward J. Snowden, qui leur remit des milliers de documents classifiés par le gouvernement états-unien, lançant une controverse majeure à propos de l'étendue et de la légalité de la surveillance gouvernementale.

Poitras avait eu raison après tout, sa vie ne serait plus jamais pareille. La nôtre non plus.

Par André Bouthillier, à partir du livre Nulle part où se cacher  de Glenn Greenwald, de textes de Peter Mass du New York Times et des recherches de JosPublic sur MétéoPolitique.com

Une étoile pour Stéphanie


La plus belle phrase de l'été au goût de maraîche, la plus horticole, la plus rurale, le plus autobus de fleurs, la plus métisse sur mer, le plus balai de sorcière, la plus botanique, elle est de Stéphanie Pelletier (Quand les guêpes se taisent, Leméac, 2013) qui, passant à Montréal en juillet pour une émission de radio et ayant quelques moments libres, va au Jardin, s'assoit, respire et dit : « Une péquenaude, quand ça a trois heures à tuer dans grandville, ça va regarder pousser les fleurs au jardin botanique. »
Photo Jacques Desmarais, Béthanie, 29 août 2014.


28 août 2014

Revenons à l'économie avec les P'tits Jos Connaissants!


Le philosophe Alain Deneault, toujours clair et remuant, dans un court extrait du documentaire de Hugo Latulippe : République : un abécédaire populaire (2011) .



À l'angle de Tit-Poil et de Boubou

C'est grave en saudit les toponymes. Mais là, c'est tiguidou! Trois fois, nous passerons désormais aux fins de la mémoire gravée à l'angle du boul. de Tit-Poil et du boul. de Boubou (1)! Ailleurs dans la ville, puisque j'emprunte tous les jours cette artère passante et ruminante, je pense donc régulièrement à cet autre illustre Bourrassa, Henri de son petit nom — que je confonds souvent en lapsus en voulant nommer le boulevard avec Hochelaga parce que j'ai longtemps habité dans l'Est — et à « Fais ce que dois »! Jadis, dans le ciel de Québec, et pour des siècles et des siècles, le territoire dégoulinait de Saint-Chrême, devenant même une espèce d'Annuario Pontificio lustré sur pattes à pancartes : Saint-Lin, Saint-Anaclet, Saint-Pie, Éleuthère, Urbain, Damasse, Théodore, et cetera, et cetera, tous dûment sanctifiés et rattachés qui à Bagot, qui à Acton... Ne vous en déplaise, ça paraît encore pas mal! Alors qu'il y a tant de poésie, de vent qui siffle dans l’encoignure en songeant à L'Anse-Pleureuse, tant de feu et d'air et d'eau et d'âme à prononcer Chicoutimi ou Yamaska (qui veut dire petit ours). Il faudrait bien parfois gratter le dos à ce « territoire incertain » (cf. Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse, Québec : territoire incertain, Septentrion 2011). Mais pour la simple curiosité d'une historiette à la Jacques Ferron, on pourrait ricaner en remontant le courant, imaginer ce qui a bien pu advenir de la main mise géopolitique, par exemple au village de peu de renommée des Chiquettes, rebaptisé Sainte-Eulalie. « Le village des Chiquettes s'élevait sur l'emplacement du campement d'été d'une tribu mal identifiée, soit abénakie, soit etchemine, soit malécyte. » (Le ciel de Québec, VLB, 1979, p. 23). Ha ha! Comme disait l'abbé!
 ***

1-  Pour les lecteurs non avertis, les Québécois aiment affubler de surnoms les personnalités politiques. Ainsi,  Tit-Poil était le surnom de René Lévesque, Boubou celui de Robert Bourassa.  



