31 mars 2007

Miron sur les chemins défoncés

Pas loin de l'Archambault, à Val Morin, ce soir 31 mai, il y aura la Nuit laurentienne de la poésie 2007 qui a pris pour titre cette année Si Miron m'était conté. Ah! Si Miron pouvait câler de comtés en contrées... De grands éclumeurs de vers seront sur scène pour ce Miron de nuit, comme Hélène Dorion, Nicole Brossard, Paul-Marie Lapointe... La compagne de Miron, Marie-Andrée Beaudet, sera aussi présente à l'animation.

Hélas, je ne pourrai pas m'y rendre. Cabane à sucre en famille demain, plus loin que le stade olympique... Lou Babin et autres zurluberlus peut-être ce soir aux folies du berger, Sympholium La folie et le sacré, au Lion d'Or.

Bref, j'espère que l'amie Nina, qui m'a parlé plus tôt de la soirée Miron, pensera à me rapporter quelques brèches d'espoir.

Par ailleurs, changement de sujet, je suis allé à la pêche hier avec mon chum Sylvain, un très grand pêcheur devant l'éternel. J'ai pogné c't'espèce de grand fouette qu'on voit sur la photo.
Je l'ai arrangé pour souper. Ben, j'en r'viens pas : j'ai trouvé un brun, un vrai 50 $ à l'intérieur, du côté des ouïes. Incroyable! Je l'ai fait séché, toute, il est correct, j'ai acheté ma passe de métro avec tout à l'heure. On a pêché au bout du Canal de Lachine, dans le Lac St-Louis. Peut-être que la mafia de l'Ouest ne sait plus quoi faire pour laver son argent sale? Veux-tu bien me dire!





Photo : Sylvain Legault

30 mars 2007

Mes deux talentueuses montréalaises...


Sarah et Noémie.

Et la soif

Connais-tu cette chanson d'Edgar Bori?

Toi et moi
Deux étrangers
Se rencontrent sur un train
Quand la soif du hasard
Pousse à changer
L’un et l’autre pareils
Prêts à se mesurer
Au pas
D’éphémères jours d’été
Deux étrangers
Se rencontrent
Et la soif (...)

29 mars 2007

Nuit, train, caverne, nains et parallèles


De source fiable (Noémie, ma fille, m'a téléphoné de Colombie la Brit.), je vous annonce que les ours noirs de Whistler, qui sont bruns parfois, sont sortis de leur caverne. Ils ont rêvé tout l'hiver de poubelles à tous risques et de vies d'ange sans déficit pour l'avenir des générations, pour les siècles et les secs. Pensez-vous?

Nous rêverons encore, pauvres mouillés de l'histoire, d'un pays réveillé qui soulève les montagnes endormies. L'auto momie à quatre silencieux, limousine assurée du patronat sans mot fleur qui pétarade dans les coupures des vraies affaires du vrai monde alors que le prix du baril de vérole du faux monde a lucidement augmenté de deux piastres hier, que c'est c'est? Que c'est que c'est ça la vie sans devenir soi ensemble?

Nous rêverons éveillés comme des perdus, comme des pas perdus dans l'écho d'une gare qui nous attend... Comme la certitude de vivre autrement. Direction : ça dépend. Attend. Assis. Un zigzag. Tiens : une étoile. La Grande Ourse! Un train rempli d'octaves, un printemps de Louvain. Nous excavons la nuit et son béret. Le chaudron déborde. Nous entaillons la cannelle du jour gris. Que restera-t-il de nos zamours? Un coup de circuit? Un exposé comique sur la Rivière-du-Loup? L'Union-Nationale à cheveux longs jusqu'à nos pensions Veldère? Un train de vie envié sur toute la terre pelletée à l'os ?

Où allez-vous, Papa loup
Chapeau mou, médaille au cou
Vous a-t-on nommé shérif
Des montagnes et des récifs ?
- Félix Leclerc, La mort de l'ours

28 mars 2007

4e soirée de la Ligue québécoise de Slam



OyéOyéOyé!

Zamateurs de poésie slam
de tous les zacabits et de tous azimuts!

On passe le mot :
À venir, la 4e soirée de la Ligue québécoise de Slam (LIQS)
au O PATRO VYS (356 Mont-Royal Est)
le mercredi, 11 avril, à 20h30Entrée : 5 piastres.

N.B. : Ouverture des portes à 19h30 (il faut arriver tôt!).


27 mars 2007

Eille! Nouveauté en poésie!



Madame Nina Louve, poétesse des rocs d'Oka qui a des yeux qui insistent, publie Hakita Wadaam, aux Éditions Bouquinstinct, collection Émeute.

Bouquinstinct 

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25 mars 2007

La nuit vivante



«Dans la nuit se tiennent nos apprentissages en état de servir à d'autres, après nous. Fertile est la fraîcheur de cette gardienne! (...)

La nuit s'affilie à n'importe quelle instance de la vie disposée à finir en printemps (...)
La nuit se colore de rouille quand elle consent à nous entrouvrir les grilles de ses jardins.»

René Char, Sur une nuit sans ornement, Oeuvres complètes, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1983, page 392 .

Les mots, la charrue de Monsieur Chenot


N'essayez pas de suivre le poète français Gilles-Marie Chenot. Car il vous dira que tous les marcheurs sont égaux même si lui, à tous les jours de la semaine, sème sur son chemin trois poèmes de Petit Poucet dégourdis (cf. son blogue). Sans oublier les échelles, les rimes, les pointes du jour, les habits phosphorescents pour la nuit, et surtout l'amour.

Cette inclassable plume puise néanmoins sa haute joie dans les partitions et les chantepleures de la cigale qui, comme chacun le sait, chantera tout l'été et donnera à tout venant. D'où la légèreté dans les yeux du danseur aux accents graves s'étant un jour cogné le genoux, peut-être le coeur, voilà mon hypothèse, contre la craque indémontrable de la spiritualité.

Échancrure à l'aube des mots qui nous dépasse.

Gmc me fait l'honneur de venir très souvent faire un bout de voyage dans les wagons de Train de nuit. Il repart parfois tout de go dépecer un poème qui goûte l'eau d'érable. Il est comme un enfant qui veut jouer. Il est comme tous les enfants. Et je pense soudainement ici à Brel qui a bien vu les villes usées «par tous ces enfants de cinquante ans». Gmc ne ronronne pas comme un vieux moteur. Le croiser sur la route, c'est bien pire! Il a probablement cinq siècles de cambouis de Mystère et de mémoire recouvrée, mais reste que c'est en enfant vivant des Ardennes qui veut jouer.