27 août 2014

Une « grosse » bière pour le cadavre du français qui se lève en Louisiane

J’ai eu l’immense opportunité dans les années 70 d’être parmi les premiers « French teachers » dans le sud de la belle Louisiane avec, entre autres,Marie-Christine Poisson et Jean Paul Damaggio. Je suis très touché par le reportage de Joyce Napier diffusé aujourd'hui sur les ondes de Radio-Canada et qui fait état de nouvelles lois adoptées récemment pour renforcer l’usage du français. « Saute crapaud, ta queue est brûlée, prends courage une autre va pousser... »

26 août 2014

De Desnos à Gauvreau


Je suis loin de connaître les annales, les baculs, les dessous, les détails, le mors aux dents des chicanes et des amours fous entre eux des écrivains surréalistes. J'ignore également si un Desnos rejeté a pu ou non insuffler quelques tisons aux surréalistes/ automatistes québécois, si Claude Gauvreau qui écrivait debout ne l’a jamais lu.  Toujours est-il que je suis frappé par la parenté de la fesse gauche apparente entre le langage exploréen de Gauvreau, souvent mauve et foncé, parfois fanfaron comme cuisse de grenouille émouvante au coeur des quenouilles érotiques comme dans l'extrait lumineux lu par la commis libraire (interprétée par Lise Castonguay) dans le bijou de film Triptyque, et ce petit caillou ricaneur de la main de Desnos intitulé Demi rêve :

« abougazelle élaromire     
Élaroseille a la mijelle
a la mirate a la taraise

Mirabazelle élagémi
Rosetaraise et coeurmira
Talatara miralabou

Élaseta coeurgemirol
a laubaucoeur bauzeillabel
Il est huit heure il est romil

Il est bonjour au coeur de lune
Le ciel alors lagélami
Lagélasou lagesommeil
Lagébonneil Lagésonjour. »

— Robert Desnos, Youki 1930 poésie, Desnos Oeuvres, Quarto, Gallimard, 1999, p. 660.


Puis, mégala Gauvreau :


Sur la route des vrais personnages de Kerouac

Mise à jour de la nomenclature et de l'identification des personnages non fictifs transposés par Kerouac dans ses récits. Un travail de moine des plus précieux de Dave Moore.

24 août 2014

Un gros faible pour Ducharme

Note : Le mot du Réjean est advenu - joli miracle - dans le cadre du festival de littérature En toutes lettres de la ville de Québec à l'automne de 2011, très bien esquissé dans la vidéo qui suit.

20 août 2014

Grabuge et matamores


OK! J'm'énarve! Je crie : Chou! Mettons que l'avocat mur à mur Moreau qui se promène sur toutes les tribunes claironnant sa « fosse » ouverture, je ne lui ferais pas garder mon chien! Pis la madame qui s'occupe de la police, elle est où, là? Pis la police de Montréal qui rit dans sa barbe, c'est une honte, mais pas juste depuis hier soir! Pis la bataille des pensions de retraite pour tous, ben tabarnouche, ça manque d'universalité et d'élégance et de dialogue! Ça m'est arrivé de faire le cave, le grabuge, alors la colère des autres...!!! Mais c’est pas une excuse! Pis le coq à vif de Québec qui a le populisme plus gros que la panse et l’antisyndicalisme dégoûtant, il s'en vient, imaginez, témoigner! Ayoye! Vive les Mordiques! Pis vlà le Premier qui sort de sa réserve pour condamner le diabolique, évidemment, mais ne trouve rien de mieux que de remonter au principe, relativisant du coup la réalité du poivre de cayenne et les coups de bâton aux étudiants au moindre éternuement, de l'autre côté l'aveuglement volontaire du corporatisme baveux... Oui, d’accord, il y a pire dans le monde sur le matelas de la lutte des classes, mais il y a des soirs où le ciel de Québec m'énarve en sacrament! Mauvais acteurs! Mauvais auteurs de troubles!

cf. Fabien Deglise, Répression policière à géométrie variable, Le Devoir, 20/08/2014;
    Patrick Lagacé, On se mange entre nous, La Presse, 20/08/2014.

19 août 2014

Entre 4h20 et 4h25, Réjean crime Ducharme


« Ce qu'il faut savoir. Ce qu'il ne faut pas savoir. Ce qu'il faut savoir, ma noire. Ce qu'il ne faut pas savoir, le soir. J'aime cela quand cela rime. J'aime à commettre des crimes. J'aime à comète des crimes.   Mettons Commode, l'empereur empoisonné et étranglé, dans un tiroir de la commode. Accommodons-nous de l'incommode. Accaparons-nous de l'Alaska. L'Alaska fait partie du Canada comme le pied du panda fait partie du panda. Panda rime avec Canada et avec Alaska. Qui est le vendu qui a vendu l'Alaska aux États-Désumis ? Si je l'attrape, je le mets dans le tiroir de la commode, avec Commode. Plus je pense au Labrador, plus il se fait tard. Dehors, il s'est mis à faire froid. Car plus le temps passe plus l'hiver est proche. Ce dernier apophtegme n'est applicable que lorsque (quand que) ce n'est pas l'hiver.  L'hiver, plus le temps passe, plus l'été est proche. Entre quatre heures et vingt et quatre heures et vingt-cinq, la grande aiguille s'étend sur la petite aiguille, dort sur la petite aiguille. Entre cinq heures et vingt-cinq et cinq heures et demie, la même chose se produit. [...] »

— Réjean Ducharme, Le nez qui voque, folio, Gallimard, 1967, pp. 31-31. 

Ma petite vache bleue

Ma petite vache bleue toute croche
elle est en bois de croix
d'pommier ratatiné.
Ne la tirez donc pas!
Ne faites pas un voeu! 

Photo Jacques Desmarais, Béthanie, août 2014

Leonard Cohen : blues pas à peu près!



« I saw some people starving
There was murder, there was rape
Their villages were burning
They were trying to escape

I couldn’t meet their glances
I was staring at my shoes
It was acid, it was tragic
It was almost like the blues
It was almost like the blues

I have to die a little
between each murderous plot
and when I’m finished thinking
I have to die a lot

There’s torture, and there’s killing
and there’s all my bad reviews
The war, the children missing, lord
It’s almost like the blues
It’s almost like the blues

Though I let my heart get frozen
to keep away the rot
my father says I’m chosen
my mother says I’m not

I listened to their story
of the gypsies and the Jews
It was good, it wasn’t boring
It was almost like the blues
It was almost like the blues

There is no G-d in heaven
There is no hell below
So says the great professor
of all there is to know

But I’ve had the invitation
that a sinner can’t refuse
It’s almost like salvation
It’s almost like the blues
It’s almost like the blues »

- Leonard Cohen

17 août 2014

Desnos le rêveur : amis partons sans bruit

Par delà peste et démence. Par delà les mots.

[...]
« La mer ce n'est même pas un miroir sans visage
Un terme de comparaison pour les rêveurs
Un sujet de pensée pour l'engeance des sages
Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs

Ce n'est pas un grimoire où dorment les secrets
Une mine à trésor une femme amoureuse
Une tombe où cacher la haine et les regrets
Une coupe où vider l'Amazone et la Meuse

Non la mer c'est la nuit qui dort pendant le jour
C'est un écrin pillé c'est une horloge brève
Non pas même cela ni la mort ni l'amour
La mer n'existe pas car la mer n'est qu'un rêve. »

- Robert Desnos, De silex et de feu, in Corps et biens (1930), Oeuvres, Quarto, Gallimard, 1999, p. 581.

Insomnie Ducharme



16 août 2014

Renfant Ducharme & l'éternité

Je renvoie au très bon texte d'Antoine Léveillée dans le Voir du 13 octobre 2011. Les passages relatant la collaboration de Ducharme avec Charlebois sont rares et formidables.  Charlebois considère d'ailleurs sa rencontre avec l'auteur de HA! ha! comme étaint la plus importante de sa vie artistique. Dans une entrevue accordée à Carole Montpetit (Robert Charlebois, 50 ans sans se plaindre, Le Devoir, 15 juin 2013), on peut lire : « De Réjean Ducharme, à qui il doit les textes des chansons Mon pays, c’est pas un pays, c’est un job, Dix ans, Ch’u tanné, Robert Charlebois dit aussi que ç’a été la plus belle rencontre de sa vie artistique. « C’était mon naturel et je l’ai peut-être trop pris pour acquis, dit-il. […] On était tellement sur le même buzz », se souvient-il. Après leur première rencontre dans un bar topless, Réjean Ducharme lui a d’abord envoyé des textes écrits sur du papier-toilette, dans une enveloppe collée avec des pansements. »