À propos du recueil le Chant du Danseur, publié aux Éditions du Cygne, j'attrape au vol cette fulgurante présentation à la rubrique «Anthologie» de la Revue d’art et de littérature, musique, Numéro 24 - mars 2007, où l'on peut lire :

«Les souffles qui ont chanté la gwerz de Taliesin, les mains qui ont peint les tableaux de Picasso, les cordes vocales qui ont parlé le langage de Joyce, les pieds qui ont dansé le samâ’ de Rumi, les oreilles qui ont composé la musique de Mozart, le vent qui a porté les semelles de Rimbaud, tous ceux-là reconnaîtront dans ces textes les braises du creuset dans lequel fut forgée la lame au damasquin d’éther. Amis du feu, de l’air, de l’eau, de la terre et de l’éther, bon voyage sur cette lande désertique d’où jaillissent les laves des volcans de l’apocalypse d’azur.»

Gmc entame ces jours-ci des envois de cerfs-volant aux couleurs colibris de pods, des lectures où l'on peut entendre sa voix. J'ai d'abord entendu un texte sublime de Nina Louve , Naâm, très suavement rendu. Puis, j'ai bien reçu aujourd'hui une reprise de Ver de terre éternel.

Que de la musique et de la mousse, Gilles,
avec un fond de mots de ma cambrousse...
Un cadeau dépaysant comme je ne peux pas en faire.
Que je déballe à qui veut bien prêter l'oreille.
Je suis touché, gmc. Merci!

23 mars 2007

Orford, triste anniversaire!


Ce matin, en écoutant de nouveau Malandragem de Cassia Eller, j'ai fait deux pas de danse, une steppette et une tourniquette croisée à double chevilles... Cela veut dire que mon genoux fêlé du Brésil est pas mal rétablit. Mais je ne coure pas encore mon kilomètre quotidien, ma bédaine est à risque et il est exclu que j'aille faire du ski à Orford s't'année.

N'empêche que j'ai acheté des billets pour ma blonde et que mon coeur est tout là. Y compris avec la manif - triste anniversaire - de ce dimanche à midi, devant l'Hôtel de ville d'Orford. Ce qui a fait chialer les libéreux du coin à cause de la proximité du scrutin! Il reste une couple de crétins dans ce parti-là qui ne comprennent toujours pas la portée de l'odieuse privatisation partielle du Parc National d'Orford qui est de bord en bord politique. Or, pas un seul député libéral sortant de la région, soit Monique Gagnon Tremblay la «marraine», plutôt la mauvaise fée de l'Estrie, l'ineffable emberlificoté Pierre Reid, de même que l'avocat de province Jean Charest lui-même, aucun d'eux ne mérite un siège à l'Assemblée Nationale. Et il faut bien dire ce qui est : André Boisclair du P.Q. s'est engagé à défuntiser la loi qui fut passée pour les petits gros amis de Magog, incluant l'avancement personnel de Claude Béchard.

Voilà, c'est dit.

20 mars 2007

Cancer de la poésie

C'est Michel Garneau qui, parlant de poésie, me fait le plus plaisir parce qu'il touche à l'urgence de la poésie universelle, ricaneuse et savoureuse dont c'est, paraît-il, la journée tout dé (le 21 mars). Il souligne aussi la baveuse exigence de longue haleine des petits chevals amoureux... Michel dit, écrit dans Une cordée de bran de scie (pp. 18-19, Lanctôt, 2003):
«la matière de la poésie c'est la langue
donc c'est vrai que tout le monde est poète
et c'est merveilleusement vrai
que c'est l'anarchie en poésie
ça ne s'enseigne pas vraiment
et c'est accessible à tous
chacun chacune qui a lu une dizaine de poèmes
en écrit vingt et en publie
vingt
chaque pays contient une foule de poètes
de dix-huit ans
et une poignée
au-delà de cinquante ans
car la poésie c'est comme n'importe quoi
où le coeur doit s'allier à la technique
il faut commencer jeune
et travailler énormément
pour atteindre la précision
étudier la question longtemps
pour savoir ce qu'on a à dire

se vider le coeur de ses peines
ou l'âme de ses états
ne dure qu'un temps

ensuite il faut étudier la question
du comment dire pour parler clair
au nom de tous
comment faire pour être précis
et ça
ça peut prendre toute une vie (...)»

Personnellement, ce passage me met toujours de bonne humeur et après, ça me donne le goût de gosser encore une petite heure.

Pis, vu que c'est la journée internationale, même en Irak, je me permettrai de m'ex-citer ad usum privatum un poème local sans prétention de Jack Drill qu'on trouve affiché sur le site de la revue Steak Haché et qui s'intitule
Chronique culibraire,Mascarade, guignol et jeu :

«1) En gros-œil
la poésie pubescente
dégraffée
des lolos
sur papier dentelle,
n’est lobée
que par la digue
populacière
selon l’arbitraire
jardineuse
d’une nouvelle agricole
à la dada.

2) En grosse-nonpareille
la poésie rubescente
déjantée
du vélo
sur papier ombrelle,
n’est nouée
que par la figue
prolétarienne
selon l’ambiguïté
bagarreuse
d’une mam’zelle faribole
à la fada

3) En gros-canon
la poésie tumescente
dégriffée
des mélos
sur papier cannelle,
n’est vouée
que par la ligue
polémique
selon l’aventure
jouisseuse
d’une sexuelle caracole
à la Léda.

4) En grosse-de-fonte
la poésie quiescente
déboutonnée
du polo
sur papier rituelle,
n’est louée
que par la gigue
primitive
selon l’anarchie
dangereuse
d’une donzelle parabole
à la soda.

5) En gros-parangon
la poésie déhiscente
débouchée
des solos
sur papier prunelle,
n’est jouée
que par le zigue
pirate
selon l’ataraxie
doucereuse
d’une vénielle vinicole
à la coda.

6) Feux fard,
deux dards
et long lard
Marci ben !»

18 mars 2007

Je suis poète et je n'ai pas appris à aimer

Cássia Eller - Malandragem ( 2001 )

Imaginez Cassia chantant en français Non, je ne regrette rien! Mais encore, elle n'est pas si en voix dans cette vidéo plus ou moins casseau... Rien à faire, j'adore cette chanson entendue en boucle dans l'auto (sur le cd, c'est mieux)de Bahia à Recife.


Malandragem
Quem sabe eu ainda sou uma garotinha
Esperando o ônibus da escola sozinha
Cansada com minhas meias três quartos
Rezando baixo pelos cantos
Por ser uma menina má
Quem sabe o príncipe virou um chato
Que vive dando no meu saco
Quem sabe a vida é não sonhar
Eu só peço a Deus
Um pouco de malandragem
Pois sou criança
E não conheço a verdade
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Bobeira é não viver a realidade
E eu ainda tenho uma tarde inteira
E eu ando nas ruas
Eu troco cheque
Mudo uma planta de lugar
Dirijo meu carro
Tomo o meu pileque
E ainda tenho tempo pra cantar
Pra cantar
Eu só peço a Deus
Um pouco de malandragem
Pois sou criança
E não conheço a verdade
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu ando nas ruas
Eu troco cheque
Mudo uma planta de lugar
Dirijo meu carro
Tomo o meu pileque
E ainda tenho tempo pra cantar
Pra cantar
Eu só peço a Deus
Um pouco de malandragem
Pois sou criança
E não conheço a verdade
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu só peço a Deus
Um pouco de malandragem
Pois sou criança
E não conheço a verdade
Eu sou poeta e não aprendi a amar
Eu sou poeta e não aprendi a amar

Traduction libre des dernières strophes :

Je suis un peu bum sur les bords
Je suis comme un enfant, un bohémien,un gypsy
Je ne connais pas la vérité
Je suis poète
et je n'ai pas appris à aimer
Je suis poète
et je n'ai pas appris à aimer


Note : l'ancien mot français malandrin nous renvoie à la parenté latine...
Malandrin : (ma-lan-drin), n. m. 1° Nom donné à des bandes de pillards qui, dans les longues guerres avec les Anglais, dévastèrent la France 2° Par extension, brigand, vagabond.

Poudrerie, poeta et samba

Tom Jobim+Vinicius de Moraes+Toquinho+Miúcha, en Italie, j'ignore quand... Mais c'était rendu avancé dans le show, la bouteille de whisky sur la table étant vide!

Poudrerie et Interlude brésilien

Le Brésil me colle au cul et cela me fait plaisir.

Un jeune nouveau collèque au bureau, Marc, curieux comme dix, sympa, est récemment devenu papa. Sa compagne est... Brésilienne. Ben tiens.

Vendredi dernier, mon ami de longue date Marc-André m'invite comme pique-assiette à zieuter le 5 à 7 de la clôture d'une conférence internationale qui se tenait au Centre d'histoire de Montréal. Marco, il est là-dedans jusqu'au cou. Une forte délégation du Brésil était présente puisque c'est à Sao Paulo qu'est née l'idée des musées de la personne. Entre deux bouchées d'un petit fruit orangé farci au fromage et dont le nom m'échappe pour l'instant, je me délectais comme un chat au soleil laissant mes oreilles valser dans le ronron portugais si bellement relevé de brésillerie. À un moment donné, j'ai osé dire aux trois demoiselles qui discutaient : «Eu passa a Bahia». Je ne sais comment conjuguer mon verbe au passé. Lydia m'a répondu dans un très bon français. Elle fait un post-doc ici. Elle adore les Québécois. Mais pas le froid. Elle vibre en parlant de son pays. Mais se désole de la violence. Elle connaît le Brésil de fond en comble. Elle est de Fortaleza où se chamaillent une ribambelle de praia jumelles à ne pas croire que cela existe sur la terre. C'est la profusion du soleil et de la mer. Nous avons conversé une bonne demi-heure. Elle m'a donné le goût de repartir tout de go.

Et tiens tiens tiens, hier, revenant de mon patelin, parce que je m'endormais sur la route et que parler fort, me donner des claques sur les joues ne suffisait pas, je suis arrêté au Magasin Général Champy à Upton (épicerie fine, huile de tournesol locale) pour me changer les idées. J'y trouve toujours de la bière à coucher dehors, du fromage, du thé japonais, une foule de petits quelques choses à tripoter. J'arrête souvent à cet endroit où l'on entend aussi de la musique extra. Pour la première fois, j'aperçois le boss cultivateur qui est derrière le comptoir. Je l'entends dire aux clients qui me précèdent qu'il se trouvait au Brésil récemment. Ben! On a parlé! Il est allé visiter des fermes biologiques du Sud, de Porto Alegre jusqu'à Rio. «On partage pas mal les mêmes problèmes», dit-il. Ah! Belle jase, anecdotes, autre point de vue. Le monde est grand, le monde est petit. Le Brésil me colle au cul. Alors on danse avec Vinicius? Il faut aller un étage plus, les codes de youtube étant bien mal foutus...

Slam icitte et là


L'autre soir sur Mont-Royal, en attendant que les portes du Vys nous laissent entrer au slam, j'ai jasé avec une une belle rousse qui m'a parlé avec admiration d'un document de la National Poetry Slam montrant les éliminatoires nationales américaines. C'est big Mr. Gratton! Mes recherches sur la Gogoune ne m'ont pas tout à fait comblé. Mais en glanant même rapidement, on trouve d'autres chaussures géantes...

Du côté de la Mère-Batterie, il y a l'ami Français Sylvainkimouss qui est un vrai, un infatigable rassembleur de la patrie slam. Il a fait parvenir un courriel qui dit ceci :

«Hello à tous et à toutes,
Je fais court. Pour vous signaler l'existence, attendue ;-), du site slamophone
la première collection de vidéos de slameurs et slameuses de France, de Navarre et d'outre-océan...
Allez directement dans la rubrique "Slamothèque"...
Si vous aussi voulez diffuser vos vidéos, ne vous gênez pas, Slamophone est fait pour ça... (Il faut juste nous envoyer le fichier avec votre accord. Allez dans la rubrique "Contact").»

Meurci Sylvain.

Photo poetry slam : Iyeaka Okoawo (Boston), une star du slam état-unien

15 mars 2007

3e soirée slam : coups de circuits poésie poésie poésie


Il y a une très jolie fille à notre table, les cheveux attachés dans le dos. Nina me présente. Elle refuse de faire la bise. Elle carbure au jus d'orange sans glace, émerge d'une vilaine grippe. Elle est blanche en effet, mais tout son corps parle, remarquera Nina avec à-propos. «Je sors pour la première fois. J'ai l'impression de marcher sur la lune», dit-elle. On me présente. Violaine me connaît. Ah! Vous avez bonne mémoire. Elle m'avait vu à l'Alizé réciter des poèmes et m'avait invité à son émission Le bal des oiseaux toujours diffusé à CIBL.FM. Cela ne s'est pas concrétisé. Pas important, que je lui dis.

Ivy rôde autour de la scène du Vys. La salle est pleine et ça murmure. Le slam va commencer. C'est lui qui mène le bal de ces wéseaux-là. Il me dit : «Ça fait 20 ans que je fais de la scène mais j'ai toujours un trac fou...» Il brasse le boulier du choix des cinq juges et me demande si je suis trop occupé? Pas pour dire non.

Et puis ça part. Mario Cholette, le grand gagnant de février, ouvre le chemin en se sacrifiant. Son texte est une ballade dans la ville aux murs rudes. Tout du long. Poète un tantinet rapeux. Il vient d'ouvrir un blogue consacré au slam. Et c'est une bonne nouvelle. Train de nuit parle et parlera du slam, mais d'une manière off sans aucune prétention, sinon celle d'être remué dans les éclats de la slameur.

Voici le lien de l'ami Cholette qu'on trouvera sous peu à demeure parmi mes favoris.