Il s'adonne que j'ai toujours été très touché par la chanson Insomnie (Solidaritude, 1973) évoquée plus loin par Charlebois . Quant à la chanson Je suis né, la voici :






On célèbre Réjean Ducharme à la manifestation littéraire Québec en toutes lettres. Quatre témoins du travail de cet auteur mystérieux nous livrent un regard sur un homme dont l’oeuvre est le seul miroir.
Réjean Ducharme a peut-être 70 ans, mais il ne vieillit pas. Il semble défier le temps, ne prend pas une ride, et son anonymat nourrit cette perception. Selon Rolf Puls, responsable des éditions Gallimard au Québec, tout ça importe peu. "Vous savez, l’écrivain Jean Rolland disait de ce rapport avec le public et la publicité: "Par bonheur, je suis quelqu’un de banal et je ne suis pas admiré. Si j’étais génial, eh bien je n’admirerais personne." Autrement dit, il est important de se laisser éblouir sans y être nécessairement forcé. Avec Ducharme, c’est à l’oeuvre qu’est destinée cette admiration. Il y a des auteurs qui sont tellement connus publiquement que leur travail devient secondaire. Ce qui est bien, c’est que les gens respectent Réjean Ducharme et embrassent son oeuvre. Ils acceptent qui il est, c’est-à-dire quelqu’un qui ne se montre pas. Le succès de L’avalée des avalés est un exemple de ce respect et de cette admiration. Et ça dure depuis des décennies."
Ce qui nous marque lorsqu’on entre en contact avec l’oeuvre de Réjean Ducharme, c’est le thème de l’enfance. L’enfance est partout dans le travail de l’écrivain, elle devient une matière brute avec laquelle ses personnages, adultes, sont façonnés et exposés. Ils jugent le monde avec un regard honnête et parfois cruel au point de s’abandonner à la révolte, à l’amour ou même au désespoir.
Tout ceux qui ont travaillé directement ou indirectement avec l’auteur de L’avalée des avalés, de L’hiver de force et des Enfantômes ont été marqués par cette obsession qui se répète constamment dans sa littérature, ses scénarios de films (Les bons débarras et Les beaux souvenirs) et son théâtre. La directrice artistique du TNM, Lorraine Pintal, supervise justement une nouvelle production de Ha ha!…, une pièce fétiche de Ducharme. "Il sacralise l’enfance car, dans la bouche de l’enfant, on peut tout entendre, indique-t-elle. L’enfant peut tout dire, être méchant, généreux, candide, cruel, amoureux. J’ai l’impression que cette enfance l’a marqué au point qu’il a décidé de ne pas être un adulte, même chose pour ses personnages. C’est une résistance et une forme de contestation."
Toujours criant de vérité, le travail de Ducharme est encore très actuel et d’une modernité implacable. Il inspire aussi une nouvelle génération d’auteurs qui semblent faire leur chemin dans les pas de cet artiste invisible qui a marqué la Révolution tranquille au Québec en 1966. "C’est difficile de faire abstraction de cette invisibilité", nous avoue l’écrivain Hervé Bouchard, aussi enseignant en littérature. "Son fantôme plane au-dessus d’une oeuvre très importante. L’enfance, ce thème a frappé tout le monde dès la sortie de son premier roman. On y entend des voix, celles d’enfants, presque désespérées, au discours très dur. Mes personnages sont eux aussi liés à l’enfance dans mon premier livre [Parents et amis sont invités à y assister]. Mais l’enfance en littérature, c’est aussi Romain Gary et c’est presque cliché. Sauf qu’avec Ducharme, le tempérament de son oeuvre pourrait être comparé à une forme d’autisme. Le livre devient un monde clos que les autres peuvent observer de l’extérieur. Avec Ducharme, ça vous absorbe, c’est puissant et d’une grande franchise."