Donc, je me tourne vers la scène et je suis juge. Ici encore, le temps me manque ce matin pour mentionner comment, entre autres, les Sébastien Boulanger (3e place), Jocelyn Thouin (2e place), et... Violaine Forest (grande gagnante!) ont concocté des performances brillantes, drôles, acides, théâtrales, alouette, mais surtout, ils et elle nous ont ravi et transporté par la qualité poétique de leurs textes. Et je n'hésite pas à inclure ici le nom d'Olivier Choinière (L'amour passe, la porno reste) qui a livré une performance vraiment remarquable.

Je n'en dis pas plus pour l'instant. J'ai le chien à promener et Sa Majesté à servir... Je compléterai plus avant. Je vérifierai noms et prénoms! Étant juge, je n'ai pas pris de notes...

Je veux aussi mentionner avec quelques détails le lancement prochain d'un recueil de Violaine Forest que j'ai feuilleté sous le fanal trop pâle de notre table. Nina Louve et moi avons joué deux minutes aux mots épinglés par hasard dans les pages du recueil. J'ai levé le mot «loup». C'était de bonne augure.

Complément
Le recueil de Violaine s'intitule L'adoration du bourreau, aux éditions Art Le Sabort (avec un t, me précise Violaine, mais j'ignore la nuance en regard des éd. le Sabord?). Le lancement aura lieu à 20h00, pendant que la tendance se maintiendra et que Bernard s'énervera le toupet peinturé, le 26 mars 2007, à l'Hôtel Nelligan, dans le Vieux-Montréal.

Une visite sur le site Web du Sabord (t?) nous laisse feuilleter un catalogue dégoulinant de richesses mais néanmoins peu explicite et un tantinet en retard sur l'actualité éditoriale de la maison. Rien sur les plus récentes nouveautés qui seront lancées en même temps que le recueil de Violaine. Mais nous savons que la poésie sera là, à l'hôtel, à pleine porte, entre les canapés et le feutre subtilisé à Nez lit gant.

Complément deux

En commentaire, Sébastien Boulanger-Gagnon a raison de dire qu'il faudrait saluer le passage sur scène de tous. Frédérique aux textes acides, particulièrement bien cadrés, Queen K qui est possiblement l'auteur du «Québécois moyen» à la place de Sébastien (leurs thèmes se rejoignaient), Claude André avec un texte fort qui était quasi une chanson : «Et les junkies fixent les étoiles»... Et j'en oublie et je confonds probablement encore noms et textes. On m'excusera. Mais j'ai adoré cette soirée.

A+ +

14 mars 2007

Axel, Martimots, Pèlerin, Cournoyer...


Ça coule tu dans les érablières? Dans la mienne en premier lieu qui est petite et centenaire?

C'est honteux d'être loin, fantôme exilé, entre l'arbre et l'écorce, prisonnier de ses rêves sans chalumeau. Je me comprends, sirop de calmant! Mais j'ai la boquette résonnante dans les sous-bois des ruelles un peu penchées. La neige est noire et tango, certes, mais ça coule à flots, en maudit à part de ça, dans les mots et l'âme arcanson de cette ville. Cette louzy french city que j'entaille dans ses bouillons de libido comme un amoureux, un cavalier en canot jamais tanné des brides azurés de ses jeux et de ses passes à coucher dehors.

Je me couche tard, en effet, excusez-moi du peu, mais je m'abrille avec le panorama des «décrocheurs d'étoiles».

Je sais, je n'aurai pas le temps de faire la tournée de toutes les parties de sucre d'ici la fin de cette semaine. Et je n'oublie pas ma sucrerie personnelle. Mais je décline quand même mon désir latin d'aller voir ou d'avoir vu :

*Martimots, au Petit Medley, mercredi 14 mars à 20h00. Martimots est un peu «exploréen» dans sa manière. On la vu sur la scène comme slameur cette cemaine à la 3e de slamontréal. Il fera rouler les casseaux de mots avec quatre jazzeux : Bernard Falaise (excellent) à la guitare, Roberto Murray au saxophone, Christophe Papadimitriou à la contre-basse et Claude Lavergne à la batterie.

*Axel Fish, guitariste, Petit Prince du jazz arrosé de brésilien. Ce soir aussi! Conflit ou split. Axel à la guitare, André Faleiros à la basse, Sacha Daoud à la batterie plus un invité surprise. À la Kémia, 21h30, 4115A St-Denis / Informations : 514-223-3543

*Francis Pélerin, conteur sensible qui sait le tour de clouer drette les planches de ses historiettes. C'était hier Au petit Medley! Mais je le mentionne pareil. À suivre!

*Ève Cournoyer + Band. Rock. Âme. Voix de fond amérindienne. La belle à qui j'ai dit l'autre soir au slam : «Je vous engage!». Elle a répondu : «Engagez-moi! Engagez-moi!». Au Quai des Brumes, samedi le 17 mars, 21h30.

12 mars 2007

Slam : le jardinier des mots à Radio-Can

Le démantèlement de la Chaîne culturelle à la radio de Radio-Canada par les incultes n'a jamais pu tout à fait éviter que la vie littéraire débarque sur les ondes.

Il n'en reste pas épais. Mais il reste des petits bouts de filet comme en ce moment même. Ivy, l'âme du slam à Montréal dit le «jardinier des mots», est reçu par Monique Giroux à Fréquence libre. Il sera aussi bientôt en illustration sonore avec ses complices à Vous m'en lirez tant.

Ivy répète l'essentiel à la radio : sa foi en la démocratisation de la poésie.

La scène slam est ouverte à tous. Yé!

Pour s'inscrire : Ivycontact.com

11 mars 2007

Pointe de brume au quai Superk


Hier, au Quai des Brumes
entre les murs chiffonnés rouge boeuf,
à un moment donné, Nina a mimé la fille qui fume de la pode,
des podscasts, de la pie, de la paille,
mimé « la fille qui fume la pipe »!

Vous la connaissez?
Malgré sa démarche aléatoire,
elle sort tout droit de la révolution LivEvil2K
et se dirige vers l’Aube, prise IV,
créature désirante de M. Le Roy dit SuperK

Un érosman qui tire du poignet avec Gérard
entre deux bouffées de cratères de mots lambrissés,
allumés dans la fournaise des corps tachetés de musique,
cette révolution du jus
à laquelle nous tendons,
j'ose aussi l'espérer, cher K.

Nina me dit : « Sais-tu où se tenait la fille? »

Nina connaît chaque pouce sniffé de ce bar, la scène, la loge, les coulisses, l'underground...

Elle se lève et marche plusieurs pas vers le mur opposé où nous sommes assis à l'arrière, à la gauche du bar. La lumière est feutrée. Nina, en filigrane, se tient un peu déhanchée et fait la pose à l'endroit même où la fille à la pipe se serait postée. Cette scène est éblouissante parce que c'est l'après-midi, parce que j'ai bu, parce qu'un texte qui m'est dédié est soudainement en train de prendre corps sous mes yeux. Où est-ce que je chus?

Je rêve éveillé.
Je suis heureux et triste. Jeune et vieux.
Le chien blond de la waitrice se tient à mes côtés comme si j'étais son aveugle. La bière rousse déposée sur la table crinque à nouveau le temps que nous passerons ici. Yé!

Il se passe quelque chose en effet, mon chien.

Trois artistes se tiennent à l'ombre dans la ruelle d'un bar.
Par le coeur. Je suis triste à cause de la fausse pudeur.
Je suis en câlice parce que je n'arrive pas à décharger
dans la cour la lecture intégrale que Nina fait par ailleurs de ce texte de Superk
qui m'est dédié.

Après tout, ce texte m'est dédié! C'est une fleur. Je suis orgueilleux!
Ce texte de jazz et de nuit traversée m'est dédié.

Nous entrons ici dans la lenteur extrême de la cendre consumée
comme variante infiniment trempée de la seconde disparue
de tous ces corps qui tombent dans le lit
et se dévorent sans feu ni lieu entre les noires
frottées sur la anche
avec juste ce soupçon de salive
qui passe entre l'encre et la nicotine.

Nous sommes à cent mille à l'heure sur la Route 11 de la poésie.
« Il y a des pensées qui ne pardonnent pas beaucoup ».
En tous les cas, elles nous modifient.

Ouvrez les chantepleures :

« Une jeune femme, habillée de gris et de noir, pénètre dans le bar, pipe au bec. Elle regarde furtivement devant elle, espérant rencontrer un regard apaisant, et se dirige vers le fond de l'établissement. Son corps, difficilement perceptible, marche de façon aléatoire, avance, recule, fait un pas de côté, prend une autre direction, fait un second pas de côté. La femme inspecte de nouveau la salle. Arrivée au bar, elle s'y assoit et commande une Kronenbourg. L'accumulation de fumée m'empêche de la voir complètement. Je regarde la vacuité céleste : on me chuchote que les musiciens du Death Tone arrivent.

Ian Butler, muni de sa clarinette basse, salue la serveuse. Il lui dit que l'amour plane comme une feuille d'olivier sur une tombe. »

L'amour plane comme une feuille d'olivier...
C'est crissement beau!
Nous sommes d'ac et d'ac Nina et moi
ce texte a des ailes, du mystère
de la virilité
il chante et suinte pour nous

Moi qui ne chante jamais

J'ai chanté hier au Quai des brumes,
j'ai ri, j'ai bu, j'ai braillé, yé!
Le chien blond m'a couvert de coups de langue dans sa tête
et l'amie comédienne aux yeux de voyage
avec des brillants, des étoiles dans les cheveux,
elle chantait aussi
elle chantait aussi!

Et l'on embrassait pour vrai
l'auteur absent
qui nous laissa 
accoudée au Quai des Brumes
la fille qui fume de la pipe

Tout un K.



10 mars 2007

Je suis de sucre et d'eau d'érable


Éventrée, grise de plus d'un siècle, la tolle persiflée de balles de 22 par les nonos de garçons que nous étions, elle est toujours debout la cabane qui crépite dans mon enfance ensorcelée.

Je suis né comme un petit veau du printemps à la maison, pas à l'hôpital comme aujourd'hui. Mon père était en trai
n de faire bouillir à la cabane. Il nourrissait le feu vif, puis transviderait sans doute le réduit dans une plus petite panne, sur un poêle auxiliaire, plus lent, plus ronflant où l'on peut suivre la chimie dorée, le point d'ébullition adéquat.

Ma tante Éva de Montréal, une mignonne petite femme pas plus grande que Juliette Béliveau, était en visite à la maison. Ma mère chargea sa soeur d'aller quérir mon père dans la vieille sucrerie. Elle marcha un demi mille dans la neige jusqu'au ventre pour avertir que les sauvages s'en venaient...

Telle est du moins l'histoire que j'ai conservée.

En quelque sorte, ma présence au monde commence par une absence dans cette cabane à sucre qui me précède de plusieurs planches.

Photo : JD.

08 mars 2007

3e soirée slam de la saison...


La dernière fois, ah! ah!
on a refusé du monde! Bon signe. Mais c'est plate en titi pour ceux qui doivent redescendre les marches du O Patro Vys, 350 Mont-Royal Est. Alors, le printemps est dans l'air (il le sera!), ça va couler dans les mots d'érables, y fait plus de lumière de plus en plus tard, pointez-vous donc de bonne heure pour une soirée de bonheur et de poésie de fantaisie, catégorie numéro un. Lundi souère qui vient. De toute façon, y z'on ti besoin de nous autres pour les zélections en bulles de savon?

P.S. : Ève Cournoyer (Sabot-de-Vénus, L'écho), sera sur les planches à l'interlude. Je ne l'ai jamais vue sans un océan d'intensité.

06 mars 2007

C'est un peu solitaire

Photo Jacques Desmarais
Trois chevaux brettent sur la colline
Un trait de blues dans l'auto...
C'est cogner des clous sur les pierres brunes
avec un oeil qui court parmi les racines

Pays de verdure et de poussière,
paillis pour demain sur dos de tortue,
terre d'ocres rouges qu'on avale
pour le chemin contrasté qui chemine vers la lune

Pour écouler la canne, le pas
et le rêve coração des filles aux yeux sucrés
c'est un piège entrouvert
un espoir de vivre

Ce sont les cocotiers géants avec de grands bas blancs
C'est l'âne à côté du parabolique
C'est le fruit ensoleillé
qui roule à cinq heures dans l'assiette des bichous

C'est la maison de terre, de carton ou de brique
c'est le bar inondé
le marché de rubans et l'huile de palme
les piments qui fermentent dans les pots de vitre

Les paysans sans terre sur le bord des fossés
piochent la misère, la malice,
un pas de côté
C'est la fin de l'été mais c'est toujours la mer

Poubelles et plastiques épandus partout comme gibier de pitance
Dans le jardin, à l'orée du village,
c'est un troupeau d'urubus noirs
Ils reviendront ce soir à l'abri des regards

C'est un coq sans pantalon
marchant court vers Recife
Il donne la chair de poule surréaliste
Apparence de pluie qui chacale sous un soleil de plomb

C'est un grand domaine mirobolant, loin du chemin
du brouhaha, avec des caves féodales on imagine,
où il y a peut-être du vin en masse de l'Argentine,
des domestiques à la douzaine qui s'userinent

C'est un chien en errance, la tête basse
C'est un chaland de vif argent parmi les cafards
Un itinérant las qui ratisse vos désirs
offrant bijoux, verres fumés, fromage à l'orégano...

C'est une chanson en éclats de carnaval
qui passe bariolée par la fenêtre
Barola barola, barola barola...
et bis et braises à volonté

C'est beau, c'est grave et lointain,
c'est léger et fluide, c'est foncé incertain
Comme un garçon qui fume
en tirant dans le champ son poulain rétif...