En chair et en os
Même Robert Charlebois, avec qui Réjean Ducharme a travaillé pendant plus de 20 ans en étroite collaboration, a goûté à la médecine ducharmienne. Sur l’album Heureux en amour? en 1981, la chanson Je suis né ne laisse planer aucun doute sur le modus operandi de l’auteur. "La chanson Je suis né, c’est un bijou, souligne-t-il. Il me fait parler de la soeur qui m’enseignait le piano en quatrième année. Il y a des phrases comme: "On renaît chaque fois plus petit, plus petit." Ou encore: "J’ai eu des yeux, des mains, un corps surgi du tien." Ce sont des images magnifiques et il n’y a que lui pour écrire cela."
C’est par la poste que Charlebois a connu l’écrivain à la fin des années 60. Par une simple enveloppe, avec un plasteur collé dessus. "Tout y était mélangé et le texte est devenu la chanson Ch’u tanné [sur l'album Un gars ben ordinaire]." Après avoir travaillé par correspondance pendant quelques années, Garou trouvera dans l’écriture de l’album Solide à la fin des années 70 une expérience unique. "Là, on était ensemble pour de vrai. Face à face, comme des ouvriers à l’usine. Réjean me relançait et je me confiais à lui. On y passait la journée et la semaine. Ses commentaires étaient assez directs. Il pouvait me dire qu’entre ce refrain et ce couplet, il avait le goût de marcher autour du motel pour aller fumer une cigarette. Ça voulait dire que ça l’emmerdait! On riait beaucoup, Réjean a un esprit très aiguisé, on pouvait parler de tout. On faisait nos journées comme ça et, rendu à cinq heures, on allait prendre une bière aux danseuses!"
Robert Charlebois avoue qu’il aimerait bien retrouver dans sa boîte aux lettres un "petit paquet" de l’auteur de Mon pays ce n’est pas un pays, c’est une job. "J’y rêve encore! C’est toujours délicat de parler de Réjean. La dernière fois que je l’ai croisé, il y a quelques années sur la rue, il m’a seulement dit: "Je ne communique plus avec personne." Ça m’a tiré les larmes… Alors, comment fait-on pour parler de lui? Moi, eh bien, je chante Insomnie à la toute fin de mon spectacle. Et les gens, émus, viennent me voir après en me demandant: "C’est quoi cette chanson-là?" Je leur réponds: "C’est Ducharme." Et on en parle!"
ooo
Ducharme, vulgaire?
Le joual n’a jamais été une marque de commerce de Réjean Ducharme. L’auteur semblait plus enclin à jouer avec la syntaxe et les néologismes dans ses romans, tout en inventant certains mots ou expressions. Pourtant, avec Charlebois, l’auteur semble s’être laissé porter par une forme stylistique plus populaire. "Ce n’est pas du joual comme Tremblay, mais c’est un maître absolu en ce qui concerne les patois, par exemple. Cet auteur connaît la langue française comme personne. Il n’y a pas de facilité dans l’oeuvre de Réjean, et il ne s’est jamais rabaissé à la simple vulgarité pour flatter bassement la populace. Il y a un seul sacre dans son répertoire de chansons et c’est "ostie" dans Fais-toi z’en pas. Même dans la chanson terrifiante J’t'haïs, qui est une succession d’insultes, il n’y en a pas. Réjean n’est pas vulgaire, c’est un érudit."