Comme eaux de mars en février...

CD, s'il vous plaît.
On ne fait que passer...

«Un pas, une pierre, un chemin qui chemine
Un reste de racine, c'est un peu solitaire
C'est un éclat de verre, c'est la vie, le soleil
C'est la mort, le sommeil, c'est un piège entrouvert (...)»

- Les eaux de Mars, Moustaki/Jobin










Photos : jd.

Délinquer


Je suis dans les grandes annonces ces temps-ci. Et je n'ai pas encore dit un mot de la prochaine soirée slamontréal, le 12 mars prochain, au O Patro Vys...

Je n'ai rien dit de Superk, un écrivain polyglotte qui lévisse, et il le faudra.

Donc, autour, il s'en passe! Mes antennes sont captivées.

Parlons de Nina Louve, la plus sensible plume acérée parmi les antennes, fougères et rose au bois, que je connaisse. Couchers de soleil de la Gaspésie renversés dans la tête. De la Marjolaine dans la voix. Des yeux de louve. C'est par elle que nous parvient la livraison du numéro 22 de la revue française au titre pertinent : Nouveaux Délits. Revue de poésie tenue par une seule âme, celle de Cathy Garcia, depuis quatre ans. Mais néanmoins, revue d'amitié internationale qui essaime. Les auteurs publiés à date proviennent de tous les horizons. Après quelques autres Québécois, Nina y publie un texte dans le numéro de mars.

On peut lire que cette petite revue «...n’a pas vocation de plaire, mais plutôt de titiller, bousculer le sommeil ambiant, y compris celui des poètes… qui de marchés en salons, en oublient parfois de sentir les remous qui s’emparent de la poésie. Poésie comme parole qui témoigne. Poésie qui dégouline sur les murs, une éponge trop pleine entre deux poings trop serrés. Poésie qui se fait son, souffle, cri. (...)Il n’y a pas plus subjectif qu’une revue menée par une seule personne mais c’est ce qui lui donne sans doute sa particularité. Tous les auteurs publiés, écrit «la patronne», ont pour premier point commun de m’avoir troublée, titillée, bousculée d’une façon ou d’une autre. Et parce qu’il faut beaucoup de particularités pour faire un monde fertile (moi ici j'applaudis) , j’encourage vivement chacune et chacun à profiter du printemps pour se lancer dans le semis de revues et la diffusion sporadique de la parole-témoin par tous les moyens possibles.»

On fait le relais, l'écho, le burinage pro-délit.

D'ailleurs, le mot délit, le saviez-vous, appartient aussi au registre du maçon : «Position d'une pierre dans un sens différent de celui du lit.» Ou bien encore, dit le Nouveau Petit Robert (1993) : «... veine dans une pierre qui suit le sens de ses couches de stratification.»

Sur nos ardoises, coulent nos délits...

Délit sauvage, par Nina Louve (Québec) et autres...

Bloque de Cathy Garcia

Bleubird live à Montréal - août 2005

J'ai pas tout compris, mais le coeur, oui.

«l’Américain Bluebird (sic) a mitraillé des rimes sous le thème de la guerre, à une vitesse folle. Maniant une cadence véloce et des mouvements enivrants, il a démontré un potentiel fou.»

- James Lynch, 33 mag, 15/02/07, à propos du Rap maudit du 1/02/07 au Quai des Brumes.

05 mars 2007

Hip Hop sur la plage!


Il est bien loin le temps où j'allais voir les Hou-Lops, les dimanches après-midi, dans une salle de danse près du lac à Roxton Pond. Mais me semble qu'à douze ans comme à tête blanche, c'est toujours une aventure la musique populaire.

Un de ces quatre, peut-être même le 24 mars, ça serait un bel adon, j'irai voir, entendre live, j'irai faire fricasser mon froc aux grands slaques de mots à pied de Gatineau.

Ce samedi-là, Gatineau lance son ep L'intégraLLL, au Petit Campus, 50, rue Prince Arthur Est.

Il va y avoir du Bleubird dans le lot :
«Rip u$a (the Birdfleu) est dans les bacs. Écoutez-le. C’est du brut. De l’intégrité en barre. » (Séba, 13/02/07)

Et du Santiago.

Les billets sont en vente sur Admission.
L'intégraLLL
Gatineau
Bleubird
Sontiago
24 mars 2007
Petit Campus
21h00
10 bâtons.

04 mars 2007

Un Merle sur sa branche


Un merle ne fait pas le printemps.
Mais René Merle m'a fait un grand plaisir en écrivant ceci le 25
février :

«Tu nous en donnes des plaisirs et des émotions dans ce voyage !
Allez, un peu de pub perso.
Une entrevue vidéo de 9 minutes sur le site :
http://www.baboitetv.com
Amicalement»

Vous aimez la musique de l'accein du Sude de la Fran-ce?
Il faut aller jeter un coup d'oeil à cette vidéo produite par Baboite Prod sous la chronique Paroles d'auteurs. Nous entrons de plain-pied chez René, à Toulon, historien, docteur ès arts de la culture occitane (il parle et écrit la langue d'Oc), il fut professeur à l'université et aujourd'hui, depuis toujours sans doute, écrivain et militant. En intro, la caméra glane la superbe bibliothèque personnelle de l'auteur. On est dans son labo. S'y trouve des trésors. De vieux ouvrages brunis se tiennent encore debout. Du balcon, joli point de vue sur la ville. Puis on s'assoit. Interview classique. On écoute le passionné parler (en chantant) de Nice, lieux de son dernier polar que j'ai recensé ici plutôt : C'est quoi la philo?

Merci René.

Photo : Barboite Prod.

03 mars 2007

Lettre de Bahia


Train de nuit reprendra tranquillement sa place vers le pôle qui fond avec un oeil sur le pays de braises.

À chacun ses problèmes et les vaches politiques ne sauront toujours pas garder en tête le génie des peuples. Kant misait là-dessus. Je ne saurais quoi en dire aujourd'hui sinon qu'il faut danser la jajaja.

À chacun ses problèmes. Je parle à Clàudio d'un voyage sur la Côte-Nord que nous avons adoré Carol et moi. J'y ai découvert à la Pointe-Mingan des plages insoupçonnées pour le Québécois de l'Est. Mais si froides qu'elles vous éternisent de gel en-deçà de 45 secondes. «Ce sont des beautés qu'on ne peut toucher», dira Clàudio. Mais souhaiterait-on qu'elles se réchauffent, ces eaux immémoriales?

À chacun son coin de planète brisée. Je dirais que j'ai vu dans ce pays si magnifique des beautés qu'on ne pourra plus toucher. Fleuves et rivières sans vie, océan poubelle, villages à la campagne comme dumpes à ciel ouvert. Et Lula de dire aux pays riches qu'ils ont bien pris le soin d'exploiter jusqu'à l'os les ressources, forêts, etc., avant de penser à mettre des sous pour sauvegarder l'environnement (Le Monde, 27/02/07).

Argument fallacieux, s'il en est, qui promeut en premier lieu «le droit de produire», comme disaient nos agriculteurs dans les années 1980. Principe qui a inscrit un énorme retard en environnement au Québec.

Mais au Brésil, le gâteau n'est pas assez grand pour nourrir tout le monde. Croit-on vraiment qu'en faisant un gâteau plus gros, plus de monde vont partager?

Dans l'État de Bahia, des élections récentes ont porté au pouvoir la gauche, proche du P.T. de Lula. Ce fut une victoire inattendue. Lors d'une fête pour souligner mon départ, plusieurs amis de Claudio étaient là. «Nous sommes en train de parler de politique», me dit en aparté Clàudio. «On est en train de dire que la gauche va instaurer le capitalisme intégral. Avec la droite, on avait encore un pied dans le féodalisme. Belle évolution, hein?»

Du point de vue national, tous ceux que j'ai interrogé, à commencer par le chauffeur de taxi à Sao Paulo, tous sans exception m'ont dit être très heureux de la ré-élection de Lula. Il se dégage aussi le sentiment que les politiques sociales avancent et aident tangiblement les plus démunis. La question de la corruption au sein du gouvernement a été passée au peigne fin par les médias alors que sous d'autres régimes, personne n'en faisait cas tant elle était dans les moeurs. Les gens apprécient l'action et la transparence de Lula sur cette question et cela ne pouvait pas être un argument électoral en sa défaveur.

Sur plusieurs plans, il y a des retards et le second mandat du P.T. va sans doute être plus marquant. Mais il semble bien aux yeux mêmes des Brésiliens les plus éveillés qu'il s'agit d'une gauche-libérale-conservatrice pour parler en termes britanniques qui nous sont familiers.

À chacun ses bébittes. Mais comme tout se ressemble en Occident.

J'ai été étonné de constater aussi la convergence de notre culture latine. Le français et le portugais peuvent broder des airs ensemble. Et que dire de notre âme?

Je ne sais trop si c'est un défaut, mais à l'étranger, nous aimons parler du Québec. Je crois qu'en Amérique latine nous puisons nos ressemblances en parlant de nous-mêmes à des frères qui peuvent saisir nos émotions. C'est extrêmement gratifiant être soi-même de par le monde. Nous sommes blancs, froids peut-être, en comparaison, mais si chauds en-dedans.

J'ai reçu tout à l'heure une lettre de Bahia. Par pur exhibitionnisme latin, je la publie tel quel, avec l'accent, ici, en complément de ce retour à la casa.

Mon Cher Jacques,

On dit au Brésil que la meilleur partie de la voyage c'est rentrer. Je suis content que tu aye arrivé bien, malgré les petits problèmes.

La maison ici a toujours un peu de ton esprit d'enfant et de poète. Toute la famille a bien aimé te connaître et vivre un peu avec toi. Nous étions tous touchés par la force de l'amitié que traverse les océans, les histoires et les cultures. Toi, tu nous manque à tous. C'est incroyable comme toi a réussi, sans dominer l'indiome local, de montrer aux gens celui qui tu es. Maintenant tu a un frère à Bahia et une demi-douzaine d'amis. Nous aimerons beaucoup avoir l'oportunité de te recevoir chez-nous encore et encore. La semaine prochaine je vais t'envoyer le DVD de Cássia Eller (non, rien de rien...), ton petit cadeau qui arrive en retard.

Dit salut à Carole. Je vous souhaite le meilleur pour vous deux.

Rita est passé tout le jour suivant en train de parler de toi, en me disant que je n'avais pas menti quand j'ai dit que toi était quelqu'un de spécial.

Je t'embrasse (très latin!),

Cláudio


Photo jd : toile de Rita qui se trouve dans la salle à manger, rue Mato Grossa.

02 mars 2007

C'est par où le Bonheur?



J'ai atterri hier dans la neige, lumière bleutée de mon pays.

Et ce matin, s'il n'y a pas à vrai dire de grésil pour faire la rime avec mes histoires, il y a bel et bien dehors une tempête. De la fenêtre silencieuse au second étage, je vois mon chêne avec toutes ses feuilles couleur rouille suivre le mouvement joyeux d'un vent léger, des petits coups de cloche suivis d'une lampée de flûte traversière, tranquille, picotée de fourmis blanches éphémères. Car nous sommes sur mars ici! L'hiver va s'enfuir, on le sait, avec ses charmantes impressions. La porte sera ouverte. Et l'amour...

Ma directrice d'épouse vient de m'appeler : son école est fermée à cause de la tempête. Elle déblaie sa montagne de courriels. Je ne veux pas faire la moumoune, mais je ne suis pas sûr de pouvoir pelleter les entrées avec mon genoux qui a donné tout ce qu'il a pu hier au cours de ce long, long voyage de retour.

Connaissez-vous beaucoup de pays au monde où une course de taxi se termine par des accolades chaleureuses avec votre chauffeur? Claudio avait appointé son chauffeur habituel lorsqu'il va à l'aéroport. D'ailleurs, plus qu'ici, il m'a semblé que toute la vie quotidienne des Bahianais était tricotée serrée de références, d'amis, de gens en qui l'on a confiance. Le reste du temps, on négocie, on barguine des prix pour amigos. Il y de part en part une compétition pour la survie. Une crainte de se faire enfirouapé. «Ce serait le paradis ici, me répète Rita, si ce n'était des disparités sociales, de l'inégalité, de la violence...»

Selon mon instruction, le chauffeur devait se pointer à 14h30. Il est arrivé à 14h15! Je me battais à grosses gouttes pour boucler le tout. Je suis passé à la banque et ce fut plus long que prévu. J'ai acheté une clé USB pour copier mes maigres photos, impossible de faire autrement... Aurais-je le temps de me doucher? Non! Pedro jouait dans mes affaires épandues sur le lit. Laisse ça là, Pedro!

Claudià était aussi dans ma chambre, bourdonnante, veux-tu des oranges, des bananes? Non! J'ai pu de place! J'ai pas le temps. Une pomme, o.k., dans ma poche, là, ça va faire! Tiens, cette paire de bas gris, donne-la à Claudio. Le livre de Marguerite Yourcenar, je ne le ramène pas... Oui, c'est sûr!
Claudià, 27 ans, travaille comme domestique chez Claudio. 15 millions de femmes brésiliennes noires travaillent parfois toute leur vie à la même place dans une maison privée, vestige de l'esclavagisme mais aussi dilemme de laisser à la rue beaucoup de monde, puis longue habitude, «mauvaise habitude» dira Rita, de compter à tous les jours sur quelqu'un qui fait les repas, le ménage, garde les enfants, etc. Claudià gagne 500 re $ par mois, ce qui est mieux payé que certaines manufactures ou petits commerces. Il lui en coûte 4 re $ par jour pour voyager. Elle a une petite, Joyce, une beauté, de 4 ans qui est à la garderie (on dit crèche, ici). Le père s'est poussé dans la nature...