Ducharme et Les bons débarras


J'aimerais bien trouver le scénario du film Les bons débarras (1980), Ours d'or du festival de Berlin, écrit par Réjean Ducharme, réalisé par feu Francis Mankiewicz, assisté à la direction photo par le grand Jacques Brault. J'ignore s'il fut publié. Il me semble avoir déjà lu que ce scénario, on ne peut plus québécois, a été écrit en alexandrins. Si cela est juste, c'est comme de l'orfèvrerie souterraine, de la musique dans la bouche de Manon et cie. Le naturel des personnages crève l'écran. Quel as, quel diable, quel artiste que ce Ducharme! J'ai adoré ce film à la fois rude et sensible avec une langue éblouissante qui nous fit découvrir à l'écran la jeune Charlotte Laurier. Sur YouTube je n'ai repéré que ce seul court extrait.




15 août 2014

Réjean Dérange : blues au de de dedans...

Un tour en Gaspésie


J'ai cancellé mon rendez-vous chez le dentiste
J'ai gaspillé mon dernier tube de dentifrice
En m'en servant comme un moussant pour me raser
Mais ce que j'ai c'est pas aux dents, c'est au dedans

J'ai mal au dedans
Pis les chats ça sent ça
Pis le mien il le prend pas
P'il mi-aule p'il mi-aule
J'ai un chat magine-toi
C'est un chat siamois
Pis les chats siamois
Quand ça part s'arrête pas
Ça mi-aule, ça mi-aule

J'ai mal aux murs, mal aux châssis, mal au grand lit
J'ai mal à tout ce qui a fait que tu étais
Pas bien ici j'ai mal partout d'où t'es partie
Et si je sors, c'est pire encore j'ai mal au dehors

Pis mal au dedans
Pis les chats ça sent ça
Pis Mao il le prend pas
P'il mi-aule p'il mi-aule
J'ai un chat siamois
Pis les chats siamois
Quand ça part s'arrête pas
Ça mi-aule, ça mi-aule, ça mi-aule

J'ai été surpris depuis le mois d'août en Gaspésie
M'imaginais, que s'allait bien que c'était repris
Je tais trop heureux, je voyais rien, je voyais pas
Que c'est avec lui que t'allais bien, que t'avais repris

En Gaspésie
Tu m'appelais ton Pitou
C'est pas un nom pour un gars saoul
Qui mi-aule pis mi-aule
Te sais les chats, ça sent tout
Surtout les vieux matous
Je sens la fin des mois d'août
Je sens le froid venir, pis je viens fou
Pis je mi-aule aule aule

Paroles Réjean Ducharme


 

13 août 2014

La vie a toujours Ducharme

C’est comme ça aujourd'hui : « On ne peut rien contre la puie! » Mais les cigales chantent pareil à Ahuntsic avec parfois un petit silence! Et si jamais ça adonnait — mais je serais gêné comme un crapaud — de lui dire perso, en retard : Bon 73e anniversaire magnifique Réjean Ducharme! Et merci entre autres pour la Petite Tare, Sophie, Roger le faux poète, Bernard & Mimi, Ines & Inat, Rémi Vavasseur, Christian & Bérénice, Bottom Lafond, les Nicole, Questa, Mille Milles & Chateaugué, ah! Chateaugué qui... « riait comme une Madeleine. Elle riait comme une fontaine. Elle riait comme une betterave. J'avais l'air de plus en plus renfrogné. Elle riait comme Isabelle Rimbaud. [...] (Le nez qui voque, Gallimard, 1997, pp. 236-237). Et puis Nez Lit Gant en filigrane pour se tenir droit. « Ici on ne touche pas à la poésie sans avoir ceint l'étole et la chasuble». (Dévadé, Gallimard/Lacombe, 1990, p. 183). Et de mémoire dans L’hiver de force : « C’est la grosseur des écrasés du coeur qui va nous sauver. » Oui, heureusement la vie a toujours Ducharme!


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Chansons écrites par Réjean Ducharme pour Pauine Julien : Faudrait, Je vous aime, Déménager ou rester là
Pour Robert Charlebois, il y en a une trentaine dont deux blues radicalement québécois : Mon pays, J'veux de l'amour