Pour ajouter à l'énervement, une hostie d'alarme d'auto s'est déclenchée dans le stationnement d'en face. Pendant les quinze minutes qu'a duré cette torture, avec Claudià et Pedro sur les talons, la chaleur de braise et la certitude que je ne me doucherais pas avant de partir, et le chauffeur qui attendait en bas, calvaire que je stimais!

Il est moins le quart. Signor, desculpar! Desculpar! Je lui explique que j'ai dû passer à la banque et que cela m'a pris plus de temps que prévu. Il comprends que je veux passer à la banque. Non, non, non, Signor. Aeroporto! On flye!

Le chauffeur avait la bouille rieuse, en plus jeune, d'Henri Salvador. Il me fit part qu'il pouvait comprendre le français à condition que je parle lentement. Puis, il me déclina son registre : «Paris, le Moulin Rouge, la Tour Eiffel, une bonne bière froide, s'il-vous-plaît!». Il rit de bon coeur. Il m'explique qu'il a un pote à Paris qu'il a visité. Un jour, le Parisien viendra à Salvador... Échange culturel. Il me dit cela en portugais et je pige. Il parle beaucoup, c'est un homme impeccable, un chauffeur doux mais qui ne se laisse pas grignoter sa place sur la route. Chaque chauffeur ici est une bombe en puissance. Personne ne donne une chance à l'autre. Alors, ça roule. Hélas, je cogne des clous par moments. Il y a eu un party hier et un avant-midi de fou!

Chemin faisant, je vois des dunes immaculées, je pose des petites questions avant de tomber endormi. Il me demande si j'ai aimé le carnaval, la samba... Après trente minutes de route, on s'engage enfin dans une petite voie bordée de bambous tout vert qui se rejoignent et forment un arc complet au-dessus de nos têtes. Cette route débouche sur l'aéroport. De toute beauté. À mon arrivée, j'avais pris une photo. Souvenir envolé avec le vol de ma caméra. «C'est la littérature qui veut cela», me dira plus tard Claudio pour me consoler.

Henri et moi, nous nous quittons comme des frères. J'ai tenté de me reprendre pour son attente avec un bon pourboire.

À 6h00 le lendemain matin, on débarque à l'aéroport Liberty de Newark qui se situe à une petite bouchée de la grosse pomme. Je regretterai très vite la gentillesse que j'ai vue partout à Bahia. Ici, il y a du monde, c'est mal foutu, pas d'indication, c'est gros... On m'avait dit à Bahia que que mes bagages suivraient jusqu'à Montréal. Par prudence, après les douanes, je vérifie et tiens, je vois circuler mon sac-à-dos qui me fait un clin d'oeil! Alors, je m'informe si c'est o.k de l'expédier ici. On me dit non, pas sûr, finalement oui. J'ai peu de temps pour le reste. Un tarla de préposé impatient dans un anglais à coucher aux Indes ne voit pas dans mes papiers mon billet de transfert. Je suis confondu et tanné. Pas assez alerte pour insister et comprendre la situation. Il m'envoit faire la queue interminable pour un «check in» dans une ligne du Canada qui est aussi celle du Costa Rica et du Saint-Tarbarnac. J'arrive esseulé au comptoir à 8h00! Trop tard, l'avion part dans dix minutes! Tu est en SDY, mon cocô. Pis mes bagages???

Là, j'ai fain, j'ai soif, j'ai surtout envie de «coco». Je ne vois rien de resto à vue. Je m'informe. Une belle grosse fille en pantalon stretché brun m'indique que je dois traverser de l'autre côté de la zone de sécurité. Or, il y a un monde fou. Oui d'accord. Mais j'insiste, pour tout de suite, est-ce qu'il y a un resto quelque part? Là, elle se choque. «I h'told you... » Wow! que je réplique. Don't worry! We're in New-York city! Pourquoi j'ai répondu ça? Je l'ignore. Mais ça ma fait du bien. Et ça eu l'air de la surprendre. Mon accent, sans doute.

J'ai compris que la belle grosse fille avait raison. Mieux vaut traverser tout de suite la sécurité, se déchausser et tout, même si le prochain vol vers Montréal est dans trois heures fatigantes.

Après cela, je crois avoir marché un demi-mille avant d'apercevoir Men-Hombres. J'avais hâte de me mettre à l'ombre. Mais un ruban jaune style «urgence, ne pas traverser» bloque l'entrée. Je me passe la tête et demande au monsieur qui passe la moppe s'il en a pour longtemps. Il ne m'envoie pas chier, mais je comprends que ne n'est pas à cet endroit que ça va se faire. Je rebrousse chemin et trouve plus prudent de m'engager dans l'aile où se trouve mon «port», le 113-C. Je profite d'un tapis roulant. À mi-chemin, je vois une autre toilette. Sans aucun préavis! Je reviens donc sur mes pas. Même ruban jaune que tantôt! Je passe ma tête dans l'entrée et je baragouine à cet autre monsieur qui passe la moppe que c'est pour une emergency. Ça ne l'a pas fait vibrer trop trop. Il me dit d'aller ailleurs.

Cet aéroport ressemble à une salle d'urgence. Attention, c'est très bien organisé! Mais on aurait de grosses leçons à prendre de la gentillesse des gens de Bahia.

J'ai fini par m'asseoir dans un resto. Nous changions de divinité. Pas une trace de joueurs de football, mais sur les murs, de grandes photos noir et blanc de joueurs des Red Sox et des Yankees. Le Nord-Américain voyait arriver avec plaisir sous son nez deux oeufs tournés «smooth», du bacon, des vraies toast et un pichet (mon Dieu!) de café bien passable avec de la crème!

Le STY m'a tenu sur le stress jusqu'à la dernière minute. Mais j'ai eu mon go. J'avais pu rejoindre Carol au téléphone à 7h30 pour l'informer de mon retard.

Oui, j'ai atterri hier dans la neige, lumière bleutée de mon pays.

À Dorval-PET, mes bagages n'avaient pas envie de me faire un clin d'oeil. Avaient mal au coeur. Ils tournaient sur le chariot depuis quatre heures!

Tout va bien. On sa. On sa.

Sur la rue Sherbrooke, je suis tombé face-à-face avec une pancarte électorale du P.Q. Tout va bien?

Par la fenêtre je vois encore le silence et une petite montagne échancrée qui s'est amoncelée sur la corniche.

Par la fenêtre de mes oreilles, il y a Vinicius qui gratte et chante en ce moment Tristeza. Les Brésiliens sont comme cela : ils disent la peine avec le sourire. Ils ne disent pas toujours ce qu'ils pensent directement.

Et moi, je dis mon bonheur avec des larmes dans les yeux.

La fatigue, sans doute.